lalettreducotentin

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

09/11/2012

L'entreprise et les patrons

 

compétitivité, entreprises, patrons, syndicats, medef, Parisot,salariés, actionnaires

 Rouge de Joan Miro

Dans ma dernière chronique, je regrettais la confusion mentale à laquelle une presse déchaînée et des politiciens sans scrupules peuvent conduire une large fraction de notre opinion publique. Les commentaires inépuisables et le battage médiatique  déclenchés par le rapport Gallois en sont une nouvelle illustration. Il est temps qu’on comprenne à gauche et surtout du côté des syndicats et du PC qu’il ne faut pas confondre l’entreprise et les patrons. Nous avons connu sous Sarkozy une sorte d’adoubement par l’argent, une légitimité politique par l’enrichissement, une échelle de mérite liée au montant des émoluments. Comme disait le petit (par l’esprit) Président, « Si je ne suis pas réélu, j’irai faire du fric ! ». On ne peut pas mieux opposer l’intérêt collectif au cynisme individuel. Dans un même état d’esprit, pour être reconnus grands et importants, les Patrons estiment devoir être surpayés par un tas d’artifices, bonus, retraites chapeau, actions préférentielles etc….

 

Le Président élu a mis en place un gouvernement  pour, en priorité,  corriger ces excès qui révoltaient le populaire et beaucoup d’humanistes à droite et à gauche. Il me semble que plus personne aujourd’hui ne conteste le coup de barre fiscal qui va obliger les hauts revenus et les gros patrimoines à contribuer à l’effort de redressement. Bien sûr les Conservateurs après avoir prédit que les taux d’intérêt sur notre dette allaient exploser, ont de la même façon proclamé que les entrepreneurs allaient déserter et fuir en masse notre pays. Rien de tout cela ne s’est produit et cette première étape semble réussir.Ce qui n’empêche pas l’UMP en campagne électorale de continuer à dire n’importe quoi.

 

Avec le rapport Gallois, il faut bien comprendre qu’il s’agit de toute autre chose. Il ne s’agit pas d’enrichir les Patrons mais bien les Entreprises ! Nous avons tous intérêt, citoyens ordinaires, employés, cadres et patrons à rendre nos entreprises performantes en leur ménageant  un contexte  économique et social favorable. Il n’y a rien de pire pour un salarié qu’une usine ou une affaire qui périclite. Dans les situations médiocres les salaires sont toujours trop élevés, les avantages sociaux toujours hors de portée et les licenciements au bord des lèvres. Toutes les mesures qui peuvent conduire nos entreprises à gagner de l’argent, à investir et à mieux traiter leurs salariés et leurs actionnaires sont donc bonnes à prendre.

 

Je ne suis pas naïf au point de penser que spontanément  les bénéfices sont  justement répartis. Les rapports de force règnent dans les processus économiques comme ailleurs, plus qu’ailleurs. L’enjeu pour notre gouvernement est de proposer un modèle moderne et juste où toutes les parties prenantes sont respectées. Le point de départ de tout pour notre système productif est le marché, auquel il est vain d’espérer échapper. Vous ne pouvez songer à produire sans savoir ce que vous allez vendre, où et combien. Vous ne pouvez remporter des parts de marché sans avantages comparatifs sur vos concurrents que ce soit par le prix ou par la qualité, ou souvent par les deux à la fois. Pour conserver cette compétitivité il faut pouvoir sans cesse investir dans la recherche et l’innovation. Il faut que les gens à gauche comprennent  bien que les cadeaux aux entreprises ne sont pas des cadeaux aux « riches patrons » mais bien des options pour l’emploi et la prospérité de tous.

 

Ce raisonnement est acceptable à condition que les richesses produites ne soient pas captées par une des parties prenantes aux seules fins de l’enrichissement individuel, que ce soit par le créateur d’entreprises même si il a des mérites à faire valoir, que ce soit par le capital investi même si il est indispensable, ou que ce soit enfin par les salariés qui sont eux-mêmes essentiels dans le processus. La quatrième part revient à l’Etat c’est-à-dire à la collectivité, qui est chargée du contexte public, transport, éducation, santé. On imagine sans peine qu’il est compliqué de concevoir une organisation harmonieuse, tant sont diverses les situations dans l’espace et dans le temps. On ne peut réussir ou tenter de réussir que par la concertation, l’information et la compréhension entre les différents acteurs.

 

Dans ce contexte, je ne sais pas si les journalistes se rendent compte que leur métier mérite une autre noblesse que celle du twit-twit, gazouillis de moineaux virtuels dans lesquels les gens pressés se laissent emporter avec délices. Ils devraient prendre conscience que l’opinion publique a besoin d’explications paisibles et pédagogiques. Les progrès de notre pays dépendent beaucoup de leur propre esprit de responsabilité qu’ils devraient opposer à leur tentation de plaire, de faire le coup de feu sur le web, ou de se laisser aller à leurs querelles idéologiques. Bien sûr avec ou sans eux, les mutations finiront par s’opérer, mais quand on est payé pour commenter l’actualité, il est honorable de la placer en perspectives intelligibles. On parle souvent de quatrième pouvoir à propos de la presse, c’est plutôt le premier des contre-pouvoirs et il est bien utile, salutaire en réalité. En contrepartie, il doit s’exercer en toute liberté, c’est-à-dire en totale responsabilité.