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14/12/2012

L'économie de marché à Florange

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 Vassily Kandinsky, Murnau, train et château.

 

Pour ceux qui feignent de l’ignorer, le Parti Socialiste s‘est bien décidé en 2008, dans l’article 6 de sa Déclaration de Principes à défendre l’économie de marché (1). Même si cette affirmation est enveloppée de précautions appelant à la satisfaction des besoins du peuple et à la régulation par l’Etat et les partenaires sociaux, il n’y a aucune ambigüité et plus personne aujourd’hui n’en appelle dans nos rangs à l’appropriation collective des moyens de production et à la planification étatique de l’économie. C’est pour cette raison que les larmes de crocodiles dont les syndicalistes nous abreuvent avec les hauts fourneaux de Moselle, sont une imposture médiatique qui ne rend pas service aux ouvriers, aux employés et aux populations qui vivent de l’acier dans cette région. On soulève ainsi des espoirs largement exploités par le Front de Gauche pour faire croire que la Révolution est à portée de main.

 

L’économie de marché veut dire que quand on ne trouve plus d’acheteurs, il faut s’arrêter de produire. C’est une vérité de base pour toutes les activités de production, que ce soit l’agriculture, le bâtiment, les automobiles ou la sidérurgie. On ne peut plus envisager aujourd’hui  qu’un investisseur, fut-il l’Etat,  puisse payer des salariés pour ne rien vendre. Il se trouve que dans la période actuelle les besoins européens en acier diminuent, avec un marché des autos à maturité, des BTP en berne et l’absence de grands travaux. Faire encore couler de l’acier par les Hauts Fourneaux de Florange se fera nécessairement au détriment des autres installations existantes de Dunkerque  ou de Fos, qui bénéficient par ailleurs d’avantages comparatifs, liés au coût des transports de ces produits pondéreux. On a vu avec le site de Basse Indre qu’il était hors de propos de déshabiller Pierre pour habiller Paul.

 

Les grimaces d’Edouard Martin avec son langage outrancier ne font pas avancer la situation. Ce n’est pas de survie dont la vallée a besoin mais bien d’innovation, de créativité, de formation, pour conquérir des activités qui correspondent aux besoins des marchés du futur. Dans cette direction les pouvoirs publics doivent consentir à des investissements, des arbitrages, des sacrifices, pourvu qu’ils débouchent sur une reconversion, une remise en marche de l’activité économique, qui ne profitera peut-être pas directement aux vieux salariés actuels trop déchirés pour subir une ultime mutation, mais qui assureront l’avenir de leurs enfants. Pour les plus anciens la solidarité nationale doit jouer à plein.

 

On a bien compris que Montebourg ne pensait à rien d’autre avec sa nationalisation provisoire que la mise en selle d’un nouvel entrepreneur du cru, qui bénéficie d’une aura et d’une réputation flatteuse dans sa région. Une personne en laquelle les Lorrains ont confiance et qui présente tous les atouts de proximité, alors que Mittal est le symbole du capitalisme financier apatride et monopolistique sans visage. La principale difficulté  réside dans l’obligation pour l’Etat de racheter les entreprises de Mittal. Un milliard d’euros a dit le premier ministre, c’est beaucoup trop pour un Etat qui a des arbitrages difficiles à faire dans tous les secteurs de l’économie et de la société. Mélanchon, que je commence à détester à cause de ses facilités de langage et de pensée aurait dit : il faut exproprier ! Dans une économie de marché cela ne peut pas se faire sans des motifs graves qui devraient passer devant la justice.

 

Tout cela serait encore possible en tordant le bras à l’équité et au respect des lois, au nom de l’intérêt supérieur de l’Etat, à condition d’être certain du résultat. Peut-on imaginer un seul instant qu’en nationalisant les hauts fourneaux on va augmenter les besoins en acier ? L’exemple de la Général Motors aux USA est bien différent, l’Etat a nationalisé, renfloué, redimensionné et licencié beaucoup de salariés pour faire d’une firme en faillite une entreprise viable. Imagine-t-on que l’Etat puisse licencier en Moselle ? L’échec d’une nationalisation en Lorraine est prévisible, avec des pertes, des dettes, des drames supplémentaires. On aurait bien aimé entendre Chérèque s’exprimer sur le sujet. Je vois après la réunion des syndicats avec Mittal hier jeudi 13, que la CFDT est revenue à une politique plus pragmatique et je ne suis pas surpris en revanche de voir FO et la CGT poursuivre leur surenchère.

 

On observe aujourd’hui une sorte de complicité objective de l’extrême gauche avec la droite pour s’attaquer au gouvernement. Mélanchon drague les écolos, les communistes votent avec l’UMP au Sénat. Ces conduites ont quelque chose de fâcheux et d’immoral. Même pour défendre ses idées il ne me semble pas très civique de mélanger les genres et d’introduire la confusion dans l’opinion. La justice et l’intelligence sont de gauche, le cynisme et la confusion sont de droite, quel que soit le Parti.

 

 

(1)   Article 6 de la Déclaration de principes du Parti Socialiste

 

Les socialistes sont partisans d’une économie sociale et écologique de marché, une économie de marché régulée par la puissance publique, ainsi que par les partenaires sociaux qui a pour finalité la satisfaction des besoins sociaux essentiels. Le système voulu par les socialistes est une économie mixte, combinant un secteur privé dynamique, un secteur public efficace, des services publics de qualité accessibles à tous, un tiers secteur d’économie sociale et solidaire.

 

Les socialistes affirment que certains biens et services ne doivent pas relever du fonctionnement du marché quand ils concernent les droits essentiels. Ils font de la création et de la redistribution des richesses un enjeu majeur de l’action politique.