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15/03/2014

La fin des truands ?

 

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 Manao Pupapau de Paul Gauguin

L’ancien Président  est-il vraiment la victime d’acharnement  de la part des juges ?  Ses amis sont horrifiés et en particulier cet imbécile  lunaire de Guaino, qui est capable  en clerc servile de défendre  l’indéfendable. Pour Guaino,  la justice doit être aux ordres de Sarko, comme elle l’a toujours été pendant son quinquennat. Ce n’est pas par hasard si celui-ci  avait confié la Garde des Sceaux à une de ses créatures, la sublime Rachida Dati, la belle aventurière prête à tout. Et devinez qui était secrétaire général du ministère de la justice à cette époque, le magistrat G. Azibert au-dessus de tout soupçon !  Qu’il puisse  renseigner l’avocat de Sarkozi , Me Herzog sur les travaux de la Cour de Cassation est bien sûr impensable ! Encore moins en échange d’un petit coup de pouce pour obtenir une prébende à Monaco !

On ne tire pas les ficelles du clientélisme sans précautions. Le bâtonnier de Paris légalement prévenu avait passé le message, vous êtes sur écoute mes chers amis ! Qu’à cela ne tienne, les truands le font bien…Il suffit de se procurer un téléphone sous un faux nom. Celui de Pierre Bismuth. Bravo, nous approchons d’Al Capone, celui que les Incorruptibles étaient incapables de prendre en flag.  Malgré l’accumulation des enquêtes et les  soupçons,  Sarko  reste insaisissable, Karachi, Tapie, Khadafi, Bettencourt, Buisson, on approche, on trouve des amis, des comparses, des Takiedine, Gaubert, Balkany, Copé, Léotard, Woerth, Hortefeux,  des lieutenants, des dévoués,  mais jamais le principal. Sarko est un juriste, il sait ce que ça veut dire d’être pris la main dans le sac !

 

D’ailleurs les gens de droite sont admiratifs. Ils pensent qu’il s’agit là de la meilleure façon de gouverner  et considèrent que les tricheries répétées avec le droit sont  autant de malices qui font de Sarko un vrai chef débrouillard, futé et « capable ». Il faudrait vraiment se poser la question. Ces gens-là ont-ils raison ?  Assistons-nous  vraiment, comme ils le clament à une chasse  à l’homme  organisée par les robins  et commanditée par des comploteurs du Parti Socialiste  au service de François Hollande? Qui d’autre peut bien tramer ce complot qui  s’apparente à une tentative de coup d’état, (même si  l’ancien Président a été battu aux élections) ? Sarko est soupçonné sans cesse de multiples manquements ! On a ouvert  des enquêtes à tout va ! Toujours innocent ! Jamais de preuves ! Quelle incurie des juges, quelle légèreté !  On veut abattre notre Nicolas. Ses adversaires politiques veulent sa peau et ce ne peut-être que les socialistes, c’est-à-dire François Hollande lui-même, CQFD.

 

Malgré l’évidence  qu’en France,  la gauche n’a jamais été l’adepte des traquenards judiciaires et des coups montés, car c’est contraire à sa culture (on ne va pas volontiers chez les flics et chez les juges), la droite continue de lui lancer à la figure ses propres turpitudes. On a beau avoir mis en examen  notre Cahuzac en un temps record, il sert toujours  de relance. De même pour les écoutes de François Mitterrand, même si celles-ci n’avaient rien de politique et étaient plutôt dictées par la protection du Président que par la volonté de nuire à ses adversaires ! Qu’on se rappelle les affaires Boulin, Pompidou, Giscard, Chirac, elles étaient  toutes  dues aux fermentations  incestueuses des Divers Droite. Et qui trouve-t-on à la manœuvre  pour orchestrer la mise en onde ? Les éditorialistes du Figaro, omniprésents ! Et le Figaro, c’est Dassault, lui-même soupçonné d’avoir acheté des électeurs ! Dont ils ne disent jamais mot, ces vendus !

Ooooh ! Ne me faites pas dire que la vertu est à gauche et que le vice est à droite. Non. Je pense seulement que nous avons à gauche nos vices propres, souvent liés à l’appétit de revanche sociale, au goût pour le pouvoir et à la cupidité. On adore les petits profits à la carte bleue et les soutiens illicites aux associations. Dans certains cas aussi des tricheries à la Cahuzac, ou bien quand on est corse, des opérations de maffiosi. On aime ainsi se cacher derrière la notion d’intérêt public pour servir ses propres intérêts.

A droite on préfère les machinations, les pièges, les coups tordus montés en y mêlant l’appareil d’état, avec la complicité des hauts fonctionnaires qui sont rarement des rouges, on les vire avant ! Voyez le magnifique combat Sarkozi-Villepin ! (Encore lui !). On aime aussi les emplois fictifs et les marchés truqués de grande ampleur, les services rendus en récompense de la complicité et de la connivence. On adore les hommes de main et les hommes de paille !

Avec un cynisme incroyable! Plus c’est gros, plus ça passe !  Depuis la campagne présidentielle, l’accusation préférée de la droite est de traiter François Hollande de menteur et tous les socialistes idem. Ça ne mange pas de pain et il n’y a pas besoin de prouver quoique ce soit tant la vérité est à géométrie variable. De plus ça ne vaut rien devant les tribunaux ! Ainsi Copé s’en va chaque matin réclamer la  démission de Christianne Taubira pour cause de mensonge ! Alors qu’il est lui-même coincé dans une information judiciaire  concernant les finances suspectes de son propre Parti, l’UMP ! Un rien de plus , on allait accuser la Ministre d’être elle-même coupable des forfaits que les juges instruisent !

Comme souvent en pareil cas, ce sont les truands qui gagnent. Ils n’ont aucun respect de la vérité et  des personnes. Ils manient l’amalgame, les calomnies et les insultes. Ils travaillent en meute. Les suicidés politiques sont à gauche  et le dernier,  emblématique,  c’est Bérégovoy ! Heureusement que notre Taubira est pleine de vie, belle, généreuse, cultivée, poète et qu’elle est devenue  l’icône  de la gauche, sinon je vois très bien comment des officines  glauques  peuvent préparer sa mort politique avec un terrible cynisme. Tenez bon Madame la Ministre, on vous aime ! Soyons vigilants, quand des parents peuvent apprendre le racisme à des enfants de sept ans, ils peuvent aussi fourbir dans les granges et les sacristies des armes plus pétantes. Il faut renforcer la garde rapprochée de la Ministre  et aussi la protéger contre elle-même. La générosité marche rarement avec  ces ennemis-là.

Mais la partie n’est pas finie et pourrait bien faire pschitt, comme l’avait déclaré Chirac. Dans la cour de récréation, c’est toujours le même qui organise la pagaille. Il est petit et vilain, il fait ses coups en douce et assez malin pour ne pas se faire prendre. Il adore faire des petits cadeaux à ceux qui le soutiennent. La pratique est connue, on donne un coup de pied en dessous au premier de la classe et on braille immédiatement que c’est pas moi,  c’est lui ! Qui lui ? L’autre ! On organise l’impunité, on met les plus forts de son côté et on devient un vrai caïd. Tous les truands utilisent la technique, accuser les autres pour se disculper. Mais on a changé  le maître d’école. La justice  peut se revendiquer d’une certaine indépendance. Je suis sûr qu’elle va avoir à cœur d’aller au bout de ses enquêtes  et qu’on finira par pincer les vrais coupables. Certains jouent déjà forfait et se font porter pâles, des Xavier Bertrand, des Lemaire, des Pécresse, des Wauquiez, Baroin et bien d’autres brillent par leur absence dans ce combat douteux. Sans doute auront-ils à cœur de présenter une autre image de la politique  que celle du clan Sarkozy. Est-ce le début d’une victoire pour tous... et surtout pour la France,  à moyen terme ?

14/11/2013

Pas de panique François !

 

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Rubens 1620. Arrivée de Marie de Médicis à Marseille




Les chroniqueurs politiques de la télé et de la radio sont des gens prudents. Ils ont mis plusieurs jours avant de relever que les bonnets rouges n’étaient qu’une bande d’agitateurs sans expression bien tricotée. Ces gens réunis dans la revendication sont totalement dispersés et inorganisés au plan politique. Il n’y a que les anciens amis du Commandant Cousteau qui s’en émeuvent, le symbole du découvreur des mers est en passe de devenir celui de la contestation politique sauvage et poujadiste. Pas grand-chose à voir avec la générosité d’esprit et la grandeur de vue du Commandant. On peut faire valoir que ce bonnet rouge là ne veut plus rien dire.

Les quelques dizaines d’affreux qui ont conspué le Président le 11 novembre ne sont pas exactement des citoyens  estimables. Ils sont violents et même brutaux, racistes et xénophobes. Ils transpirent la haine et la bêtise. Ils détestent la République.  Ils se veulent séditieux et fascistes. Leurs modèles ont la mèche et la petite moustache de l’indicible. Vus à la télé ils ne montrent que vulgarité et agressivité.  Ils ne sont qu’une (bruyante) et minuscule minorité, honteuse et bravache à l’image de la une de « Minute ». Cela n’empêche pas les autres journaux d’en faire des gros titres et les gorges chaudes. De Gaulle lui-même eut droit à la même vindicte, Chirac  à un coup de fusil et un député-maire  hier encore à un coup de couteau. Il va sans doute être nécessaire d’embastiller ces énervés pour des raisons de sécurité. Aujourd’hui les médias présentent ces activistes factieux comme des citoyens banals mais il n’en est rien :  ils mettent en danger notre sécurité en vulgarisant par l’exemple la corruption de l’esprit civique.

Le poujadisme breton de son côté,  se greffe sur la crise de l’agroalimentaire mais fleurit sur la destruction des radars. Ces instruments redoutés par tous sont destinés à freiner les forcenés du vin rouge et du volant. S’en prendre aux radars est donc d’évidence une imbécillité profonde. Ces destructions ne fourniront pas un emploi et n’amélioreront en rien la vie des gens. Elles permettront tout juste quelques accidents de la route en plus, quelques  morts d’enfants ou de parents supplémentaires, des handicapés à vie, des journées d’hôpital, des deuils et des drames. Cela n’émeut personne. On parle seulement du prix à payer par le contribuable. Les casseurs au bonnet expriment leur ras-le-bol. Ils n’ont pas d’autres mots pour s’expliquer que ceux de la frustration et de la violence. Ils n’ont pas de pensée politique, peut-être bien pas de pensée du tout, seulement de la colère : inaudible, incompréhensible, impossible à satisfaire. Comme si un gouvernement pouvait sortir de son chapeau des emplois pour tous.

L’opposition UMP a entrepris de reconstruire sa popularité sur le ras-le-bol fiscal. La supposée  overdose n’est pas pour tout le monde, mais on pousse en avant les cas limites pour, en réalité,  protéger les moins fragiles, les plus  aisés , voire les plus fortunés. Prêcher la révolte face à l’impôt est démagogique et irresponsable. La droite a creusé elle-même le déficit, et augmenté la dette de 600 milliards en cinq ans. Dresser les Français contre l’impôt est une mauvaise action. Dans notre pays le service public est le seul vrai patrimoine de 90% des citoyens. Sa dégradation est ce qui peut arriver de pire aux classes modestes. Il faut être très riche pour pouvoir s’en passer, à moins que ce soit  comme Tapie pour le  gruger d’importance. Dans le même mouvement on accuse Hollande de ne pas en faire assez. Chaque fois qu’il manque un bouton de guêtre, la France entière en appelle à l’Etat. Qui va payer ? Cette tactique en est à ses débuts, l’UMP  est encore loin de représenter une force politique unie  et elle est totalement muette sur les solutions. Déshabiller l’Etat certes !  Mais ni Juppé, ni Fillon, ni Maire, ni Copé ne sont capables de dire s’il faut enlever la chemise ou le caleçon.

Les Verts de leur côté se taisent, et jouent les bons élèves tout en s’étripant dans leurs préparatifs de Congrès.. Les rois de l’écotaxe tentent de se faire oublier. Ils se gardent bien de réclamer de nouvelles mesures « écologiques ». C’est que leur programme est anti-croissance, antiéconomique et pour le principal,  anxiogène : à bas le nucléaire, à bas les diesels, à bas l’agriculture intensive. Nous sommes sous la menace permanente du réchauffement climatique. Il serait temps d’ailleurs que les médias nous servent autre chose que du Jousel à chaque repas. Il n’y a pas d’autres porte-parole du dérèglement du climat ?  Les Verts ne servent en rien le gouvernement  Ayrault. Ils vont au contraire le frapper dans le dos à la première occasion. A chacun de donner son avis : le mien c’est de virer les EELV du gouvernement à la prochaine incartade, puis d’autoriser les OGM et l’exploration des gaz de schiste, et je ne parle pas de la sanctuarisation du nucléaire ; notre principal atout industriel.

Le résultat de tout cela est que François Hollande doit gouverner dans un champ de fumerolles politiques , quotidiennement  bombardé par  une grêle de doléances corporatistes ou idéologiques. Le Président reçoit chaque jour   des quolibets et  des avanies de journalistes sans idées et de politiciens sans scrupules. On ne sait plus manier  que l’ironie, la mauvaise foi, le mépris et les à-peu-près. Chacun y va de son casse-croûte. Il ne faut pas perdre un seul lecteur. Il est impératif de caresser l’opinion dans le sens du poil,  de hurler  avec les loups, de se gonfler avec le buzz comme la grenouille avec le bœuf. Alors qu’aucun Parti,  aucune force politique, aucun brain-trust n’est capable d’avancer deux sous de philosophie  ou de projet à long terme, on reproche à Hollande de ne pas avoir de cap, d’être mou, de ne pas dicter sa loi,  en somme. Justement ce Président ne se prend pour le Pape et n’a aucune envie de proclamer son infaillibilité. Ce qu’il veut c’est aider notre société à accoucher de solutions justes et durables. Mais ce vieux pays ne met pas au monde facilement. Il est trop attaché à ses privilèges et à ses vieilles lunes pour accepter de se dépasser et de se montrer, pour une fois, généreux et sûr de lui. Il préfère compter sou par sou plutôt que d’inventer l’avenir. Notre pays est un vieil avare perclus qui ricane de son impotence tout en demeurant  fier de ses inégalités, de ses élites héréditaires et de ses notables enracinés dans la tradition conservatrice.

A ce niveau d’exaspération bien entretenue par les chaînes d’info continue, on tait les contradictions les plus évidentes. On clame partout que les socialistes sont dans les choux mais pour le moment Hidalgo fait beaucoup mieux que NKM dans les sondages et Menucci fait jeu égal avec Gaudin à Marseille. Hérault et Hollande sont à 20% d’opinions favorables, mais Valls est à 75%. Le ministre de l’intérieur est pourtant du même parti et du même gouvernement. Ceci relativise grandement la signification politique des sondages de popularité. Pour moi Valls ou Hollande c’est la même chose. Comment expliquer de tels paradoxes ? Mon interprétation, mais elle n’est peut-être pas la bonne, est que les citoyens d’aujourd’hui n’ont pas une pensée politique structurée. Les gens  sont devenus des consommateurs au jour le jour, qui s’inquiètent plus de l’emballage que du contenu. Ils veulent de la neige à Noël et être rasés gratis en rentrant de Méribel.  Avec une bonne dose d’égocentrisme et de goût pour les rapports de force, qui ont fait la fortune du sarkozysme au cours du précédent mandat. Il est clair que le gouvernement Hollande est en rupture totale avec cette conception.

Tout cela n’est pas très gai, mais je vois quand même des raisons d’espérer. François Hollande et son gouvernement sont des gens intelligents et dévoués à la cause publique. Ils n’ont certainement pas l’impudence de l’équipe précédente qui maniait avec brio le dédain  des opposants  et de leurs responsables. Les sociaux-démocrates  sont persuadés que les réformes doivent se faire dans le dialogue et la concertation. Ils savent aussi que la baguette magique n’existe pas et que l’économie du paquebot France doit être dirigée avec prudence et mesure. Ils savent comme le disait F. Mitterrand « qu’il faut donner du temps au temps ». Ils s’adressent aux Français comme à des adultes et des gens responsables, suffisamment informés pour être conscients des difficultés.Ils demandent à être jugés sur les résultats et s’interdisent toute démagogie.  On ne peut pas mieux dire. La méthode est respectable mais il n’est pas sûr qu’elle soit comprise. Nous n’avons pas  la garantie de voir gagner les forces de l’esprit sur celles de l’impatience, de l’égoïsme et du chacun pour soi. Si échec il y a, ce que je ne saurais souhaiter ce sera l’échec de l’intérêt collectif, le recul  du lien social et l’abaissement  de notre pays. Nous n’en sommes pas là, il faut tenir bon et se souvenir que d’autres Présidents ont traversé des épreuves terribles mettant des millions de gens dans la rue. Pour le moment nous ne voyons pas cela venir, pas de panique Saint François !

 

25/01/2013

La droite KO debout


 

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Pablo Picasso. L'homme à la sucette


Au troisième round l’opposition de droite est sonnée pour le compte. Le match avait pourtant commencé fort, dès l’élection du Corrézien devant un public impatient. Au dire des connaisseurs, cet homme indécis, élu par défaut, allait nous mener dans le flou et le mou. La presse et les éditorialistes ont savonné pendant tout l’été la planche de départ du nouveau gouvernement. A droite on alimentait avec gourmandise le procès en inexpérience et en amateurisme, Pécresse, Lemaire, Bertrand prenaient des airs suffisants. Fillon et Copé avaient très peur pour la France, le gouvernement allait s’écrouler, la dette proliférer, les capitaux s’évaporer et je ne sais quoi encore. On allait assister à une explosion en plein vol, au chômage, à la misère…On se gaussait de couac en couac, le changement de premier ministre était pour demain. Les militants de l’UMP se moquaient et riaient, riaient…Le Président lui-même n’irait pas au bout du combat, c’est-à-dire de son mandat et irait rejoindre sa Trierweiler, rejetée dans la même opprobre. On s’étonnait même du calme olympien du nouveau Président qu’on finissait par qualifier d’optimiste béat.

 

 

Au lieu de s’inquiéter pour le pays, Copé et Fillon auraient mieux fait de s’inquiéter pour eux-mêmes. Contre toute attente, la spéculation sur les dettes souveraines  a été surmontée et nous avons pu dès lors emprunter sur les marchés à des taux historiquement bas. Cette nouvelle donne était un contre massif à l’estomac de tous les augures de droite et des économistes libéraux qui prévoyaient pour nous un destin à l’espagnole ou même pire, à la grecque. C’est pendant ce deuxième round de novembre et décembre que l’accident industriel de l’UMP est survenu. Nos forts en thème qui donnaient des leçons de gouvernance à tout va, nous ont joué impromptu, un remake du Bon, de la Brute et du Truand, jusqu’au classique duel final au pistolet à  36 coups. Il n'y’a pas eu de corps à corps avec la gauche, l’UMP s’est prise seule, librement, volontairement, les pieds dans le tapis.  Tous les leaders de droite ont reçu des coups, des horions aux effets durables qui ont affecté même Juppé et Sarkozy, tentés par l’arbitrage. Ces deux-là n’ont pas tiré un seul marron du feu, et ils se sont brûlé les doigts en prime.

 

Le troisième round a débuté après les fêtes de Nouvel An. Il a commencé par un direct du droit à la figure de l’UMP qui tentait de reprendre son souffle. La patronne du Medef, son alliée traditionnelle, va jusqu’à s’entendre avec trois syndicats pour débloquer un certain nombre de contraintes cruciales concernant la compétitivité des entreprises. La méthode Hollande a porté ses fruits. Les partenaires sociaux ont pris le temps de la discussion, de la concertation et de la négociation. On peut dire merci à Jacques Chérèque. Cet accord est porté au bénéfice du gouvernement et du Président. Dans les média on commence à s’interroger sur le bienfondé des critiques incessantes, dont peut-être, l’opinion se fatigue. On ne parle plus de dégringolade ou de chute abyssale dans les sondages. Malgré une succession de dévissages proclamés  les opinions favorables restent peu ou prou aux alentours de 40%.

 

C’est à ce stade que le mariage pour tous semblait à l’UMP une occasion en or pour se refaire. Chacun de ses porte-parole s’est mis à faire des contorsions pour emboiter la démarche de protestation des catholiques. Malheureusement les figures de proue du mouvement ont donné une image bien rance d’eux-mêmes, componction des soutanes, conformisme des cathos bcbg et par-dessus tout, une Frigide Barjot qui est à elle seule une vraie caricature. Cette artiste a transformé les cortèges des manifestations en parades de carnaval. Dans cette opinion, gouvernée par les images, le mouvement « anti » a perdu ainsi beaucoup de sa respectabilité, qualité cardinale dans les confessionnaux, les églises et les cathédrales.

 

Mais cette passe d’armes aurait pu prendre un véritable élan,  sans l’épopée du Mali. L’armée française se voit du jour au lendemain contrainte de voler au secours de son ancienne colonie  et de bloquer les pick-ups djihadistes sur la piste de Mopti. L’opération bénéficie du consensus international et des vivats des Maliens eux-mêmes. On admire la rapidité d’exécution et la tournure martiale du bonhomme François. Coincée, l’opposition de droite, de Borloo à Le Pen, donne satisfecit au gouvernement et ne peut qu’approuver. Opportunément, l’attaque d’In Aménas vient rappeler à tout le monde l’urgence de mener une guerre radicale aux terroristes et preneurs d’otages, et elle contribue à conforter la France dans sa propre intervention au Sahel. Pour la première fois l’Algérie prête main-forte et ne peut que se féliciter d’une opération qui un mois plus tôt lui apparaissait prématurée et suspecte.

 

Après son bras d’honneur télévisé adressé à Alger, Gérard Longuet peut toujours essayer de donner des leçons à notre diplomatie. Pour violente qu’ait été la réaction de l’armée algérienne à In Amenas, la communauté internationale lui est quelque part reconnaissante d’avoir refusé d’entrer dans le jeu tragique des preneurs d’otages. On sait finalement que le rachat des captifs ne fait que préparer des rapts ultérieurs et alimenter les caisses du djihad. Bouteflika a accepté de prendre sur lui le poids de la cruauté et de la violence, mais il faut bien se rendre à l’évidence qu’aucune solution acceptable n’était à portée. Morts pour morts, les sacrifiés d’In Amenas auront participé à la lutte radicale contre cette terrible dérive dont la référence définitive est celle des milliers de victimes des tours de Manhattan.

 

Le combat droite-gauche, sur le ring de la politique intérieure est en train de tourner à l’avantage de notre Président. Le calme, la modération des propos, le respect de toutes les opinions, y compris celles de l’opposition la plus virulente, sont des ingrédients qui font merveille à moyen terme. Claude Sérillon qui vient d’accepter de travailler à l’amélioration de la communication me semble jouer un rôle utile. Je l’ai dit, Saint François est entré aux responsabilités sous le signe de la chance. Il semblerait que celle-ci ne soit pas encore prête à le lâcher.

 

PS/ et pour finir, voilà-t-il pas que F. Cassez sort de sa geôle et que les premières offres de négociation viennent de l’Azawad…

 

24/11/2012

Du rififi chez les tontons flingueurs

 

 

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"Quand le lion est mort, les chacals se disputent l'empire. On ne peut pas leur en demander plus qu'aux fils de Charlemagne"

J’ai toujours trouvé Sarkozy insupportable par son style suffisant et arrogant qui lui donnait une touche de vulgarité peu compatible avec sa fonction de Président. Bien sûr d’autres que moi le considéraient comme génial et louaient son énergie et sa pugnacité. Les mêmes se trouvaient rassurés par son agressivité et satisfaits de voir leurs « ennemis » de gauche passés chaque matin à la moulinette par des éléments de com,  sérieusement concoctés par l'équipe de l'Elysée. Ces attitudes de cour d’école dans laquelle c’est le garnement dominant qui a le plus de sous, les plus belles baskets et le père le plus haut placé qui fait la loi se sont prolongées pendant tout le quinquennat . Ce faisant les militants UMP se sont habitués à une certaine vindicte, une morgue faite de vulgarité à la Morano et de suffisance à la Pécresse ou à la Bruno Lemaire, cet âne savant. Grandeur et décadence, le héros des militants UMP, vaincu aux présidentielles, se trouve aujourd’hui face à un juge d’instruction, ce qui laisse ses troupes dans l’amertume et la frustration.

 

Dans l’affaire du duel Copé-Fillon, qui fait transpirer les UMP, Copé a très bien vu que le style Sarkozy était plébiscité à droite et qu’il avait tout intérêt à mettre ses pas dans la voie hargneuse tracée par l’ex-champion du cynisme décomplexé. Il a pris de vitesse les fillonistes qui malgré tout ne sont pas habitués à autant d’agressivité. Ceux-ci  ont du forcer leur nature et apparaître en porte à faux, et trop mous face à la Gauche. Ce qui est vrai,  et par malchance, c’est que la ligne de démarcation est passée au milieu de la cour de récréation. L’UMP se retrouve ainsi avec deux blocs sensiblement égaux  dont les pôles de rassemblement sont assez opposés. Comble d’ironie, cette ligne médiane est demeurée incertaine et incapable de désigner un vainqueur. Les gens de gauche dont je suis se réjouissent de voir que les amateurs, les incapables, les mauvais plaisants ne sont pas de leur côté sur ce coup ! Je pense que pas mal de ces quadras qui nous ont abreuvés de leur autosatisfaction depuis des mois vont, pendant plusieurs semaines au moins, perdre de leur superbe, à l’image de Madame Pécresse qui en est toute fripée ces jours-ci.

 

Fidèle à sa nature, Fillon a fait preuve de retenue et veillé à ne pas choquer ses partisans par des expressions outrancières et caricaturales, en particulier sur les questions identitaires. L’islamophobie n’est pas sa tasse de thé, le racisme anti-arabe non plus. Il a tenté d’agir en homme politique responsable, en élégant notable, gardant dans son esprit la nécessité de rassembler les gens sur des idées cohérentes. Il a voulu en quelque sorte se situer au centre de son parti, ce qui est un réflexe normal quand on veut gagner une élection. Contre toute attente, l’ancien premier ministre a échoué, de peu, mais il a échoué.

 

Avec Copé, la méthode est toute différente, directement empruntée à Sarko en fin de campagne. Le malheureux petit blanc qui se fait voler son pain au chocolat par les cailleras arabes est allé droit au cœur des militants. La pensée de cette droite-là est  devenue raciste. Copé appelle ça, comme ses partisans, la droite décomplexée. Avant Sarko, les gens de droite éprouvaient en effet quelque gêne à s’afficher comme racistes anti-arabes. Aujourd’hui, il faut appeler un chat un chat et dire bien fort que ces musulmans envahissants viennent bouffer le pain (les petits pains) des Français. Toute honte n’est pas encore bue, et Copé pour afficher sa xénophobie,  a du employer le mode de la compassion, celle qu’on éprouve pour un malheureux gamin privé de goûter  en période de Rhamadan ! La métaphore est malgré tout suffisamment explicite pour nous signifier que le miracle accompli par le boulanger de Fernand Reynaud a été effacé par le cynisme de Brice Hortefeux et de quelques autres.

 

Les nouveaux marqueurs de la nouvelle droite militante sont donc l’arabophobie et l’islamophobie associées à la haine de la gauche considérée comme  totalement complice et anti-nationale. Nous sommes tout près des thèses du FN, le souverainisme en moins. Ces trois détestations qui tiennent lieu de fondement politique ne sont d’ailleurs pas sans lien entre elles et se nourrissent l'une l'autre. La jeune droite se trouve légitimée pour enfermer dans la même opprobre, les gens de gauche et surtout les socialistes, pour lesquels elle nourrit des griefs revanchards, et leurs protégés émigrés, ces bataillons de l’Islam qui sont les véritables ennemis de notre pays, et la cause évidente pense-t-elle, de l'insécurité, du chômage et in fine de notre déclin. Les gens de gauche sont des traîtres à la patrie et ne méritent pas de gouverner, ils sont aux commandes par erreur. Ils sont illégitimes. L’abaissement de notre pays dont parlait souvent Vincent Peillon est tout entier inscrit dans cette victoire à 28% de la motion « Droite Forte » des jeunes turcs de Copé.

Par chance, je ne crois pas malgré tout, que la droite républicaine se laisse étouffer par cette régurgitation nauséeuse de nos plus mauvais démons. Encore que ! La scission guette entre les deux lignes mais la vigilance est de mise.

Pour finir par une note plus gaie, vous avez vu que le dernier trimestre a enregistré un petit 0,2% de croissance, que nos équipes de foot et de rugby volent de victoires en victoires et qu’on ne nous parle presque plus en ce début d’hiver du réchauffement climatique ! Nous devons tout cela à la baraka de Saint François de Tulle, que les bonnes fées ne veulent pas abandonner. Les hilarants tontons flingueurs défaits, sur un terrain jonché de cadavres,  sont un ultime et somptueux cadeau de Noël offert à notre Président.

15/10/2012

Aidons Saint François

 

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Edward Hopper, 1929, Chop Suey


A gauche plus qu’ailleurs nous avons l’habitude de brûler ce que nous avons adoré la veille. La tentation est grande aujourd’hui  de nous désolidariser, l’automne venu, des élus pour lesquels nous nous sommes battus au printemps. Au nom de la liberté nous découvrons notre devoir de critiquer notre Président, de brocarder nos ministres et d’étendre notre suspicion à nos députés et à nos sénateurs. Les meilleurs militants du PS ne sont pas épargnés par cette tendance suicidaire. Malgré tout on compte encore  une vieille garde dans nos rangs, douée d’une conscience politique ferme et décidée qui conserve son sang froid. Ces militants connaissent les difficultés qui s’accumulent quand on passe à l’action. Ils savent que les baguettes magiques n’existent pas, que les contre-pouvoirs, et c’est bien ainsi, se tiennent à chaque étage, que la vérité revêt plusieurs facettes et que les intérêts des groupes sociaux sont divergents. Les choix à faire sont permanents et l’addition des mécontents  l’est également. C’est pour cette raison que nous devons en appeler à l’unité et au calme pour appuyer partout l’entreprise gouvernementale.

 

Il faut bien nous dire que nous ne sommes plus dans l’opposition, tâche à laquelle nous nous sommes habitués pendant dix ans. Dans l’opposition,  les critiques, d’où qu’elles viennent,  s’ajoutent,  au détriment du pouvoir en place. On peut faire feu de tout bois. Il n’y a pas d’inconvénient majeur aux tirs confus, croisés ou divergents. Aujourd’hui, nos élus, donc notre Parti, sont aux commandes. Nous nous sommes engagés pour initier une autre politique que celle de l’UMP. Nous avons d’évidence le devoir de réussir. L’action gouvernementale exige de la réflexion, de la pertinence et de la cohérence qui s’évaluent en regard de l’intérêt général. Elle exige aussi de la concertation, de la clarté et de la décision. Nous devons livrer une authentique bataille politique. Pour gagner il faut des chefs, des ordres, de la discipline.

 

Je suis le dernier à aimer ce langage militaire. Mon naturel me porte plutôt à puiser dans l’indépendance d’esprit du franc-tireur, mais je réserve cet individualisme au travail des idées et des propositions, sans en faire un moyen de coaguler les forces, ni de fonder des tendances dans la durée. L’habitude des motions sur lesquelles se rassemblent les militants pour se partager les postes de responsabilité, est acceptable dans l’opposition (et encore) mais elle devient ridicule en cas de situation majoritaire. Pourrait-on jamais croire que la motion 1 (Hollande) prévoit d’empêcher les militants d’exprimer leur avis et qu’il faille cinq textes différents aux quels personne ne comprend goutte pour représenter la diversité du Parti ?

 

Quoiqu’on en dise notre Parti est à la base foncièrement démocratique et devrait fonctionner sur le ressort puissant des majorités d’idées. Le programme du Parti ne devrait pas être élaboré autrement, en prenant soin d'éviter de matérialiser des tendances qui finissent par fonctionner comme des sous partis, où jouent bien d’autres critères que ceux de la pensée politique, par exemple la fidélité au groupe, l’échange de bons procédés et les renvois d’ascenseur. François Hollande lui-même s’est souvent opposé à ces sortes d’écuries destinées à soutenir une personnalité plutôt qu’une ligne d’action bien définie.

 

Finalement cette semaine, les deux tiers des militants socialistes ont sagement approuvé l’option majoritaire et ce sont retenus de donner une image d’irresponsabilité et d’embrouille. Je m’en trouve bien soulagé. Il ne manquerait plus que le PS, cette vieille institution respectable, ce Parti qui vient de redorer son blason pour les vingt ans à venir, en vienne à imiter la foire à tout des Verts ou pis encore, le théâtre de rue mélanchonien. C’est une bonne nouvelle pour François Hollande au quel on reproche tout et son contraire. L’impudence n’a pas de limite : l’illustre vendeur de pains au chocolat Copé ne vient-il pas de sommer le Président de la République de lui répondre « dans la journée » ?