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21/04/2012

Michel Onfray, la calotte, et moi

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 Oeuvre de Robert Combas que j'interprète

comme le portrait du philosophe

Notre philosophe bas-normand vient de se faire remarquer par une courte chronique dans le Monde du 18/04. Je ne me permettrais pas de commenter si je ne me sentais pas une grande proximité avec ses origines sociales, rurales et modestes. Avec vingt ans de décalage son parcours me rappelle beaucoup de mes propres tribulations, en beaucoup plus modeste bien entendu. Je relève malgré tout que son itinéraire scolaire  qui a débuté par un pseudo orphelinat catho, l’a conduit jusqu’à une thèse de troisième cycle dans notre commune Université. Il  enseigné ensuite la philosophie dans un lycée privé, le Sainte Ursule de Caen. Il a dit de son collège qu’il était la fournaise de tous les vices. Je mesure l’aveu. Par miracle, mon collège à moi était à l’inverse,  le lieu de toutes les libertés, républicain,  mixte et contestataire, même si il était logé dans un ancien séminaire Eudiste. J'accorde à cet établissement une grande responsabilité dans mon cheminement vers la contestation, la liberté et l’engagement .

 

Je fais cette remarque parce que je suis capable de sentir à cent lieues l’atmosphère confinée de l’éducation jésuite et catholique, qui bride les consciences et porte au plus haut l’hypocrisie, en construisant dans les âmes les plus infâmes traquenards qu’un gamin normal peut affronter. Souvent d’ailleurs ces pièges de la morale et des sens sont proportionnels à  la dimension mentale et intellectuelle de l’élève. D’évidence Michel Onfray fait partie des grosses têtes. Il est extrêmement doué pour le maniement des idées, pour l’écriture et  pour le débat médiatique. Son succès avec l’Université populaire en est la preuve. Je l’ai entendu hier encore parler avec beaucoup de sensibilité de Robert Combas, le grand peintre sétois.

 

C’est pourquoi je m’interroge sur le parcours politique d’une intelligence aussi brillante qui finalement conduit l’homme à prôner l’abstention dans une élection présidentielle, qui, quoiqu’il dise ou qu’il fasse,  influence de manière décisive sa vie et celle de tous nos compatriotes. Il suffit de considérer la déchéance républicaine, morale et intellectuelle à laquelle nous a menés le mandat qui se termine. Je veux bien croire que pour un esprit exigeant rien n’est assez bien, mais quand j’apprends qu’il a soutenu le gardien de chèvres Bové, je reste coi. Il me faut donc trouver un motif plausible à ce retrait sur la montagne déserte d’où le philosophe prêche …dans le vide

 

La chronique en cause, qui en appelle à Spinoza,  évoque un accès dépressif. Une sorte d’humeur grise  qui ne trouve dans la campagne que des appels aux passions tristes « haine, honte, mépris, douleur, mélancolie, horreur, aversion, dérision, désespoir, dédain, crainte, humilité, déception, respect, pitié, appréhension, indignation, pudeur, envie, stupeur, colère, vengeance, blâme, cruauté, repentir, dépréciation, de soi, jalousie… »

La liste est trop belle et les mots trop charmeurs pour ne pas succomber au plaisir de transcrire cette furieuse énumération. Vraiment Michel Onfray a-t-il  vu tout cela dans les discours de nos candidats ? Parmi les dix, aucun ne trouve grâce ?  Je vois là dedans  une posture d’intellectuel gourmand de mots mais qui boude dans son coin. Au nom de la sociologie, le camarade philosophe devrait trouver la force  de choisir un impétrant, et ne pas s’ affaler  dans le pessimisme et la spéculation solitaires, Spinoza ou pas. A moins qu’en souvenir des psychoses ourdies par les jésuites de sa jeunesse il se sente  terrorisé à la perspective d’un engagement citoyen.

 

L’autre hypothèse, est que le cher philosophe soit tombé en amour et complètement aveuglé par la passion qu’il porte à sa dernière conquête féminine. Rassurez-vous cher lecteur, je ne connais pas personnellement notre héros et ma suggestion ne repose sur aucun fait qui ne serait connu que de moi. Je ne me permettrais jamais d’ailleurs,  de colporter quelque cancan que ce soit et de l’utiliser pour une chronique. Donc toute vraisemblance…serait fortuite. Néanmoins son papier d'hier me fait penser à ceux qui,  saisis par la débauche sentimentale mesurent tout, à l’aune infinie de l’être aimé. Tout le reste devient banal, vulgaire, commun, insuffisant, sans intérêt. Un état d’esprit qui permet d’écrire que pendant la campagne électorale « la grandeur a été invisible, mais pas la petitesse, la mesquinerie, la médiocrité » Je trouve bien sévère ce jugement sur la malheureuse communauté de nos hommes politiques qui, malgré tout,  se dévouent bien plus que lui même, au bon fonctionnement de notre démocratie.

 

Pour finir, mais vous l’avez deviné, je ne peux pas partager les jugements négatifs sur les élections et par voie de conséquence sur les élus et les électeurs, distillés par l’éminent philosophe. Ils sont bien trop généraux d’ailleurs pour conserver quelque vraisemblance. Il m’avait semblé, à tort semble-t-il que Michel Onfray gardait,  malgré tout son fatras philosophique et intellectuel, une solidarité bien vivante avec sa mère et son père , avec son milieu social et avec son terroir. Je suis bien déçu de comprendre que ces liens sont plus pour lui  un fardeau qu’un devoir. Il semble que le philosophe est auréolé de tels succès aujourd’hui, qu’il a versé, provisoirement sans doute, dans un excès de superbe narcissique. C’est une tare qui affecte souvent les génies inachevés.