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14/07/2012

Peugeot, en finir avec l'impunité des big boss...

 

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L'usine de Pablo Picasso


Depuis que la gauche a pris les commandes, Copé exprime partout son angoisse « pour la France » qui va dans le mur suite aux « décisions irresponsables du Parti Socialiste ». Comme si le mur nous ne venions pas de le rencontrer avec Peugeot et ses licenciements massifs. Pour du coup, ce n’est pas facile d’y voir le résultat « de la politique démagogique du gouvernement Ayrault », même si à droite on entend que les 35 heures n’y sont pas pour rien. Ce qui est visible aujourd’hui c’est que la démagogie pro patronale était bien à l’œuvre sous Sarkozy avec ses prêts à faible taux, ses primes à la casse et ses bonus malus, qui ont permis à PSA de différer ou de négliger une remise en cause de sa stratégie industrielle dont on savait qu’elle préparait des lendemains difficiles. Tout ça aux frais du contribuable.

 

Les mauvais choix de PSA n’ont pas été corrigés à temps. A France Inter hier matin,  au dire de Frédéric Saint Geours,  un des grands patrons de la boite, la firme a même pu se croire en 2009  tirée d’affaire, ce qui entre nous ne faisait pas preuve d’un sens aigu de la prospective. Après avoir épargné la campagne présidentielle (et bien sûr le candidat UMP), Peugeot déverse aujourd’hui massivement les mauvaises nouvelles avec un certain cynisme…c’est à dire la suppression de 8000 emplois un peu partout en France et surtout à Rennes, avec fermeture du site d’Aulnay où travaillent aujourd’hui 3500 salariés.

 

Légitimement ces annonces provoquent le drame chez les personnels et dans le monde politique. Une fois de plus la « Direction » considère ses employés comme la seule variable d’ajustement qu’il faut lourder en urgence avant de perdre trop d’argent, avec un seul souci,  celui de la communication,  pour que la boite ne laisse pas trop de plumes dans l’opinion. Ils pensent par habitude que les gouvernements de gauche (ou de droite) sont justement là pour régler les « problèmes sociaux » et puiser dans les caisses de l’Etat pour réparer la casse résultant des embardées de « leurs affaires industrielles » lesquelles seraient de leur seule compétence. C’est ce dogme qui doit être remis en cause. Le capital doit être pleinement responsable de ses salariés et collaborateurs ! Juridiquement l’employeur en impose beaucoup aux travailleurs, le contrat d’embauche devrait en retour comporter une clause de responsabilité totale de la boite à leur égard et bannir tout chantage au chômage !

 

J’espère bien que notre Président et notre gouvernement ne vont pas se laisser enfermer dans ce piège politico-social, tout à fait typique des tenants du libéralisme économique. Pour une fois les choses sont claires, Peugeot est une entreprise privée, entièrement  responsable de ses décisions,  qui a joyeusement encaissé les dividendes quand l’affaire était juteuse. Si il y a eu des erreurs de stratégie et de management c’est maintenant aux actionnaires de passer à la caisse pour rembourser les dégâts. Huit mille licenciements sont l’équivalent de huit mille drames familiaux, avec l’insécurité et la précarité qui vont avec et qui affectent les parents et les enfants. Avec leurs annonces débiles les responsables de PSA ont plongé l’équivalent d’une ville entière dans l’angoisse. Les Patrons pleurnichent pour la forme et adoptent l’attitude paternaliste de compassion assortie des promesses  habituelles aux quelles personne ne croit. Ce qu’on peut admettre d’un petit patron est proprement inacceptable pour une entreprise de rang national et mondial comme PSA.

 

Comme dans le mariage,  le business est un pacte avec les salariés pour le meilleur et pour le pire. Une grosse entreprise ressemble à ces tankers pétroliers qu’il faut manœuvrer avec toute la prudence et l’audace nécessaires. L’exercice demande d’anticiper et de prévoir sur le moyen terme pour corriger les trajectoires et les rendre compatibles avec la conjoncture industrielle de l’automobile et du marché. Il faut mettre fin à la triste habitude de privatiser les bénéfices et de collectiviser les pertes. Le personnel n’est pour rien dans les erreurs du management,  il ne doit pas faire les frais des impérities patronales ! Le staff est grassement rémunéré précisément  pour éviter les mauvais choix et c’est donc lui le premier responsable. En premier,  le conseil d’administration et le management doivent valser ! Et si PSA n’a pas de stratégie industrielle de rechange, alors les pouvoirs publics, c’est à dire la collectivité doivent se payer sur la bête, c’est à dire nationaliser l’entreprise avec ses actifs matériels et immatériels, pour mettre en place un projet de reprise qui tienne !

 

On voit bien que Philippe Varin , le « big boss » de ce plan débile de drastique dégraissage veut plaider non coupable. Le coût du travail serait trop élevé en France. Un refrain que Sarko et Copé (encore eux !) ne cessent de nous seriner à longueur d’antenne et sur tous les tons. L’excuse est mensongère. Pour en avoir le cœur net, j’ai cherché un petit peu des informations plus précises, référencées et circonstanciées. Il se trouve qu’effectivement en France nous sommes loin du travail low cost de Roumanie ou de Pologne, mais nous sommes parfaitement compétitifs avec l’Allemagne, la Belgique et les autres pays du Nord de l’Europe. Toyota lui même produit en France des Yaris dans une usine florissante. La vérité est que PSA a tardé à se diversifier et à se construire une dimension internationale en restant trop hexagonal. Ce qui franchement n’a rien à voir avec les trente cinq heures.

 

D’évidence, si Peugeot a fait des erreurs, son management doit en subir les conséquences et passer à l’essoreuse. La gauche d’aujourd’hui ne doit pas faire tourner des usines à perte comme voudrait nous le faire croire le Front de gauche, à l’image de ce qu’on  a pu faire autrefois avec les Charbonnages ou avec la Sidérurgie. Un gouvernement de gauche doit faire régner la justice. Dans une usine qui bat de l’aile ce ne sont pas les ouvriers qu’il faut virer mais les Patrons et si ça coûte des sous,  ce sont eux qui doivent payer,  avec leurs actionnaires. Nous sommes devant un premier exercice d’application pour le nouveau gouvernement qui devra trouver la solution juste, comme nous l’a promis François Hollande.

 

Je viens d’écouter à l’instant l’interview du 14 juillet. Je ne suis pas déçu. Point de promesses inconsidérées, un discours simple, pédagogique, loin des effets d’annonce et de la gloriole de son prédécesseur, le nouveau Président a présenté tranquillement ce qu’il va faire et je pense que ce sera fait. Le plan de PSA est inacceptable a-t-il dit, nous allons bientôt apprendre quels sont les recours et les alternatives que le gouvernement va  promouvoir. A suivre.

14/06/2012

Retrousser nos manches

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 Les raboteurs de parquets de Gustave Caillebotte (1875)

 

 

L’élection haut la main de Bernard Cazeneuve et de Geneviève Gosselin est un événement heureux pour le Cotentin. Grâce à leur travail patient au service de Cherbourg et de sa région le Ministre et la Députée ont obtenu l’assentiment très large de nos concitoyens. Bernard Cazeneuve est un homme de rassemblement, de consensus et de conviction qui donne du temps au temps et qui respecte ses concitoyens. Je l’ai déjà expliqué lors de la parution de son livre sur l’affaire de Karachi. De son côté, en se consacrant à l’examen du Scot avec tous les élus du Cotentin, quels que soient leurs bords politiques, Geneviève Gosselin a prouvé qu’elle savait distinguer l’essentiel de l’accessoire, et écarter la polémique pour faire avancer notre petit territoire.

 

Une période nouvelle s’annonce qui semble sceller le déclin de la vieille droite rurale qui perd peu à peu ses positions dominantes. Une étape supplémentaire pourrait être franchie en cas de succès de Stéphane Travers dans la 3° circonscription, voire de Le Coz dans la 2° ! En tout état de cause, il me semble que l’influence des notables, indépendants et paysans, des vétérinaires et des propriétaires fonciers , des notaires et des avocats,  reflue face à la montée des salariés du tertiaire, du bâtiment, des services publics, et du tourisme qui viennent renforcer les bastions traditionnels de l’arsenal, d’Areva et des  personnels enseignants.  La prise de conscience est facilitée par les excès du sarkozysme qui a droitisé l’UMP au point de la rendre bien poreuse aux idées xénophobes et identitaires du Front National. Par bonne fortune, notre Cotentin n’est pas une terre des extrêmes, elle cultive la modération en tout, la diversité et la tolérance. Le FN n’y fera jamais les scores qu’on peut trouver en Lorraine ou en Paca-Côte d’Azur.

 

La gauche maintenant fortement implantée dans notre territoire doit montrer qu’elle est capable de relever les défis du développement et de l’emploi dans les secteurs porteurs. Comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, les projets industriels dans l’éolien et l’hydrolien , dont certains semblent bien avancés, peuvent en cas de succès être un tremplin pour la modernisation de notre économie. D’autres progrès peuvent être obtenus dans les activités maritimes, dans la plaisance, dans la pêche et la conchyliculture, et encore davantage dans le tourisme dont le potentiel est encore intact. Il me semble aussi que nous n’avons pas suffisamment théorisé sur la réussite tranquille des Maïtres Laitiers et sur le modèle économique que cette entreprise représente pour l’agro-alimentaire dans la presqu’île.  Que ce soit pour les légumes, la viande ou les produits de la mer, on pourrait imaginer des synergies commerciales reposant sur la diversité de l’offre, la qualité des produits et la garantie d’approvisionnement propre à satisfaire les gros maillons de la distribution, tout en résistant mieux à leurs féroces exigences. La démarche de qualité, de diversité, de proximité et de maîtrise des marchés est un processus gagnant dans l’agro-alimentaire, en particulier pour les produits frais.

 

Avec une économie en croissance offrant des emplois, nos services trouveront un meilleur terreau pour leur développement et leur modernisation.  Nous devons améliorer nos écoles et nos hôpitaux, nos infrastructures de communication et de transports… On se retrouve en plein dans les thèmes d’élaboration du Scot (Schéma de cohérence territoriale), dans la problématique du lien ville-campagne, dans l’exercice du désenclavement routier et ferroviaire, voire maritime, dans l’ambition de s’assurer  des concours extérieurs, dans la nécessité d’ouvrir des relations avec les autres régions et les autres pays.

 

On peut rêver. Le développement aujourd’hui ne peut être que celui de l’intelligence et de l’ouverture aux autres. Les cités-nations, les villes bataves ou italiennes comme Gênes ou Venise, sont devenues un temps les centres du monde parce qu’elles avaient un réseau commercial et financier qui dépassait de loin leur minuscule territoire. Le Cotentin peut devenir une île de prospérité en exerçant son potentiel stratégique européen et atlantique grâce aux talents créatifs de ses habitants. Voilà de beaux enjeux en perspective qui sont propres à donner confiance dans l’avenir.