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15/06/2013

Rats des villes et rats des champs


 

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Les glaneuses de J.F. Millet



Les citadins ont toujours pensé qu’ils étaient bien supérieurs aux bédas.  Les « Parisiens » bien habillés, hâbleurs et prodigues, au moins pendant leurs vacances à la campagne, en ont toujours mis plein la vue aux paysans et aux marins d’ici, depuis que les congés payés existent. Aujourd’hui les perceptions ne sont plus aussi caricaturales et c’est au tour de nos  vacanciers  de rester  baba  devant les drôles de machines qui arpentent nos terres, que ce soit pour récolter les poireaux ou pour « manager » nos vaches laitières. En revanche les citadins qui étouffent dans la fumée incessante de leurs « bagnoles » sont devenus des écolos convaincus et ils recherchent partout, parfois la clope au bec, les molécules coupables de leurs cirrhoses et de leurs cancers. Parmi les pourvoyeurs les plus souvent désignés figurent nos arboriculteurs et nos maraîchers et les agriculteurs en général.

 

 

Oubliant que notre espérance de vie augmente sans discontinuer, il y a toute une fraction de l’opinion qui ne cesse de colporter que nos producteurs agricoles sont des empoisonneurs à petit feu et des pollueurs de la planète. Il me semble qu’il faut de temps en temps garder la tête sur les épaules. Nos écolos songent-ils un seul instant aux millions de tonnes de viande, de lait, de fruits et de légumes, de pain et de céréales qui dégorgent chaque jour de nos supermarchés sans qu’ils causent jamais une colique ou un vomissement ?

Je ne veux pas dire pour autant que tout est impeccable dans les filières car on a vu du cheval se déguiser en bœuf et parfois des E. coli ou des Listeria se glisser dans nos salades. Ces manquements tiennent plus souvent d’ailleurs à la commercialisation qu’à la production. En règle très générale  nos aliments sont d’évidence  d’une incroyable qualité. Ceux qui se plaignent du manque de saveur de nos tomates pourraient aussi se demander comment des milliers de gens peuvent les palper et les triturer au supermarché, sans qu’il n’en reste en fin de journée que des cageots de marmelade ! Que ce soit en qualité ou en quantité nos filières agricoles réalisent la vraie prouesse d’éviter les pénuries en toute saison et même assez souvent par tous temps, grâce à la concurrence permanente entre les régions et même les pays ! On connaît peu de professions capables de résister à de telles contraintes économiques !  N’importe lequel d’entre nous qui travaille un jardin sait ce qu’il faut d’efforts pour produire une botte de radis ou un panier de patates !

 

Malgré ces incroyables performances, nos rats des villes qui restent sourds aux réalités agricoles continuent de soupçonner que notre agriculture nous intoxique chaque jour avec les pesticides et les OGM ! Les partisans du principe de précaution se moquent des vrais dangers parfaitement visibles et prévisibles comme  l’alcool, le tabac et les drogues diverses, y compris le cannabis.  Ceux qu’ils craignent le plus sont ceux qu’ils imaginent  ou qu’ils supposent.

 

Nous savons maintenant doser et rechercher les toxiques même quand ils sont à l’état de traces, quasiment  molécule par molécule et évidemment des traces il y en a partout. Ce sont ces pesticides (et on leur ajoute contre toute vraisemblance les engrais « chimiques ») qui seraient responsables de cancers et affections diverses. Il n’est pas question de nier la dangerosité de cette phytopharmacie, en particulier des insecticides, pour ceux qui les manipulent, ouvriers fabricants et agriculteurs. Le peu que je sais, me fait dire que l’utilisation de ces produits est sévèrement réglementée et que les AMM ne sont données qu’en fonction d’une rémanence adaptée (vie de courte durée). Ces produits  sont souvent  mortels à faible dose et ne sont pas très éloignés des armes de destruction  massive . Par chance nous avons la preuve chaque jour que les risques liés à ces produits ne sont pas alimentaires mais dus plutôt à une manipulation erronée, sans masques, dans le sens du vent, avec des buses mal calibrées ! Je crois qu"aujourd'hui nos agriculteurs sont devenus  des professionnels de haut niveau et qu’ils sont informés des dangers, ce qui est notre meilleure défense contre les excès. Malheureusement ces progrès évidents ne font pas taire nos rats des villes qui ne cessent  leurs campagnes de désinformation.

 

La question des OGM est encore plus grave et destructrice d’avenir. Tous les agriculteurs connaissent l’importance de la qualité des semences et des plants pour une bonne production. Grâce aux manipulations génétiques on a réalisé depuis 20 ans des progrès spectaculaires, mais le plus fort est à venir. A condition toutefois que l’opinion négative forgée par les écolos ne contraigne les chercheurs à se détourner du sujet où à s’expatrier. En France , ce refus des OGM par une forte fraction de l’opinion s’exerce contre toute logique scientifique car aucune observation, aucune expérimentation, aucune recherche n’ont permis d’établir une toxicité quelconque de ces végétaux à la structure génétique modifiée en laboratoire. Malheureusement des scientifiques idéologues comme le Professeur Sèralini, devenu célèbre par son show sur Canal+ avec ses rats cancéreux, continuent à soutenir le contraire par des opérations publicitaires indécentes. Nos agriculteurs et notre agriculture, à cause de ces déplorables attaques risquent de manquer la marche du progrès pour le siècle qui vient.

 

Il est temps de réagir. Les gens de bonne volonté doivent reconnaître à nos agriculteurs l’infinie capacité qu’ils ont de fournir aux consommateurs en quantité et en toute saison des produits accessibles. Quand on pense à l’influence d’un coup de gel, sur le prix des choux et des poireaux, qu’en sera-t-il quand nos agriculteurs seront mis dans l’impossibilité technique de faire leur travail ? Les campagnes de dénigrement de l’agriculture scientifique soi-disant instrumentalisée par quelques multinationales tiennent du délire, de la paranoïa et de l’ignorance. Je pense qu’il y a urgence dans nos sphères politiques à prendre conscience que notre avenir agricole est réellement mis en danger par quelques irresponsables.

15/05/2010

Léopold Delisle (1826-1910), historien normand

LeopoldDelisle.jpgLéopold Delisle est un des grands hommes du Cotentin. Né à Valognes en 1826 il n'a jamais oublié ses racines normandes. C'est probablement l'ancien élève le plus illustre du Collège de Valognes,  (aujourd'hui Lycée) où il remporta un prix d'honneur de philosophie en 1845. Il est brièvement secrétaire et collaborateur du vieux de Gerville, puis  rentre à l'Ecole des Chartes. Il en sort premier de sa promotion en 1849 . Il publie deux ans plus tard un ouvrage de 750 pages admirablement documenté qui a conservé aujourd'hui tout son intérêt : "Etudes sur la condition de la classe agricole et l'état de l'agriculture en Normandie au Moyen Age" *.


Cet ouvrage est primé deux années de suite  par l'Académie des Inscriptions et Belles Lettres. Il est alors recruté par la Bibliothèque Nationale dont il deviendra l'Administrateur général en 1874. Il a trouvé entre temps une femme (1857) Laure Burnouf, petite fille de J.L. Burnouf, universitaire  natif d'Urville Bocage et fille de l'orientaliste Eugène Burnouf. La puissance de travail de Léopold Delisle est véritablement étonnante puisqu'à trente et un ans il acquiert une réputation d'érudit qui en général consacre les savants à la fin de leur vie. Un de ses coups d'éclat fut d'établir que parmi les manuscrits du legs du duc d'Ashburnam, la plupart avaient été volés par Libri, inspecteur des bibliothèques sous Louis Philippe.


Il sera membre de l'Académie des Inscriptions et  Belles Lettres pendant cinquante trois ans. Jusqu'à sa mort  il ne cessera de collationner, classer et analyser les manuscrits qui étayent notre histoire. Les seuls titres de ses travaux occupent un volume de 587 pages (Paul Lacombe, 1910, 2102 publications). Il n'a jamais oublié l'histoire de son pays natal : il a publié une histoire de Saint Sauveur le Vicomte (1867) et d'innombrables notes dans l'Annuaire de la Manche. Il a aussi largement contribué à l'exploitation des dossiers de Mangon du Houguet, l'archiviste révillais.


"Sa tête était un peu penchée de côté, comme un épi plein" a dit un de ses contemporains. On ne saurait mieux dire le poids du labeur de ces incroyables savants du XIX°, dont les exemples ne manquent pas dans les sciences exactes, qui ont passé leur vie, modeste et tranquille à assembler des idées, à les classer, à préparer le travail des générations futures, avec un soin et une abnégation bien éloignée, très éloignée de l'agitation de notre bruyante vie médiatique d'aujourd'hui. Faire une place au vieux Léopold sur le Net (merci Google) est véritablement l'extraordinaire tour de force de notre époque.


*Cet ouvrage peut être téléchargé : il est extrêmement plaisant à lire et vivant, mais il faut prendre son temps (750 pages)

 


 


26/01/2010

A quand l'interdiction du soja en France?

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Le gardien de chèvres moustachu va avoir du travail sur sa planche d'acrobate. La Presse de la Manche qui ne parle pas que du loto de Teurthéville Bocage ou du donjon de Bricquebec m'apporte aujourd'hui une bonne nouvelle retranscrite de la revue anglaise Nature qui fait autorité dans ce domaine.On a achevé de décrypter le génome de Glycine max , cette légumineuse plus connue sous le nom de soja,dont les américains se sont fait une spécialité et qui sert de base dans l'alimentation du bétail. Comme les pois, les haricots ou la luzerne ces plantes ont la propriété de fixer l'azote de l'air pour l'incorporer à leurs protéines. Autant dire qu'elles ne nécessitent pas ou peu d'engrais azoté dont on connaît le coût énergétique et le danger pour l'environnement.

 

Ce sont bien sûr les laboratoires publics ou privés américains (18 au total) qui ont mené cette tâche cruciale pour l'avenir de l'agriculture. On ne parle pas d'OGM, mais ce qui revient au même d'innovation génétique. On a découvert les 52 gènes qui orchestrent le fonctionnement des fameux nodules à Rhizobium responsables de la fixation de l'azote. Ces avancées ouvrent la voie à des progrès d'importance : amélioration des rendements en bio-diesel, de la digestibilité pour le bétail et qui sait ? greffage sur du blé ou du maïs de la séquence. Des blés ou du riz autosuffisants en azote seraient des plantes de cocagne pour les pays pauvres.

 

Nous importons chaque année 4,5 millions de tonnes de soja essentiellement du Brésil, ce qui représente 70% des tourteaux consommés dans notre pays. Evidemment les laboratoires français sont absents de la recherche dans ce secteur déterminant pour l'agriculture de demain.Nous devons en remercier José Bové et ses nombreux copains , les faucheurs d'OGM. Hélas, trois fois hélas, je ne vivrai pas assez vieux pour assister au retournement de cette situation désastreuse.