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20/06/2014

Les mauvaises herbes

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Le festin de Balthazar de Rembrandt

 

 

On nous accuse, nous autres de gauche d’avoir fait élire F. Hollande aux présidentielles sur le terreau fertile de l’anti sarkozysme  primaire. Je veux bien. De toute façon l’ex-président était suffisamment ancré dans la droite arrogante pour énerver les gens comme moi, qui ne supportaient pas de voir le personnage récupérer Jean Jaurès et débaucher des demi-sels de notre bord pour se vanter ensuite d’être le meilleur DRH du PS. Je n’aime pas les manières de Monsieur Sarkozy et j’ai écrit que ce politicien tomberait un jour dans le trou du souffleur de la scène publique comme un pantin désarticulé.  Il en serait ainsi fini de l’histrion. Mais les héros en peau de lapin ont la vie dure ! Pensons à Berlusconi.

La France va devoir traîner le sarkozysme encore longtemps, avec son cortège d’inculture, de vulgarité, d’outrecuidance, d’immoralité, de cupidité et pour tout dire de malhonnêteté cynique. Où qu’on se tourne, on retrouve dans le sillage de l’homme les traces sulfureuses d’acteurs peu scrupuleux et peu respectueux de la légalité républicaine, à commencer par la maman Balkany qui vient d’avouer  qu’elle avait puissamment procédé à de l’évasion fiscale et n’avoir jamais payé d’impôt sur la fortune. Comme nous connaissons le haut degré d’intégrité du couple de la mairie de Levallois-Perret on peut dire que Sarko, politiquement,  est né dans un marigot d’eaux sales. Les Balkany, témoins de moralité de Sarko ? On pourrait rêver mieux.

Avec de telles origines, il ne faut pas s’étonner que les succès politiques aient fait prospérer les affaires troubles, avec Balladur et Karachi, avec la Libye et Khadafi, avec Woerth et  Bettancourt, avec Tapie et les Présidents de la Cour, avec Bisson et les sondages, avec Guéant et les primes en liquide, avec Copé et Bygmalion, avec les comptes de campagne caviardés et sans doute beaucoup de menu fretin que j’ignore ou que j’oublie. Même l’ami Proglio perd l’esprit au point d’entretenir des danseuses avec l’argent public. Nul ne peut nier que de tels exemples au sommet de l’Etat ont donné des idées à ceux qui n’attendent que cela pour aller à la curée, à leur tour.

Bien sûr on peut nous renvoyer à Cahuzac ou à Guérini, mais seuls les gens de mauvaise foi peuvent accepter comme un justificatif les branches pourries de l’adversaire. On doit admettre que ces branches ont été chez nous rapidement éliminées par l’application de la loi et l’action de la police ou de la justice. Cahuzac va pouvoir se ronger les ongles pendant  de nombreuses années. La place est nette et les gens de l’UMP ont fait un foin de tous les diables avec commission d’enquête parlementaire et tentative d’impliquer dans ce sale coup et le Président de la République et son Premier Ministre ! On a beau dire, la symétrie n’y est pas vraiment et j’attends que des casseroles soient de près ou de loin ficelées aux basques de F. Hollande ! Ce jour-là je renverrai ma carte !

Cette avalanche de scandales politico-financiers qui s’abat sur l’équipe Sarkozy-Copé n’empêche nullement les militants de l’UMP de conserver leur confiance au sulfureux attelage. On se demande par quoi passent  la motivation politique et l’entêtement idéologique. Les tenants de cette ligne tout comme les sympathisants de Berlusconi ne sont sans doute pas accrochés indéfectiblement au dogme de la moralité publique. Voyez la famille Tabarot avec ses démêlés judiciaires de promoteurs immobiliers alors que  justement Madame Tabarot est une inconditionnelle de Copé ! Alors je me tourne vers les jeunes gens, bien sous tous rapports, éduqués et cultivés dans le respect de la loi et je leur pose la question : qu’avez-vous à dire sur le sujet ? Une telle situation est-elle compatible avec votre légitime ambition de servir votre pays au sein de l’UMP ?

On va me rire au nez ! Pour qui se prend-il celui-là ? Un vieux radoteur qui  voit la paille dans l’œil de ses adversaires mais pas les poutres dans ceux de ses amis. Qu’il arrête de donner des leçons de morale !  Qu’il se taise enfin. Eh bien non je ne saurais me taire !  Sarkozy a fait du mal au pays parce qu’il a entraîné trop d’émules, libéré trop de frustrations. La droite décomplexée, ce ne serait pas la droite des affaires et des combines par hasard ? Notre jeune champion si prometteur et si plein de talent Guillaume Peltier, n’a-t-il pas lui aussi mis les doigts dans les confitures de Bygmalion ?  La grâce républicaine c’est qu’ aujourd’hui plus que jamais nous pouvons faire confiance à la police et à la justice. Alors ? Attendons !

06/06/2014

Six juin 1944

 

 

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La guerre par Marc Chagal

 

 

Cette année-là j’avais cinq ans et demi. Pour cause de bombardements répétés sur le site de Sottevast-Brix, ma mère s’était réfugiée deux ans plus tôt chez une tante postière à Saint Germain Langot, proche de Falaise. Pendant deux ans nous avons eu une vie tranquille dans la poste de ce petit village de campagne. Les hommes étaient à la guerre, prisonniers et il ne restait que les femmes et les enfants.

Ma première vraie frayeur de gamin fut d’être confronté, seul, avec un Panzer allemand lancé de toute la force de ses moteurs tonitruants, au détour d’un chemin creux. J’étais le figurant involontaire d’un petit Tien Anmen bucolique, sans images ni témoin. Jamais je n’ai escaladé aussi prestement le talus couvert de primevères. J’en ai gardé la conviction que ce mastodonte hurlant et aveugle m’aurait aplati comme une galette sans mollir.

Mes souvenirs de l’époque procèdent tous par flashes de quelques secondes. Comme par exemple ce convoi de chariots hippomobiles pris à partie par la chasse anglaise, faisant crépiter la mitraille sur les pauvres bêtes affolées. Ma mère qui était au lavoir à quelques mètres en contrebas me plaqua dans la boue en me couvrant de son corps. J’ai failli périr étouffé dans l’eau et la vase. Un autre souvenir est qu’au milieu du repas de midi, un jeune soldat allemand poussa la porte et tomba raide sur le pavé. Les deux femmes le portèrent dans la paille de la grange voisine pour qu’il récupère. Ma mère disait « on dirait un enfant »

C’est dans cette grange que nous avions à la hâte creusé un trou pour y cacher les maigres richesses du ménage : casseroles, argenterie, porcelaine et peut-être aussi verres en cristal. Nous avions dissimulé tant bien que mal notre trésor avec un mauvais plancher recouvert de terre et de paille. Le soir même des troupes à cheval allemandes mirent leurs chevaux au râtelier juste à cet endroit. Ma tante qui était une dure n’arrêtait pas de jurer en entendant les canassons s’agiter et gratter du sabot. On disait que les palefreniers étaient des russes parce qu’ils avaient arraché des rameaux entiers de cassis dont ils mangeaient les fruits et les feuilles. J’en avais été réellement choqué.

Nous dûmes quitter la maison et fuir devant la ligne de front. Nous nous retrouvâmes pas très loin à coucher dans l’église  des Loges. J’eus la honte de ma vie en me réveillant au milieu du chœur et en chemise pendant la messe de onze heures, car ce devait être le 15 aout. Un obus avait détruit le porche de l’édifice un peu avant. Le curé nous permit de nous installer dans la sacristie, dont une fenêtre dominait la place du village. C’est de cet endroit que nous avons suivi le déroulement d’un épisode que j’ai déjà raconté et qui a coûté la vie à trois soldats alliés (chronique du 16 aout 2010).

Nous rentrâmes à la poste de Saint-Germain sur les traces toutes fraîches des combats. Il y avait deux tombes provisoires dans la cour. Le tonneau de cidre était décoré avec une tête de mort qui déclarait le breuvage empoisonné par l’ennemi, sans préciser lequel. La cage d’escalier était transformée en fortin par des troncs d’arbres. En me glissant sous les dernières marches je découvris une magnifique pendule dorée dont le tic-tac ne s’était pas arrêté. Il s’avéra qu’elle appartenait au château voisin. On se demande à quoi pensent les soldats qui vont mourir. La pendule était peut-être destinée à leur rappeler  l’heure du Jugement Dernier !

Le jugement dernier était sans doute arrivé une nuit pour un officier allemand logé dans la poste. Cette nuit là on voyait le ciel  embrasé par les bombardements qui réduirent Caen à un tas de pierres. L’homme délirait, il hurlait à la mort et toute la maisonnée fut réveillée par le fou furieux que ses hommes durent évacuer.

Ma mère affolée voulut nous entraîner dans un trajet aventureux pour rejoindre notre Cotentin dès la fin août. Je fis une partie du trajet terrorisé, cramponné  au plat bord d’un camion à plateau sans ridelles dont j’ai cru être éjecté à chaque instant. Le spectacle des ruines, des troupes en mouvement et des carcasses de véhicules incendiés était impressionnant.

Nous, les enfants, étions dans la guerre comme dans la paix. Nous n’avions connu que les uniformes, les canons et les fusils. Pour en rajouter, nous jouions à la guerre avec des vrais casques et des fusils en bois. Nous faisions des prisonniers et des morts. J’avais un casque portant MP qui était censé m’octroyer sympathie et autorité. Nous avions une prison et des champs de mines, des interrogatoires musclés et des traîtres entravés puis exécutés. En somme nous étions conditionnés et entraînés pour la prochaine ! Les premiers incidents avec des vrais obus et de la vraie poudre ont rappelé aux adultes qu’il fallait peut-être sortir de ce cauchemar. Nous avons dû heureusement faire en octobre la rentrée des classes.

Les prisonniers commencèrent à regagner leurs foyers. Les familles les attendaient. Pour nous l’attente fut vaine et la nouvelle de la mort de mon père prit la figure tremblante du curé chargé d’annoncer la catastrophe. Je crois bien que ce jour-là, la terre  devint un terrible désert, malgré tous les visages qui m’entouraient  et toutes les figures riantes d’un bocage qui revenait à la vie. En arrière de cela, il y avait un monde incendié, écroulé. Mais je ne le sus que plus tard. Il m’a fallu cinquante ans pour pouvoir en parler et apprivoiser l’abominable solitude de l’orphelin. A cette époque-là on n’appelait pas les psychologues, on se taisait. Il fallait se débrouiller seul avec ses drames et ses angoisses.

Pour dire la vérité,  j’ai tourné du bon côté, je suis devenu anti-militariste et non violent. Le revers de la médaille c’est que j’ai conservé ainsi une grande défiance vis-à-vis de l’ordre social. J’ai tout de suite su  qu’il ne fallait  pas ajouter foi  aux promesses des grands, ni croire un seul instant aux miroirs aux alouettes. Je me suis forgé d’instinct la conviction qu’il ne fallait compter que sur mes propres forces. Longtemps,  je me suis demandé malgré cela si j’aurais été capable de devenir un vrai soldat, en cas de nécessité absolue, celle de défendre notre valeur suprême, la liberté. Je n’aurai jamais la réponse. J’ai seulement  la conviction  que le seul vrai courage ici-bas, l’ultime, celui qui décide de tout,  est d’affronter sereinement sa propre mort !

30/05/2014

L'inconstance

 

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Le vaisseau de guerre de Giacomo Balla

 

 

Nous venons de vivre une terrible semaine qui n’a pas grand-chose à voir avec la fête de l’Ascension . Il s’agit plutôt d’une descente aux enfers que d’une montée au paradis. Je passe sans trop m’émouvoir sur les tribulations de l’UMP. Je n’ai pas de sympathie pour le clan Copé-Sarkozy auquel j’ai toujours reproché des méthodes frisant l’illégalité. On ne compte plus les enquêtes policières autour de ces deux-là. Imperturbables ils renvoient toujours au même système de défense utilisé d’instinct par les truands. Ils ignorent tout de la question. Ils n’étaient pas là. Et s’il est arrivé quelque chose c’est sans doute les subalternes qui sont responsables. Incroyable ! Inadmissible !

J’attache plus de prix à ce qui nous arrive à gauche ; le succès du FN, et l’échec des socialistes ne peuvent me laisser indifférent. Il me faut admettre que Hollande n’entraîne pas les foules, mais nous savons bien que ce n’est pas dans nos gènes de nous laisser bercer par les grandes tirades des chefs. L’esprit critique est cultivé à l’excès dans nos rangs. Depuis la cinquième, on doit constater qu’à peine nos leaders élus, nos militants et sympathisants qui viennent de déposer pinceaux et pots de colle, reprennent leur fusil à tirer dans les coins et commencent à canarder ceux- là même qu’ils ont portés au succès.

Je me souviens de Mitterrand pour lequel je n’avais pas vraiment d’estime qui fut l’objet dès son élection des critiques des gens de notre parti. Avec Jospin les mêmes votaient Taubira ou Chevenement. Avec Hollande le phénomène se répète en faisant diversion avec les Verts ou avec Mélanchon. Cette attitude de nos militants est complètement incohérente et stérile car elle ne mène pas à des majorités de rechange. Elle paralyse l’action et in fine conduit à l’échec politique.

Car enfin, il y a un temps pour la discussion et la communication des idées. Cela se matérialise par des votes sur les motions ou sur le choix des hommes. Il faut reconnaître  que notre démocratie dans le parti est assez souvent formelle et contournée par des gros malins qui ont des gros appétits. Par expérience je sais que ces gens prospèrent sur l’insuffisance du travail de réflexion dans les sections. Ce qui est certain c’est que les occasions ne manquent pas pour s’exprimer dans les phases préparatoires de l’action. Après qu’on soit passé au vote, il est trop tard.

Car il faut bien dire que la minorité doit se ranger derrière la majorité, sinon aucune action démocratique n’est possible. Le fait d’appartenir à un même parti entraîne ipso facto un lien de solidarité, dans le succès comme dans l’échec. Les décisions étant prises il n’y a plus de place pour les juges de paix qui continuent à distribuer à leur gré les bons et les mauvais points. Même les armées révolutionnaires obéissent à leurs chefs ! En écoutant M.N. Lienemann sur Canal+ cette semaine,  je me suis dit que nous ne devions pas appartenir au même parti. Il n’y était question d’aucune solidarité mais du malin plaisir de critiquer et de détruire qui sous-entendait quelque chose comme « Après moi le déluge ! »

La gauche du PS est pourtant clairement minoritaire et ne devrait pas s’estimer renforcée par les échecs répétés de Mélanchon  et du PC aux élections. La tendance écolo, puissante également dans le PS devrait aussi constater  que la « transition énergétique » dont on nous rebat les oreilles, ne répond à aucune des questions soulevées dans les milieux populaires qui nourrissent les bataillons électoraux du  FN.  Il n’empêche qu’on préfère chez les opposants  PS,  s’en prendre au Président Hollande que de revisiter les vieilles lunes qu’on nous ressert depuis cinquante ans : si nous ne gagnons pas c’est que notre politique n’est pas assez à gauche !

Le succès du FN  repose sur sa défense des « Français d’abord » et sur le refus de l’immigration qui mange le pain, les médicaments et les aides qui doivent revenir d’abord aux « vrais » Français. Les Arabes et les Musulmans sont avant tout visés. Notre peuple est devenu pour un tiers des électeurs, raciste et xénophobe ! La ficelle est très ancienne et grosse comme une corde pour pendre au clou notre République ! Et avec elle toutes les vertus de l’humanisme et des droits de l’homme qui accordent la même considération à tous les êtres humains. Faute d’avoir répondu haut et fort à cette misérable femme Le Pen qui entraîne le pays vers les abîmes politiques, le FN a obtenu le succès que l’on sait.

Pendant ce temps-là on a préféré à droite et à gauche attaquer l’Union européenne et la politique économique de  Hollande que de relever le véritable défi idéologique affiché par le Front National. Au lieu de s’engager délibérément pour défendre ses valeurs républicaines la droite ne cesse de donner des gages identitaires aux frontistes . La  gauche de son côté fait semblant de ne rien voir et se contente d’une réprobation globale qu’on prend pour la défense de ses propres intérêts.  Certes le chômage, la perte de pouvoir d’achat, l’insécurité, les impôts surtout, ça compte, mais la foi humaniste est bien plus précieuse car c’est elle qui nous tirera de ce mauvais pas. Faut-il encore que ce soit dit et que nous cessions de regarder avec fascination notre carnet de cour des comptes, tellement désespérant !

Ce qui a changé aujourd’hui c’est que l’énergie est du côté du FN, on y trouve des jeunes et des militants actifs. Face à eux les vieux militants fatigués du PS ne font pas le poids. Il faut d’urgence renouveler nos rangs et redonner envie à nos jeunes de se battre. On voit bien que dans nos sections on trouve toujours les mêmes vieilles barbes . La soupe qu’on sert ici ne se renouvelle pas et c’est très inquiétant. Il faudra bien qu’on en tire les conséquences avant notre prochain congrès.  C’est une question de survie !

23/05/2014

J'irai voter Dimanche...

 

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Feu et couleurs de Yves Klein

 

Chacun a ses raisons d'aller voter dimanche, le FN pour mettre du sable dans la machine, les UMP pour que rien ne change et dire pis que pendre du Président Hollande, les centristes pour passer la pommade, les socialistes pour la croissance, les écolos contre le poulet aux hormones, les rouges contre les banques mangeuses d’hommes. Ils ont tous un peu raison mais il faut faire un choix.

Je voterai pour ceux qui voient la vie en rose, pour  les optimistes, pour ceux qui croient qu’on peut toujours faire mieux sans mettre la maison à feu et à sang. Je voterai pour la poignée d’hommes politiques idéalistes et confiants qui ont lancé l’affaire il y a cinquante ans et qui ont semé les premiers germes de la concorde. Je voterai pour ceux qui ont voulu remplacer les canons par les traités, les insultes par les négociations. Je voterai pour ceux qui ont voulu fermer définitivement les camps nazis ou staliniens et décourager les dictateurs en faisant valoir la civilisation du droit.

Certains croient que ces combats-là sont devenus inutiles qu’ils appartiennent au passé. Pas du tout ! Chaque matin nous pouvons entendre des nouvelles qui nous disent que la barbarie est présente à nos portes, en Ukraine pourtant si proche, en Syrie, en Afrique ! Voilà qu’on y enlève des centaines de filles pour les vendre. Pouvons- nous compter sur Poutine ou la Chine pour donner l’exemple, pour rappeler à l’ordre humaniste ?  Absolument pas. Si l’Europe ne le fait pas personne ne le fera. Même chez nous on voit bien que la rechute est imminente dans l’inculture politique, dans la fermeture aux autres, dans l’individualisme des beaufs ou des bofs !

On commence bien sûr par s’attaquer aux étrangers, bienvenus quand ils ramassent nos poubelles, indésirables quand ils ont la gale. Tous ces gens  différents, bronzés et rastaquouères divers, qui parlent mal notre  langue et écorchent nos tympans, les envahisseurs, ceux qui mangent indûment notre pain, sont les premiers à ramasser les coups. On généralise ensuite aux fainéants et aux incapables les moins bien sous tous rapports, les chômeurs, les fous, les malades ! Que deviendront mes petits-enfants s’ils n’ont pas les pattes blanches, les vestons croisés, des jupes plissées et des bandeaux  dans les cheveux ?  La différence entre êtres humains est une richesse ! Elle ne se discute pas, ne se soupèse pas, elle s’impose, elle se  respecte !  Honte à tous ceux qui la marchandent ! L’UMP en tête ! Oui monsieur Raffarin, oui monsieur Fillon ! Je n’ose même pas m’adresser aux autres.

On répète que le FN va gagner sur un programme de xénophobie et de repli sur  soi nationaliste. Comment en est-on arrivé là! Nous les Français intelligents, rouspéteurs, mélangés depuis les Huns, les Celtes et les Vikings, nous qui avons reçu et continuons de recevoir tous ces Africains qui viennent de loin, ces Chinois, ces Libanais  qui n’arrêtent pas de nous renvoyer en cadeau des Zidane et des  Césaire, nous voterions si peu que ce soit contre Schengen,  contre la liberté, contre la créativité !

Entre Junkers et Schulz mon choix est fait, mon choix est clair, ma volonté est totale. Comment des gens normaux peuvent-ils même du bout des lèvres voter comme le Borgne qui disait il n’y a pas si longtemps que la Shoa était un détail de l’histoire ? Comment tant soit peu cousiner avec la Bleue Marine qui attise les peurs et les haines en utilisant les mensonges et les amalgames ? Je dis en toute horreur et en toute conviction, horrifié par ces  droitiers de l’UMP, hypocrites à la Sarkozy ,  qui trinquent à la même table que le FN, (ce qui n’est pas nouveau et qui se répètera souvent) qu’ils sont des traîtres à la République.

Moins que jamais nous ne devons tremper les mains dans les brouets infâmes de l’égoïsme et du simplisme. Les charognes politiques même puantes, surtout puantes, attirent encore leur lot de nervis et de pervers, d’égarés et d’illuminés. Tous ceux qui ne se déplaceront pas pour voter dimanche pour la paix entre les peuples et la démocratie en Europe, prendront un risque politique majeur, en cautionnant une sorte de hold-up interne des valeurs de l’Europe par ses propres ennemis. Leur abstention  peut aboutir à la mise en panne, voir l’éclatement d’Institutions qui ne sont certainement pas parfaites  mais qui ont demandé malgré tout un demi-siècle de patience et d’efforts, tournés vers la paix  et la démocratie.

17/05/2014

Joli mois de mai ...

 

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Henri Matisse : Le bonheur de vivre

 

Sur le flanc des coteaux les chevaux dévalent en fulgurante cavalcade, à travers  le tapis des prairies fleuries et le damier des ormes  devenus de plantureux porte-étendard.

Les écrans de mon enfance s’allument comme à Las Vegas. Ils  lancent des éclairs à l'image de cette anguille qui sillonne les pierres de la rivière musicale et entêtée. Dessous les branches, les écrevisses mènent de furieuses batailles pendant que la biche boit  et que le martin-pêcheur file entre les saules.

A la sortie du bois,  les dames jacassent au lavoir en tordant les draps de leurs bras musculeux, bien campées sur leurs fesses massives. Elles dilatent leur généreux poitrail  pour mieux respirer et hausser la voix. Jean,  l’homme qui mène son percheron à l’abreuvoir leur lance des quolibets envieux qui raillent leurs attraits. L’étalon à l’unisson fume des naseaux et gratte du sabot en voyant ses femmes brasser l’eau savonneuse. Instant de grâce, il tire sur sa longe et va seul boire à l’ombre de l’aubépine rose.

Dans le pré du bas sèche l’herbe tendre. En prenant les andins de ma fourche légère en bois de frêne je retourne les herbes odorantes de menthe et de camomille. Devant moi marche Maria, balançant du même pas. Je ne vois que sa taille souple et son beau cul qui rythme la marche, sous sa blouse légère. En bas coule la rivière et s’agitent les peupliers dans l’air tiède de l’après-midi.

Ainsi naissait le désir par une belle soirée de printemps. Je me moquais des tocsins et j’ignorais les cimetières. Je me rendais à l’église pour écouter et admirer la fille charmeuse et inoubliable qui jouait si bien de l’harmonium, en inclinant son chignon opulent. J’étais comme un grain de blé qui germe, qui grandit et qui fleurit.

Les moissons et les vendanges n’ont cessé de  se succéder dans ma longue vie. Aujourd’hui passent et repassent les charrettes de la mémoire. Elles convoient inlassablement  l'ultime  consolation des vieillards interdits et transis qui tendent leurs corps fatigués aux rayons doux du soleil de mai..