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01/02/2013

Le bedeau de saint François

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 Le bedeau (custo) de Saint-Pierre-Eglise porte l'eau bénite (photo Legoubey)

Dédé a eu bien raison de me désigner comme le sacristain du bon Corrézien à propos de ma dernière chronique. C’est d’ailleurs un poste que j’ai mis un certain temps à mériter. Dès que sa candidature a été citée dans les média, j’ai tout de suite vu que je devais m’inscrire dans le sillage de cet homme de mérite, dont je n’ai pas douté un seul instant, qu’avec de la chance, il atteindrait la béatification, et plus tard la canonisation. Nous vivons aujourd’hui l’émergence publique d’un saint homme et j’éprouve beaucoup de satisfaction intime, de sérénité et d’optimisme à penser que l’avenir de notre pays est dans de bonnes mains. Une référence de la social-démocratie qui marquera la première moitié du XXI° de la politique française et européenne, est  en cours d’élaboration. François Hollande figurera en bonne place dans la liturgie du PS pour les cinquante ans à venir. Mais j’admets que tout un chacun ne puisse pas faire preuve de la même lucidité prédictive et de la même perspicacité historique.

 

Ma dévotion peut faire sourire, elle doit faire sourire, car j’ai toujours répété, j’ai sans cesse appris et j’ai vérifié à de nombreuses reprises l’exactitude de ma maxime personnelle : « Quand je vois un Chef, je mets mon pistolet sur la table ». Je dois dire qu’il m’est arrivé parfois de m’en servir, au bénéfice de la libre pensée et bien souvent au détriment de ma gamelle. D’où viennent donc la confiance naïve et la sympathie que j’éprouve envers notre Président ? L’âge peut-être ? L’affadissement sénile ? Un manque de testostérone ?  Tout peut arriver avec les rides et les cheveux blancs.

 

Pour être sincère, j’ai appris que bien souvent, dans les hiérarchies sociales on trouve aux étages élevés de l’esprit, des bons à rien, des parasites et même des carrément nuisibles. En retour,   on y rencontre exceptionnellement et par bonheur  l’homme ou la femme irremplaçable, celui ou celle qui fait avancer les choses, le « right man at the right place » ; celui ou celle qu’il ne faut pas rater et qui peut vous sauver pour dix ou vingt ans, celui ou celle que vous ne pouvez plus oublier parce que sa contribution à votre effort de vie reste gravée ad vitam aeternam. J’en ai rencontré deux ou trois de cette pointure qui ont changé mon existence en m’offrant au bon moment le ressort intellectuel qui me manquait. Ces personnes-là m’ont fait ce que je suis. Je leur dois infiniment.

 

Je n’ai pas plus de réserves au sujet de François Hollande que je n’en ai eu en son temps pour Michel Rocard. Hollande est un démocrate bien entouré, bien élevé ; aux convictions solides. Si je le compare à Sarkozy, je vois un océan de différences qui fait que je n’ai jamais pu supporter l’un alors que j’ai toujours apprécié l’autre, et ceci indépendamment de la politique elle-même. Comme disent les DRH, le « savoir-être » est une notion essentielle pour la compréhension  entre deux personnes. Pour ma part je ne crois pas aux « sauveurs de la nation » ni aux hommes providentiels. Nul n’est irremplaçable, mais dans le puzzle de la vie, il se trouve que la bonne pièce doit s’installer au bon moment.

 

La qualité primordiale d’un homme de bien qui est aux commandes est de manifester un solide humour en toutes circonstances. L’ironie et la distance s’exercent non pas sur autrui mais sur soi-même. La deuxième qualité est la modestie, le petit dur de cour d’école qui menace et qui se vante en proclamant ses victoires avant de les avoir obtenues est insupportable. La troisième qualité d’un Chef est de se donner du temps, celui de la réflexion, de la concertation et éventuellement de la négociation. Un Chef d’Etat est plutôt un guide qu’un sous-commandant de patrouille. Je crois à l’intelligence : celle d’un Président doit être bien supérieure à la simple ambition du pouvoir. On sollicite les suffrages parce qu’on s’est convaincu qu’on peut apporter du positif à ses concitoyens.

 

Je discerne toutes ces qualités chez notre Président actuel. On peut me soupçonner d’être un cireur de godasses et un thuriféraire, mais je n’en ai cure. Mon adhésion est intellectuelle et raisonnable même si je m’avance au gré de mes intuitions et de mes songeries. Nous pouvons dès maintenant mesurer le chemin parcouru en moins d’un an et je n’arrive pas à me donner tort. Il se peut qu’un jour je sois obligé de réviser mon jugement et je ne manquerai pas d’en faire état, du moins je le souhaite. Malgré tout je ne crois pas à un éventuel retournement. Il n’y a aucune raison pour que les qualités du Corrézien fondent au soleil comme une petite neige de printemps.