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17/11/2012

L'honneur perdu des médecins

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 Thomas Diafoirus

Je n’ai pas du tout envie de m’attaquer aux excellents médecins hospitaliers ou libéraux qui ont fait que je suis encore là pour vous entretenir. Leurs qualités techniques ne sont pas en cause, généralement parlant. Je ne vais pas non plus idéaliser nos modernes Esculape en prétendant que leur réputation est au-dessus de tout. Comme dans tous les groupes humains, défauts et qualités sont distribués dans la corporation suivant la courbe en cloche dite de Gauss de telle manière qu’on ne puisse pas dire que la science des individus et leur éducation aillent de pair avec leurs qualités humaines, sociales ou politiques. J’irais même jusqu’à dire que de ce point de vue, nos médecins sont plutôt de droite et considérés comme les alliés électoraux des conservateurs. Depuis que l’ascenseur social s’est largement grippé il faut bien se dire que les études de médecine qui sont longues et difficiles ne sont pas à la portée des gens d’en bas comme dirait Raffarin. Il en résulte que l’ambiance dans les cabinets de consultation et les blocs opératoires est le plus souvent hostile à la gauche, surtout quand on est dans le secteur privé.

 

On comprend mieux ainsi la véritable hargne et le souverain mépris que nos carabins, nos pontes, nos archiatres et nos mandarins portent au gouvernement actuel. Les réseaux sociaux, dont nos médecins, habitués aux formules lapidaires, sont friands, les encouragent dans cette voie qui leur permet de donner libre cours au peu de respect qu’ils ont pour les personnes, qu’elles soient infirmières ou ministres. En accablant  Marisol Touraine du nom sinistre de MST, bien qu’elle sorte d’une négociation plutôt réussie avec leurs syndicats majoritaires, les toubibs font preuve d’une morgue qui les dessert et qui ne les prépare pas aux difficultés qui se mitonnent  dans leurs salles d’attente. Même si ça passe inaperçu, les patients sont aussi des cochons de payants, et en souffrent malgré tout.

                                                                                              

Les médecins sont dans une situation où ils dirigent le supermarché de la santé,  avec le privilège immense de remplir eux-mêmes les caddies des malades. Ils sont pratiquement  les seuls à déterminer la quantité d’analyses biologiques, de radios, de scanners, de drogues, de consultations, d’hospitalisations,  dont le patient a besoin pour guérir. A tel point que les hôpitaux sont remplis à 50% pour soigner les excès de prescriptions, allergies, indigestions, nécroses, microbes, erreurs médicales que produit une médecine qui s’emballe dans la consommation. Les généralistes ont des prescriptions longues comme le bras, les spécialistes n’ont pas de limites pour les examens, les chirurgiens rallongent leurs honoraires. Il ne faut pas s’étonner que notre santé coûte plus cher qu’ailleurs en Europe ! Il faut dire aussi qu’en amont les fournisseurs de drogues et de matériel se rétribuent confortablement (voir ma chronique, Voir loin et clair…).

 

J’entends déjà tous les cris d’orfraie des bons docteurs, en particulier de ceux qui garent leur Porsche derrière le bloc opératoire. Qu’ils le veuillent ou non, les médecins donnent une image d’eux de plus en plus éloignée des patients et semblent de plus en plus mobilisés par des émoluments qu’ils jugent trop faibles, « ridiculement » faibles !. Cette attitude que j’ai vue se déchaîner à la télévision ne peut que choquer le reste de la société qui ne baigne pas, loin de là, dans l’opulence visible de la plupart des praticiens. Pour se justifier ils se comparent aux avocats, aux artistes, aux joueurs de foot. Excusez- moi messieurs mais vous êtes loin d’être tous des vedettes, il y en a même qu’on hésiterait à faire jouer ! Les vraies stars en revanche,  qui remplissent les stades ou les salles, ne coûtent rien à l’Etat, je dirais même que souvent,  elles lui rapportent des sous.

 

L’autre motif est la durée des études. Faut-il rappeler à ces heureux bénéficiaires des services de notre Université que ces études sont gratuites et payées par la nation, c’est-à-dire par les contribuables. Ils nous parlent ensuite de 8, 10, j’ai même entendu 17 ans d’études ! Ce que ces extrémistes du compte en banque oublient de mentionner, c’est que quand on est interne ou chef de clinique, on est quand même payé et qu’on peut se considérer comme déjà entré dans la carrière. La durée des études, c’est-à-dire le temps que dure le statut strict de l’étudiant ne dure pas plus de six ans. Ce qui est comparable avec beaucoup d’autres professions !

 

La médecine libérale fait fausse route, elle se sépare de la nation et des malades. Elle se croit intouchable, de droit divin. On connaît d’autres pays où les toubibs sont plus modestes et plus simplement proches de leurs patients. Ce n’est pas le cas en France. Je fréquente suffisamment les salles d’attente pour savoir de quoi je parle. Depuis Ambroise Paré la médecine française avait réussi à imposer une image humaniste et dévouée aux malades, à travers les épidémies et les guerres. Aujourd’hui nos Messieurs sont happés par la consommation et le bling-bling. Ils ont rompu avec l’esprit du serment d’Hippocrate. Il leur faut toujours plus de monnaie sonnante et trébuchante. A ce jeu-là, les assurés sociaux, ces cochons de payants, finiront par se révolter. Heureusement j’entends ce matin que beaucoup de docteurs se désolidarisent de la jacquerie corporatiste de ce début de semaine. Souhaitons que nos jeunes médecins en reviennent à une conception moins élitiste et plus généreuse de la « vocation » humanitaire qu’ils mettent si souvent en avant. Je voudrais pour finir leur suggérer de méditer cette maxime de mon cru que je proposais  à mes étudiants :

« La connaissance est une richesse qu’on partage,  pas un pouvoir qu’on se réserve»