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05/05/2010

J'aime Sainte Colombe

photo-1381706-M.jpgNous avons beaucoup de saints dans notre Cotentin et souvent on ne sait pas à qui se vouer. Saint Germain, saint Martin, saint Floxel, saint Vigor, saint Ermeland, il est impossible de les citer tous. Les saintes en revanche sont bien plus rares. L'une d'entre elles a retenu mon attention, car son origine est quand même assez douteuse. Il s'agit de Sainte Colombe de Gréville-Hague.


Il est assez rare qu'on perde complètement la mémoire des saints missionnaires et prédicateurs. L'église a  toujours pris soin de répertorier une quantité de miracles prouvant la sainteté. Les saints ont pour pratique courante de terrasser les démons, d'arrêter la pluie ou bien   de faire jaillir les fontaines. Ils ont l'habitude également de faire parler les muets, de rendre la vue aux aveugles et de faire marcher les paralytiques. Une de leurs manies les plus étonnante est de ramasser leur tête tranchée, de la prendre sous leur bras et de continuer leur route comme si de rien n'était. Toutes ces manifestations de la sainteté sont pieusement passées au crible par les chanoines avant que soient prononcées la canonisation ou la béatification (pour les moins performants).


Avec sainte Colombe, il n'y a rien de tel. D'ailleurs Jean Fleury, homme de lettres du cru,  nous conte en 1883 que l'histoire de sainte Colombe de Gréville serait tombée dans l'oubli, si sa propre mère ne la lui avait racontée  quand il était encore en culottes courtes. La mère de notre auteur  née en 1769, la tenait elle même de son grand père, ce qui nous renvoie au XVII° siècle.   Un seul témoignage pour une origine finalement pas si ancienne que ça,  ne pourrait suffire pour donner foi à la légende. Seulement voilà, à Gréville-Hague, l'église,  dont les premières pierres datent du XII°, porte le nom de la Sainte. Comment ne pas croire à son existence ?


En tout cas, moi j'y crois. Et elle  fut la plus fûtée des saintes de la région. Colombe était une très belle jeune femme qui séduisait tous les galants du voisinage. Elle était gaie et elle marchait en faisant balancer ses jupons, ce qui fascinait les rustres, jeunes ou vieux, en particulier le dimanche quand elle descendait la nef pour aller s'agenouiller dans le choeur, à deux mètres de monsieur le Curé. Le jeune prêtre qui était beau et chantait divinement semblait lui adresser personnellement ses prières et ses cantiques.


"Prêtre qui danche

Poule qui chante

Fille qui sait le latin

Font mauvaise fin"


Colombe qui savait lire, était férue de beaux livres et s'en confia à l'abbé qui se fit un plaisir de la conseiller dans ses lectures. Il commença par des récits édifiants de la vie des apôtres et poursuivit par des histoires parfois diaboliques dans lesquelles Satan et les  sorciers jouaient un rôle. On passa ensuite à l'Ancien Testament qui regorge de scènes scabreuses. Colombe adorait se faire peur avec ces personnages qui échappaient à la crainte de Jésus. Elle disait au jeune prêtre : mon Père, vous me faites découvrir la vraie vie !


La fréquentation trop assidue du presbytère finit par produire des effets délétères. D'autant plus que la bonne du Curé poussait un peu les feux de son côté, pensant que c'était un juste retour des choses que ce si beau jeune homme trouve chaussure à son pied. La bonne complaisante, la jeune femme délurée et le prêtre séduisant et imaginatif  formèrent en tout cas un mélange détonnant. Aujourd'hui on se jette à la tête de l'autre sexe, sans même savoir ce qui va se passser dans la minute suivante. Colombe et Antoine (c'était son nom) prirent le temps, eux, de débusquer dans  les recoins de leur âme toutes les manigances de l'érotisme et de l'amour . Ils restèrent ainsi une semaine sans se déprendre une seule minute, de connivence avec l'excellente et tonique Maria, la bonne qui les bénissait.


Mais pendant ce temps, on  cherchait Colombe partout dans le village. Un galopin qui dénichait des pies assura qu'il avait aperçu Colombe dans la chambre de l'Abbé. Colombe dut fuir, et pour donner le change, elle assura que de mystérieux pirates l'avaient enfermée dans une caverne au pied de la falaise, dans ce qu'on a appelé depuis, le trou sainte Colombe. Ce rapt expliquait que Colombe réapparaissait avec les yeux creusés et les cheveux défaits. Mais les bruits répandus par le garnement empêchèrent les villageois d'entériner la version de Colombe, qu'ils étaient pourtant tout près d'admettre sans mot dire, pour le bien de tous. Ses parents furent alors l'objet de la risée générale.


Il fallut prendre une décision. Le jour de la cuisson du pain, le père et la mère s'emparèrent de leur fille et la mirent dans le four à rôtir avec les miches. Sans rien dire, ils invitèrent les voisins à venir défourner et prendre leur part de brioches. Mais quand on ouvrit le four, il n'y avait que des pains et une magnifique colombe, aussi blanche que la nappe de l'autel,  qui s'envola dans un joli bruissement d'ailes.


Dieu signifiait ainsi aux hommes et aux femmes que l'amour, même avec un homme en soutane ne pouvait en rien l'offenser, bien au contraire. En reconnaissance, il avait offert une deuxième vie à la jeune femme, dans l'habit même du symbole de la paix et de la liberté. On ajoute aussi que rongé par les  remords, le Curé se pendit à la branche principale de son cerisier. Je n'en crois pas un mot : il était mieux placé que quiconque pour entendre le message divin.

(image du net, à la disposition des auteurs)

 

11:53 Publié dans poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : femmes libres | |  Imprimer