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30/11/2013

Le Sud, notre nouvelle frontière

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Dinet - Un jardin de Bou-Saada


Le Front National prospère sur la détestation des Arabes, certains cercles Juifs également, mais aussi tout le populaire qui se sent mal dans les quartiers et tous les bourgeois qui n’ont qu’un souci, se protéger de la chienlit. Pour tous ces gens : arabes=racailles=violence=insécurité=chômage. Le résultat de cette sinistre équation est qu’un grand nombre de citoyens est persuadé qu’en boutant dehors ces hordes de bronzés et en les  renvoyant au Maghreb ou au Machrek on fera baisser les déficits et on remboursera notre dette. Tous les calculs économiques disent le contraire mais ça ne compte pas.  A gauche on a la sinistrose écologique et à droite on a le cimeterre arabe pointé sur la carotide. Au final la France est paralysée par ses peurs et rien ne va plus.

La France, ce vieux pays, comme le proclamait le barde des beaux quartiers, est victime d’un énorme malentendu. Notre nouvelle identité,  dans laquelle l’islam prend toute sa place,  enrichie d’apports de civilisation arabo-orientale anciens et modernes, n’est pas un problème. C’est au contraire une chance pour l’avenir du pays, pour sa puissance et sa force d’influence dans le monde. On voit que le retrait des Américains et en tout cas leur peu d’appétit pour les affaires moyen-orientales ou africaines laisse  à la France un grand espace pour un leadership en Méditerranée. La réalité est que sans le dire, la nation dont les capitales sont Paris, Lyon et Marseille, est devenue une des premières forces au sein de ce qui fut autrefois l’Empire romain. Mais Rome n’est plus dans Rome et Paris est devenue la plus puissante des capitales arabo-africaines et moyen-orientales.  

Il est bon de rappeler à l’occasion du trentième anniversaire de la marche des beurs, que nous avançons à reculons vers cette nouvelle frontière. Car nous refusons encore ce quart méditerranéen issu de la décolonisation et de l’émigration qui fait notre force aujourd’hui. Nous sommes encore les enfants de Charles Martel, dans la continuité de la pureté ethnique et de la résistance à l’envahisseur. Imaginons ce que pourrait devenir la France si elle comprenait enfin, que Rabat, Alger ou Tunis sont des villes alliées et non pas des capitales hostiles. Que les cent millions de Maghrébins ont aujourd’hui des potentiels de développement de productivité et de croissance qui peuvent tirer l’Europe et la France de leur torpeur. Nous avons une communauté de langue, une histoire, un vécu qui nous rapprochent. Pouvons-nous un instant imaginer  ce que la France pourrait changer pour la paix du monde et sa prospérité, si nous acceptions enfin la réalité géopolitique d’aujourd’hui ? Mais nous sommes comme des apprentis du poker géostratégique, nous avons des cartes, un jeu exceptionnel, mais nous ne voulons pas y croire.

Nous refusons de voir que de l’Iran au Mali et à Israël, nous pouvons jouer un rôle unique dans la nouvelle donne démocratique de ce siècle. Nous avons un quart de notre population qui parle arabe ou qui pourrait le faire, nous avons une histoire qui commence avec Constantinople et se poursuit avec les pyramides de Napoléon et le chasse-mouches du bey d’Alger ! Par raideur, par repli sur notre arc de triomphe, par l’arrogance de nos bibliothèques, nous refusons de respecter l’étrange ou le différent. Nous avons toujours voulu soumettre au lieu de convaincre, connaître  et négocier.

Mais la puissance de feu de notre propre histoire est imparable et s’exerce malgré nous, les tirailleurs et les spahis sont morts sous la mitraille et le canon, les fellagha, les fidaînes, les chaids ont arraché leurs victoires face à notre armée, des tribus de bédouins ont construit nos routes, des générations de schleus et de kabyles ont extrait le charbon, construit des voitures, bâti nos autoroutes ! Malgré des relations exécrables de violence et de racisme, malgré les noyés de la Seine et les enfumés des Aurès, malgré les expropriations, les déportations et les injustices, la France et le Maghreb ont créé un avenir commun. Celui qui se dessine aujourd’hui. Un avenir dans lequel Mouloud Mammeri et Albert Camus auraient dialogué pour en dessiner les contours. Un avenir peint par Zidane et Saint Augustin, Brahim Asloum et Avicenne, Nasser, Bourguiba, de Gaulle, l’Institut du Monde Arabe, le couscous et…Total.

Cette nouvelle donne, ce new deal ne peut naître sans efforts, c’est-à-dire sans investissements. Nous devons mettre deux sous dans le bastringue pour faire entendre une nouvelle musique. Il faut de la générosité de cœur, de l’imagination, de la créativité pour entraîner une dynamique de coopération des bords du Nil jusqu’au littoral atlantique, il s’agit bien de coopération et non de confrontation. Arrêtons de faire les marchands de tapis. Si nous avions deux sous de confiance en nous, Tunis la blanche au lieu de plonger dans les horreurs de la guerre civile pourrait être notre nouvelle Mecque, notre nouveau ralliement, notre grande ville étape pour la reconquête des esprits et des cœurs jusqu’à Dakar et Bangui !

La force de frappe française silencieuse et pacifique est là qui attend. Elle est dans nos collèges de quartiers, dans nos lycées, nos grandes écoles et nos universités. Elle attend les armes au pied, celle de la démocratie, de la liberté, de l’invention et de la créativité, pour partir, repartir pourrais-je dire dans les champs d’industrie encore balbutiants, dans les laboratoires de recherche encore juvéniles et participer aux œuvres encore incertaines de la démocratie et de la culture. Elle y apporterait de la créativité et de la novation et surtout de la liberté. Si la France peut exporter quelque chose dans ces pays, c’est la liberté, liberté politique, liberté de moeurs, liberté d’esprit et de religion. Parce que bien sûr si notre pays est encore victime de ses historiques raideurs, nos voisins du Sud le sont tout autant. Mais je gage qu’avec le temps, toutes ces rigidités vont finir par se distendre et sauter, à moyen terme.

Je voudrais dire à mes amis politiques que la nouvelle frontière est là, non pas une frontière comme le mur d’Israël hérité des ghettos de Varsovie ou de Cracovie, mais une nouvelle frontière savante et intelligente, semblable à ces membranes semi-perméables capables d’envoyer le bon et de refuser le mauvais. Pour y parvenir il faut du courage et de l’imagination. Le deuxième quinquennat de François Hollande sera celui-là. L’intérieur remis en ordre, avec les comptes apurés et la remise sur les rails d’une certaine justice sociale,  il faudra se projeter et faire tanguer pacifiquement l’Europe trop frileuse. Il va falloir bien expliquer à nos voisins de l’Est que la France à une autre main, celle du Sud, que le jeu est mûr, juteux, prometteur et qu’il profitera à toute la zone Europe et à l’Afrique du Nord et du Sud. A leur tour ces handicapés du vieux mal stalinien, les Polonais, les Allemands de l’Est et beaucoup d’autres libéraux, british ou bataves, pourront peut-être comprendre qu’il y a des générosités qui valent bien mieux que le chacun pour soi et l’égoïsme des nations.

Il faut y penser dès maintenant, il faut jeter les premières pierres. Le maintien de la France au rang des grandes nations en dépend ! Plutôt que de vouloir ériger des barrages illusoires contre quelques milliers de malheureux rêveurs d’Occident, renversons les flux et portons sur place l’emploi, la santé et l’éducation et aidons enfin et hardiment  à briser les chaînes ancestrales. Avec respect, avec générosité, avec intelligence. Agissons pour la prospérité de tous au lieu de nous retrancher dans notre vieux monde finissant !

09/02/2013

Coco au Hoggar

 

 

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Au moment où les troupes françaises pénètrent dans l’Adrar des Ifoghas, les marches montagneuses du pays touareg, il me paraît piquant de rappeler le livre «Le  Hoggar » de Claude Blanguernon. Né en 1913 à Cherbourg et élève de l’Ecole Normale d’Instituteurs à Saint Lô, ce compatriote a passé plusieurs années de sa vie professionnelle à Tamanrasset, la capitale algérienne du pays targui, pendant lesquelles il s’est efforcé de créer une école adaptée à une population nomade, qui vivait encore à cette époque sous la tente, du pastoralisme et du commerce des caravanes chamelières. « Puisque les petits touaregs ne veulent pas venir à nous, c’est notre école qui  va se déplacer avec eux » avait-il décidé.

 

Sa longue fréquentation des gens et des lieux lui a permis de publier le seul  ouvrage grand public sur le Hoggar que je connaisse, édité chez Arthaud en 1955 et réédité jusqu’en 1973. C’est le livre d’un homme de terrain qui a patiemment recueilli les données sur les bêtes et les gens. La peuplade touarègue est d’origine berbère comme les Kabyles, les Mozabites et les Chaouis d’Algérie ou les Chleus du Maroc. Ils se désignent  souvent comme des Imaghzighen (Amazigh au singulier) et ils sont les descendants des premiers habitants de l’Afrique du Nord , qui ont connu après le Néolithique, la grande civilisation Gétule, et les influences  phéniciennes, romaines et chrétiennes puis islamiques et arabes. Rappelons que Saint Augustin était un Berbère.

 

Les tribus touarègues furent  toujours remuantes, fières de leur culture avec des chefs aristocratiques souvent enclins à la guerre. Les hommes sont connus pour se voiler avec des beaux chèches bleus, leurs femmes jouent de la musique et chantent, leurs dromadaires sont élancés et fins coursiers, leurs chiens sont très rapides et ont servi de souche pour les races de compétition (les lévriers sloughis) et leurs vaches à bosse, les zébus, sont spécialement résistantes aux conditions désertiques. Depuis tous temps les Touaregs exercent une sorte de fascination sur les Européens et surtout sur les militaires français qui ont éprouvé leur valeur guerrière, lors de la conquête du Sahara. Le Hoggar, dont l’image fut renforcée par des gens comme le Père de Foucault ou l’écrivain Frison-Roche, est resté à nos yeux nostalgiques un pays légendaire aux paysages grandioses, parcouru  par un peuple mystérieux et de fière allure.

 

Cette image conventionnelle cache bien d’autres réalités moins romantiques. Les Touaregs n’ont pas de pays propre et on les retrouve au Mali, au Niger, en Libye et en Algérie. Ils sont divisés en grandes familles qui s’entendent difficilement entre elles, au gré des intérêts des uns et des autres. Chaque groupe était dans le passé représenté par un Amenokal, chef désigné après discussions entre les groupes les plus puissants. Le fonds de l’organisation est féodal teinté d’un matriarcat original, dans lequel les femmes bénéficient d’une liberté surprenante en milieu musulman. On y connaît encore les survivances d’un esclavage ancien avec des esclaves de tente (noirs iklane) et peut être aussi des paysans assujettis dans les jardins (harattins). Le déclin du nomadisme et la toute-puissance du pickup 4x4 de l’époque moderne, ont conduit  ces  commerçants aventuriers à s’employer dans le trafic transfrontière du tabac, des armes et sans doute aussi, de la cocaïne. Il eût mieux valu les encourager au tourisme et à l’artisanat traditionnel, mais ce ne sont pas Khadafi ou Bouteflika qui étaient susceptibles de les pousser vers une pareille évolution. Le djihadisme s’est rajouté en profitant du désert administratif et de la dispersion des familles.

 

Ces dernières considérations nous ramènent à « Coco » notre spécialiste saint-vaastais, reconverti à sa retraite dans le club de tennis (où il fut le parangon de la tenue blanche, chaussettes comprises) et l’histoire locale (il a publié un Gilles de Gouberville intéressant et une histoire de Saint-Vaast-La-Hougue). J’ai pu retrouver sur le web un vieux texte dans lequel notre instituteur plaidait pour  la création de ses écoles itinérantes tout en soulignant la nécessité de respecter la culture et le mode de vie des « hommes bleus » en soulignant que peu de gens seraient capables de survivre dans des conditions de sobriété aussi effroyables. Ce genre de paternalisme avait cours dans les années cinquante du siècle dernier. La réponse aujourd’hui est évidente : nulle civilisation, si brillante soit-elle, ne peut résister à la misère et à l’obscurantisme. La seule façon de la sauver c’est de lui donner les outils de la modernité. Ce que les écoles nomades de Claude Blanguernon n’ont pas eu le temps ni la volonté de faire. L’école française là aussi,  a échoué à former des cadres indépendants, créatifs et responsables. Ce que nous vivons aujourd’hui en est quelque part une conséquence assez logique.

 

25/01/2013

La droite KO debout


 

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Pablo Picasso. L'homme à la sucette


Au troisième round l’opposition de droite est sonnée pour le compte. Le match avait pourtant commencé fort, dès l’élection du Corrézien devant un public impatient. Au dire des connaisseurs, cet homme indécis, élu par défaut, allait nous mener dans le flou et le mou. La presse et les éditorialistes ont savonné pendant tout l’été la planche de départ du nouveau gouvernement. A droite on alimentait avec gourmandise le procès en inexpérience et en amateurisme, Pécresse, Lemaire, Bertrand prenaient des airs suffisants. Fillon et Copé avaient très peur pour la France, le gouvernement allait s’écrouler, la dette proliférer, les capitaux s’évaporer et je ne sais quoi encore. On allait assister à une explosion en plein vol, au chômage, à la misère…On se gaussait de couac en couac, le changement de premier ministre était pour demain. Les militants de l’UMP se moquaient et riaient, riaient…Le Président lui-même n’irait pas au bout du combat, c’est-à-dire de son mandat et irait rejoindre sa Trierweiler, rejetée dans la même opprobre. On s’étonnait même du calme olympien du nouveau Président qu’on finissait par qualifier d’optimiste béat.

 

 

Au lieu de s’inquiéter pour le pays, Copé et Fillon auraient mieux fait de s’inquiéter pour eux-mêmes. Contre toute attente, la spéculation sur les dettes souveraines  a été surmontée et nous avons pu dès lors emprunter sur les marchés à des taux historiquement bas. Cette nouvelle donne était un contre massif à l’estomac de tous les augures de droite et des économistes libéraux qui prévoyaient pour nous un destin à l’espagnole ou même pire, à la grecque. C’est pendant ce deuxième round de novembre et décembre que l’accident industriel de l’UMP est survenu. Nos forts en thème qui donnaient des leçons de gouvernance à tout va, nous ont joué impromptu, un remake du Bon, de la Brute et du Truand, jusqu’au classique duel final au pistolet à  36 coups. Il n'y’a pas eu de corps à corps avec la gauche, l’UMP s’est prise seule, librement, volontairement, les pieds dans le tapis.  Tous les leaders de droite ont reçu des coups, des horions aux effets durables qui ont affecté même Juppé et Sarkozy, tentés par l’arbitrage. Ces deux-là n’ont pas tiré un seul marron du feu, et ils se sont brûlé les doigts en prime.

 

Le troisième round a débuté après les fêtes de Nouvel An. Il a commencé par un direct du droit à la figure de l’UMP qui tentait de reprendre son souffle. La patronne du Medef, son alliée traditionnelle, va jusqu’à s’entendre avec trois syndicats pour débloquer un certain nombre de contraintes cruciales concernant la compétitivité des entreprises. La méthode Hollande a porté ses fruits. Les partenaires sociaux ont pris le temps de la discussion, de la concertation et de la négociation. On peut dire merci à Jacques Chérèque. Cet accord est porté au bénéfice du gouvernement et du Président. Dans les média on commence à s’interroger sur le bienfondé des critiques incessantes, dont peut-être, l’opinion se fatigue. On ne parle plus de dégringolade ou de chute abyssale dans les sondages. Malgré une succession de dévissages proclamés  les opinions favorables restent peu ou prou aux alentours de 40%.

 

C’est à ce stade que le mariage pour tous semblait à l’UMP une occasion en or pour se refaire. Chacun de ses porte-parole s’est mis à faire des contorsions pour emboiter la démarche de protestation des catholiques. Malheureusement les figures de proue du mouvement ont donné une image bien rance d’eux-mêmes, componction des soutanes, conformisme des cathos bcbg et par-dessus tout, une Frigide Barjot qui est à elle seule une vraie caricature. Cette artiste a transformé les cortèges des manifestations en parades de carnaval. Dans cette opinion, gouvernée par les images, le mouvement « anti » a perdu ainsi beaucoup de sa respectabilité, qualité cardinale dans les confessionnaux, les églises et les cathédrales.

 

Mais cette passe d’armes aurait pu prendre un véritable élan,  sans l’épopée du Mali. L’armée française se voit du jour au lendemain contrainte de voler au secours de son ancienne colonie  et de bloquer les pick-ups djihadistes sur la piste de Mopti. L’opération bénéficie du consensus international et des vivats des Maliens eux-mêmes. On admire la rapidité d’exécution et la tournure martiale du bonhomme François. Coincée, l’opposition de droite, de Borloo à Le Pen, donne satisfecit au gouvernement et ne peut qu’approuver. Opportunément, l’attaque d’In Aménas vient rappeler à tout le monde l’urgence de mener une guerre radicale aux terroristes et preneurs d’otages, et elle contribue à conforter la France dans sa propre intervention au Sahel. Pour la première fois l’Algérie prête main-forte et ne peut que se féliciter d’une opération qui un mois plus tôt lui apparaissait prématurée et suspecte.

 

Après son bras d’honneur télévisé adressé à Alger, Gérard Longuet peut toujours essayer de donner des leçons à notre diplomatie. Pour violente qu’ait été la réaction de l’armée algérienne à In Amenas, la communauté internationale lui est quelque part reconnaissante d’avoir refusé d’entrer dans le jeu tragique des preneurs d’otages. On sait finalement que le rachat des captifs ne fait que préparer des rapts ultérieurs et alimenter les caisses du djihad. Bouteflika a accepté de prendre sur lui le poids de la cruauté et de la violence, mais il faut bien se rendre à l’évidence qu’aucune solution acceptable n’était à portée. Morts pour morts, les sacrifiés d’In Amenas auront participé à la lutte radicale contre cette terrible dérive dont la référence définitive est celle des milliers de victimes des tours de Manhattan.

 

Le combat droite-gauche, sur le ring de la politique intérieure est en train de tourner à l’avantage de notre Président. Le calme, la modération des propos, le respect de toutes les opinions, y compris celles de l’opposition la plus virulente, sont des ingrédients qui font merveille à moyen terme. Claude Sérillon qui vient d’accepter de travailler à l’amélioration de la communication me semble jouer un rôle utile. Je l’ai dit, Saint François est entré aux responsabilités sous le signe de la chance. Il semblerait que celle-ci ne soit pas encore prête à le lâcher.

 

PS/ et pour finir, voilà-t-il pas que F. Cassez sort de sa geôle et que les premières offres de négociation viennent de l’Azawad…

 

07/07/2012

Un anniversaire bâclé

 

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Vue d'Alger à partir de l'Amirauté


En ce 5 juillet qui marque le cinquantième  anniversaire de l’indépendance algérienne,  j’aurais aimé qu’on en fasse un peu plus des deux côtés de la Méditerranée, même si cette semaine on a eu droit à la TV à quelques témoignages du plus haut intérêt. A Alger, le pouvoir politique n’est pas assez fort pour sortir des ornières de la guerre d’indépendance et du ressentiment contre la France. En France on entretient dans l’opinion le racisme anti-arabe qui véhicule des préjugés et des idées archi-fausses sur le Maghreb et ses populations. Personne n’est là pour rappeler  officiellement que cette date est aussi une rupture historique, celle de  la fin du colonialisme qui a imprégné l’Occident pendant plus d’un siècle.

 

Quand on entend la triste Nadine  Morano expliquer publiquement qu’elle compte parmi ses amis des personnes encore plus noires que des arabes, on se demande comment un élu de la République peut sortir une ânerie pareille. Les Arabes sont des populations majoritairement blanches et les Berbères arabophones encore davantage, si je peux dire…Heureusement nous comptons dans notre classe politique des gens majoritairement moins incultes que cette groupie sarkozyste.

 

Hélas, les cinq années qui viennent de s’écouler n’ont fait qu’entretenir le racisme bête et méchant ambiant pour légitimer la croyance bien répandue dans l’opinion que les nord’afs, comme on disait du temps de ma jeunesse (et de celle de Le Pen) sont des fainéants, des profiteurs et de lâches assassins. Des croyances bien martelées du temps de la Guerre d’Algérie par l’armée française et ses tenants de l’action psychologique, relayées avec complaisance depuis cinquante ans par certains pieds-noirs nostalgiques qui peuplent nos contrées méridionales, où justement le FN est puissant, et entretenues avec l’accord tacite des  Sionistes qui ne trouvent qu’avantage à disqualifier les Maghrébins en tant qu’interlocuteurs politiques.

 

La politique étrangère française de la Veme bien qu’ assez favorable aux Arabes du Moyen Orient dispensés par leur pétrole de toute vertu spéciale,  n’a jamais su dépasser le cap des intentions à l’encontre des pays du Maghreb. Faute de courage politique, les relations avec les quatre pays (en incluant la Libye et en oubliant la Mauritanie) tout en étant fort denses,  sont toujours inavouées, non officielles, presque clandestines. A mon avis il est temps de proclamer hautement une nouvelle politique d’alliance, une nouvelle ère de paix, un solennel pacte de reconnaissance avec ces pays là, et tout spécialement  avec la République Algérienne.

 

L’Afrique du Nord, en cette période d’Europe étriquée et de concurrence âpre avec les grands pays émergents, peut et doit devenir la nouvelle frontière de l’Europe et en particulier de l’Espagne, de l’Italie et de la France. Des millions de Maghrébins vivent chez nous et marquent nos pays de leur empreinte, il est temps que notre diplomatie enclenche des relations plus vertueuses et plus équilibrées sur le plan des hommes et des idées. Nous ne faisons pas assez d’efforts pour soutenir la francophonie, la culture et l’éducation et nous ne faisons pas assez pour améliorer la compréhension entre nos peuples. De ce point de vue on doit bien une décoration à Benjamin Stora qui ne ménage pas ses efforts !

 

La complémentarité entre les deux rives de la Méditerranée est tellement évidente qu’elle peut devenir avec une stratégie intelligente et non revancharde une source de richesse pour nos pays respectifs. Il suffit de penser aux domaines de la recherche scientifique, du progrès technologique, de la production agricole et industrielle et  de l’énergie,  pour se convaincre que la coopération peut devenir une mine de croissance pour nos vieux pays et une accélération vers le progrès pour des populations qui sont encore loin de la satisfaction de leurs besoins de base. La proximité géographique, la langue, l’histoire, sont des atouts puissants, à condition qu’on puisse améliorer la compréhension entre nos peuples, bien dégradée depuis quelques années, par le lancement inconsidéré dans l’opinion de questions inappropriées sur l’identité nationale, l’immigration et l’insécurité.

 

Traditionnellement humaniste et progressiste, la gauche se doit de se saisir de ces questions. Elle n’a pas particulièrement brillé au cours des années mitterrandiennes dans ce domaine malgré quelques efforts méritoires.   Il me semble que le moment est venu de renouveler et restaurer nos alliances avec ces cent millions d’hommes, Marocains, Algériens, Tunisiens et Libyens bourrés d’énergie et d’espérance. La lettre adressée par François Hollande au Président algérien va dans le bon sens en appelant à un langage de vérité, mais elle n’est pas la hauteur du souffle qu’on peut attendre. Mon expérience pendant trente années de coopération me dit que ces sociétés savent répondre positivement à tout signe de respect et de générosité qui leur est adressé.

19/03/2012

Un anniversaire qui compte

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Nous commémorons cette année le cinquantième anniversaire de l’indépendance de l’Algérie et ça m’impressionne. Avec Benjamin Stora que j’aime bien, on parle beaucoup et sereinement à la télé, du drame des pieds noirs et des ruptures des officiers de l’Armée française à cette époque. On passe en revanche très vite sur la centaine de milliers de braves gens anonymes ou pas, qui comme Stéphane Hessel, chargé à cette époque (1963-69) de la Coopération, sont restés sur place où ont rejoint le pays,   à ce  moment crucial du passage de la guerre à la paix. L’ayant quittée tout gamin, Stora n’est retourné en Algérie qu’en 1983. Evidemment le drame des exilés fait beaucoup plus sens dans son esprit que l’action délibérée de ceux qui voulaient  tirer un trait sur les horreurs de la « pacification », cette guerre qui ne voulait pas dire son nom,  et qui avaient décidé de se mobiliser pour la reconstruction, pour la fraternisation et pour la paix. Je vois quand même une petite injustice à ne jamais parler de ces Français là.

 

Il y a cinquante ans,  j’arrivais jeune et beau à Alger,  avec mon épouse à mon bras. Le 20 novembre en tirant nos valises en carton,  nous débarquions du Ville d’Oran, vieux rafiot fatigué et chargé d’histoire. Les paysans normands que nous étions,  découvraient le Sud,  et nos étonnements avaient commencé à Marseille. Nous entrions dans un monde surprenant, plutôt  dépenaillé et  rieur mais souvent sale et insouciant. Mais peu nous importait, nous n’étions pas des touristes et nous ne serions jamais des touristes. Nous venions de quitter notre bonne université avec des études à peine terminées et nous allions  rejoindre le pays porteur de tous les espoirs et de tous les rêves de notre adolescence révolutionnaire.

 

Les gens de notre génération étaient fatigués de la guerre. Le 8 mai 1945 n’avait pas effacé le souvenir des atrocités nazies ni les deuils des morts au combat ou dans les camps. Enfant,  j’ai constitué  avec mes premiers gribouillis  un véritable arsenal, fusils, avions, chars, jeeps, bombes, canons, toute la panoplie y passait, ressemblante, vivante, vécue. Nous avions grandi dans la guerre, et nous ne connaissions le monde que par la guerre. L’Indochine n’existait que par Dien Bien Phu, l’Egypte par l’aventure du Canal de Suez, la Tunisie par l’affaire de Bizerte, l’Algérie par l'affrontement entre les fellagha des djebels et les bidasses des contingents français d’ouvriers et de paysans. Ce conflit fratricide  était  en réalité une guerre inique, asymétrique, horrible et cruelle, avec ses tortures et ses carnages.

 

J’avais seize ans en 1954 et je suis venu à la politique par horreur de la guerre, la détestation du fait colonial, et l’amour immodéré de la liberté. A vingt ans je militais pour l’Indépendance de l’Algérie et quatre ans plus tard , il y a exactement cinquante ans ,  je vivais les accords d’Evian comme une immense guérison . Le jeune homme que j’étais, harassé depuis toujours et sans le savoir par toutes ses contradictions psychologiques et sociales,   voyait enfin l’issue de ses  tourments intimes. La pensée s’était installée dans mon esprit que l’état de guerre était un état naturel, permanent, inévitable. Mes combats personnels touchaient sans que je le sache,  à une sorte de névrose larvée, encombrante et déformante, qui faisaient de moi un révolté permanent.

 

C’est dire qu’en emménageant à Alger dans ce petit appartement du quartier des Sept Merveilles si bien nommé, à deux pas de l’Université, mon enthousiasme et ma passion me poussaient à croire que nous allions entrer dans une grande aventure d’où il ne pouvait naître qu’un monde meilleur. Ben Bella (96 ans cette année) prononçait au Forum tout proche, des discours vibrants à la gloire du peuple et de la Révolution, que nous écoutions avec ferveur. L’Algérie était un pays où les vieux disparaissaient sous des cohortes de jeunes. Les lycées et l’Université étaient pleins d’étudiantes et d’étudiants aux yeux brillants d’espérance, passionnés d’apprendre, subjugués par leur liberté nouvelle. Il n’y avait pas de place pour les petites querelles, les petits dommages personnels ou les difficultés matérielles. Nous n’avions pas un seul regard pour les ruines encore fumantes  de la bibliothèque de l’Université incendiée par l’OAS. Nous ne pensions même pas qu'il fallait venger Mouloud Feraoun et ses amis abattus par les mêmes extrémistes dans un ultime déni de  l'intelligence et de l'humanisme.

 

Nous n’avions d’ailleurs aucun regard sur le passé . Je me suis installé dans le bureau du professeur enfui, en rangeant sans état d’âme ses papiers et ses stylos épars sur la table dans un grand carton, persuadé qu’il allait revenir les chercher le lendemain ou le surlendemain. Nous ne pensions même plus aux meurtres commis quelques mois plus tôt, aux fusillades, aux bombes, aux attentats, aux exécutions sur le trottoir, en pleine rue.  On faisait mine de ne pas voir les soldats français encore stationnés, ni les soldats de l’ALN nouvellement venus, buvant un café à la terrasse de l’Automatic.  Tout l’attirail de guerre disparaissait dans une vague énorme d’espoir : réussir la paix. Botaniste, j’ herborisais par monts et par vaux, seul ou à deux ou trois, dans la montagne, dans la steppe, dans le désert, sans songer un seul instant à ma sécurité. Je me souviens d’avoir découvert la grande sebkha d’Oran avec un pharmacien pied noir, sur les lieux mêmes où des massacres d’Européens avaient été commis . Nous n’en parlions même pas. Nous avions une immense confiance dans l’avenir et rien que pour cet enthousiasme qui a duré quelques années, j’en  remercierai la Providence jusqu’à la fin.

 

Vous l’avez compris, j’étais un idéaliste, mais un idéaliste actif et je me trouve encore bien heureux de compter parmi mes amis actuels des étudiants de cette époque, devenus cadres et hauts fonctionnaires, aujourd’hui à la retraite. La politique hélas, en tout cas telle que je l’entends,  ne pouvait pas faire l’impasse sur la démocratie. Tout ne peut que dérailler quand les chefs petits ou grands mettent à profit leur position dominante pour rafler la mise, truquer les institutions et camoufler les informations. On tombe alors sans s’en rendre compte dans un système ridicule de dictature de Pieds Nickelés dans laquelle ceux qui commandent ne sont que des apprentis sorciers,  humainement incultes. Un tel système ne peut aller que de mal en pis. J’en voulais à Cornelius  Castoriadis et à ses copains de Socialisme ou Barbarie, de n’avoir rien prévu des avatars des après guerres de libération.

 

Le glas de mes rêves révolutionnaires a sonné un matin du 19 juin 1965. Nous étions quatre,  Algériens et Français à mener un safari à l’Osmonde royale autour du lac des Oiseaux, à quelques dizaines de kilomètres de Bône, la vieille Hippone,  patrie de Saint Augustin, l’ Annaba d’aujourd’hui.  Nous avions un temps radieux, comme de règle en cette saison,  qui nous autorisait à bivouaquer loin de la ville et des rumeurs. Ce matin là, trop passionnés par la quête de cette magnifique fougère, nous avons tout bonnement fait naufrage dans un lac de boue, dissimulé à notre land-rover par une croûte superficielle apparemment solide, mais qui a rompu comme de la glace sous notre véhicule. Le secours nous parvint en fin de journée sous forme d’un attelage de six bœufs blancs qui nous hissa hors. Le bouvier magnifique,  impressionnant de calme et de dextérité, composa pour nous un tableau insolite où la vieille époque venait au secours de la modernité. Mais avant de nous quitter il nous informa de la nouvelle du jour : Boumedienne venait de s’emparer du pouvoir par un coup d’état.

 

Sans que j’en décide, à partir de ce jour,  mes idées folles de Révolution se sont fait la malle.  Je n’ai plus cru un mot de la logomachie propre à la République Démocratique et Populaire. En revanche j’ai conservé une fidélité déterminée à ce peuple qui avait si durement conquis sa liberté.  J’ai gardée intacte ma foi dans le développement et le progrès humain de ses fils. Je me suis imaginé en soldat de la paix et de la marche en avant. Je pense d’ailleurs que je me vois toujours ainsi mais en moins romantique. Les mythes révolutionnaires ont laissé durablement la place à une sorte de volonté têtue et patiente, qui m’a toujours convenu, et que j’essaie de conserver et de cultiver en toute circonstance. 

 

Mais mon histoire ne pouvait se réduire à cette conception linéaire de l’existence. Heureusement pour moi,  j’étais ouvert à toutes les surprises et toutes les complexités.  Mon aventure était aussi celle des grands espaces  qui ont exercé sur moi l’effet d’une drogue puissante, en me poussant à l’exploration et à la découverte. J’ai appris en douceur à jouir de l’ ivresse des horizons lointains. Une ivresse faite des senteurs incandescentes des maquis méditerranéens et peinte aux couleurs brutales de l’Afrique. Une autre vie commençait,  poétique, sensuelle et amoureuse, nourrie du bleu de la mer et du ciel, du rouge des terres nues, du violet cru des montagnes,  du moutonnement des ergs, et de l’ondulation des nappes d’alfa sous le souffle brûlant du khamsin. A mesure que je découvrais le territoire, sa géographie et son histoire,  je m’abreuvais sans cesse à ses réalités humaines, faites de pauvreté et de dignité,  toujours à la hauteur de  la générosité de ses femmes et de la bravoure de ses hommes. L’Algérie, terre farouche de liberté,  avait commencé dès cette époque de tisser à chaque instant de ma vie  un réseau de mille fibres, émotionnelles et sentimentales,  qui devait m’en rendre tributaire et captif. Aujourd’hui encore, définitivement.

 

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Photo d'époque