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08/05/2015

Echelles de perroquet

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Du temps de ma belle jeunesse de botaniste, en herborisant dans l’Ouarsenis avec mes étudiants sous la houlette d’Alexis Monjauze, le regretté défenseur de la forêt méditerranéenne, je me souviens d’une colère mémorable du saint homme devant les échelles de perroquet qui sculptaient la silhouette toute particulière des chênes verts qui en dessous de 2000 mètres, font l’essentiel de la végétation arborescente des sommets. Nous étions en mai 1968 et le moutonnement des massifs dans l’air violet du petit matin donnait une résonnance étrange au discours passionné du maître. Il s’emportait dans le registre qu’il affectionnait, contre la chèvre « le râteau du désert » et contre ces maudits bédouins qui transformaient « ses »  malheureux arbres en réserve vivante  de fourrage ! Les moignons laissés en bonne place servaient d’échelons pour parvenir dans les dernières ramures qu’on jetait aux bêtes, après les avoir cassées ou cisaillées à coups de pierre. La forêt était domaniale, c’était ses arbres, sa forêt et sa montagne !

Je me demande  pourquoi, en voyant mon parti trahi et vilipendé, cette image s’est imposée à mon esprit. Pour les botanistes,  qui sont bien sûr d’une autre trempe que les écolos en peau de lapin des boulevards, le bédouin est un ennemi. Dès qu’une fleur apparaît quelque part, qu’une graine germe ou qu’une touffe de sparte s’accroche aux éboulis, le bédouin se précipite, les chèvres en première ligne et c’est la dévastation. Quand il n’y a plus rien on monte aux arbres ! Bien sûr, pour faire ça il faut y être poussé par la misère.

Ce n’est pas le cas de nos charmants militants du PS qui ont de tout à gogo, des belles maisons et de bonnes retraites. En général ils n’ont pas fait grandes étincelles de leur vie, sinon utilisé leurs charmes, leurs études, et leurs héritages pour se livrer à des jeux de rôles sans imagination, destinés à satisfaire leur égo et leur goût trivial pour les rapports de force. Peu créatifs, ce sont des besogneux de la politique,  des bédouins intellectuels prêts à faire profit de la moindre brindille idéologique, pour peu qu’elle serve leurs intérêts immédiats.

L’exemple des programmes électoraux des dernières cantonales est singulièrement éclairant ! Les tracts sont remplis par les poncifs dont on croit qu’ils vont rapporter des voix. Voilà des sous, voilà des services, et plus de bonheur !  On se croirait dans une carte de vœux de nouvel an. Et si on se persuade que l’étiquette du PS fait peur à l’électeur, on prend le faux nez de « divers gauche »,  fut-ce avec sa carte du PS dans sa poche. Chez mon marchand de légumes,  j’appelle ça du fardage.  Voyez comme je suis bon, voyez comme je suis beau ! Il y a du mépris pour le populo là-dedans. Heureusement le populo est plus malin que ces pitoyables tours de marionnettes !

Car enfin si on prétend faire de la politique c’est qu’on veut  apporter sa part de solutions, qu’on veut inventer quelque chose, ou au moins qu’on se croit capable de le faire. Il ne s’agit pas pour glaner quelques voix de promettre aux électeurs ce qu’ils ont envie d’entendre. On a l’habitude en bon français d’appeler ça de la démagogie. Il faut avoir le courage  au contraire d’identifier les vraies difficultés et d’énoncer des propositions susceptibles de les résoudre, même si elles ne plaisent pas à tout le monde ! J’enrage de ne pas avoir été écouté à propos du regroupement communal, dont j’entends partout aujourd’hui que tout le monde le veut !

Heureusement le ridicule finit par tuer. Quand vous montez aux arbres tout occupé à caqueter, vous vous trouvez obligé d’en exposer à chaque échelon un peu plus, et de découvrir le fond de votre culotte idéologique. Et le plus souvent, on s’aperçoit qu’il s’agit de vieux caleçons bariolés et recyclés, issus de bribes de mémoire collectées au gré des circonstances, s’effilochant dans le flou des souvenirs. On ne grimpe pas très haut sans fondement ni verticalité.

Ces apprentis politiciens de l’illusion se trouvent rapidement à court d’idées.  Le sens véritable des évènements leur échappe. Leurs choix sont circonstanciels et subjectifs. Ils nous font courir de graves dangers car ils ignorent l’étendue de leur ignorance et font preuve d’une incroyable suffisance. Par conséquence ils se retrouvent  dans l’impossibilité d’anticiper les évolutions de l’opinion et d’être en phase avec le mouvement des idées. Livrés à une certaine vacuité intellectuelle ils réservent leur énergie  aux petits mensonges, aux combines hypocrites et aux grosses ficelles !

Je suis véritablement fatigué de cette guéguerre des boutons stérile et sans grandeur. Je rêve d’un monde  dans lequel on se respecterait les uns et les autres,  en écoutant ceux qui parlent et en lisant  ceux qui écrivent. Un monde ou la fidélité et la loyauté resteraient des vertus reconnues qui permettraient le dialogue entre les individus, seule source, in fine, de progrès. Au lieu de ça on assiste au spectacle indigent des perroquets dans la jungle, multicolores et grégaires, autistes et indifférents.

 

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23/03/2011

Sainte-Mère-Eglise : les bedas du Plain votent pour le Front

 

 

fn,cantonales,sainte mère,plainSainte- Mère–Eglise est la capitale d’Utah Beach,  qui a vu le 6 juin 1944 l’acte 1 de la défaite des nazis face à l’Occident judéo-chrétien révulsé. On pourrait croire que cette célèbre victoire d’une alliance internationale et démocratique, qui nous a rendu la liberté au sens propre du mot, aurait marqué durablement les esprits dans le canton. Il n’en est rien. Les paysans (bedas en patois normand) du Plain et du Marais se sont ici comme ailleurs massivement abstenus aux élections cantonales (1 inscrit sur 2) ou bien ont choisi le Front national (1 électeur sur 5 et dans certaines communes 1 sur 3).

 

Je l’ai déjà dit, on comprenait bien la semaine dernière en distribuant les tracts dans les petits marchés de campagne, que les gens étaient excédés par l’ambiance politique qui s’est installée depuis pas mal de temps. J’ai déjà daubé sur l’inconséquence de nos élites si contentes d’elles même. Comment ne le seraient-elles pas ? Ce monde est fait par elles et pour elles, à base de communications et de services urbains toujours plus performants, et de nouveautés technologiques et économiques toujours plus lucratives.

 

Ces succès nourrissent des sentiments de toute puissance et d’importance qui favorisent une vie entre soi riche, facile et gaie. C’est cette vie même qu’on nous donne à voir 24/24 à la télévision dans une pléthore d’émissions de variétés, de jeux, de people, où tout est permis sauf  la banalité du quotidien. Il y a en réalité bien d'autres choses à la télé mais personne ne veut les voir ou les entendre. Dès qu’on s’éloigne des beaux quartiers les tableaux de cette vie insouciante et follement intéressante se heurtent aux duretés moroses du métro-boulot-dodo de tous les jours.

 

Les cantons ruraux, qui ont vu leur tissu social se déchirer par la concentration des exploitations agricoles, le vieillissement de leur population, et l’obsolescence des services publics, sont devenus des sanctuaires de populations oubliées. Les trains ne roulent plus dans les petites gares, les curés abandonnent leurs églises,  les receveuses des postes sont à la retraite,  les instits sont regroupés, les  médecins généralistes désertent leurs cabinets,  les patronnes ferment leurs bistrots. Les belles maisons anciennes, témoins d’un passé prestigieux rabattent leurs volets en octobre et ne les rouvrent qu’en mai ou juin.

 

Dans le Cotentin notre opulent bocage est devenu un semi désert habité par des sortes de réfugiés. Des hommes et des femmes  trouvent là  des vieilles maisons pas chères, mais inconfortables et éloignées de tout. Des maisons qui  sont convenables pour les néo-ruraux entichés de nature encore authentique, mais qui sont invivables pour des personnes âgées ou sans ressources, loin de tout.

 

On ne doit pas s’étonner de trouver alors beaucoup de citoyens repliés sur eux mêmes et qui ne se reconnaissent en rien dans ce qu’on leur donne à voir ou à croire. Le tabac n’arrête pas d’augmenter, le pinard est mal considéré et la chasse et la pêche ont chaque année leur accès plus restreint. Pendant ce temps les routes se couvrent de radars guet-apens qui vous font les poches sans mot dire. On ne compte plus que sur soi pour s’en tirer, sur la débrouille et le travail au noir.

 

Le premier signe politique est celui de l’abstention. Il signifie un effondrement  de l’espoir collectif et un plongeon dans  l’individualisme forcené et désespéré. C’est  une philosophie que notre droite sarkozyenne a bien développée dans notre pays. Aide toi le ciel t’aidera. Les ayants droit des aides sociales et des filets de sécurité sont réputés profiteurs. Le langage de l’esprit d’entreprise et de compétition convient bien entendu aux esprits forts. Mais les autres ? A force de mesurer et de décrier la solidarité on désespère  ceux qui en ont le plus besoin. Il y a cependant une limite à l’humiliation des gens modestes. Personne ne peut vivre avec le sentiment qu’il est un boulet pour la société.

 

C’est ici que le Front National entre en scène. Toutes les misères du monde frappent à notre porte. Elles nous sont apportées par tous ces nègres et ces arabes qui viennent nous voler le Boulot, la Sécu, le Chômage, et même nos porte-monnaie dans nos poches. Parfois même ils violent nos femmes et nos enfants ! Les seuls qui profitent de ça sont les affairistes de la politique et de la finance, bien souvent cosmopolites et apatrides, de droite ou de gauche, tous pareils.

 

Il se trouve que dans nos campagnes il y a 50 ans,  on a appris à nos vieux d’aujourd’hui,  qui étaient alors de malheureux petits soldats, que les bougnoules étaient du mauvais gibier, à tirer sans hésitation pour que demeure l’Algérie Française. Mohamed, je n’aime pas beaucoup ce prénom disent-ils… La belle Marine sous des dehors de Jeanne d’Arc sportive et moderne nourrit avec aplomb les peurs ancestrales, tout en sachant qu’elle ne peut en guérir aucune. La Vague Marine est un baume de Charlatan.

 

Nous autres français sommes le fruit des invasions successives de barbares, Visigoths et Ostrogoths, Macaronis et Polaks, Espinglots, Portugais, Turcs et Arméniens, Bamboulas et Bicots,  tous de sang chaud et nouveau. Aujourd’hui l’ADN du monde vient à notre secours. Il suffit de voir comme ces enfants hybrides qui prennent toutes les couleurs du chocolat et du thé sont beaux, vifs et intelligents. N’importe quel éleveur de vaches sait que l’endogamie fait courir des risques au troupeau. Tous ces nouveaux venus qui triment, qui chantent et qui jouent au foot sont une indéniable richesse pour notre vieux pays. Avec eux viennent les écrivains, les inventeurs, les hommes d’affaire et les champions du monde.

 

En désignant les étrangers à la vindicte des pauvres gens, en tout cas des plus fragiles, qu’ils s’appellent Sarkozy ou Le Pen, ces mauvais bergers font un mauvais coup à la France.  Ils divisent les gens, ils les dressent les uns contre les autres, ils libèrent les haines et les jalousies, au lieu d’expliquer patiemment que l'homme est un animal social, dont l’aisance et la grandeur ne peuvent naître que de sa communauté rassemblée. Seule, une société apaisée peut nourrir et élever ses enfants, former des ingénieurs et produire  des artistes et des champions. Qu’on observe seulement un instant les sociétés ethnico-religieuses fermées et on sera vite convaincu qu’elles sont en réalité de véritables déserts humains, que d’ailleurs les jeunes fuient et délaissent (cf. les évènements du monde arabe).

 

Malheureusement la solitude et l’isolement dans l’hiver de nos bucoliques paysages prédisposent peu à la communion sociale. Les gens de nos campagnes sont loin des banlieues et de leurs nuisances, mais ils sentent qu’ils sont les laissés pour compte d’un monde qui leur est chaque jour un peu plus hostile. Ils voudraient bien qu’on s’occupe de leur petit  pays qui se meurt, mais ils ne voient que des  hérons gris, immobiles et muets.