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03/11/2014

Changement de siècle

 

 

éducation,modernité,xxi°siècle

 

Le moment est venu pour moi de faire des bilans, avec le fatalisme qui sied si bien aux vieux barbons. J’ai aujourd’hui l’impression de ne plus appartenir à mon époque. A force d’être à la retraite il ne faut pas que je m’étonne que le monde change dans mon dos en catimini. Pendant que je cherche mes mots ou mes phrases je constate que les jeunes générations s’expriment à toute vitesse à grand renfort de likeurs, de followers et de hachstags. Ma petite fille de dix ans me porte un regard attendri de commisération quand je lui demande de régler mon iphone. Elle délaisse sa tablette le temps de me charger les « applis » nécessaires. Les moins de quarante ans ont internet au bout des doigts, recettes de cuisine, programmes de cinéma, date de naissance de Victor Hugo…Tout y passe.

La connaissance encyclopédique tient dans un boitier pas plus gros qu’un paquet de cigarettes. Toutes les nouvelles y sont, le temps qu’il fait, l’adresse du coiffeur, le livre du Goncourt. Un fatras, un bric-à-brac qui fait penser à un  vide-grenier démesuré, à un million de braderies de Lille. Très rapidement l’usager du web se promène dans tous les étages d’un immense capharnaüm qui ne laisse aucune question sans réponse. Peintres, poètes, assassins, cuistots, sœurs siamoises, outils, bagnoles, PMU, hôtels, maladies, poissons, règlements…ils sont tous là, affichés sur écran, codifiés et alignés…pour plus de détails, affiner la recherche.

Bon, j’avoue que je suis un peu dépassé, alors, va pour la connaissance multiforme et tactile, et feignons d’en être l’organisateur. Je me dis in petto que le monde est sauvé. La somme mondiale des réalités de l’homme et de sa planète tient dans une demi-tablette de chocolat. Merveilleux ! Nous assistons à l’Incroyable succès de la science et de ses technologies, qui démultiplie l’intelligence humaine par l’information. Certes et c’est tant mieux. Mais il y a un revers : la bêtise aussi prend de la voilure, plein pot !  Nous avons des exemples célèbres de Présidents et de Ministres qui sont sans cesse avec leur petite boite noire dans la main, même devant SS le Pape ! Je me demande où et quand ces gens  trouvent la réflexion et la sérénité nécessaires à leur fonction. Soyons lucides ! Si  un amoncellement de faits ou de nouvelles peut nourrir l’immédiat et donner réponse à tout dans l’instant, que peut-on bien en faire si dans sa tête on est incapable de coordonner cet inventaire diabolique ?

Pour dominer le fatras, il faut être équipé du logiciel interne qui permet de trier et d'interpréter. Le logiciel interne est personnel. Il est construit d’intelligence et de culture. Notre tissu cérébral mis en mouvement saute à toute vitesse d’un neurone à l’autre. La pensée emprunte à grande allure des chemins longuement préparés depuis la petite enfance. Les conclusions qui s’affichent tiennent à l’alchimie redoutable de l’expérience passée et du travail incessant de réflexion. N’en déplaise à l’ex-Président, il ne suffit pas de posséder deux neurones comme il dit et de faire du vélo pour devenir génial. Tout au plus devient-on chef de gang dans la cour de récréation !

L’intelligence entraînée est la seule qui permet d’accéder au long terme en respectant la complexité  multifactorielle du réel et de dessiner une conception probable du futur. Si bien informées soient-elles et si réactives, les jeunes générations ne pourront échapper à la nécessaire maturation de l’esprit qu’on acquiert par un patient travail d’analyse, d’évaluation critique et de confrontation avec la pensée des autres, d’hier et d’aujourd’hui. De nos jours comme jamais auparavant, les savoirs factuels sont en toute heure et en tout lieu à portée de main.  Du même coup ils passent au second plan dans l’éducation et la formation de nos enfants. La calculette a fait disparaître le calcul mental de nos écoles, à présent Google rend inutiles des tonnes d’encyclopédies ! En revanche, le lien, l’enchaînement, l’imagination et l’autocritique, la moralité et l’humour, la curiosité et le goût de l’effort  ne sont pas compris dans le lot.

Je ne suis pas un spécialiste mais ce sont justement ces chaînons manquants qui doivent faire la base, le corps de la nouvelle éducation ! Quelle tâche compliquée et exaltante pour nos enseignants d’aujourd’hui que de préparer nos petits oiseaux à chanter juste ! Comment s’y prendre pour que ces nuées de gamins sortent de l’école avec autant de discernement que leurs glorieux ainés choyés par les hussards de Jules Ferry ?  Je lis ici ou là, si j'en crois les enquêtes, que nos maîtres d’école modernes prennent leur boulot avec sérieux et enthousiasme. Malgré les rebuffades de tous bords ils sont peu nombreux à baisser les bras et témoignent du bonheur d'enseigner. Je leur souhaite de réussir et j’espère que la République persistera à leur accorder honneurs et respect. Je suis convaincu que la future génération fera mieux que l’actuelle que je trouve individualiste, matérialiste, consumériste et  bornée, voire inculte et vaniteuse. Ce qu’on a négligé depuis cinquante ans dopés par la dette et les succès technologiques c’est de convaincre nos concitoyens qu’ils devaient leur bonne fortune à la générosité toujours accrue de l’Etat et de son organisation sociale. Aujourd’hui, comme les enfants trop gâtés qui oublient les sacrifices de leurs parents, nos compatriotes ont le culot de croire qu’ils doivent tout à leurs propres mérites. La Patrie, connais pas !

Comme Régis Debray que j’entendais il y a peu, je suis convaincu que nous devons restaurer dans les jeunes esprits le goût de la vie collective et le respect de tous les membres de  notre communauté nationale et européenne. Cela se nomme le patriotisme… Vaste programme ! Les enseignants ont été à la pointe du combat au XX° siècle pour la République laïque et sociale. On les attend aujourd’hui pour dessiner une nouvelle étape qui sera sans doute humaniste et écologique…Mesdames et Messieurs de l’Instruction publique, il est temps de vous remettre à vos porte-plumes. Nous comptons sur vous pour rendre à nos enfants le goût de l’effort sans qu’il soit pour autant nécessaire de se prosterner devant le sempiternel et vulgaire Veau d’Or !

Il n’y a pas de temps à perdre, c’est maintenant que commence pour de vrai le vingt et unième siècle.

05/04/2012

Plaidoyer pour tous les enfants du monde

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 Chagall- Le cirque

 Avertissement

Mercredi 11 avril Bernard Cazeneuve animera un meeting

de soutien à François Hollande,

à la salle des Moulins de Morsalines, à 20h30

 

 

Je me plais à rappeler que j’ai choisi François Hollande dès qu’il a indiqué qu’il serait candidat. Tout autant que le Président sortant me révulse par ses rodomontades, ses vantardises et sa passion de la réussite narcissique, tout autant  je me trouve en accord avec la discrétion, l’humour et la simplicité du candidat socialiste. Je ne suis pas du genre à éplucher les programmes pour y dénicher les détails porteurs de contradictions ou d’ à-peu-près, voire des omissions qui pourraient mériter la critique . Je sais trop bien que tout cela peut être remis en cause, reporté ou raboté et modifié par la conjoncture, par les rapports de force internes, par les évènements internationaux et même par l’état de confiance ou d’anxiété de l’opinion. Je m’en remets donc à François Hollande et à son équipe pour le corpus  de son projet car je sais qu’il est inspiré de notre philosophie socialiste, laquelle  installe au centre de tout,  la justice sociale et le progrès humain.

 

Malgré tout je suis particulièrement accroc à ce que notre lider maximo a désigné comme la priorité des priorités : une politique de la jeunesse. Je suis un vieux militant socialiste mais je suis aussi un (presque trop) vieux papie enthousiaste. Rien ne me transporte plus de bonheur que le regard des enfants qui portent sur le monde une lumière d’espoir sans pareille. Ils ont tout à apprendre, tout à expérimenter, tout à découvrir et j’éprouve souvent un vertige passionné à imaginer ce que ces hommes où ces femmes en devenir vont offrir au monde de demain. Je vois bien dans ma petite troupe toute la diversité des talents, toute la panoplie des aptitudes, tout l’éventail  des envies qui font qu’aucun enfant n’est semblable à un autre et que dans chacun  il y a une réussite, un petit trésor pour l’humanité future. On parle de la pureté des enfants, ce n’est pas cela, ce qu’on voit en réalité, c’est le diamant de la force neuve, qui ne fait aucune place à la résignation, à la compromission, à l’abaissement , à la prudence,  qui s’installent souvent avec les années accumulées.

 

Je parle de mes petits enfants parce que j’ai le bonheur de les voir grandir, progresser, muer, se transformer et sans doute réussir, mais je vous jure que j’éprouve la même émotion avec tous les visages enfantins connus et inconnus que je croise. Je mesure avec émerveillement la profondeur de toutes les chaînes de générations qui nous rattachent aux vieilles origines et qui nous transportent vers le futur. Et je mesure encore mieux les crimes contre nature qui tuent ou qui blessent, qui affament ou qui mettent en esclavage tous ces maillons de la réussite humaine. L’idée de placer la jeunesse au cœur de tout, est le fondement de l’altruisme, c’est à dire de l’espoir de progrès qui est chevillé au cœur de toute femme ou de tout homme.

 

Je vois partout que la vie est dure, que le chômage est galopant, que la misère rôde et que pour beaucoup,  le minimum de confort n’est pas au rendez vous. Certains accusent la mondialisation, cette confrontation de nos états démocratiques et policés avec les pays émergents, devenus les ateliers du monde low-costs, qui mettent en danger nos emplois et notre bien-être. C’est certain, et pourtant il faut bien que les petits brésiliens ou les petits chinois, indiens, bengalis,  s’en sortent,  et après eux aussi tous les petits affamés du continent africain. Notre seule chance, pour nous sauver et sauver le monde,  c’est que nous puissions apporter une plus value d’intelligence, un supplément de créativité et un trop plein d’imagination, que ces pays émergents dans l’urgence,  ont moins le temps de concocter. Les vrais bonus sont ceux de l’invention et de la pertinence, pas les accumulations dérisoires de millions de dollars grattés sur le dos des gens qui travaillent.

 

L’enjeu de la jeunesse va bien au de là d’un enjeu électoral c’est un enjeu de civilisation. Je comprends mieux Vincent Peillon qui répète souvent que nous sommes dans une phase d’abaissement de la France. Un abaissement qui résulte de l’incapacité de mesurer à sa juste valeur l’investissement que nous devons à notre jeunesse, à son éducation, à sa santé, à son instruction, à sa formation. Nos jeunes doivent se saisir de tous les savoirs, de toutes les philosophies, de tous les arts et de toutes les cultures. Dans leurs cerveaux en ébullition, c’est l’addition qui préside avec la confrontation, la comparaison, la mise en perspective, ce n’est pas la sélection, pas la ségrégation, pas la discrimination, issus de jugements de valeur sortis de je ne sais quel ordre social qu’on veut faire domliner et maintenir. Là où la droite se hérisse parce qu’elle a peur des autres, nous gens de gauches devons être au contraire dans la synergie et la symbiose. A l’aune de ce qui se joue ici, les attaques dont sont l’objet les enseignants qu’on essaye de réduire à l’appât du gain,  participent d’une vraie déconstruction de l’idéal civique de l’éducation.

 

Donner à nos enfants la joie de vivre et le bonheur d’apprendre ne sont pas des tâches vulgaires, elles sont au contraire d’une grande exigence et d’une grande noblesse intellectuelles et morales. Toutes les mesures qui rendent la tâche plus difficile à nos professeurs et qui leur dénient la dignité de leur rôle social et civique sont des crimes contre le futur. En accordant la priorité des priorités à l’éducation et la formation de la jeunesse, François Hollande renoue avec les pères fondateurs de la République, avec Jules Ferry, avec Jaurès, avec Mendès France. Je vais voter pour lui des deux mains, pour tous les miens, pour tous les vôtres, et pour tous les enfants de France et de Navarre.