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29/11/2010

Jeune homme bien sous tous rapports

Il a dit « Démondialisation » !Photo Arnaud_Montebourg.jpg

 

 

Je ne pense que du bien de l’interview d’Arnaud Montebourg sur France 5, par Nicolas Demoran  (28/11/2010). Ce jeune homme qui n’a même pas cinquante ans est plein de talent et on ne peut pas dire qu’il manque d’idées. Je savais qu’il était mâtiné de kabyle et j’avais pensé qu’il était comme beaucoup d’autres issu de l’émigration maghrébine. En réalité il est, par sa mère universitaire, le petit fils d’un caïd algérien, Khermiche Oud Cadi, ce qui n’est pas une tare mais donne une dimension différente au personnage. Sa première femme Hortense de Labriffe, petite fille de l’académicien Jacques de Lacretelle,dont il vient de divorcer, fut dans les cabinets de Balladur et de Douste-Blazy  (Wikipedia).

 

Je m’étonne moins dans ces conditions de le voir briguer  l’honneur d’être candidat à la Présidence. La bonne extraction nourrit les ego des élites. Parmi ses bonnes idées, il verrait bien une 6° République dans laquelle les pouvoirs du Président seraient quelque peu rognés au profit d’un premier ministre responsable devant le Parlement. Les députés élus pour soutenir le Président, pourraient mener la bataille législative et faire appliquer sa politique. On n’est pas obligé de croire qu’une fois en poste A.M. mette son projet à exécution puisque il nous a déjà fait le coup avec le cumul des mandats.

 

Il nous a fait part aussi d’un nouveau concept, celui de la « démondialisation ». C’est nouveau et encore imprécis. Il est aisé de constater aujourd’hui que la financiarisation des entreprises a donné une dimension mondiale à la macroéconomie. D’un clic, les banquiers et les hedge-funds  envoient valser des produits boursiers savamment concoctés par des polytechniciens, à l’autre bout du monde et en tirent des plus-values qui n’ont pas de lien avec la production de biens matériels. Il s’agit seulement d’un commerce basé sur l’utilisation de différences de potentiel infimes, plus ou moins artificielles, entre une place financière et une autre. « Démondialiser » c’est arrêter ce mécanisme infernal, parasitaire, qui privatise les bénéfices et socialise les pertes, avec la bienveillance des Etats, bien obligés de restaurer à leurs dépens l’équilibre financier des nations. L’Irlande est un exemple caricatural.

 

Je n’ai pas encore bien compris comment A.M. allait s’y prendre. On voit bien que pour le moment l’ambiance est à renflouer les banques d’affaires,  principales bénéficiaires du système, plutôt qu’à limiter l’activité des paradis fiscaux, refuges des capitaux qui deviennent ainsi hors de portée des taxes ou règlements. Il y a quelques siècles les produits du piratage des vaisseaux trouvaient asile aux Caraïbes et dans les îles exotiques. Aujourd’hui il n’y a plus besoin de bricks et de galions au pavillon douteux, le web suffit, mais les complicités sont toujours les mêmes. Il faudrait sans doute redonner la priorité au secteur de la production et taxer lourdement les activités de casino, c’est à dire décourager la spéculation.

 

Arnaud  Montebourg a raison de dire que pour gagner cette bataille, il faudrait que le peuple, que dis-je les peuples, prennent le taureau par les cornes et soutiennent leurs  élus. D’où la nécessité d’une 6° République plus proche des gens qui s'explique et qui gouverne avec les citoyens. La volonté des gens permettrait de mettre fin à la spoliation permanente concoctée par des gros malins. Il faut reconstruire un rapport de forces politiques favorable aux salariés et aux entrepreneurs. Le chômage n’aurait plus sa raison d’être, la prime reviendrait à la productivité, à la création d’emplois et à la restauration du bien être social.

 

On appelle de nos vœux une telle entreprise. Changer les rapports de force suppose beaucoup de lucidité et de clairvoyance chez les électeurs. On est loin du compte quand on entend les gens se plaindre . Il s’agit toujours de leurs petites misères immédiates et de leurs cas personnels. Nos super éditorialistes ne reprennent pas non plus à leur compte le besoin de pédagogie et d’explication !  Ils préfèrent parler de la belle Audrey plutôt que de la « démondialisation ». Au total A.M. décline de belles idées et donne à rêver. C’est un  jeune homme plein d’avenir mais je crains malgré tout, qu’il soit encore bien vert en 2012.

 

"Arnaud Montebourg envisage un scénario en quatre actes : l'instauration d'une taxe carbone et d'une taxe sur les transports maritimes aux frontières de l'UE ; la limitation de l'importation des produits dégageant plus de CO2 que ceux que nous produisons en Europe ; l'échange de la levée de nouvelles barrières douanières contre le respect des conditions sociales et environnementales ; le renforcement de la responsabilité sociale et environnementale des filiales des entreprises qui délocalisent." Le Monde du 15/12/2010 Olivier Schmidt