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14/11/2013

Pas de panique François !

 

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Rubens 1620. Arrivée de Marie de Médicis à Marseille




Les chroniqueurs politiques de la télé et de la radio sont des gens prudents. Ils ont mis plusieurs jours avant de relever que les bonnets rouges n’étaient qu’une bande d’agitateurs sans expression bien tricotée. Ces gens réunis dans la revendication sont totalement dispersés et inorganisés au plan politique. Il n’y a que les anciens amis du Commandant Cousteau qui s’en émeuvent, le symbole du découvreur des mers est en passe de devenir celui de la contestation politique sauvage et poujadiste. Pas grand-chose à voir avec la générosité d’esprit et la grandeur de vue du Commandant. On peut faire valoir que ce bonnet rouge là ne veut plus rien dire.

Les quelques dizaines d’affreux qui ont conspué le Président le 11 novembre ne sont pas exactement des citoyens  estimables. Ils sont violents et même brutaux, racistes et xénophobes. Ils transpirent la haine et la bêtise. Ils détestent la République.  Ils se veulent séditieux et fascistes. Leurs modèles ont la mèche et la petite moustache de l’indicible. Vus à la télé ils ne montrent que vulgarité et agressivité.  Ils ne sont qu’une (bruyante) et minuscule minorité, honteuse et bravache à l’image de la une de « Minute ». Cela n’empêche pas les autres journaux d’en faire des gros titres et les gorges chaudes. De Gaulle lui-même eut droit à la même vindicte, Chirac  à un coup de fusil et un député-maire  hier encore à un coup de couteau. Il va sans doute être nécessaire d’embastiller ces énervés pour des raisons de sécurité. Aujourd’hui les médias présentent ces activistes factieux comme des citoyens banals mais il n’en est rien :  ils mettent en danger notre sécurité en vulgarisant par l’exemple la corruption de l’esprit civique.

Le poujadisme breton de son côté,  se greffe sur la crise de l’agroalimentaire mais fleurit sur la destruction des radars. Ces instruments redoutés par tous sont destinés à freiner les forcenés du vin rouge et du volant. S’en prendre aux radars est donc d’évidence une imbécillité profonde. Ces destructions ne fourniront pas un emploi et n’amélioreront en rien la vie des gens. Elles permettront tout juste quelques accidents de la route en plus, quelques  morts d’enfants ou de parents supplémentaires, des handicapés à vie, des journées d’hôpital, des deuils et des drames. Cela n’émeut personne. On parle seulement du prix à payer par le contribuable. Les casseurs au bonnet expriment leur ras-le-bol. Ils n’ont pas d’autres mots pour s’expliquer que ceux de la frustration et de la violence. Ils n’ont pas de pensée politique, peut-être bien pas de pensée du tout, seulement de la colère : inaudible, incompréhensible, impossible à satisfaire. Comme si un gouvernement pouvait sortir de son chapeau des emplois pour tous.

L’opposition UMP a entrepris de reconstruire sa popularité sur le ras-le-bol fiscal. La supposée  overdose n’est pas pour tout le monde, mais on pousse en avant les cas limites pour, en réalité,  protéger les moins fragiles, les plus  aisés , voire les plus fortunés. Prêcher la révolte face à l’impôt est démagogique et irresponsable. La droite a creusé elle-même le déficit, et augmenté la dette de 600 milliards en cinq ans. Dresser les Français contre l’impôt est une mauvaise action. Dans notre pays le service public est le seul vrai patrimoine de 90% des citoyens. Sa dégradation est ce qui peut arriver de pire aux classes modestes. Il faut être très riche pour pouvoir s’en passer, à moins que ce soit  comme Tapie pour le  gruger d’importance. Dans le même mouvement on accuse Hollande de ne pas en faire assez. Chaque fois qu’il manque un bouton de guêtre, la France entière en appelle à l’Etat. Qui va payer ? Cette tactique en est à ses débuts, l’UMP  est encore loin de représenter une force politique unie  et elle est totalement muette sur les solutions. Déshabiller l’Etat certes !  Mais ni Juppé, ni Fillon, ni Maire, ni Copé ne sont capables de dire s’il faut enlever la chemise ou le caleçon.

Les Verts de leur côté se taisent, et jouent les bons élèves tout en s’étripant dans leurs préparatifs de Congrès.. Les rois de l’écotaxe tentent de se faire oublier. Ils se gardent bien de réclamer de nouvelles mesures « écologiques ». C’est que leur programme est anti-croissance, antiéconomique et pour le principal,  anxiogène : à bas le nucléaire, à bas les diesels, à bas l’agriculture intensive. Nous sommes sous la menace permanente du réchauffement climatique. Il serait temps d’ailleurs que les médias nous servent autre chose que du Jousel à chaque repas. Il n’y a pas d’autres porte-parole du dérèglement du climat ?  Les Verts ne servent en rien le gouvernement  Ayrault. Ils vont au contraire le frapper dans le dos à la première occasion. A chacun de donner son avis : le mien c’est de virer les EELV du gouvernement à la prochaine incartade, puis d’autoriser les OGM et l’exploration des gaz de schiste, et je ne parle pas de la sanctuarisation du nucléaire ; notre principal atout industriel.

Le résultat de tout cela est que François Hollande doit gouverner dans un champ de fumerolles politiques , quotidiennement  bombardé par  une grêle de doléances corporatistes ou idéologiques. Le Président reçoit chaque jour   des quolibets et  des avanies de journalistes sans idées et de politiciens sans scrupules. On ne sait plus manier  que l’ironie, la mauvaise foi, le mépris et les à-peu-près. Chacun y va de son casse-croûte. Il ne faut pas perdre un seul lecteur. Il est impératif de caresser l’opinion dans le sens du poil,  de hurler  avec les loups, de se gonfler avec le buzz comme la grenouille avec le bœuf. Alors qu’aucun Parti,  aucune force politique, aucun brain-trust n’est capable d’avancer deux sous de philosophie  ou de projet à long terme, on reproche à Hollande de ne pas avoir de cap, d’être mou, de ne pas dicter sa loi,  en somme. Justement ce Président ne se prend pour le Pape et n’a aucune envie de proclamer son infaillibilité. Ce qu’il veut c’est aider notre société à accoucher de solutions justes et durables. Mais ce vieux pays ne met pas au monde facilement. Il est trop attaché à ses privilèges et à ses vieilles lunes pour accepter de se dépasser et de se montrer, pour une fois, généreux et sûr de lui. Il préfère compter sou par sou plutôt que d’inventer l’avenir. Notre pays est un vieil avare perclus qui ricane de son impotence tout en demeurant  fier de ses inégalités, de ses élites héréditaires et de ses notables enracinés dans la tradition conservatrice.

A ce niveau d’exaspération bien entretenue par les chaînes d’info continue, on tait les contradictions les plus évidentes. On clame partout que les socialistes sont dans les choux mais pour le moment Hidalgo fait beaucoup mieux que NKM dans les sondages et Menucci fait jeu égal avec Gaudin à Marseille. Hérault et Hollande sont à 20% d’opinions favorables, mais Valls est à 75%. Le ministre de l’intérieur est pourtant du même parti et du même gouvernement. Ceci relativise grandement la signification politique des sondages de popularité. Pour moi Valls ou Hollande c’est la même chose. Comment expliquer de tels paradoxes ? Mon interprétation, mais elle n’est peut-être pas la bonne, est que les citoyens d’aujourd’hui n’ont pas une pensée politique structurée. Les gens  sont devenus des consommateurs au jour le jour, qui s’inquiètent plus de l’emballage que du contenu. Ils veulent de la neige à Noël et être rasés gratis en rentrant de Méribel.  Avec une bonne dose d’égocentrisme et de goût pour les rapports de force, qui ont fait la fortune du sarkozysme au cours du précédent mandat. Il est clair que le gouvernement Hollande est en rupture totale avec cette conception.

Tout cela n’est pas très gai, mais je vois quand même des raisons d’espérer. François Hollande et son gouvernement sont des gens intelligents et dévoués à la cause publique. Ils n’ont certainement pas l’impudence de l’équipe précédente qui maniait avec brio le dédain  des opposants  et de leurs responsables. Les sociaux-démocrates  sont persuadés que les réformes doivent se faire dans le dialogue et la concertation. Ils savent aussi que la baguette magique n’existe pas et que l’économie du paquebot France doit être dirigée avec prudence et mesure. Ils savent comme le disait F. Mitterrand « qu’il faut donner du temps au temps ». Ils s’adressent aux Français comme à des adultes et des gens responsables, suffisamment informés pour être conscients des difficultés.Ils demandent à être jugés sur les résultats et s’interdisent toute démagogie.  On ne peut pas mieux dire. La méthode est respectable mais il n’est pas sûr qu’elle soit comprise. Nous n’avons pas  la garantie de voir gagner les forces de l’esprit sur celles de l’impatience, de l’égoïsme et du chacun pour soi. Si échec il y a, ce que je ne saurais souhaiter ce sera l’échec de l’intérêt collectif, le recul  du lien social et l’abaissement  de notre pays. Nous n’en sommes pas là, il faut tenir bon et se souvenir que d’autres Présidents ont traversé des épreuves terribles mettant des millions de gens dans la rue. Pour le moment nous ne voyons pas cela venir, pas de panique Saint François !