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30/03/2013

La haine des enragés

 

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L'hiver par Arcimboldo


Les énormes bateaux-citernes qui transportent le pétrole ont eu leur période de célébrité lors des marées noires (l’Exxon Valdez, l’Amoco Cadiz, l’Erika, le Prestige, le Tasman Spirit…). On insistait dans ces moments- là sur la difficulté de modifier  la trajectoire des superpétroliers de plusieurs centaines de milliers de tonnes lorsqu’ils faisaient route. Naviguer avec de tels navires exige qu’on prévoie suffisamment la vitesse et les changements de cap, en sachant que les effets de chaque manœuvre sont largement différés. On peut dire qu’il en est de même avec les politiques économiques mises en œuvre par le gouvernement  


Ce qui n’empêche personne de plus ou moins bonne foi, de réclamer des résultats immédiats à cor et à cri. Nous sommes entrés dans les temps de la consommation politique, on veut tout et tout de suite, des résultats, des avantages, des privilèges. Chaque corporation dispose de son lobby. La vox populi a rarement été aussi puissante que cette semaine, amplifiée par tweet et facebook . Les gens de la droite et de l’extrême droite se déchaînent avec leur vulgarité et leur haine coutumière.


Les éditorialistes qui ne veulent pas se laisser déborder, vocifèrent dans les chaînes d’info continue. Pendant une journée entière on nous a rebattu les oreilles avec le chômage, qui allait atteindre le record du siècle, et puis le soir non ! c’était raté à pas grand-chose près ! On a eu l’inculpation de Sarkozy et tous ses copains qui sont venus à son secours, quarante -huit heures plus tard silence sur toute la ligne, contrordre !  Enfin nous avons le dévissage du Président dans les sondages. Depuis qu’il est élu on nous répète périodiquement qu’il est en chute libre, vertigineuse, permanente, mais ça s’arrête presque toujours au même taquet des 30% fatidiques. On nous répète que tout va mal, que les pauvres gens  se privent de manger, qu’ils ont froid, qu’ils n’ont plus les moyens d’aller au cinéma, quand à la santé n’en parlons pas. On s’étonne   ensuite de constater que le moral n’est pas bon. On escompte que comme à Chypre on va ratisser  les comptes bancaires. Pour faire bonne mesure, les journalistes cherchent des émeutes à filmer dans l’île, mais ils sont déçus, ils ne trouvent ni sang, ni violences, ni morts, ni incendies.

 

Ma situation de retraité me donne le temps de parcourir   l’avalanche des dépêches qu’on nous déverse à la radio et à la télévision. J’ai rarement constaté un tel emballement de pessimisme à la veille de l’intervention d’un  Président de la République dont une « majorité de Français trouvent qu’il n’est pas un bon Président ». En réalité il s’agit de 51 personnes sur 100. Voilà comment on fait du sensationnel  avec pas grand-chose. Tout le monde sait qu’en campagne électorale on fédère les espoirs. Dans l’exercice du pouvoir on fédère les oppositions. Les sondages de ce type, globalisateurs et indistincts ne veulent rien dire. On peut ajouter Sarkozy, Mélanchon, Le Pen et Borloo que ça ne fait pas une politique ! Voyons l'Italie ! Aujourd’hui c’est le mariage pour tous, demain  c’est un bel assassinat dans une sous- préfecture  ou encore de la neige sur les routes voire du cheval dans le Hachis Parmentier. Est-ce de la politique ? pas l’ombre du début d’une esquisse de solution à des problèmes qui n’en sont pas, comme le froid en hiver, les embouteillages et les retards de train, voire le prix du pétrole.

 

Le vrai, le seul, l’unique problème est celui du chômage et dans ce domaine les coupables ne manquent pas. A commencer par la CGT qui s’est toujours employée avec vigueur à défendre les salariés au lieu de préserver les emplois et l’entreprise. On a vu depuis cinquante ans succomber les dockers, les travailleurs du livre et tous les grands monopoles qui n’ont cherché qu’à accumuler les privilèges. On voit encore à l’œuvre les salariés d’Aulnay ou de Florange ou d’ailleurs. En réaction on a vu le patronat se murer dans le donjon des banques et des conseils d’administration. On rejoue la lutte des classes à n’en plus finir. A ce jeu-là les prolos sont toujours perdants. Une usine ne se déménage pas facilement mais sans argent c’est une ferraille inutile. Pendant ce temps- là les capitaux font des vols planés internationaux le temps d’un clic.  Donner du travail aux salariés n’a aucun intérêt pour un grand nombre d’affairistes, la seule chose qui compte c’est le rendement, si possible à deux chiffres.

 

Face à cette mentalité libérale, souvent cynique et prédatrice, on a pu se rendre compte qu’un volant d’inertie de chômeurs ne pouvait qu’aider à domestiquer les salariés, freiner les salaires et dispenser de protections sociales exagérées. Nous sommes dans le revers de la médaille. Les patrons ont les poches pleines et les salariés en ont marre d’être  les dindons d’une farce qu’ils sont impuissants à maîtriser. On peut rejouer cent fois la scène avec les commentaires grandiloquents de Mélanchon et des autres, le résultat sera toujours le même. L’usine ferme et l’ouvrier n’a plus que ses yeux pour pleurer ! Qui va enfin comprendre que les perdants sont toujours les mêmes ? Les révolutionnaires n’ont jamais sauvé un chômeur !

 

On attend de savoir si François Hollande va pouvoir expliquer que le tanker est lancé, qu’on a corrigé la trajectoire par quelques coups de barre, mais qu’il faut encore attendre six mois pour constater le succès ou l’échec de la manœuvre.  Le pays est plongé dans une marmite d’impatiences contradictoires. Que peut-t-il en sortir ? Le Président saura-t-il expliquer qu’il n’y a pas de grand soir, pas de baguette magique, pas d’homme providentiel ? Pourra-t-il faire comprendre que nos sociétés complexes ne peuvent être violentées, retournées, malmenées ? Que les moyens à utiliser sont tout en nuances et en finesse, pour éviter les effets d’aubaine et les contre coups négatifs ?

 

Je finis ce post au lendemain de l’intervention du Président sur Fr2.suivie par huit millions d’auditeurs.  On peut dire que ça s’est bien passé, calmement, clairement, longuement. Ceux qui voudraient encore démontrer que FH est confus et ne sait pas où il va, vont devoir faire preuve de beaucoup de mauvaise foi. Ceux qui voudraient  voir chez lui les signes d’une politique idéologique et révolutionnaire ne seront pas plus crédibles .

Le Président se dit comptable devant tous les Français d’une seule politique : le retour à l’emploi par l’incitation à la croissance économique. Cette croissance doit se faire par une politique de l’offre, c’est-à-dire par l’encouragement de l’entreprise et de la production. Cette politique est nouvelle à gauche. Ceux qui refusent de comprendre cette cohérence économique font preuve d’aveuglement. Le prochain rendez-vous politique est à la fin 2013 au cours de laquelle la courbe du chômage doit plafonner et s’inverser.

 

Le pari du Président est clair et honnête. Il sera facile à chacun de mesurer  le succès ou l’échec dont les termes sont assumés et clairement définis. Sarkozy voulait aller chercher  la croissance avec les dents ; ses promesses se sont dissoutes dans la crise. Chanceux depuis le début, François Hollande verra-t-il ses ambitions et son programme  victorieux dans la sortie tant attendue d’une crise cyclique ? L’hypothèse est controversée mais on ne voit pas de salut ailleurs…

 

Malheureusement l’opposition n’est pas seulement politique, économique et réfléchie. Elle est aussi faite du ressentiment des légions excitées de la droite et de l’extrême droite qui veulent se faire les pédés, les juifs, les arabes et les bobos. Hollande est pour elles un symbole, l’ennemi à abattre, le clou dans leurs mauvaises godasses de spadassins. Va-t-on devoir se battre, descendre dans la rue, répondre aux invectives ? Ces gens-là sont des adeptes de la force, de la violence et des mauvais coups. Les socio-démocrates ne sont pas forcément  des agneaux qu’on égorge. Ne nous faisons aucune illusion : contre tout espoir, la rage de ces excités augmentera avec les  succès du gouvernement.