lalettreducotentin

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

08/05/2015

Echelles de perroquet

cantonales,ps,val de saire

 

Du temps de ma belle jeunesse de botaniste, en herborisant dans l’Ouarsenis avec mes étudiants sous la houlette d’Alexis Monjauze, le regretté défenseur de la forêt méditerranéenne, je me souviens d’une colère mémorable du saint homme devant les échelles de perroquet qui sculptaient la silhouette toute particulière des chênes verts qui en dessous de 2000 mètres, font l’essentiel de la végétation arborescente des sommets. Nous étions en mai 1968 et le moutonnement des massifs dans l’air violet du petit matin donnait une résonnance étrange au discours passionné du maître. Il s’emportait dans le registre qu’il affectionnait, contre la chèvre « le râteau du désert » et contre ces maudits bédouins qui transformaient « ses »  malheureux arbres en réserve vivante  de fourrage ! Les moignons laissés en bonne place servaient d’échelons pour parvenir dans les dernières ramures qu’on jetait aux bêtes, après les avoir cassées ou cisaillées à coups de pierre. La forêt était domaniale, c’était ses arbres, sa forêt et sa montagne !

Je me demande  pourquoi, en voyant mon parti trahi et vilipendé, cette image s’est imposée à mon esprit. Pour les botanistes,  qui sont bien sûr d’une autre trempe que les écolos en peau de lapin des boulevards, le bédouin est un ennemi. Dès qu’une fleur apparaît quelque part, qu’une graine germe ou qu’une touffe de sparte s’accroche aux éboulis, le bédouin se précipite, les chèvres en première ligne et c’est la dévastation. Quand il n’y a plus rien on monte aux arbres ! Bien sûr, pour faire ça il faut y être poussé par la misère.

Ce n’est pas le cas de nos charmants militants du PS qui ont de tout à gogo, des belles maisons et de bonnes retraites. En général ils n’ont pas fait grandes étincelles de leur vie, sinon utilisé leurs charmes, leurs études, et leurs héritages pour se livrer à des jeux de rôles sans imagination, destinés à satisfaire leur égo et leur goût trivial pour les rapports de force. Peu créatifs, ce sont des besogneux de la politique,  des bédouins intellectuels prêts à faire profit de la moindre brindille idéologique, pour peu qu’elle serve leurs intérêts immédiats.

L’exemple des programmes électoraux des dernières cantonales est singulièrement éclairant ! Les tracts sont remplis par les poncifs dont on croit qu’ils vont rapporter des voix. Voilà des sous, voilà des services, et plus de bonheur !  On se croirait dans une carte de vœux de nouvel an. Et si on se persuade que l’étiquette du PS fait peur à l’électeur, on prend le faux nez de « divers gauche »,  fut-ce avec sa carte du PS dans sa poche. Chez mon marchand de légumes,  j’appelle ça du fardage.  Voyez comme je suis bon, voyez comme je suis beau ! Il y a du mépris pour le populo là-dedans. Heureusement le populo est plus malin que ces pitoyables tours de marionnettes !

Car enfin si on prétend faire de la politique c’est qu’on veut  apporter sa part de solutions, qu’on veut inventer quelque chose, ou au moins qu’on se croit capable de le faire. Il ne s’agit pas pour glaner quelques voix de promettre aux électeurs ce qu’ils ont envie d’entendre. On a l’habitude en bon français d’appeler ça de la démagogie. Il faut avoir le courage  au contraire d’identifier les vraies difficultés et d’énoncer des propositions susceptibles de les résoudre, même si elles ne plaisent pas à tout le monde ! J’enrage de ne pas avoir été écouté à propos du regroupement communal, dont j’entends partout aujourd’hui que tout le monde le veut !

Heureusement le ridicule finit par tuer. Quand vous montez aux arbres tout occupé à caqueter, vous vous trouvez obligé d’en exposer à chaque échelon un peu plus, et de découvrir le fond de votre culotte idéologique. Et le plus souvent, on s’aperçoit qu’il s’agit de vieux caleçons bariolés et recyclés, issus de bribes de mémoire collectées au gré des circonstances, s’effilochant dans le flou des souvenirs. On ne grimpe pas très haut sans fondement ni verticalité.

Ces apprentis politiciens de l’illusion se trouvent rapidement à court d’idées.  Le sens véritable des évènements leur échappe. Leurs choix sont circonstanciels et subjectifs. Ils nous font courir de graves dangers car ils ignorent l’étendue de leur ignorance et font preuve d’une incroyable suffisance. Par conséquence ils se retrouvent  dans l’impossibilité d’anticiper les évolutions de l’opinion et d’être en phase avec le mouvement des idées. Livrés à une certaine vacuité intellectuelle ils réservent leur énergie  aux petits mensonges, aux combines hypocrites et aux grosses ficelles !

Je suis véritablement fatigué de cette guéguerre des boutons stérile et sans grandeur. Je rêve d’un monde  dans lequel on se respecterait les uns et les autres,  en écoutant ceux qui parlent et en lisant  ceux qui écrivent. Un monde ou la fidélité et la loyauté resteraient des vertus reconnues qui permettraient le dialogue entre les individus, seule source, in fine, de progrès. Au lieu de ça on assiste au spectacle indigent des perroquets dans la jungle, multicolores et grégaires, autistes et indifférents.

 

cantonales,ps,val de saire

 

 

 

 

13/03/2015

La droite impossible

 

 valls 4.jpeg

 L’attitude de l’UMP dans la campagne électorale des élections départementales est difficile à comprendre. Je ne vois pas en quoi ce parti peut gagner des voix en accusant le PS de faire monter le FN. Tout indique, que ce soient les sondages ou les élections partielles, que les renforts principaux du FN sont des transfuges de l’UMP. Cinquante pour cent des troupes de ce parti réclament un accord avec Marine Le Pen et font état de leur proximité avec le Front. Je ne vois pas en quoi la droite UMP/UDI va freiner ce siphonage en accusant le gouvernement de tous les maux. On a seulement l’impression que ce faisant on cherche à se faire plaisir et à se donner une image d’opposant sans peur et sans reproche propre à satisfaire ses propres partisans, qui de toute manière vont voter pour l’UMP. Les cadres veulent se montrer en phase avec  l’agressivité haineuse qui anime les  militants vis-à-vis de la gauche et surtout du Président Hollande. On en voit les effets désastreux sur les sorties de plus en plus vulgaires de Sarkozy en campagne qui s'attaque directement aux personnes de Hollande, de Valls ou de Macron.

Ces facilités médiatiques ne collent pas du tout avec la campagne sur le terrain, menée non par des militants mais par des notables, des maires, ou des conseillers généraux sortants qui ont l’expérience des réalités locales et sont loin de céder à ces excès. Il suffit de comparer les tracts électoraux du PS ou DVG avec ceux des divers-droite ou de l’UMP pour constater qu’ils se ressemblent comme deux gouttes d’eau. Il faut vraiment chercher dans les nuances. Aucun sympathisant du FN n’y trouvera de quoi remettre en doute le slogan de l’UMPS cher à ce Parti.  En réalité, droite républicaine et social-démocratie forment un bloc beaucoup plus homogène qu’on ne le croit quand il s’agit des compétences départementales. Il n’y a pas trente-six façons de gérer la solidarité sociale, les maisons de retraite et les aides aux handicapés, ou de construire des  collèges et des routes. Les réalités sont contraignantes !

On en comprend d’autant moins les attaques accusant le PS de faire monter le FN ! La plupart des déçus du PS  ne sont tentés ni par le FN, ni par l’UMP, ils s’abstiennent ! Il est dérisoire de remonter  à Mitterrand,  quarante ans en arrière ! Comme si nous n’étions pas dans une période complètement différente dans laquelle l’Union de la Gauche a vécu, remplacée par un PS social-démocrate dont on n’osait même pas prononcer le nom jadis. Les réflexes du Centre et de la Droite classique semblent pavloviens, archaïques. Ils témoignent d’une incurable paresse idéologique.

L’UMP,  malgré le danger,  continue à tenir le discours ambigu du « ni, ni » ou du vote blanc. Ce Parti s’avère incapable  de faire le ménage parmi ses leaders et de se débarrasser d’une aile sarkozyste empêtrée dans les affaires avec les Balkany, les Copé, les Guéant, avec Bygmalion, Bettancourt, Karachi, Khadafi. Il y a pléthore. Mais le plus grave est le tarissement idéologique. Chaque leader surveille l’autre avec un fusil à tirer dans les coins. On entend bien les surenchères sur  l’Europe, sur les déficits, sur l’amaigrissement de l’Etat et la réduction des aides sociales, mais on  reste muet sur la préférence nationale, sur la politique d’immigration et sur l’islamo-arabophobie.

J’attends l’UMP sur cette ligne de démarcation !  L’exemple de Mélenchon impressionne,  qui,  après une bonne campagne présidentielle a perdu toute crédibilité « populaire » suite à son discours de Marseille pro-arabe. Il se passera la même chose quand l’UMP se désolidarisera hautement et clairement du racisme et de la xénophobie véhiculés par les lepenistes.

Ce jour-là, il restera un Parti de droite, vraiment conservateur, raciste et réactionnaire  noyauté par les Frontistes actuels, accompagnés des transfuges de la Droite forte, genre Wauquiez ou Copé et Hortefeux et de tous ceux qui voudront garder leur poste avec l'aide du FN et ils seront nombreux ! Nous aurons alors un grand parti nationaliste et xénophobe, anti-européen.  En face, va devoir se constituer un Parti Démocrate, défendant les droits de l’homme et la République avec sa devise « Liberté, égalité, fraternité ».Ce Parti sera celui du progrès, du mouvement et de l’ouverture et des personnalités aussi diverses que B.Lemaire, Raffarin, Juppé, Bayrou, Borloo, Valls, Hollande Emmanuel Macron, et Cambadélis pourront s’y exprimer! Y compris cette vieille bique de Martine Aubry ! Je suppose que cela va demander encore beaucoup de temps, mais en 2017, nous allons déjà en tâter. A ce moment-là, le vote pour la droite ou pour la gauche retrouvera tout son sens.

22/02/2015

La fronde inutile

Hamon, Montebourg,Baumel, Paul, Linneman, Aubry, PS, frondeurs

 

L’attitude des « frondeurs » me laisse sans voix. Je sais qu’en politique les préjugés couvent longtemps sous les cendres mal refroidies des passions idéologiques. C’est d’ailleurs l’honneur des militants que de savoir se battre pour leurs idées. Mais il n’y a pas de combat qui vaille sans qu’on en connaisse l’objectif et le sens. Que veulent nos « frondeurs » ?  Que cherchent-ils à obtenir en s’abstenant ou même en votant contre la loi « Macron » ?  Le travail du dimanche n’est  pas vraiment un « casus belli » interne au PS, malgré les efforts pathétiques de Martine Aubry. Sans compter que tous les articles de la fameuse loi ont été abondamment discutés et votés, un par un !

Depuis le début du quinquennat, la gauche de la gauche cherche à se vendre pour exister. Elle ne recule devant aucun coup de Jarnac, aucune trahison, aucune confusion, aucun amalgame, pour marquer sa différence. On l’a vu avec les ministres démissionnaires qui ont pourri la vie des premiers ministres et du Président par des couacs répétés. En faisant fi de toute solidarité de Parti et de toute discipline, les Hamon, Montebourg, Baumel, Paul, sont à la disposition des chaînes d’info continue, trop heureuses d’attiser les zizanies. Ces apprentis leaders ne semblent pas comprendre qu’ils produisent un très mauvais effet dans les rangs  de la plupart des militants ordinaires. Leurs critiques du gouvernement Valls paraissent mal fondées : Ils n’ont pas d’alliances explicites, pas de programmes, pas de stratégie, sauf celle du coup de poignard dans le dos. Ils semblent plus proches de nos adversaires du Front de Gauche, de Mélenchon et de Duflot que de la Charte du Parti que les militants   viennent de réécrire démocratiquement à l’initiative de notre camarade  Cambadelis. Nonobstant, Ils se donnent comme tous les démagogues et malgré leur imposture, des airs outragés de défenseurs du peuple.

Par leur attitude irresponsable, ils creusent un sillon profond leur opposant la grande majorité des sympathisants de gauche qui pour la plupart sont des des réformistes pragmatiques. Les gens de gauche qui forment les gros bataillons électoraux du PS en ont par-dessus la tête d’entendre les Mélenchon, les Duflot, les communistes, critiquer le Président et son gouvernement. Ces braillards donnent une image de la société complètement bloquée, sclérosée, sortie des réalités. Les sondages nous confirment qu’une majorité de Français approuvent la loi Macron. Je trouve absolument insupportable que des gens de notre propre parti, très minoritaires apportent leur renfort aux incantations irresponsables et inutiles de l’extrême gauche. Montebourg, Hamon et les autres frondeurs jouent contre leur camp. J’espère que notre Parti s’en souviendra.

 Sauf à faire une révolution la pique à la main et en oubliant la justice et les règles constitutionnelles, il est inutile de faire croire au peuple qu’on peut raser gratis et prendre aux riches pour donner aux pauvres. La République est avant tout un Etat de droit ! Je me le demande encore : que veulent vraiment nos camarades de la « gauche » du Parti ? Nous voyons le résultat de l’enthousiasme grec pour Tsipras. Les dettes ne s’effacent pas d’un coup de baguette magique. En France, nous ne sommes pas dans l’austérité. La politique hollandiste est mesurée et tente de tenir les deux bouts de la chaîne économique. Aucune des décisions du gouvernement  ne peut expliquer la dissidence de nos camarades.

L’explication la plus plausible, c’est que les « frondeurs » sont persuadés que les réformes entreprises par FH ont fait fuir les militants déçus et que c’est le moment pour eux,  à trois mois du congrès de ramasser les miettes et de se présenter en vainqueurs rue de Solférino. Si c’est bien leur analyse, je crois qu’ils se trompent lourdement. Il n’y a pas de mouvement à gauche dans l’opinion. Il suffit de voir les scores indigents des Front de gauche ou des Ecolos. Dans notre Parti, les cadres « frondeurs » sont inexistants, ils ont disparu de la circulation. Il reste sans doute, plus ou moins discrets, un petit syndicat d’élus ou de politiciens professionnels qui en sont réduits aux manœuvres de sauve-qui-peut. Il y a trop longtemps que ce petit monde a rompu avec l’analyse et la réflexion pour être en mesure de produire des idées nouvelles qui pourraient justifier la dissidence. A la gauche du Parti on agit plutôt comme la CGT en défendant en permanence les avantages acquis. Le conservatisme n’est jamais remis en question. On se croirait encore au temps de la guerre froide. Peu importe que le cinquième de la population active soit au chômage, du moment qu’il est bien indemnisé !

Malheureusement le monde bouge. Le dimanche n’a plus le même sens pour tout le monde, il y a des gens qui aiment travailler, imaginer, créer, lancer des entreprises et comme tout le monde gagner des sous. La vieille gauche a horreur de cela. Elle déteste la nouveauté, l’imagination et l’aventure. Elle veut un cadre bien rigide qui lui assure l’école, la santé, la sécurité, la retraite et si possible pas trop d’étrangers qui viendraient foutre le bazar. Je sais que du côté des humanitaires, des écolos, des gauchos, il y a des gens généreux, dévoués aux causes difficiles et qui travaillent et donnent de leur temps bénévolement. Ils ont cependant un défaut : tous autant comme ils sont, ils ont un leitmotiv : l’Etat doit nous aider, l’Etat doit nous donner des sous !

Il faut qu’on se débarrasse à gauche de cette tentation du tout Etat, de l’addiction à la subvention, à l’argent public dispensé par tous les tiroirs de la République souvent gaspillé, réservé, fléché, parfois à la limite de l’abus de bien social. La chose publique dans leur conception est sans fond, sans limites, sans contrôle. Les électeurs du FN savent cela, ils en ont assez eux qui ne touchent que des miettes et accusent ces messieurs d’être des profiteurs. Dans l’urgence actuelle ce n’est certainement pas Hamon, Montebourg, Paul et les autres qui nous sortiront d’affaire

14/02/2015

La droite qui nous arrive

 

Le Pen.jpeg

 

 

Résumé.   Le 7 février dans le Doubs,  le Front National a reçu le renfort d’une partie de la droite classique et a frôlé la victoire. La nouvelle ligne de partage à droite se fait sur la xénophobie et l’islamophobie.

L’élection du Doubs n’est que le signe avant-coureur d’un bouleversement politique à venir dans le court terme. Le 8 février le PS a sauvé les meubles de justesse face à une candidate FN. Par le passé on aurait pu s’attendre à une victoire facile de la gauche dans cette circonscription dont l’élu était P. Moscovici, un ténor du PS. Au deuxième tour, le candidat de gauche a certes mobilisé ses réserves parmi les abstentionnistes mais il a reçu aussi le concours des électeurs  dits républicains, se reconnaissant du centre droit.  Ce qui est moins habituel c’est que le FN a trouvé également des renforts au deuxième tour et pour l’essentiel parmi les électeurs de l’UMP.

On ne peut mieux constater que la droite classique est aujourd’hui très divisée. Cela s'est vu avec l’impossibilité pour le Conseil National de l’UMP de formuler une position claire pour ce deuxième tour et l’échec de Sarkozy face à une tentative de synthèse rassembleuse. Juppé et quelques autres ont appelé à apporter leurs suffrages au PS, pendant que les autres de la « droite forte », majoritaires, se sont cantonnés au « ni, ni, » sans aucune valeur politique si je puis dire. En réalité, pour ne rien casser,  on a donné l’absolution à la partie de l’électorat qui s’apprêtait à voter FN.

L’évidence aujourd’hui est que la ligne de fracture au sein de  l’opinion à droite repose sur les questions d’identité et sur le rejet des étrangers. L’hostilité aux immigrants et surtout aux  ressortissants arabes ou d’origine arabe, considérés assez indistinctement  comme musulmans, s’installe un peu partout en France (titre du « Monde » cette semaine) . Beaucoup de gens des classes moyennes ou modestes sont exaspérés par la place prise dans la société par les jeunes des quartiers et par les troubles supposés ou réels qu’ils causent à la sécurité et au bon ordre. L’amalgame est permanent entre l’insécurité, les trafics, les attentats, l’abus des aides sociales et la population  arabo-islamique.

Les gens qui votent FN se plaignent d’être abandonnés par les gouvernements successifs. On donne tout à ces jeunes disent-ils, on rénove leurs quartiers et on finance leurs associations. Ils occupent les médias en permanence et pendant ce temps personne ne s’occupe de nous. Nous, salariés, artisans et boutiquiers, chômeurs ou travailleurs au noir, nous nous battons durement pour nous en sortir. Nous souffrons du chômage et de la paupérisation avec des salaires faibles, sans perspectives d’ascension sociale, ni pour nous ni pour nos enfants. Nous avons quitté les banlieues industrielles en friche pour nous réfugier en périphérie urbaine loin des centres, là où les terrains et les maisons sont les moins chères. Nous sommes relégués dans notre propre pays.

Et dans toutes les interviews que j’ai entendues cela se termine à mi-voix avec une sorte de honte : c’est de la faute de tous ces étrangers ! On fait trop pour eux et pas assez pour nous. Le FN n’a pas besoin de longs discours pour convaincre de son hostilité aux immigrants, et de l’authenticité de ses sentiments xénophobes et antisémites. L’islamo-arabophobie fait partie de ses gènes et le démentirait-il que les gens ne le croiraient pas. D’ailleurs le vieux Le Pen les confirme de temps à autre, à sa manière brutale et provocante pour que nul ne l’ignore.

Le FN n’a donc aucun besoin de se forcer à la propagande sur le sujet. Tous les citoyens le connaissent, sa diabolisation repose là-dessus.  Les gens qui votent pour lui le choisissent pour ça et l’avouent avec mauvaise conscience. Ils savent qu’ils transgressent les valeurs républicaines d’égalité et de fraternité, mais ils sont excédés. Le discours revendicatif du Front de gauche ne peut avoir aucune prise sur ces gens,  persuadés que les étrangers mangent le pain des Français. Les efforts de Mélanchon, pourtant bien démagogiques avec ses promesses de redistribution, font flop alors que le FN cartonne. Les électeurs du FN n’ont pas comme les classes moyennes plus aisées les ressources de la culture ou de l’aisance financière pour se mettre à l’abri de cette pression sociale qui leur fait redouter le déclassement.  Ils voient trop bien aujourd’hui que la droite respectable et notable, les NKM et autres forts en thème ne viendront  pas à leur secours. Par la puissance de ce mouvement de rejet ils privent l’UMP de ses voix populaires.

En cas d’élection présidentielle, pour gagner, la droite devra courir après ces électeurs ralliés au FN, mais ce faisant elle se coupera de ses partisans de la droite modérée et du centre, indispensables eux-aussi pour une victoire.
Pour l’UMP, c’est l’alliance impossible de la carpe et du lapin. En réalité, les partisans de la droite dure se sont alliés dans le Doubs au  FN et le mouvement va s’amplifier pour les prochaines élections départementales. Nous devons nous préparer  aux  désertions vers le FN des élus locaux et des cadres moyens  de l’UMP. Les ténors suivront. Le mouvement va être facilité par un  appareil du Parti paralysé par les divisions et par les affaires.

Autrement dit, il ne reste plus pour Marine Le Pen, qu’à décider que l’Europe et l’euro, peuvent devenir acceptables, comme l’a fait Tsipras en Grèce pendant sa campagne. La droite classique se précipitera alors dans ses bras et la Présidence de la République sera à  portée de vote en 2017. Evidemment les UMP républicains vont tenter de se tenir à l’écart,  Juppé,  Raffarin et toute la droite modérée vont se regrouper dans un Centre. Pour gagner contre la Droite pure et dure, le PS devra faire une alliance avec ce centre. Une alliance assez naturelle déjà largement esquissée en 2012, mais qui en 2017 prendra la forme d’accords de gouvernement. Les gaucho-écolos pourront crier à la trahison et aux social-traîtres ! Ils ne pourront s’en prendre qu’à eux-mêmes. Ils refusent de voir la réalité en face et à l’instar de Mélanchon, ils se contentent d’invoquer la Révolution et le marxisme-léninisme. Ce n’est plus le sujet. Comme d’habitude, ces camarades comprendront trop tard. Le processus est enclenché, il ne va plus s’arrêter.

31/01/2015

Plaidoyer pour la commune nouvelle de La-Baie-de-Saire

Thouins et clichoux.jpeg

Illustration de Do Labadie

 

 

La désertification des campagnes est une réalité qui s’affirme toujours un peu plus depuis un demi-siècle à mesure que notre société agricole cède le pas à celle des services et à l’urbanisation généralisée. Notre Val de Saire n’est pas le plus mal placé pour résister à ce mouvement de fond puisqu’il bénéficie d’atouts substantiels que sont un littoral attractif et des plaines agricoles fertiles. Malgré tout on voit bien que se dessinent ici aussi les stigmates du déclassement : une population âgée, des jeunes qui partent pour trouver du travail, des difficultés pour accéder aux soins, des écoles menacées de fermeture, pas d’investissement public, une activité culturelle fatiguée…

Pour l’heure rien n’est dramatique, mais il y a à craindre que l’immobilisme actuel nous mène au déclin. Jusqu’à présent le rôle des hommes politiques était de se tourner vers l’état et de compenser nos manques par des subventions. Le leader politique à la campagne était encore récemment le champion de la subvention. Mais aujourd’hui à force de réclamer à l’Etat, nous l’avons endetté, en s’y mettant tous, on a bien creusé le déficit et accumulé les dettes. A présent il faut tenter d’autres solutions...Elles existent et ne tiennent qu’à nous, notre force, notre imagination, notre audace.

Regardons autour de nous ! Dans la géométrie sociale, nous autres du Val de Saire,  nous sommes à la base de la pyramide républicaine, très enfouis dans la France modeste, peu visibles par ceux qui décident. Nous sommes aux marges, loin des centres, très périphériques, nous sommes ceux pour qui les géographes décrivent une nouvelle fracture sociale. Nous autres gens du bocage, nous sommes très loin de Paris qui écrase tout, encore bien loin de Caen qui nous ignore. Ceci risque de s’aggraver avec la réunification de la Normandie et la disparition plus ou moins annoncée des Conseils généraux. Le dessein du gouvernement est de susciter des grosses communautés de communes qui seraient directement en prise avec les institutions régionales de Rouen-Caen. Mais pour peser dans une grande communauté de communes comme Cotentin-Est (Valognes, Montebourg, Sainte Mère, Saint Sauveur Saint Pierre) il faut que notre petite région soit politiquement puissante. La solution existe, il faut transformer notre canton de Quettehou en commune nouvelle.

Il nous faut  devenir plus forts, plus gros, plus lourds pour peser sur les arbitrages qui se présentent à tout bout de champ dans la vie politique. Imaginons que nous ayons l’audace, le cran, l’imagination, de regrouper les 16 communes du canton de Quettehou, en profitant des facilités accordées aujourd’hui pour les communes nouvelles ainsi créées (maintien de la dotation d’Etat pendant trois ans, avec un bonus de 5% si c’est fait avant janvier 2016). Bien sûr toutes les anciennes communes demeurent sous l’appellation de communes déléguées. Elles gardent leur ancien nom et leur municipalité jusqu’en 2020. Il n’y aura aucun panneau à supprimer, il faudra juste rajouter celui de la commune nouvelle. Avec ça on ne pèse pas loin de dix mille habitants, (9246), c’est-à-dire plus lourd que Valognes (7300) ou Carentan (6500), presque autant que Coutances (10400) et pas loin de Granville (14000).

On change de braquet. On ne prend plus les querelles de clocher pour des raisons d’être, on ne se jalouse pas, on s’entraide. La population ne fait pas tout, il nous faut instaurer un patriotisme de la commune nouvelle. Notre territoire est magnifique, à la fois divers et uni, ce qui n’est pas donné à toutes les communes de France. Nous avons des paysages variés (plages, plaines cultivées, forêts, prairies du bocage) et de l’espace,  des ressources complémentaires, une  pêche active, une agriculture remarquable et un tourisme qui ne demande qu’à grandir. Nous avons tout pour être bien. Il faut seulement avoir le culot d’en profiter. Lancer des projets touristiques (piscine, voile, musées, salles de musique, pistes cyclables), des labels de qualité pour nos produits agricoles, les huîtres et le poisson. Nous pourrions encourager des  nouveaux modes de consommation, des marchés couverts, des foires d’échange avec nos voisins proches ou lointains, et faciliter les circuits courts et la commercialisation directe. On pourrait enfin rationaliser l’aménagement des zones d’activités, les tracés routiers, le désenclavement. Tout deviendrait possible, grâce à notre union, nos synergies, nos différences.

Vous allez me dire, il déménage le vieux. Mais je sais que c’est possible. C’est la voie pour améliorer et dynamiser nos écoles, nos structures de santé, les associations de solidarité et d’entraide. Regroupés dans une seule commune, nous nous  épargnerons  nos querelles ridicules entre clochers rikiki qui paralysent, découragent d’entreprendre, dévaluent nos édiles municipaux et ne mènent qu’à l’immobilisme et à la désertion des plus dynamiques. Pour aujourd’hui,  je me lance, je donne  un nom à cette commune nouvelle, par exemple commune nouvelle  de « La-Baie-de-Saire », ou bien plus joli encore « Ketil-en-Mer ». Le champ des possibles est ouvert, lançons un concours. Et pour finir,  je vous en prie ravalez un peu vos moqueries, réfléchissez, pour nos enfants et pour le 21ème siècle. Il faut prendre le virage de la modernité. Ce virage il se fera avec ou sans nous, alors autant l’organiser au profit de notre petit pays. Si nous réussissons,  alors je vous le répète, je vous le prédis, je vous l’annonce, il fera bon vivre au Val de Saire.