lalettreducotentin

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

14/03/2010

Le serpent de mer de la Grande Normandie

carte-normandie.gif

 

 

 


La fusion de la Haute et de la Basse Normandie est un leurre dangereux


Si on en croit les historiens, la Normandie n'a jamais constitué une entité politique homogène. Même du temps de nos célèbres ducs de Normandie, sous Guillaume le Conquérant lui même, la région a été le théâtre de forces centrifugesqui l'ont tiraillée vers les Flandres, vers Paris, vers l'Anjou ou la Bretagne. C'est pour rétablir un équilibre précaire que le Conquérant dota la petite ville de Caen des attributs d'une capitale régionale.

 

La création en 1960 de la Haute et de la Basse Normandie n'a fait que prendre en compte les originalités et les complémentarités des cinq départements normands. A l'est l'Eure et la Seine maritime, foyers d'industrie installés sur une voie d'eau dans laquelle le Grand Paris se déverse jusqu'au Havre. A l'ouest, le Calvados, l'Orne et la Manche, pays de plaines et de bocages riches de leurs productions agricoles céréalières et laitières, baignés par la mer omniprésente et ses activités inféodées, pêche et tourisme.

 

Ce qui fait la force d'un ensemble régional c'est  la vigueur des synergies et le jeu des complémentarités. Dans le cas de la réunion des  deux Normandie on peut prévoir qu'on n'agira ni sur l'un ni sur l'autre. Si on en croit le rapport sur la fusion élaboré par la région : que ce soit sur le plan des personnes ou sur celui des marchandises, chacune des deux régions échange beaucoup plus avec les zones frontalières (Bretagne pour la Basse, Ile de France pour la Haute) qu'avec son autre moitié. On a beaucoup de raisons de penser que sur le plan économique le résultat sera nul. Pensons déjà à l'actuel conflit TGV !

 

Pour se consoler, on pourrait par le changement d'échelle  espérer une rationalisation  administrative qui soit source d'efficacité et d'économie budgétaires. En réalité, le rapport déjà  cité n'y voit qu'un jeu à somme nulle et dans un premier temps de nombreux doublons dont on ne peut prévoir à terme la disparition. En revanche, plusieurs obstacles visibles ou cachés ne manqueront pas de s'opposer à la bonne administration pour des raisons de carrière et d'enjeux de pouvoir en particulier pour choisir  une nouvelle capitale. Pour se débarrasser du problème, les partisans de la fusion font mine de l'ignorer ou de le considérer comme négligeable. Oui mais ...qu'en penseront les cadres administratifs et les usagers qui pourraient bien y trouver à redire ?

 

 

Le plus important reste à dire. Chacun sait que dans toute région on retrouve un centre et une périphérie. (Voir ici même la note : exercice de géométrie sociale) Les périphéries sont toujours bien moins traitées que les centres : en créant des régions plus grandes on renforce encore la puissance des centres et on affaiblit les périphéries, au détriment des usagers. Notre Cotentin est un petit pays périphérique qui restera orphelin tant que Cherbourg ne saura pas reconnaître ses enfants ruraux. En éloignant les centres de décision on affaiblira tous les pays des marges et la démocratie décentralisatrice, la politique proche des gens y perdra une fois de plus. C'est aller contre la modernité  et la liberté émancipatrice des citoyens.

 

On peut m'opposer que face à l'Europe, les deux Normandies sont trop petites, que l'union fait la force et que nous pèserons plus lourd dans l'ensemble national. Sommes nous en guerre ? La force d'une région ne se mesure pas à ses km2 ni au nombre de ses enfants, mais plus probablement  par son PIB. Qui va nous démontrer que la fusion y changera quoique ce soit ?  Bien sûr il faut simplifier le mille feuilles de l'organisation territoriale : alors faisons des intercommunes puissantes, supprimons l'échelon départemental et accordons la compétence générale à la région. Raison de plus pour demeurer dans un périmètre géographique homogène, stable et sécurisé par l'histoire.

 

 

En conclusion je pense que la réunification ne présente aucun intérêt ni pour les usagers, ni pour les acteurs économiques ou administratifs. La seule politique valable est celle de la coopération entre les deux régions au sein d'opérations communes, telle qu'elle est déjà largement envisagée.

L'objectif est de moderniser la décentralisation,  si brillamment mise en œuvre en son temps par Gaston Deferre, pour qu'il en résulte plus d'efficacité et plus de démocratie. Ces questions essentielles pour les citoyens ne doivent pas être expédiées en douce dans les salons feutrés de la capitale !