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06/06/2014

Six juin 1944

 

 

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La guerre par Marc Chagal

 

 

Cette année-là j’avais cinq ans et demi. Pour cause de bombardements répétés sur le site de Sottevast-Brix, ma mère s’était réfugiée deux ans plus tôt chez une tante postière à Saint Germain Langot, proche de Falaise. Pendant deux ans nous avons eu une vie tranquille dans la poste de ce petit village de campagne. Les hommes étaient à la guerre, prisonniers et il ne restait que les femmes et les enfants.

Ma première vraie frayeur de gamin fut d’être confronté, seul, avec un Panzer allemand lancé de toute la force de ses moteurs tonitruants, au détour d’un chemin creux. J’étais le figurant involontaire d’un petit Tien Anmen bucolique, sans images ni témoin. Jamais je n’ai escaladé aussi prestement le talus couvert de primevères. J’en ai gardé la conviction que ce mastodonte hurlant et aveugle m’aurait aplati comme une galette sans mollir.

Mes souvenirs de l’époque procèdent tous par flashes de quelques secondes. Comme par exemple ce convoi de chariots hippomobiles pris à partie par la chasse anglaise, faisant crépiter la mitraille sur les pauvres bêtes affolées. Ma mère qui était au lavoir à quelques mètres en contrebas me plaqua dans la boue en me couvrant de son corps. J’ai failli périr étouffé dans l’eau et la vase. Un autre souvenir est qu’au milieu du repas de midi, un jeune soldat allemand poussa la porte et tomba raide sur le pavé. Les deux femmes le portèrent dans la paille de la grange voisine pour qu’il récupère. Ma mère disait « on dirait un enfant »

C’est dans cette grange que nous avions à la hâte creusé un trou pour y cacher les maigres richesses du ménage : casseroles, argenterie, porcelaine et peut-être aussi verres en cristal. Nous avions dissimulé tant bien que mal notre trésor avec un mauvais plancher recouvert de terre et de paille. Le soir même des troupes à cheval allemandes mirent leurs chevaux au râtelier juste à cet endroit. Ma tante qui était une dure n’arrêtait pas de jurer en entendant les canassons s’agiter et gratter du sabot. On disait que les palefreniers étaient des russes parce qu’ils avaient arraché des rameaux entiers de cassis dont ils mangeaient les fruits et les feuilles. J’en avais été réellement choqué.

Nous dûmes quitter la maison et fuir devant la ligne de front. Nous nous retrouvâmes pas très loin à coucher dans l’église  des Loges. J’eus la honte de ma vie en me réveillant au milieu du chœur et en chemise pendant la messe de onze heures, car ce devait être le 15 aout. Un obus avait détruit le porche de l’édifice un peu avant. Le curé nous permit de nous installer dans la sacristie, dont une fenêtre dominait la place du village. C’est de cet endroit que nous avons suivi le déroulement d’un épisode que j’ai déjà raconté et qui a coûté la vie à trois soldats alliés (chronique du 16 aout 2010).

Nous rentrâmes à la poste de Saint-Germain sur les traces toutes fraîches des combats. Il y avait deux tombes provisoires dans la cour. Le tonneau de cidre était décoré avec une tête de mort qui déclarait le breuvage empoisonné par l’ennemi, sans préciser lequel. La cage d’escalier était transformée en fortin par des troncs d’arbres. En me glissant sous les dernières marches je découvris une magnifique pendule dorée dont le tic-tac ne s’était pas arrêté. Il s’avéra qu’elle appartenait au château voisin. On se demande à quoi pensent les soldats qui vont mourir. La pendule était peut-être destinée à leur rappeler  l’heure du Jugement Dernier !

Le jugement dernier était sans doute arrivé une nuit pour un officier allemand logé dans la poste. Cette nuit là on voyait le ciel  embrasé par les bombardements qui réduirent Caen à un tas de pierres. L’homme délirait, il hurlait à la mort et toute la maisonnée fut réveillée par le fou furieux que ses hommes durent évacuer.

Ma mère affolée voulut nous entraîner dans un trajet aventureux pour rejoindre notre Cotentin dès la fin août. Je fis une partie du trajet terrorisé, cramponné  au plat bord d’un camion à plateau sans ridelles dont j’ai cru être éjecté à chaque instant. Le spectacle des ruines, des troupes en mouvement et des carcasses de véhicules incendiés était impressionnant.

Nous, les enfants, étions dans la guerre comme dans la paix. Nous n’avions connu que les uniformes, les canons et les fusils. Pour en rajouter, nous jouions à la guerre avec des vrais casques et des fusils en bois. Nous faisions des prisonniers et des morts. J’avais un casque portant MP qui était censé m’octroyer sympathie et autorité. Nous avions une prison et des champs de mines, des interrogatoires musclés et des traîtres entravés puis exécutés. En somme nous étions conditionnés et entraînés pour la prochaine ! Les premiers incidents avec des vrais obus et de la vraie poudre ont rappelé aux adultes qu’il fallait peut-être sortir de ce cauchemar. Nous avons dû heureusement faire en octobre la rentrée des classes.

Les prisonniers commencèrent à regagner leurs foyers. Les familles les attendaient. Pour nous l’attente fut vaine et la nouvelle de la mort de mon père prit la figure tremblante du curé chargé d’annoncer la catastrophe. Je crois bien que ce jour-là, la terre  devint un terrible désert, malgré tous les visages qui m’entouraient  et toutes les figures riantes d’un bocage qui revenait à la vie. En arrière de cela, il y avait un monde incendié, écroulé. Mais je ne le sus que plus tard. Il m’a fallu cinquante ans pour pouvoir en parler et apprivoiser l’abominable solitude de l’orphelin. A cette époque-là on n’appelait pas les psychologues, on se taisait. Il fallait se débrouiller seul avec ses drames et ses angoisses.

Pour dire la vérité,  j’ai tourné du bon côté, je suis devenu anti-militariste et non violent. Le revers de la médaille c’est que j’ai conservé ainsi une grande défiance vis-à-vis de l’ordre social. J’ai tout de suite su  qu’il ne fallait  pas ajouter foi  aux promesses des grands, ni croire un seul instant aux miroirs aux alouettes. Je me suis forgé d’instinct la conviction qu’il ne fallait compter que sur mes propres forces. Longtemps,  je me suis demandé malgré cela si j’aurais été capable de devenir un vrai soldat, en cas de nécessité absolue, celle de défendre notre valeur suprême, la liberté. Je n’aurai jamais la réponse. J’ai seulement  la conviction  que le seul vrai courage ici-bas, l’ultime, celui qui décide de tout,  est d’affronter sereinement sa propre mort !

27/07/2012

Racines 2 - Les chemins du bocage

Moteley lavoir.jpg


Moteley. Un lavoir



Comme tout un chacun cette semaine j’ai mis à profit les jours d’été pour partir en goguette. J'ai décidé de remonter le sentier de la rivière avec Tonnerre attelé à son élégant sulky.

Cet âne a un don, il comprend tout ce que je lui raconte. Il en tire une sorte de jubilation qui se traduit par un trot de plus en plus allongé, tout en souplesse. C’est une bête sensible à mon affection, elle creuse les reins, elle lève haut les pattes. Comme dans une sorte de fête.. On m’avait indiqué « Le Tourne Bride », un estaminet au nom prédestiné pour mon quadrupède à crinière. Le gaulois qui tient l’affaire, avec de grosses moustaches et un accent rocailleux, répond au beau nom de  Fernand Lachope. Il cuit tout dans sa cheminée à l’ancienne dans laquelle il disparaît presque en entier. Je lui confiai l’anguille du braconnier (1).

 

Je laissai Tonnerre avec une botte de luzerne qui sentait la verveine et un seau d’eau fraîche. J’étais honoré de m’asseoir au « Tourne Bride », un hôtel restaurant installé dans un authentique relais de poste du XIXème, lui-même presbytère reconverti. L’Etang-Guerrand, où nous étions,  fut longtemps un gros bourg avec deux marchés par semaine et une foire annuelle. C’ était alors une agglomération autrement plus importante que Bricquebec ou Valognes qui ne réunissaient après les incursions barbares, que quelques huttes de charbonniers perdues dans la grande forêt environnante. Il y avait en ce temps là, à l’Etang-Guerrand,  deux chapelains dans une église ogivale qui percevaient vingt deux quartiers de froment sur les moulins installés au bord de la rivière. La paroisse était sous le patronage de Saint Siméon Stylite et elle était protégée par de puissants seigneurs, les Guerrand justement,  qui ont fini par construire un fameux château fort avec un énorme donjon, dont il ne reste aujourd’hui qu’un chaos de grosses pierres.

 

Quand on a une histoire comme celle là sous les fesses, l’anguille a forcément une saveur particulière, surtout quand le Chef cuistot chante d’une belle voix de gorge des romances pleines de sentiment qui vous prennent le cœur. Aujourd’hui c’était « Foule sentimentale… » Je commandai une bouteille de cidre et j’engloutis mes filets d’anguille avec de l’ail et du beurre.

 

Quand j’eus terminé, Fernand qui tisonnait  son âtre, me posa la question qui le taraudait :

- Vous allez peut-être dormir là ?

- J’hésite lui répondis-je, laconique.

- C’est que vous avez l’air d’avoir de l’appétit. Pour ce soir, je peux vous préparer une poule, bien grasse, blanche comme neige. C’est ma spécialité. J’ai des châtelains qui viennent exprès de Paris pour ma poule au blanc. Il faut dire qu’en ce moment c’est calme, mais il y a des jours de grande affluence…

- C’est tentant, lui avouai-je.

 

Je le regardais, dubitatif. Cet homme là avec ses belles moustaches, ses chansons et ses histoires,  me donnait à penser.

Il ajouta, finaud :

- Et pour après, je peux vous ouvrir la plus belle chambre, celle du dernier Chapelain, Jules Grindorge qui vivait là avec sa bonne. Une bonne qui s’appelait Marie Colombe, qui avait une poitrine incroyable, lourde, très haut relevée, d’ailleurs par ici, il y a un dicton pour les jolies filles bien plantées, on dit « Elle a des seins de Marie Colombe ». Les gens ne savent plus ce que ça veut dire, ni pourquoi, ils croient que ça vient de colombe c’est à dire de pigeon, enfin n’importe quoi,  mais ça vient de là pour de vrai. De la bonne du curé. Vous verrez, il y a un portrait grandeur nature au dessus du lit. Une œuvre de maître.

 

- Vous voulez dire qu’il y a aussi, un crucifix noir, un prie-dieu et un gros missel  sur la table de chevet ?

- Pour la curiosité, forcément. Il y a même une armoire avec des soutanes, et si ça vous dit vous pouvez vous déguiser en curé XVIIIème pour aller faire un tour dans le pays. Quand vous ouvrez la fenêtre vous entendez les cascades des anciens moulins. Les roues ne tournent plus mais l’eau continue de se déverser. Avant d’aller dormir vous pouvez faire une petite promenade par là-bas. Vous remontez la rue du Petit Vilain et vous allez par le sentier du Bout des Loups. Vous suivez le bief et vous trouverez une petite maison de journalier au bord de l’eau, avec des géraniums et des roses, c’est là que vit Marie-Rose, elle peint des jolis tableaux avec des fleurs et des femmes nues qui jardinent et qui dansent dans la lumière jaune. Elle a joué aussi autrefois de l’harmonium à l’église le dimanche. Elle adore les visites. C’est une jolie femme, mûre comme les blés en août.

 

Est-ce que je pouvais refuser une visite à Marie Rose ? à sa maison, à ses tableaux et à son harmonium, alors que tout gamin une Marie Rose me fourbissait mes premières érections en plein déroulement du Saint Sacrement ? Je dis à Fernand :

 

- C’est d’accord, si vous me trouvez une bouteille de Clos Saint Jacques 1947 ou quelque chose d’approchant. D’accord pour la poule, pour le crucifix, les tétons de Marie Colombe et tout le Saint Frusquin. Il me faut aussi la repue pour mon quetton. On se revoit à sept heures sonnantes au clocher de l’église.

 

Je sortis jeter un coup d’œil à mon destrier. La bête mâchonnait distraitement sa botte de foin. Le cuistot m’avait perturbé avec ses histoires de mamelles et de poule au blanc. Tonnerre mon bonhomme, on va aller faire un tour. Je le détachai et je confectionnai un joli boudin avec sa longe que je laissai pendre à son licou. Nous partîmes, moi devant, lui derrière. Je sentais son souffle sur mon épaule. Je repensais à Anselme le Braconnier, à Fernand, à Marie-Rose, aux anguilles, à la poularde, au Clos Saint Jacques. On était trop bien dans ce pays. Chapelains ou pas on avait fait un pacte avec le paradis et ses ayant droit. Je le dis à Tonnerre:

 

« Ca ne sert à rien de courir après l’étrangeté et le tout nouveau tout beau. L’aventure est de l’autre côté du ruisseau. En flânant dans les beaux vestiges de la forêt de Brix, c’est toute mon histoire qui me remonte au nez, comme on dirait de la moutarde. Des effluves de vieux tissus et de cour de ferme, des lambeaux d’historiettes, des figures de personnages illustres,  tout cela peuple l’atmosphère. Malgré les apparences,  je ne suis pas seul comme je pourrais l’être dans le bush australien ou dans la forêt amazonienne, je suis pour de bon escorté par tous les cumulo-nimbus au dessus de nos têtes et par tous les clochers qui émergent du bocage. Chaque pied de haie à son histoire, ses hérissons et ses orvets, chaque arbre à son nid de pie ou d’étercelet, chaque chemin creux a gardé les traces des ornières de ma troublante et singulière  histoire…

 

« Comment veux-tu mon cher Bourricot que j’échappe aux sortilèges du Chapelain, de sa Colombe et de Marie Rose ? Mon compagnon me souffla dans l’oreille en signe d’approbation en prononçant avec conviction cette phrase mémorable :  « A visiter, absolument ! »

 

Il ne faut pas vous étonner de cette phrase lapidaire  car Tonnerre a,  pendant longtemps,  appris à lire dans le Guide Michelin.


(1) L'histoire du braconnier ne peut bien sûr être rendue publique

(Lire la suite la semaine prochaine)


23/06/2012

Rose Cotentin

 

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 Le rocher du Castel de François Millet

 

L’élection de Stéphane Travert dans la 3° circonscription de la Manche change en profondeur la donne politique de notre petit territoire. Depuis toujours on opposait le rose rouge cherbourgeois  au bleu agricole du bocage.  Les syndicalistes de l’Arsenal n’avaient que mépris pour les bedas menés par les  Vétérinaires qui avaient la main sur le cul des vaches et donc barre sur  les petits paysans.  Les citadins laïcs se riaient des  ruraux cléricaux. Cet ordre ancien s’est délité sans faire de bruit pendant que les salariés d’Areva, de Flamanville et des Maîtres Laitiers s’installaient à la campagne en rachetant à peu de frais les lopins des petits agriculteurs mis sur la touche par la concentration imparable des entreprises agricoles. Les environs de Cherbourg, dans la Hague, dans  le  clos Valognais ont été gagnés par la « rurbanisation », accélérée encore par les supermarchés qui ont fait le vide dans les boutiques de village et disqualifié beaucoup de petites bourgades, maintenant traversées par des voies à grande circulation. Dans cette situation  les notables et les propriétaires fonciers ont perdu leur influence. Comme partout en France la ville est victorieuse et notre campagne est marginalisée.

 

De ce point de vue le Cotentin est un véritable laboratoire qui doit trouver des solutions pour éviter « le grand vuidement » des villages qui n’abritent plus que des vieux et des inactifs à faibles revenus pendant  que les emplois et les services, en particulier de santé, se concentrent dans les agglomérations et surtout  dans la CUC.

Il y a trois types d’activité qui peuvent restaurer un certain équilibre :

- L’agriculture et la pêche

- le balnéaire et la plaisance

- le tourisme rural et culturel

Ces trois secteurs peuvent être renforcés  par l’axe fort de l’aménagement du territoire et surtout par une défense sans faiblesse de l’environnement et de l’écologie. Les activités rurales de notre Cotentin ne trouveront leur expansion qu’avec la bonne note écolo ! Je ne parle pas de la politique imbécile des Verts en peau de lapin qui n’ont que les OGM, le nucléaire et le réchauffement climatique à la bouche et qui nous mènent à une absence totale de prise en compte du quotidien. Pendant qu’ils bavassent, nos côtes ne sont pas protégées,  la loi littorale est bafouée, les ressources halieutiques sont mises en danger,  le bocage est détruit, l’urbanisation est à la fois débile et sauvage.

 

Le propre des gens de gauche est d’être tournés vers le progrès, l’action collective,  la modernisation et la critique des conservatismes.

 

Aujourd’hui on voit comment grâce à une entreprise dynamique,  les Maîtres Laitiers du Cotentin ont franchi un seuil dans la valorisation de leurs produits. Le sort de l’activité agricole tient à cette démarche fondamentale : Pour qui voulons nous produire ? Comment gagner des parts de marché ? Comment s’y maintenir ? Les subventions de l’Etat et toutes les autres manœuvres européennes ne sont que des idées fumeuses, surtout dans le secteur du produit frais. La chance du Cotentin agricole c’est sa diversité bioclimatique et sa richesse en agro-systèmes qui autorisent une grande variété de productions. C’est cet atout qui doit être mis à profit. C’est vrai pour l’élevage, le maraîchage mais aussi des productions de niche, de la fraise au cheval de course. Et la couleur essentielle doit être celle de la qualité bio, je ne dis pas du biologique étiqueté mais de celui résultant d’une technique propre et maîtrisée. Le bio façon hippie à la Bové doit être dépassé pour laisser la place à des produits agro-alimentaires modernes et de qualité, exempts de pesticides avant tout, de bonne présentation   avec des qualités gustatives à l’ancienne. Ce n’est pas moins de science mais plus de science qu’il faut. L’agriculture est devenue un métier de haute technicité.

 

La conchyliculture, la pêche sont dans les mêmes draps. Les cahiers des charges doivent venir partout au secours des produits pour épargner la ressource et privilégier la qualité. L’action collective des professionnels est nécessaire avec le respect des chartes et des règlements. Le comité régional des pêches est beaucoup trop indulgent avec les pratiques destructrices et les abus. Il fonctionne davantage comme un syndicat que comme un moteur du progrès et de l’action associative.

 

Le tourisme idem,  a tout à gagner des bonnes règles de la protection du milieu naturel et d’un aménagement respectueux des paysages et de la qualité de vie. Il s’agit d’un écotourisme et non pas d’une activité balnéaire façon  Côte d’Azur. Il  doit faire appel aux randonnées, aux pistes cyclables, à la thalassothérapie et autres activités, de la piscine au hammam, à la plaisance, aux musées, à la vie culturelle, artistique  et ludique des cantons. Cela suppose que notre pays soit avenant et mette en valeur son histoire et  son bâti ancien encore bien conservé dans les campagnes. Il faut  qu’on arrête d’émailler le bocage ou le bord de mer avec des pavillons hideux, peints en jaune avec des clôtures héritées des banlieues des années trente.

 

Pour tout dire, le rose Cotentin doit être imaginatif et créatif afin d’ échapper à son destin de région excentrée qui laisse faire n’importe quoi, faute d’une représentation politique forte. Avec un ministre PS et deux députés, la  presqu’île n’a jamais été autant maîtresse d’elle même. Ici comme ailleurs on attend beaucoup du changement politique, il s’agit d’initier  une nouvelle histoire socio-économique. Pas moins.

 

 

14/06/2012

Retrousser nos manches

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 Les raboteurs de parquets de Gustave Caillebotte (1875)

 

 

L’élection haut la main de Bernard Cazeneuve et de Geneviève Gosselin est un événement heureux pour le Cotentin. Grâce à leur travail patient au service de Cherbourg et de sa région le Ministre et la Députée ont obtenu l’assentiment très large de nos concitoyens. Bernard Cazeneuve est un homme de rassemblement, de consensus et de conviction qui donne du temps au temps et qui respecte ses concitoyens. Je l’ai déjà expliqué lors de la parution de son livre sur l’affaire de Karachi. De son côté, en se consacrant à l’examen du Scot avec tous les élus du Cotentin, quels que soient leurs bords politiques, Geneviève Gosselin a prouvé qu’elle savait distinguer l’essentiel de l’accessoire, et écarter la polémique pour faire avancer notre petit territoire.

 

Une période nouvelle s’annonce qui semble sceller le déclin de la vieille droite rurale qui perd peu à peu ses positions dominantes. Une étape supplémentaire pourrait être franchie en cas de succès de Stéphane Travers dans la 3° circonscription, voire de Le Coz dans la 2° ! En tout état de cause, il me semble que l’influence des notables, indépendants et paysans, des vétérinaires et des propriétaires fonciers , des notaires et des avocats,  reflue face à la montée des salariés du tertiaire, du bâtiment, des services publics, et du tourisme qui viennent renforcer les bastions traditionnels de l’arsenal, d’Areva et des  personnels enseignants.  La prise de conscience est facilitée par les excès du sarkozysme qui a droitisé l’UMP au point de la rendre bien poreuse aux idées xénophobes et identitaires du Front National. Par bonne fortune, notre Cotentin n’est pas une terre des extrêmes, elle cultive la modération en tout, la diversité et la tolérance. Le FN n’y fera jamais les scores qu’on peut trouver en Lorraine ou en Paca-Côte d’Azur.

 

La gauche maintenant fortement implantée dans notre territoire doit montrer qu’elle est capable de relever les défis du développement et de l’emploi dans les secteurs porteurs. Comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, les projets industriels dans l’éolien et l’hydrolien , dont certains semblent bien avancés, peuvent en cas de succès être un tremplin pour la modernisation de notre économie. D’autres progrès peuvent être obtenus dans les activités maritimes, dans la plaisance, dans la pêche et la conchyliculture, et encore davantage dans le tourisme dont le potentiel est encore intact. Il me semble aussi que nous n’avons pas suffisamment théorisé sur la réussite tranquille des Maïtres Laitiers et sur le modèle économique que cette entreprise représente pour l’agro-alimentaire dans la presqu’île.  Que ce soit pour les légumes, la viande ou les produits de la mer, on pourrait imaginer des synergies commerciales reposant sur la diversité de l’offre, la qualité des produits et la garantie d’approvisionnement propre à satisfaire les gros maillons de la distribution, tout en résistant mieux à leurs féroces exigences. La démarche de qualité, de diversité, de proximité et de maîtrise des marchés est un processus gagnant dans l’agro-alimentaire, en particulier pour les produits frais.

 

Avec une économie en croissance offrant des emplois, nos services trouveront un meilleur terreau pour leur développement et leur modernisation.  Nous devons améliorer nos écoles et nos hôpitaux, nos infrastructures de communication et de transports… On se retrouve en plein dans les thèmes d’élaboration du Scot (Schéma de cohérence territoriale), dans la problématique du lien ville-campagne, dans l’exercice du désenclavement routier et ferroviaire, voire maritime, dans l’ambition de s’assurer  des concours extérieurs, dans la nécessité d’ouvrir des relations avec les autres régions et les autres pays.

 

On peut rêver. Le développement aujourd’hui ne peut être que celui de l’intelligence et de l’ouverture aux autres. Les cités-nations, les villes bataves ou italiennes comme Gênes ou Venise, sont devenues un temps les centres du monde parce qu’elles avaient un réseau commercial et financier qui dépassait de loin leur minuscule territoire. Le Cotentin peut devenir une île de prospérité en exerçant son potentiel stratégique européen et atlantique grâce aux talents créatifs de ses habitants. Voilà de beaux enjeux en perspective qui sont propres à donner confiance dans l’avenir.

03/06/2012

Eloge du colleur d'affiches

 

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 Portrait de François Mitterrand par jacques de la Villéglé

 

L’œuvre de Jacques Villeglé, artiste vivant à la renommée internationale, se trouve actuellement conservée dans les lieux les plus prestigieux consacrés à l’art contemporain, le Centre Georges Pompidou à Paris, la Tate Modern à Londres et le Museum of modern art à New York. Particulièrement connu pour la collecte d’affiches lacérées, pratique qu’il débute en 1949 avec Raymond Hains, l’artiste récupère dans la rue des placards publicitaires déchirés et tagués pour les proposer comme œuvre d’art, laissant une large place à la thématique politique qui comporte des affiches syndicales, partisanes et électorales. (Extrait de la Lettre n°28 de l'Institut François Mitterrand)

On  dit souvent que les colleurs d’affiches sont les derniers des fantassins des batailles électorales. Ce rôle est souvent réservé aux esprits simples qui marchent sans penser et qui agissent sans rien demander. J’entends souvent les militants protester et qui disent « On n’est pas seulement des colleurs d’affiches », c’est à dire les humbles godillots d’une bande de petits malins qui eux savent tirer les marrons du feu, faire des plannings, proposer et répartir les tâches, et se mettre ainsi dans les pas des chefs pour se rendre indispensables. Ainsi fonctionnent les hiérarchies sociales et donc politiques, même à gauche.

 

Je dis moi qu’il ne faut pas caricaturer. Il y a des grandes chefs qui vont tracter et qui sont encore capables de préparer un seau de colle. Je pourrais, eu égard à mon âge certain m’épargner moi aussi les tournées cantonales de panneaux d’affichage. Tout au contraire  j’y prends un grand plaisir et pas pour tuer le temps croyez moi. Bien organisé il faut environ trois heures assidues pour passer en revue les seize communes concernées de notre canton. Cela suppose qu’on a une connaissance approfondie de l’emplacement des panneaux et une vision spatiale de leur répartition pour éviter de tourner en rond et s’épargner les kilomètres inutiles.  Il faut également avoir une colle juste assez épaisse et une vraie brosse professionnelle. N’est pas qui veut  un colleur d’affiches à haut rendement.

 

Les qualités techniques,  toujours nécessaires seraient insuffisantes si elles n’étaient pas accompagnées d’une conscience civique aigue. Il faut exclure les placardages hors panneaux libres ou officiels et proscrire les étalages invasifs et tonitruants qui manquent de respect au commun des mortels et s’apparentent à de la publicité forcée. Le paysage, rural ou urbain, ne doit pas être affecté outre mesure. Les publicités commerciales sont là pour nous rappeler que tout excès en la matière est gravement nuisible à l’état d’esprit de nos concitoyens. Ce qui me rappelle que sur la place de La Pernelle, face à la petite église, là où on peut jouir d’un spectacle somptueux sur les côtes du Val de Saire, du feu de Gatteville à la Pointe du Hoc,  un restaurateur indélicat a tracé sur les toits de son établissement des lettres blanches  d’un mètre de hauteur qui donnent à l’endroit des airs de centre commercial texan, absolument hors de propos avec l’ambiance qu’on vient rechercher ici. L’affichage électoral des campagnes politiques ne doit pas s’apparenter à celui des cirques de passage ou à celui des vide grenier et autres kermesses qui envahissent nos ronds points et nos croisements dès les beaux jours. L’affichage politique est subventionné par l’Etat et strictement encadré par les règlements municipaux.

 

C’est la raison pour laquelle avec mon rouleau d’affiches d’une main et mon seau de colle de l’autre, je redresse au mieux ma vieille silhouette pour montrer ma fierté et ma détermination. Il n’y a rien de plus stimulant que de porter haut ses idées face à des concitoyens habitués, en tout cas chez nous, dans nos campagnes, à les dissimuler. Comme le dit fort bien notre candidat B. Cazeneuve, un engagement solide n’a pas besoin d’outrance pour se faire reconnaître. La fermeté des convictions doit s’installer entre l’esprit de liberté et le respect de nos adversaires. Coller une affiche sur le panneau municipal réservé à son candidat, est un acte public de foi et de transparence dans l’action politique qui mérite le respect de tous, quand il est effectué dans la dignité et la responsabilité.

 

Pour parler de moi, au moment ou je passe le pinceau sur les visages grand format des candidats, je leur parle en leur confiant mes encouragements et mes espérances. Vas-y Bernard on compte sur toi. Redresse-toi Geneviève le Cotentin t’est tout acquis ! Vous êtes nettement plus beaux que tous vos adversaires. Regardez les ces UMP, ces FN, la tête qu’ils ont. Ils ont l’air de faux témoins, de Judas, de bons à rien, leur programme ne vaut pas un clou, ils ont perdu d’avance. Ils voudraient nous renvoyer dans la préhistoire du sarkozysme ou pire encore. Ils n’ont rien compris à la modernité, au pari de l’intelligence et de  l’opiniâtreté humaine dans la marche vers le progrès et  la libération des esprits. Ils sont accrochés à leur conservatisme mesquin, à la protection de leurs petits biens ridicules et à leur soi-disant identité nationale,.. !  régionale… ! et locale… !!!  (pour faire bonne mesure).

 

Chaque collage devant chaque panneau est une réunion contradictoire et itérative des idées. Sur chaque place publique on sent aussi l’ambiance et le caractère du conseil municipal qui a décidé de l’emplacement des panneaux, aujourd’hui presque tous standardisés et normalisés. On voit bien que le niveau de débat public souhaité n’est pas partout identique. Parfois on se demande si tout en installant le dispositif réglementaire les municipalités n’ont pas souhaité leur donner un emplacement subalterne. Vous connaissez ? tous ces maires qui vous affirment « Moi je ne fais pas de politique ! » sont finalement de la droite bien assise.  On a envie de leur répondre « Alors, passez votre chemin monsieur le Maire… »

 

Dans le Cotentin, chaque village est bâti sur une trilogie, un triangle des pouvoirs : l’église toujours belle qui a traversé dix siècles, le château souvent imposant qui nous vient de l'ancien Régime et depuis la Révolution,  la mairie, siège de l’autorité municipale. Dans les petites communes ce triumvir est en voie de déshérence, l’église n’a plus de curé, le château est en ruines et la mairie est happée par la « COMCOM ». C’est un crève cœur de coller des affiches au cœur d’une agora que plus personne ne fréquente.


 Pendant ce temps, nos nouvelles cathédrales, les supermarchés,  confisquent des hectares de bitume à des fins privées d’où les manifestations publiques et collectives sont proscrites ! On pourrait tout à loisir transformer ces lugubres parkings en lieux de rencontres, avec des tilleuls ou des marroniers et des bancs publics accueillants. Il suffirait d'assortir les cahiers des charges de clauses initiant un nouvel ordre urbain imaginatif qui décide que les consommateurs ne sont pas seulement des détenteurs de cartes bancaires et de jetons de caddies ! Tout ça me fait dire que les choses finiront  par changer, y compris dans nos campagnes bien trop méprisées. Un bon colleur d’affiches a  le droit d’observer et de penser. L’affichage des hommes et des idées est aussi un dialogue avec les rouages intimes de nos petites sociétés villageoises ! Loin de  vouer le colleur d'affiches aux quolibets et au mépris, il serait bien plus intelligent  de lui reconnaître un rôle  positif dans le lien social en le plaçant au centre de la vie urbaine.

Du caddie au programme électoral le pas est vite franchi ! Affichons les ! affichons nous ! Il faut redonner de l'appétit aux gens pour la vie politique. En toute simplicité mon voisin, le brillant et sémillant responsable des jeunes UMP me confiait exactement la même envie. Jusque dans mon hameau,  on sait  se rassembler sur les grands enjeux du vivre ensemble.