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26/01/2015

La nourrice et le père Fouettard

 

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Illustration originale de Do Labadie

 

Nous sommes dans un jeu de rôle. Après avoir promis de nettoyer les banlieues au Karcher, Paul  Bismuth demande qu’on rétablisse la peine d’indignité nationale. Tous les pères Fouettard, souvent de droite mais pas seulement, réclament qu’on actionne la machine à claques et surtout les peines de prison. Des grosses peines bien lourdes, dans l’isolement, avec privation de dessert et séjours au mitard. Les mêmes proposent qu’on sanctionne d’urgence dans les collèges (et peut-être même  dans les petites écoles) et les lycées, les fortes têtes qui ne veulent pas être Charlie. Ils ont pourtant le droit de penser  que c’est mal d’insulter le prophète. Résultat, c’est la guerre ! Les beaufs veulent en finir  avec cette cinquième colonne  arabo-musulmane qui vient bouffer les pains au chocolat de nos propres enfants.

J’ai connu la vraie guerre ! Deux guerres ! Avec celle de 40  j’ai subi les bombardements et j’ai vu des cadavres dans les fossés. Je suis même devenu pupille de la Nation ! Mon père est mort à Dachau ! Avec la guerre d’Algérie nous avons perdu notre âme. Tortures, enfumages, massacres de masse des deux côtés, les Algériens jetés dans la Seine par dizaines, peut-être par centaines ! Tout ça suffit pour faire de moi un non violent qui jure que la force n’a qu’un seul et unique effet dans le civil, entraîner inéluctablement l’envie de meurtre,  de vengeance et de haine !

Alors je le dis à mes copains de gauche qui ont des certitudes sur les culpabilités et les responsabilités, sans bien sûr,  vouloir en partager aucune : tournez sept fois votre langue dans votre bouche avant d’accuser les arabes. Dans toutes les familles, dans tous les milieux, il y a des délinquants, des dévoyés, des gamins perdus, des jeunes gens sectaires et asociaux. Il faut les taper ? Il faut les condamner ? Il faut les exclure ? Les embastiller ou bien les déporter ? Je n’ai aucun scrupule, aucun doute, aucune nuance, la voie de la rétorsion et de la punition ne mène nulle part, sauf à de nouveaux drames, différés peut-être, mais annoncés, à coup sûr.

Enseignant pendant plusieurs années en plein mouvement de démocratisation de l’Université, j’ai assez entendu certains collègues dire que nos étudiants étaient nuls, qu’ils n’avaient rien à faire dans nos amphis, qu’ils n’étaient pas dignes du savoir qu’on leur dispensait et que de toute façon c’était des bons à rien. Ils évitaient ainsi de s’interroger sur leurs propres qualités pédagogiques et sur l’impasse qui les menait devant des jeunes pour lesquels ils n’éprouvaient aucune empathie. Ce faisant, on faisait peser l’ostracisme sur les classes populaires dont les enfants avaient grandi sans livres, sans arts, en un mot sans la culture dont se targuent les élites ! J’ai expérimenté et enduré moi-même cette relégation quand j’étais étudiant avant mai 68 bien sûr, avant que nos mandarins se mettent à douter d’eux-mêmes.

Il se passe quelque chose comme ça dans nos quartiers. Nos jeunes ne se sentent ni compris ni écoutés. Ils vivent une hostilité générale des « vrais » Français, sur un fonds d’arabo-islamo-phobie ancienne, datant  des colonies et  entretenue par des nostalgiques de l’Empire. Ce racisme quasi « naturel » prospère dans les quartiers populaires avec les les frustrations nouées autour du boulot et de l’espace urbain. Beaucoup de gens n’aiment pas nos émigrés,  maghrébins pour l’essentiel,  qu’ils soient de première génération ou pas, jeunes ou vieux, quand ils se distinguent par leurs vêtements, leur langue, leur religion, leur culture. Ils les aiment seulement quand ils correspondent à notre propre modèle, costume-cravate, sans accent. Allez-vous étonner après cela, de trouver chez  les jeunes la révolte et la rébellion face aux  enseignants qui parfois, de leur côté,  n’en peuvent plus d’autant d’incompréhension ? Le repli identitaire sur les extrêmes, le salafisme, le fondamentalisme, repose sur cette querelle permanente et ce n’est pas à coups de bâton qu’on va régler le problème.

Ces gamins-là se sentent tout juste tolérés. Il suffit d’écouter les nombreux témoignages qui passent en ce moment à la télé, qui vont tous dans le même sens, ils n’intéressent les politiques qu’au moment des élections. Même si le reproche est souvent injuste parce qu’il y a beaucoup de gens qui nouent le dialogue dans les salles de classe, dans les associations, ou dans les ateliers, c’est ainsi qu’ils vivent la situation. En face,  Finkielkraut en tête, on veut en revenir à la discipline, à la morale et au civisme. On leur reproche leur antisémitisme, leurs délinquances, leurs trafics et leurs camps retranchés, les fameux territoires interdits, devenus depuis peu des fantasmes américains ! Quand on a entendu un certain Président promettre à leur propos de nettoyer la racaille,  comment voulez-vous que les jeunes des quartiers puissent encore se sentir français, avoir envie de chanter la Marseillaise et de respecter l’uniforme, aimer l’école, admirer la République ?

La guerre, c’est nous,  les bien-pensants qui l’avons déclarée. Quand on est fier de ses valeurs, confiant dans sa culture et sa civilisation, on peut se permettre d’aller au-devant de ceux qui sont piétinés, déplacés, entassés, oubliés, stigmatisés, méprisés°°°. Je ne dirai jamais assez toute l’estime que j’ai pour les Charlie, ces génies libertaires, critiques, créatifs,  pleins d’humour, qui sont depuis tout le temps indispensables à notre esprit social et culturel. Ils ont été affreusement et injustement assassinés par deux fous, par des meurtriers  qui ont grandi sans père, ni mère, à la va comme je te pousse, en prison, sur des champs de bataille. Des automates. Et pourtant ! N’ont-ils pas dit qu’il ne fallait pas tuer les femmes ?  N’ont-ils pas  malgré tout épargné des vies dans  leur folle  cavale ?  C’est donc sans doute qu’il leur restait un brin d’humanité. Au nom de ce petit grain-là, on doit demander à notre République de faire le nécessaire pour que puisse s’éteindre la misérable guerre des cultures et des religions.

On ne réussira que par plus de pédagogie, plus d’empathie, plus d’ouverture aux autres, plus de curiosité pour tous ces gens qui au premier coup d’œil ne nous ressemblent pas, mais qui finalement, on le voit tous les jours,  nous enrichissent de leurs différences. On va encore me taxer d’angélisme. Je réponds que nos enfants, tous nos enfants, ont plus à gagner du lait de leur nourrice que du chat à neuf queues  d’un monstrueux Père Fouettard !

                                   

 

 

°°° « Les émeutes de 2005, qui, aujourd’hui, s’en rappelle ? a interrogé Manuel Valls. Et pourtant, les stigmates sont toujours présents : la relégation périurbaine, les ghettos, ce que j’évoquais en 2005 déjà, un apartheid territorial, social, ethnique, qui s’est imposé à notre pays, la misère sociale, auxquels s’additionnent les discriminations quotidiennes, parce que l’on n’a pas le bon nom de famille, la bonne couleur de peau, ou bien parce que l’on est une femme. »

15/03/2014

La fin des truands ?

 

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 Manao Pupapau de Paul Gauguin

L’ancien Président  est-il vraiment la victime d’acharnement  de la part des juges ?  Ses amis sont horrifiés et en particulier cet imbécile  lunaire de Guaino, qui est capable  en clerc servile de défendre  l’indéfendable. Pour Guaino,  la justice doit être aux ordres de Sarko, comme elle l’a toujours été pendant son quinquennat. Ce n’est pas par hasard si celui-ci  avait confié la Garde des Sceaux à une de ses créatures, la sublime Rachida Dati, la belle aventurière prête à tout. Et devinez qui était secrétaire général du ministère de la justice à cette époque, le magistrat G. Azibert au-dessus de tout soupçon !  Qu’il puisse  renseigner l’avocat de Sarkozi , Me Herzog sur les travaux de la Cour de Cassation est bien sûr impensable ! Encore moins en échange d’un petit coup de pouce pour obtenir une prébende à Monaco !

On ne tire pas les ficelles du clientélisme sans précautions. Le bâtonnier de Paris légalement prévenu avait passé le message, vous êtes sur écoute mes chers amis ! Qu’à cela ne tienne, les truands le font bien…Il suffit de se procurer un téléphone sous un faux nom. Celui de Pierre Bismuth. Bravo, nous approchons d’Al Capone, celui que les Incorruptibles étaient incapables de prendre en flag.  Malgré l’accumulation des enquêtes et les  soupçons,  Sarko  reste insaisissable, Karachi, Tapie, Khadafi, Bettencourt, Buisson, on approche, on trouve des amis, des comparses, des Takiedine, Gaubert, Balkany, Copé, Léotard, Woerth, Hortefeux,  des lieutenants, des dévoués,  mais jamais le principal. Sarko est un juriste, il sait ce que ça veut dire d’être pris la main dans le sac !

 

D’ailleurs les gens de droite sont admiratifs. Ils pensent qu’il s’agit là de la meilleure façon de gouverner  et considèrent que les tricheries répétées avec le droit sont  autant de malices qui font de Sarko un vrai chef débrouillard, futé et « capable ». Il faudrait vraiment se poser la question. Ces gens-là ont-ils raison ?  Assistons-nous  vraiment, comme ils le clament à une chasse  à l’homme  organisée par les robins  et commanditée par des comploteurs du Parti Socialiste  au service de François Hollande? Qui d’autre peut bien tramer ce complot qui  s’apparente à une tentative de coup d’état, (même si  l’ancien Président a été battu aux élections) ? Sarko est soupçonné sans cesse de multiples manquements ! On a ouvert  des enquêtes à tout va ! Toujours innocent ! Jamais de preuves ! Quelle incurie des juges, quelle légèreté !  On veut abattre notre Nicolas. Ses adversaires politiques veulent sa peau et ce ne peut-être que les socialistes, c’est-à-dire François Hollande lui-même, CQFD.

 

Malgré l’évidence  qu’en France,  la gauche n’a jamais été l’adepte des traquenards judiciaires et des coups montés, car c’est contraire à sa culture (on ne va pas volontiers chez les flics et chez les juges), la droite continue de lui lancer à la figure ses propres turpitudes. On a beau avoir mis en examen  notre Cahuzac en un temps record, il sert toujours  de relance. De même pour les écoutes de François Mitterrand, même si celles-ci n’avaient rien de politique et étaient plutôt dictées par la protection du Président que par la volonté de nuire à ses adversaires ! Qu’on se rappelle les affaires Boulin, Pompidou, Giscard, Chirac, elles étaient  toutes  dues aux fermentations  incestueuses des Divers Droite. Et qui trouve-t-on à la manœuvre  pour orchestrer la mise en onde ? Les éditorialistes du Figaro, omniprésents ! Et le Figaro, c’est Dassault, lui-même soupçonné d’avoir acheté des électeurs ! Dont ils ne disent jamais mot, ces vendus !

Ooooh ! Ne me faites pas dire que la vertu est à gauche et que le vice est à droite. Non. Je pense seulement que nous avons à gauche nos vices propres, souvent liés à l’appétit de revanche sociale, au goût pour le pouvoir et à la cupidité. On adore les petits profits à la carte bleue et les soutiens illicites aux associations. Dans certains cas aussi des tricheries à la Cahuzac, ou bien quand on est corse, des opérations de maffiosi. On aime ainsi se cacher derrière la notion d’intérêt public pour servir ses propres intérêts.

A droite on préfère les machinations, les pièges, les coups tordus montés en y mêlant l’appareil d’état, avec la complicité des hauts fonctionnaires qui sont rarement des rouges, on les vire avant ! Voyez le magnifique combat Sarkozi-Villepin ! (Encore lui !). On aime aussi les emplois fictifs et les marchés truqués de grande ampleur, les services rendus en récompense de la complicité et de la connivence. On adore les hommes de main et les hommes de paille !

Avec un cynisme incroyable! Plus c’est gros, plus ça passe !  Depuis la campagne présidentielle, l’accusation préférée de la droite est de traiter François Hollande de menteur et tous les socialistes idem. Ça ne mange pas de pain et il n’y a pas besoin de prouver quoique ce soit tant la vérité est à géométrie variable. De plus ça ne vaut rien devant les tribunaux ! Ainsi Copé s’en va chaque matin réclamer la  démission de Christianne Taubira pour cause de mensonge ! Alors qu’il est lui-même coincé dans une information judiciaire  concernant les finances suspectes de son propre Parti, l’UMP ! Un rien de plus , on allait accuser la Ministre d’être elle-même coupable des forfaits que les juges instruisent !

Comme souvent en pareil cas, ce sont les truands qui gagnent. Ils n’ont aucun respect de la vérité et  des personnes. Ils manient l’amalgame, les calomnies et les insultes. Ils travaillent en meute. Les suicidés politiques sont à gauche  et le dernier,  emblématique,  c’est Bérégovoy ! Heureusement que notre Taubira est pleine de vie, belle, généreuse, cultivée, poète et qu’elle est devenue  l’icône  de la gauche, sinon je vois très bien comment des officines  glauques  peuvent préparer sa mort politique avec un terrible cynisme. Tenez bon Madame la Ministre, on vous aime ! Soyons vigilants, quand des parents peuvent apprendre le racisme à des enfants de sept ans, ils peuvent aussi fourbir dans les granges et les sacristies des armes plus pétantes. Il faut renforcer la garde rapprochée de la Ministre  et aussi la protéger contre elle-même. La générosité marche rarement avec  ces ennemis-là.

Mais la partie n’est pas finie et pourrait bien faire pschitt, comme l’avait déclaré Chirac. Dans la cour de récréation, c’est toujours le même qui organise la pagaille. Il est petit et vilain, il fait ses coups en douce et assez malin pour ne pas se faire prendre. Il adore faire des petits cadeaux à ceux qui le soutiennent. La pratique est connue, on donne un coup de pied en dessous au premier de la classe et on braille immédiatement que c’est pas moi,  c’est lui ! Qui lui ? L’autre ! On organise l’impunité, on met les plus forts de son côté et on devient un vrai caïd. Tous les truands utilisent la technique, accuser les autres pour se disculper. Mais on a changé  le maître d’école. La justice  peut se revendiquer d’une certaine indépendance. Je suis sûr qu’elle va avoir à cœur d’aller au bout de ses enquêtes  et qu’on finira par pincer les vrais coupables. Certains jouent déjà forfait et se font porter pâles, des Xavier Bertrand, des Lemaire, des Pécresse, des Wauquiez, Baroin et bien d’autres brillent par leur absence dans ce combat douteux. Sans doute auront-ils à cœur de présenter une autre image de la politique  que celle du clan Sarkozy. Est-ce le début d’une victoire pour tous... et surtout pour la France,  à moyen terme ?