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23/12/2011

Les fleurs bleues (d'une mémoire à ressorts)

 

 

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Brutalement saisi dans un orage imprévu, je me suis d’un coup penché sur des années antérieures. J’ai vu l’étincelle craquante du passé  incendier les nuages violacés de l’aube, une étincelle surgie par effraction dans l’épaisseur grise de ma mémoire. Je me suis senti livré, happé, suspendu aux étendues caillouteuses surchauffées, poursuivi par un nuage de mouches bourdonnantes. Dans la lumière nerveuse et précise, comme soulignée au trait, je me suis incliné sur la végétation tapie et tout s’est déroulé en éclairante vidéo, avec le son et l’image.

 

J’ai appelé les fleurs bleues du désert trop longtemps silencieuses, à frapper mes vitres embuées, à tirer les cordes de mes carillons tintinnabulants, à entrer dans le hall de mes imaginations cavalières, à secouer les longs silences du souvenir  et à me restituer,  en cristaux sonores,  des morceaux entiers de ma vie. Les fleurs oubliées ont alors  percé mon regard opaque et l'ont empêché de se perdre dans les mystérieux escaliers qui sombrent dans des mornes sous-sols. Les fleurs bleues m'ont rappelé à la vie, elles m'ont fait sortir de mon caveau  trop étroit et elles ont rompu la tunique opaque des années lointaines.

 

Oh ! mes fleurs bleues plus bleues que la mer à midi, plus douces que la brume des plages, plus chaudes que les ergs au soleil du zénith, venez tirer le cordon de ma sonnette ! venez carillonner au campanile de mes rêves ! Je vous convoque, je vous supplie d’être ma  résurrection, mon retour de moribond chez les magiciens des songes. Vous êtes les miraculeux bonheurs qui m’avez si bien enflammé le cœur. Venez ! que vos ailes de soie vous déposent sur ma vie alourdie pour que se reproduisent , avec acuité, avec vivacité, les sortilèges  du ciel et de la terre. Redevenez pour un moment mes nuées de notes cristallines et marines,  jaillies d’une charnelle fanfare (bis).

 

J’ai besoin de vous. Il faut redresser la grinçante machine qui ne tourne plus rondement. Il faut mouvoir mes bras bloqués, percuter mes omoplates rongées, retendre les ressorts du métal ramolli, redresser ici, marteler là, et infliger à la vieille mécanique le traitement qu’on réserve aux impotents, à tous ces vieux oiseaux qui ont désappris à voler. Agitez vous mes fleurs bleues ! tirez fort, hissez moi hors, remontez les manivelles, resserrez les boulons, avec un coup de peinture par-ci par-là,  ça ira !  Penchez vous sur moi, chères fleurs bleues de ma vie percluse, essayez encore une fois de faire tourner mon cœur dévoyé. La vie était si belle dans le champ minéral des grands espaces,  aujourd’hui consumés au sein des poussières de ma mémoire vagabonde.