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10/03/2011

Les agités du bocal

 

requins3.jpgL’avenir politique paraît bien incertain. Au sarkozysme plein de morgue et de clinquant succède une atmosphère délétère de fin de règne. Le petit Président y est pour beaucoup :  avec ses contorsions du cou et ses rictus satisfaits, il a incarné à outrance la suffisance, la gloriole et la vindicte du parvenu. La crise (mais au fait quelle crise ?) est arrivée juste à point pour expliquer les échecs du petit cycliste. Voilà qu’aujourd’hui on nous dit que les grandes entreprises se sont refait une santé et qu’elles réalisent à nouveau des bénéfices. Et plus que jamais. Nous en sommes à compter nos milliardaires.

 

Je dis quelle crise ? parce que je ne vois pas qui a souffert de cet événement présenté comme le sinistre économique le plus violent depuis 1929. Les grands de ce monde n’ont manqué de rien. Leurs cérémonieux commis n’ont pas réduit leurs salaires.Toute la classe économico-politique dominante a conservé ses privilèges, dans la bienséance, la courtoisie et l’adorable politesse de la bonne bourgeoisie affairiste et profiteuse. Je remarque en revanche que cette fameuse crise est particulièrement utile, pour justifier auprès des classes laborieuses le prolongement du statu quo. Travailler plus pour gagner plus ? à d’autres. Il ne s’est rien produit de tel et ce n’est pas pour demain !

 

Car enfin, les seuls qui souffrent aujourd’hui ce sont les jeunes sans boulot, les femmes à temps partiel, les salariés mis en concurrence avec leurs collègues jusqu’au suicide, les vacataires jetables, les plus faibles, les moins bien formés, les moins malléables, les moins mobiles, les plus vieux. La liste serait longue de tous ces gens qui travaillent pour élever leurs enfants décemment, les loger et les soigner et pour lesquels il faut compter chaque euro ou dizaine d’euros. Ce sont ceux qui hésitent devant la salle de cinéma en comptant leurs sous et celles qui résistent à la tentation d’un autre rouge à lèvres. Pour ces gens là, on réduit les services publics et sociaux, on effiloche les filets de sécurité. Ces personnes là ont perdu tout espoir de maîtriser leur destin. Leur liberté réelle ne leur laisse le choix qu’entre le fatalisme et la fuite.

 

Elles durent depuis des siècles, les inégalités des sociétés humaines qui ont construit notre monde. Esclaves, serfs, travailleurs sans statut, prolos industriels ont toujours subi le joug des maîtres, mieux armés, plus instruits, plus riches. Mais la dialectique du maître et de l’esclave a parfois tourné à la révolution,  comme en 1789. Pour en arriver là,  il a fallu des centaines d’années de discours et d’écritures pour que l’injustice entre dans les consciences. Aujourd’hui tout s’accélère, tout se sait et se voit par nos lucarnes et nos PC. A un point tel que même les chargés de gouvernement, dans leur naïveté, peinent à s’en rendre compte. Ils découvrent avec stupeur que le peuple les voit vivre avec les grands de ce monde comme des requins dans un bocal panoramique.

 

Les gens d’en bas comme le dit si bien l’épicier Raffarin voient vivre  les barons qui font la loi et qui les commandent. Et ceux là  vivent sur un grand pied de magnificence,  cent fois mieux qu’eux ! Ils voient tous les signes de la concussion et du profit qui régissent cette société de l’élite. Ils voient les fils de la morale s’étirer comme des vieilles jarretelles. Ils voient un monde qui n’est pas le leur et qui s’agite derrière une paroi de verre. L’élite s’est coupée du peuple. Bien sûr le populaire ne met pas forcément des mots sur sa souffrance. Il est prêt à croire n’importe quoi, qui lui fasse miroiter un espoir d’amélioration. Surtout quand ce sont des vérités qui ont à première vue une fausse évidence mathématique.

 

Comme par exemple celles que des  esprits forts,  mais obtus, veulent leur faire croire. Avec le Front National tout est simple,  on explique aux gens que tout cela est de la faute des étrangers, de ces horribles hordes migrantes arabo-islamiques haïes et redoutées qui vont prendre leurs emplois, baiser leurs femmes et habiter leurs maisons. Ce n’est plus  la fameuse crise économique, c’est l’immigration qui va être désignée comme la raison du mal-être ! Les étrangers, c’est encore mieux que la crise. Tous ces miséreux qui nous menacent vont faire disparaître les derniers signes de notre prospérité passée. La seule solution est de renvoyer tout ce monde étrange dans les bateaux avec lesquels les métèques sont venus. Avec la femme Le Pen, il faut s’attendre au pire : une forme dégradée et bottée du sarkozysme.

 

Ca me fait réfléchir et la colère m’étouffe. Je voudrais tellement dire aux gens du peuple, mes frères, que ces raccourcis là nous mènent aux indignes catastrophes.  Par ce chemin là,  tout restera comme avant, pire qu’avant, plus injuste et plus cruel qu’avant. Avec une différence importante : à nos misères nous aurons ajouté la honte, la grande honte d’avoir joué nos peurs et nos errements contre l’avenir de l’homme. Et si vous ne me croyez pas, allez poser la question outre-Rhin.