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18/11/2014

La sobriété heureuse

Pierre Rabhi, décroissance,jardinage,soupe de légumes

 

Giuseppe Arcimboldo, Les quatre saisons dans une tête

 

 

On entend de plus en plus des grands esprits nous suggérer que la croissance économique est un leurre et qu’à ce rythme il va nous falloir deux planètes. Nous sommes menacés de laisser à nos enfants un désert et un désastre. Pierre Rabhi est la figure emblématique de ce courant de pensée qui professe la sobriété heureuse avec le retour à la frugalité paysanne et aux valeurs de la terre, une terre mère de toutes les vertus. Cette paysannerie n’a jamais existé, sauf contrainte et forcée. Elle a en effet toujours été la dernière à bénéficier des « bonheurs » de la modernité, pour sa santé, pour son éducation et pour son confort. Aujourd’hui elle a rattrapé une partie de ses retards, mais elle s’est contractée au point de ne plus représenter que quelques pour cent de notre population active. Malgré cela, elle est rongée à ses marges par des poches de pauvreté qui touchent les agriculteurs n’ayant pas pu ou pas su évoluer avec leur temps. Le recours à la terre avec des techniques à l’ancienne est une question dépassée. Personne aujourd’hui ne peut gagner sa vie avec une pelle et une pioche.

La décroissance signifie la stagnation de la vie économique et de la production de richesses. A l’échelle internationale comme à celle de la France, elle supposerait que tout le monde soit satisfait de son sort et qu’il n’y a aucune raison de produire de nouveaux biens. Elle supposerait également que l’état des techniques et des sciences  ne mérite pas qu’on s’y intéresse. Comment imaginer que nos sociétés urbaines organisées aujourd’hui en métropoles  n’ont plus besoin tout soudainement de progrès ? C’est bien sûr impossible ! Aujourd’hui comme hier, nous voulons de meilleures écoles  et des crèches plus nombreuses, nous voulons toujours plus de chercheurs et de savants, nous prions pour  la fin du cancer et le contrôle  de la maladie d’Alzheimer, nous réclamons des transports propres et des routes sûres, nous considérons comme un dû la paix et la sécurité ! Le progrès est bien la motivation profonde de nos démocraties qui aspirent  sans cesse à faire reculer les frontières de la connaissance et du bien-être .

Personne ne  peut nous faire croire que nous obtiendrons tout cela sans produire les ressources nécessaires. Que les adeptes de la sobriété aillent vivre dans les pays pauvres et ils ne se poseront plus la question ! Le respect de l’environnement, ou plus exactement,  l’engagement écologique a un coût, il exige plus de recherches, plus de gestion, plus de culture. L’écologie est le grand  luxe des pays riches ! En professant moins de croissance, on prêche contre le progrès de l'humanité. La protection de l’eau et des paysages n’est pas  gratuite, le recyclage des déchets a un coût,  la reconversion à des sources d’énergie moins polluantes que le nucléaire et plus durables que le pétrole ou le charbon exige de lourds investissements !

On entend souvent dire que nous laissons une dette publique colossale à nos enfants. On peut aussi avancer qu’on leur lègue  des actifs considérables qui se traduisent par un confort d’existence jamais égalé dans le passé et une espérance de vie constamment  améliorée, sans compter un capital scientifique qui sera leur opulent viatique. La sobriété heureuse n’est qu’un passe- temps  pour philosophe monomaniaque. L’alimentation, la santé, l’éducation, la sécurité doivent être assurées pour des dizaines de millions de personnes qui vivent dans nos mégapoles en gestation. Nous ne sommes pas dans des villages de l’Ardèche où se réfugient tranquillement les babacools partageant avec bonheur et subtilité leurs fromages et leurs salades. Ces gens ont le droit de se mettre en marge des grands flux économiques mais ils doivent savoir que nonobstant, ils bénéficient comme tout le monde et c’est bien ainsi, des acquis et des secours dispensés par un Etat solidaire qui tente de n’abandonner personne, en aucun lieu. Gagnant peu, ils paient peu d’impôts. La sobriété heureuse  et autarcique des gourous m’apparaît comme un exercice cynique d’individualisme.

On voit bien que la décroissance réduisant l’activité humaine à la satisfaction des besoins essentiels de se nourrir voire de se soigner (bien sûr avec des plantes médicinales) n’est pas transposable à nos sociétés d’aujourd’hui. Le vieux sage Pierre Rabhi n’est en réalité qu’un marchand de rêve que nos médias et nos politiciens adorent. Il entraîne aujourd’hui des millions d’hommes et de femmes qui passent des heures à gratter la terre dans les petits jardins de leurs jolis pavillons. Après l’habitat à énergie positive, on s’organise en autonomie potagère. Bravo si la soupe est bonne, mais je doute qu’elle suffise aux besoins de nos contemporains !  

11/11/2014

L'imposture du barrage de Sivens

 

 

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Irrigation avec un puits à délou au Sahara

 

 

Le « barrage » de Sivens est un cas d’école. Au départ, il s’agit seulement de réguler le cours d’une modeste rivière. Nous avons tous appris  à l’école que le climat méditerranéen est particulièrement irrégulier, avec des pluies violentes aux saisons intermédiaires, comme on peut l’observer ces jours-ci et de longues sécheresses en été, que les Verts mettent à profit pour taper sur les producteurs de maïs qui « gaspillent » l’eau si précieuse. La construction de retenues permet de conserver un débit d’étiage significatif toute l’année et d’avoir des réserves pour irriguer en été. On peut ainsi cultiver  des fruits et des légumes à forte valeur ajoutée ou bien du maïs ou toute autre culture fourragère permettant de sécuriser l’alimentation des  troupeaux. De plus, Le « lac » réservoir attire les oiseaux et toute  la faune aquatique qui  trouve des conditions pérennes d’existence. Enfin, cerise sur le gâteau, la retenue est  un endroit de minéralisation des matières organiques et de dépollution bactérienne et chimique de l’eau. Le « barrage » de Sivens est donc un aménagement qui permet de tempérer de manière écologique les excès d’un climat contrasté pour le bénéfice de l’agriculture, mais aussi pour celui de la flore et de la faune, tout en protégeant l’environnement

Bien sûr, la retenue de Sivens tend globalement à remplacer un écosystème par un autre. C’est ce que refusent les écologistes qui considèrent l’existant comme naturel et donc légitime, bien supérieur aux autres. La contradiction se niche dans cette conception courante mais complètement erronée. Chacun sait que nos campagnes françaises ont toutes une longue histoire de fréquentation et d’exploitation par nos sociétés rurales et qu’aucune n’est « naturelle » qu’il s’agisse des bocages de l’Ouest ou des plaines labourées du Bassin parisien.  Partout, nos forêts sont plantées, nos flancs de montagne pâturés et nos marais « hortillonés » ! Nos paysages sont en tous lieux humanisés et les écosystèmes sont le résultat des pacages, des brulis, des défrichages, des épierrages, et des aménagements divers dus aux générations successives de moines et de serfs. Les écosystèmes naturels n’existent plus depuis bien longtemps. On connaît d’ailleurs beaucoup d’exemples dans lesquels la mise en défens aboutit à une régression de la biodiversité et se termine par l’invasion de végétaux  sans intérêt comme les roselières et les ronciers. La réalité est que nos écologistes primaires sont des conservateurs nés : ne rien toucher, ne rien bouger. La pire des attitudes !

Evidemment a Sivens, avec la régulation du débit les lieux vont changer considérablement. La sauvegarde d’un écoulement pérenne va provoquer des changements de la faune et de la flore, au moins en partie. Cependant, le nouvel écosystème sera tout aussi « naturel » que le précédent et il se pourrait d’ailleurs que la biodiversité en soit améliorée. Monsieur Bové, qui se campe en expert, déclare qu’à cause du réchauffement climatique cette pratique  est dépassée ! Et moi qui croyais qu’il fallait s’adapter à la sécheresse dont nous menacent les Verts chaque été. L’évidence est au contraire que l’agriculture irriguée est beaucoup plus productive et économe de moyens que les cultures en sec. Dans la chaîne de production agricole un seul facteur défaillant peut annuler tous les autres. Vous avez labouré, semé, fertilisé, payé la terre et le personnel, mais c’est en pure perte si la pluie attendue ne vient pas ! L’agriculture n’est qu’une longue lutte contre les aléas climatiques. Nul ne peut l’ignorer. Monsieur Bové est un drôle de coco agricole !

 Je veux bien que Rémi Fraisse ait été un botaniste amoureux des fleurs et des arbres comme je le suis moi-même et des millions  de gens avec moi. Dans ce cas que faisait-il  à deux heures du matin au milieu de casseurs et des forces de gendarmerie ?  Maintenant c’est fait, on ne reviendra pas en arrière et les écolos ont leur martyr. Ils comptent bien l’exploiter jusqu’à l’os même si la cause de départ est injuste et erronée. Les Verts condamnent l’agriculture irriguée pour cause…de réchauffement climatique. Avec deux sous de bon sens, on conçoit que plus l’aridité menace, et plus la nécessité d’irriguer s’impose,  sauf à se reconvertir  dans l’élevage de dromadaires !

Pas un seul journaliste n’a relevé cette grossière contradiction des écolos. Seuls les agriculteurs savent que pour obtenir une bonne récolte il faut de la chaleur, de la lumière et de l’eau ! Quelle que soit la plante ! Bien sûr,  il y a des cultures d’hiver comme le blé et des cultures d’été comme le maïs mais les spécialistes savent bien que par kg de matière sèche, il faut grosso modo la même quantité d’eau. En hiver elle tombe du ciel, en été et sous ce climat, il faut taper dans les réserves, sauf pour la vigne qui est capable avec son enracinement profond de puiser l’eau phréatique.

Le procès agronomique instruit par le trio Bové-Mamère-Duflot est donc un très mauvais procès ! Soit !  Tout le monde peut se tromper et être victime de son idéologie ou de ses hormones. Ce qui est moins admissible, c’est l’alliance des prêcheurs moralisateurs verts avec les altermondialistes  et les casseurs, les fameux zadistes. Avec ces derniers, le combat change de dimension. Ils honnissent  la démocratie au nom d’un nihilisme asocial et anarchiste qui ne laisse aucune place à la négociation. Notre société, qui est heureusement une société de droit, a le devoir de se défendre. C’est ici que les apprentis sorciers entrent en jeu. Les Verts, tout en se désolidarisant des activistes se désignent comme les victimes de la répression et crient à la dictature. Le retournement est total et révoltant et il est doublé d'un délit de démocratie.

Ces gens-là sont d’une telle mauvaise foi qu’on espère bien qu’ils n’accéderont jamais aux commandes. Ce sont des imposteurs qui font beaucoup de mal à la véritable écologie intelligente et progressiste.  Malgré tout, ils parviennent par leurs techniques de communication démagogiques à imprégner l’opinion de leurs combats douteux, malthusiens et totalitaires. Pas de nucléaire, pas de gaz de schistes, pas d’OGM, pas d’autos même électriques, pas d’agriculture intensive, pas de camions, voire pas de transports du tout ! Une addition de refus qui ne sert aucune cause et bloque le dynamisme du pays. Après tout ça, allez-vous étonner que la France soit en panne !

13/09/2014

La pêche à la baleine

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A la pêche à la baleine je ne suis pas allé depuis trop longtemps, à cause du mauvais temps, des vagues et du vent. Je dois avouer aussi mes insomnies,  ma façon de verrouiller les capots et de clore le  rideau de  mon alcôve. Il faut dire aussi que tout est interdit aujourd’hui, surtout la chasse aux cétacés, même pour manger, encore plus pour s’éclairer avec les grassets d’avant. Pourtant comme énergie renouvelable on ne fait pas mieux, il suffit d’élever des baleineaux.

Il y a heureusement une sorte de cachalot qu’on peut encore attraper, c’est la baleine bleue à yeux bleus qui n’est pas au catalogue. Il faut y aller nuitamment, en baleinière par gros temps. C’est l’oncle du cousin Gaston qui m’a montré. Il est revenu une fois, trempé comme une soupe en jetant le bestiau sur la table avec un grand couteau. Il a dit « Dépêchez-vous de la dépecer, j’ai faim, j’ai soif, je veux manger »

Pas de chance, c’est la baleine qui a pris le couteau et poignardé l’oncle à Gaston en plein cœur et puis ensuite elle est partie. Depuis cette affaire je me méfie. J’ai congédié le fainéant de Gaston et j’ai acheté une très grande marmite. Quand, au cœur de la nuit, je pique une énorme baleine avec mon harpon, je lui demande d’abord poliment si je peux la découper en petits morceaux façon lardons. En cas de refus, je me dépêche de la remettre à l'eau.

Avec ma longue expérience, je rentre rarement bredouille et je peux chaque jour, faire bouillir ma tambouille. Grâce aux leçons de l’oncle à Gaston, ma vie est comme un rêve ininterrompu, malgré le grand nombre d’imbéciles de toute nature qui vivent à vélo ou dans le métro. Je suis le dernier pêcheur de cachalots qui prend l’eau chaque jour avec son bateau. Si on écoutait les écolos, même en canot, les captures de baleines bleues à yeux bleues seraient interdites.

Je refuse de m’embarquer dans cette galère car il ne faut pas confondre Jacques Prévert avec un chasseur de panthères. Il a toujours soutenu Dieu le Père sur son nuage amiral et mis en boite les gros thons. C’est dire si je rigole en lançant mon harpon dans la nuit absconse car j’ai toujours l’espoir de ramener un individu de la plus grosse espèce. J’en fais toute une histoire, bien au chaud sous ma couette, quand je suis rentré de la mer, je rêve de faire tirer mon doris par un chameau pour exterminer des baleines vertes.

Il faut dire que les baleines vertes sont mes ennemies. Elles ont les yeux rouges et elles se déplacent en bandes. Elles chassent en meute en éructant de la bave et des cris d’orfraie. On dit qu’elles se sont échappées d’un zoo et qu’elles prolifèrent. Elles ont un téléphone portable et n’arrêtent pas de faire des twitts. Elles disent n’importe quoi, elles hurlent avec les loups. Ces bêtes-là me donnent des boutons. Elles me gâchent mes nuits et mes jours et mes parties de pêche, car elles sont racistes, menteuses et manipulatrices. Parfois je me demande si nous n’allons pas être submergés, sous l’effet du ressac, par une marée de vert-de-gris poussant des troupeaux de pyjamas rayés.

Nous vivons une drôle d’époque. Au nom de la biodiversité on laisse se multiplier les baleines vertes et les gros thons. Il est urgent que les philosophes se réveillent et trouvent quelque chose à dire de sensé qui tire nos compatriotes vers le haut. Pour ma part quand je suis à la pêche à la baleine, j’ai souvent le sentiment qu’un monde ancien s’écroule sans qu’il soit remplacé par autre chose qu’une grosse pagaille individualiste, égoïste et populiste, un champ de bataille sans queue ni tête. Je me dis alors qu’Il est grand temps, pour nous les hommes et les femmes libres, d’avoir enfin pitié de nous-mêmes !

17/05/2014

Joli mois de mai ...

 

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Henri Matisse : Le bonheur de vivre

 

Sur le flanc des coteaux les chevaux dévalent en fulgurante cavalcade, à travers  le tapis des prairies fleuries et le damier des ormes  devenus de plantureux porte-étendard.

Les écrans de mon enfance s’allument comme à Las Vegas. Ils  lancent des éclairs à l'image de cette anguille qui sillonne les pierres de la rivière musicale et entêtée. Dessous les branches, les écrevisses mènent de furieuses batailles pendant que la biche boit  et que le martin-pêcheur file entre les saules.

A la sortie du bois,  les dames jacassent au lavoir en tordant les draps de leurs bras musculeux, bien campées sur leurs fesses massives. Elles dilatent leur généreux poitrail  pour mieux respirer et hausser la voix. Jean,  l’homme qui mène son percheron à l’abreuvoir leur lance des quolibets envieux qui raillent leurs attraits. L’étalon à l’unisson fume des naseaux et gratte du sabot en voyant ses femmes brasser l’eau savonneuse. Instant de grâce, il tire sur sa longe et va seul boire à l’ombre de l’aubépine rose.

Dans le pré du bas sèche l’herbe tendre. En prenant les andins de ma fourche légère en bois de frêne je retourne les herbes odorantes de menthe et de camomille. Devant moi marche Maria, balançant du même pas. Je ne vois que sa taille souple et son beau cul qui rythme la marche, sous sa blouse légère. En bas coule la rivière et s’agitent les peupliers dans l’air tiède de l’après-midi.

Ainsi naissait le désir par une belle soirée de printemps. Je me moquais des tocsins et j’ignorais les cimetières. Je me rendais à l’église pour écouter et admirer la fille charmeuse et inoubliable qui jouait si bien de l’harmonium, en inclinant son chignon opulent. J’étais comme un grain de blé qui germe, qui grandit et qui fleurit.

Les moissons et les vendanges n’ont cessé de  se succéder dans ma longue vie. Aujourd’hui passent et repassent les charrettes de la mémoire. Elles convoient inlassablement  l'ultime  consolation des vieillards interdits et transis qui tendent leurs corps fatigués aux rayons doux du soleil de mai..

11/05/2014

J'ai fait un rêve...

 

Max Ernst Les dieux sombres

 

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C’est un  lecteur du Monde qui le remarque benoitement la semaine dernière : José Bové ne manque jamais une occasion de s’afficher dans les champs de maïs en arracheur d’ OGM, mais en revanche on ne l’a jamais vu arracher un plant de tabac. Il est pourtant avéré que les OGM n’ont jamais tué personne et tout aussi vrai que l’herbe à Nicot est une exceptionnelle pourvoyeuse de cancers. J’imagine que ce Gaulois d’opérette aurait l’air ridicule avec sa pipe au bec !  On mesure ainsi les profondeurs d’incohérence dans lesquels nagent nos écolos.

L’incongruité de la croisade anti-OGM  éclate quand on voit ces gens organiser des manifestations contre le riz doré, variété OGM destinée à combler le déficit en  vitamine A de certaines populations ou encore s’opposer à l’utilisation au Brésil d’un moustique  génétiquement modifié pour tarir les vecteurs de la dengue, en préférant prolonger une lutte chimique pourtant bien nocive pour l’environnement vu son absence de discrimination entre les bons et les mauvais insectes et l’accumulation de résidus.

Parvenir à convaincre 80% de notre opinion nationale de la nocivité des OGM sur des bases scientifiques aussi fragiles est une réelle performance. Elle témoigne d’une science de la communication  tout à fait étonnante. Alors qu’on a toutes les peines du monde à convaincre  nos compatriotes des dangers de la vitesse sur la route,  des effets désastreux de l’abus d’alcool et des méfaits du tabac, tous faits bien réels, mesurés, observés et non contestés, les écolos ont réussi  à dresser les trois quarts des Français contre le génie génétique qui va être dans notre siècle et qu’on le veuille ou non, la source de progrès révolutionnaires pour notre agriculture et notre santé.

Ma conclusion c’est qu’il est plus facile d’inquiéter nos contemporains avec un danger virtuel au nom du principe de précaution que de leur faire tourner le dos à des pratiques dangereuses concrètes et caractérisées. Ce n’est qu’une question de foi  prêchée  par des gourous et propagée par des adeptes innocents et victimes de leur ignorance. José Bové possède du gourou les caractéristiques habituelles, un air de paysan madré qu’il n’a jamais été  et un système pileux d’envergure folklorique rappelant Astérix et  des victoires contre les Romains que nous n’avons jamais remportées. José Bové en champion gaulois du petit village France  fait rêver les Français malmenés par le progrès et la mondialisation. IL développe un argumentaire  complètement hors de raison mais qui frappe loin et fort dans l’imaginaire des citoyens..

Pour compléter cet aspect du lanceur d’alerte qui a raison seul contre tous, notre petit bonhomme en mousse ne dédaigne pas quelques actions illégales comme de faucher les maïs du voisin ou de démonter le Mac Do du coin. Il est de bon ton face aux collègues de la Confédération paysanne de montrer un peu d’hostilité aux Yankees et de ranger la Monsanto parmi les ennemis publics N°1, plus honnie chez les écolos que Al Queida ! Le village est cerné ! Nous sommes ainsi presque les derniers opposants aux cultures OGM  dans le monde moderne

En réalité l’ancien gardien de chèvres du Larzac est un conservateur et un réactionnaire, à la remorque d’idées rétrogrades dont les racines se nourrissent du vieil héritage  communiste français, fils aîné du stalinisme. Ses prises de position récentes à propos de la PMA le poussent encore plus loin sous les jupes incertaines de Madame Boutin.

Alors à mon tour je fais un rêve. José Bové est assis dans mon salon de coiffure avec serviettes chaudes et savon à barbe abondant. Comme dans les westerns,  je sors mon grand rasoir coupe-choux que je viens d’affûter avec un sourire sardonique. Sans mot dire, en deux coups secs je fais tomber les bacchantes du gourou pris au piège ! L’homme repart tout penaud les épaules tombantes vaincu comme un Samson tondu par la belle Dalila. Dans les semaines suivantes les chroniqueurs des média se relaient pour condamner puis déplorer l’attentat. Les sondages suivants montrent un fléchissement de la popularité du personnage  puis son affaissement . En six mois José Bové a disparu des médias. Cet homme sans moustaches n’est plus qu’un Pinocchio dont le nez s’allonge à chaque mot qu'il prononce.

Pour finir, j’obligerais bien en punition le gourou déchu à gagner sa vie avec pour tous outils, une faucille et un marteau, dont on sait que la productivité n’a guère augmenté depuis le servage et les kolkhozes. Il apprendrait à ses dépens que c’est plus facile de dire n’importe quoi en agitant ses belles bacchantes  que de gagner son pain à la sueur de son front. Il pourrait ainsi méditer avec les petits paysans  appauvris et trompés par ses discours, sur les duretés du travail de la terre aujourd’hui.