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04/01/2013

Bonne année François !

 

 

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Manet, Moine en prière

J’espère que ma lettre va te trouver en bonne santé, toi et ta famille. J’ai une petite pensée pour ta femme Valérie et je lui recommande de bien surveiller ton régime pour que tu gardes la forme et la ligne. Surtout, surtout, n’oublie pas de toujours mettre ta cravate de travers car j’ai horreur de la symétrie. En ce début d’année, je te souhaite de garder à tout moment ton calme, ton sourire et ton humour. N’écoute pas les gens qui te critiquent, ce sont des mauvais et des jaloux qui ne voudraient qu’une chose, être califes à la place du calife. Si nous avons voté pour toi et si tu as eu la majorité des électeurs avec toi, ce n’est pas par hasard, c’est parce que le peuple l’a voulu et ça personne ne peut l'empêcher. Nous autres, tes cousins de province, nous avons bien reconnu en toi le Président normal, juste et simple qu’il nous fallait. Nous en avions vraiment assez de voir ce Sarko faire son intéressant à tout bout de champ.

 

Cher François, il faut que tu restes persuadé que les bonnes fées se sont penchées sur ton berceau et que tu as bien choisi ton créneau, ta fenêtre de tir comme on dit. DSK descendu en plein vol, Sarko désarmé par ses options hasardeuses, l’UMP plongée dans un accident industriel, et pour couronner le tout, la fin de la sécheresse et la recharge abondante de nos nappes d’eau, tous ces évènements sont des signes qui ne trompent pas sur une conjonction des planètes qui t’est exceptionnellement favorable. Encore tout récemment l’épisode du gros Obélix sarkozien qui refuse de payer ses impôts tourne à ton avantage après avoir bien fait ricaner l’opposition. Depardieu devenu un  Raspoutine de Grand Guignol, c’est presque inespéré. Je ne peux pas croire qu’il puisse jamais servir de caution aux candidats à l’exil fiscal qui sont des gens autrement sérieux !

 

Malgré tout cher cousin, il reste beaucoup à faire. Nous ne doutons pas dans la famille, que tu vas réussir à inverser la courbe du chômage, malgré les pisse-vinaigre qui jurent leurs grands Dieux que c’est impossible ! Les observateurs attentifs que nous sommes voient chaque jour les signes avant-coureurs que la conjoncture se retourne. Arrêtée la spéculation sur les dettes souveraines et l’euro, dont on disait il y a six mois qu’il serait foutu au printemps de la nouvelle année ! maîtrisées les difficultés de la BCE ! stoppé le chômage en Espagne ! remise sur les rails, l’économie grecque ! arrangé le mur budgétaire ou le précipice,  je ne sais pas trop, d’Obama ! et maintenant les bourses remontent ! Six mois de Présidence et nous sommes sortis du psychodrame, de la réunion de la dernière chance et du bluff de la droite.

 

Malgré tout mon bon François, veille bien sur le triangle des Bermudes qui rejoint Paris à Londres et à New-York. Ces gens qui sautent d’un avion dans l’autre, qui ont des affaires partout et qui planquent leur fric aux ïles Caïman sont des gens redoutables. Je peux le dire parce que je suis un pauvre ver de terre qu’ils ne voient même pas quand ils l’écrasent de leurs hauts talons vernis. Ces gens-là n’ont pas de patrie, sauf celle de leur compte en banque, leurs enfants sont dans des écoles à Londres et à New-York, leurs biens sont tous négociables à la vitesse de l’éclair, ils sont intouchables, ou en tout cas ils crient très fort dès qu'ils se sentent visés, et ils commandent nos journaux, nos radios et nos télévisions. Tu vois nos vrais ennemis ce ne sont pas le Crédit Agricole ou la Société Générale, ce sont ces gens sans foi ni loi qui se croient partout et toujours au-dessus des règles, qui roulent des épaules en Porsche et en yacht de soixante mètres. Mille cinq cents personnes qui gagnent plus d’un million d’euros par an font plus de bruit que dix millions de smicards. Cher François nous comptons sur toi, dans notre lointain Cotentin,  pour rouler ces gens- là dans leur propre farine et rendre un peu d’équité et de respect aux gens comme il faut  que nous sommes.

 

Avant d’en terminer Monsieur mon cousin et Cher Président je te prie de faire le nécessaire pour distribuer des petits pains au chocolat à tous nos enfants, leur apprendre à compter et à lire, mais aussi leur montrer le chemin de la liberté, de la responsabilité et du respect. Si vous faites tout cela cher François, je voterai encore pour vous en 2017.

14/12/2009

Sur la piste du Moyne de Saire...

 

Les gens d'ici qui s'intéressent au Cotentin  connaissent tous Robert Lerouvillois qui  depuis plusieurs décennies,  passe au peigne fin de son érudition et de son exigeante méthodologie l'histoire de notre presqu'île. S'agissant du Moyne de Saire,  son attention a été tout de suite mise en éveil par la réécriture que j'ai poposée, d'autant plus que j'ai fait référence dans ce blog à une conférence qu'il avait prononcée à l'UIA de Cherbourg et à laquelle j'avais eu le plaisir d'assister. Robert vient de m'adresser le récit des suites étranges que lui a values son intervention publique sur le mystérieux Moyne. Je me fais un plaisir, avec son accord , de poster aujourd'hui son récit, illustré par un document tout aussi étonnant que m'a communiqué un riverain du Pont de Saire qui me jure qu'il a pris lui même cette photo, il y a quelques dizaines d'années.spectre1WEB.jpg

 

Cher Daniel,

Je me dois de te faire part de certains faits troublants survenus l'an dernier, qui me semblent bien être en relation avec la légende du Moine de Saire. Je crois utile et intéressant de les livrer à ta sagacité, ainsi qu'à celle des lecteurs de ton blog.

Dans ta « Lettre du Cotentin » datée du 14 avril 2008, tu faisais part de tes réactions à certains de mes propos tenus lors d'une récente conférence. Je reprends tes propres termes : « J'ai entendu Robert Lerouvillois tenter d'annexer la légende au Val de Saire tout entier, voire au château de Tourlaville », propos sur lesquels tu t'affirmais en désaccord. En vérité, cette « tentative » n'était pas du tout de mon fait : je ne faisais que relater objectivement l'opinion soutenue, aux premières décennies du XIXe siècle, par plusieurs des animateurs de la Société Académique de Cherbourg, à savoir l'érudit Augustin Asselin, ancien maire de la ville et sous-préfet, le magistrat Joseph-Laurent Couppey, ainsi que son neveu, l'enseignant Louis Ragonde. Tous trois témoignaient d'une version étrange de la légende du Moine de Saire, selon laquelle le pouvoir maléfique de ce revenant s'étendait, rapportaient-ils, non seulement aux alentours de Réville et de la baie de Saire, mais sur l'ensemble de la région du Val de Saire, cette région étant délimitée à l'ouest par le cours de la Divette à son embouchure. Très précisément même, le pouvoir du moine diabolique, d'après ce qu'ils affirmaient avoir entendu dire, cessait seulement « à mi-chemin du pont de Grève », ce pont médiéval (à l'époque, il n'existait plus depuis deux cents ans déjà) franchissant jadis la lagune de l'estuaire, exactement à l'emplacement de l'actuel bassin du Commerce. Du reste, l'appellation de « Val de Saire », désignant les quartiers orientaux de Cherbourg, témoigne encore de l'ancienne délimitation.

Mais là n'est pas mon sujet d'aujourd'hui. Tu sais que je suis un esprit rationnel, peu enclin à me laisser berner par des fictions, même alléchantes. Voici donc des coïncidences curieuses qui sont survenues depuis quelque temps, sans que j'y sois pour rien.

Ma conférence, d'abord. Je l'avais donnée à l'IUT de Cherbourg, devant l'Université Inter-Âges, le 1er février 2008 dans l'après-midi. Elle s'intitulait : « Première esquisse d'une ethnographie régionale : les cantons du Val de Saire ». Au beau milieu de mon propos, devant une nombreuse assistance, et sans que rien ne puisse le laisser prévoir (il avait fait beau temps jusque-là), au moment précis où j'évoquais la légende du Moine de Saire, un formidable coup de tonnerre a retenti, faisant sursauter tout le monde, et du même coup sauter toutes les lumières, plongeant ainsi la salle dans la pénombre, tandis qu'une terrifiante averse de grêle crépitait sur les verrières. Le vacarme était tel que j'ai dû m'interrompre durant plusieurs minutes. Beaucoup de rires ensuite, et de nombreux commentaires, qui ne parvinrent pas malgré tout à dissiper un certain malaise et une sourde perplexité parmi l'assistance.

Et ce n'est pas tout. Durant les mois suivants, je n'ai plus pensé à l'incident, après en avoir ri. Le Moine de Saire n'était plus qu'une vieille légende, dont le rationalisme de notre époque avait triomphé. Est arrivé le mois d'août ; nous revenions d'un séjour en Espagne. Je me suis remis à mon énorme travail sur le port de Cherbourg en 1944, avec ses quelque 1080 photos et ses innombrables documents en cours d'identification. Et puis un beau matin, stupeur : à l'ouverture de mon gros ordinateur, je n'ai plus rien retrouvé, non seulement des fichiers sur lesquels je travaillais encore la veille au soir, mais aussi de quantité de travaux antérieurs. Où étaient-ils passés ? Je me précipite chez l'informaticien. Diagnostic trois jours plus tard : « Vous êtes victime d'une panne rarissime. Ce n'est pas un virus, mais autre chose. Nous n'avons encore jamais vu cela : l'horloge interne semble s'être détraquée. Aucun fichier ne semble détruit, mais un certain nombre - des milliers, sinon des dizaines de milliers - semblent avoir changé à la fois de nom et de place, devenant des fichiers temporaires difficiles à identifier. Une bonne partie de l'année 2008 est ainsi perdue, ou égarée quelque part. En revanche, fait bizarre : le travail des années antérieures est intact. » Par malheur, les photos que nous venions de ramener d'Espagne, pas encore sauvegardées, étaient ainsi perdues sans espoir.

Je te cite textuellement la réponse, proprement surréaliste, du système d'exploitation de la machine, quand je lui réclamais un fichier en l'appelant par son nom : « Nous confirmons que le fichier demandé existe. Nous ignorons où il est ». De quoi rêver ! Entre informatique et sorcellerie... J'ai conservé le disque dur incriminé, proprement inexploitable. Et là-dedans, bien sûr, parmi les fichiers perdus... la conférence où il était question du Moine de Saire ! Par négligence, je n'avais pas sauvegardé le texte ailleurs, puisqu'il était aussi sur ma clé USB ; mais pas de chance : quelques semaines auparavant, j'avais « nettoyé » la clé USB pour faire de la place, et la conférence avec !

Pas grave, me suis-je dit, puisque j'ai gardé le texte en « sortie papier ». Eh bien, voici la meilleure : malgré toutes mes recherches, impossible de remettre la main sur le texte papier non plus. Jusqu'à nouvel ordre, il ne reste donc plus aucune trace de mon texte sur le Moine de Saire !

Conclusion : faisons froidement la part des choses. Je ne pense pas qu'il soit dans le pouvoir du spectre de faire disparaître mon travail ; en revanche, comme je le sais malicieux, j'ai tout lieu de croire qu'il l'a planqué quelque part...

Robert Lerouvillois, 12 décembre 2009