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31/03/2012

Orange mécanique à l'orientale

 

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Salvador Dali , Enfant géopolitique observant la naissance

d'un monde nouveau


Evidemment ce n’est pas du cinéma et je plains les malheureux parents qui ont du vivre la mort brutale et injuste de leurs enfants, petits et grands. Il reste malgré tout que la photo du jeune tueur diffusée sur tous les écrans qui nous le présente avec son rire insouciant et son regard conquérant,  m’a fait penser à un remake du film de Kubrick, au début duquel Alex et sa bande se livrent aux pires exactions avec délectation. Malheureusement les djihadistes ont une conception du redressement des consciences bien différente de celle de Burgess. Le salut pour ces « fous de Dieu » est dans l’assassinat des mécréants et des infidèles qui vous ouvre toutes grandes les portes du Paradis. Il n’est pas dans l’interdit du mal, il est au contraire dans le permis de tuer. Le meurtre halal en quelque sorte.

 

J’ai pu voir les images et les dialogues enregistrés par Mohamed Sifaoui lors d’une infiltration dans un groupe de ces illuminés. Ces types se promènent dans nos rues comme dans un zoo et sont arrivés à se convaincre que leur ignorance de la vraie religion faisait de nos citoyens  des impies dégoûtants méritant cent fois le mépris et la mort. On peut sans doute faire la part de la provocation et de l’outrance militantes, mais on reste quand même interloqué devant tant de violence. On se trouve en pleine légende moyenâgeuse, celle du Vieux de la Montagne qui promet le Paradis (à grand renfort de haschich) aux  Assassins qu’il envoie à ses ennemis pour leur faire la peau. Des tueurs à gages bénis et rétribués par Allah en quelque sorte. La version moderne est celle de Ben Laden qui a réédité le coup avec El Quaida. Cette organisation sectaire de fanatiques a connu son  apothéose, si on peut dire le 11 septembre 2001. Sous son commandement charismatique,  Ben Laden a réussi avec El Quaida à se parer d’une modernité emblématique en réalisant l’impensable pour des cerveaux normaux, détruire les Twin Towers avec des avions de ligne !

 

Ce qui n’était qu’un fantasme de détraqué a causé deux guerres et des centaines de milliers de morts. Le fond de la chose est toujours le même, celui du vieux fou de la montagne qui dicte une loi obscurantiste et  mystérieuse à des jeunes désertés par le sens commun. Aujourd’hui le Vieux de la Montagne a connu la fin que l’on sait, peu glorieuse dans une villa miteuse du Pakistan. Mais El Quaida est devenue une marque célèbre, comme les pâtes Lustucru ou les pruneaux d’Agen. Le succès prestigieux de l’ordinateur et du web démultiplie les formes de communication et de propagande et tout un chacun peut accéder à la franchise du djihad sous la marque Al Quaida. C’est ce qu’a fait le tueur de Toulouse dans sa dérive psychotique.

 

Toute tentative de contrôle ou de défense de la société « normale » ne fait que persuader  les exaltés qu’ils ont raison et que nous sommes dans une guerre fondamentale pour leur identité, leur foi, leur vie. Dans un tel conflit construit de toutes pièces dans ces cerveaux  « mécaniques », tuer n’est pas un acte contre nature, c’est au contraire un devoir sacré. A ceci près qu’il n’y a aucun courage à exécuter les impies si on ne désire pas soi-même sacrifier sa propre vie pour se rapprocher de Dieu et entrer au Paradis. Le suicide est interdit en Islam, mais il devient licite quand on se sacrifie pour le Djihad. Comprenne qui pourra.

 

Nous sommes en quelque sorte dans une folie ordinaire qui trouve ses obsessions dans le Coran et la Charia. Nous ne pouvons pas la considérer comme le fondement d’une guerre de civilisations qui n’aurait aucun sens. Nous devons cependant nous défendre de cette psychose sanguinaire, qui plonge ses racines dans une des trois religions du Livre, qui fait marcher une partie du monde d’aujourd’hui. Ces racines sont vénéneuses, insupportables, elles portent tort à tous les croyants de l’Islam. Dans notre pays où vivent plusieurs millions de musulmans, cela devient un devoir pour eux d’extirper les foyers toxiques et dangereux. Ce sont eux qui sont le mieux à même de lutter contre ce fléau.  Il est temps qu’ils s’y mettent ouvertement, courageusement, définitivement, sauf à encourir de plus en plus les procès d’amalgame et de détestation généralisée. Les religions doivent servir à élever l’homme, pas à le rabaisser.

 

PS/ Une fois de plus le Président actuel instrumentalise les questions de sécurité dans ses manipulations électorales de dernière chance. Sarkozy nous aura  tout infligé pour rabaisser le débat politique, en appliquant la tactique de la terre brûlée. « Après moi le déluge ! » pourvu que je gagne.

08/03/2012

Nos amies les bêtes...

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Moutons de la steppe en Algérie


La polémique sur la viande halal ou casher n’a qu’un intérêt, celui de soulever la question de la souffrance animale. Comme petit paysan ayant grandi dans un milieu où, comme beaucoup d’autres familles, nous pratiquions l’autosubsistance avec basse-cour et  jardin potager, je peux témoigner que nous exercions l’abattage domestique sans complexe. Nous étions de bons catholiques mais sauf exception,  la souffrance animale n’était pas tenue au rang des péchés même véniels de la panoplie ecclésiastique. Ce n’est donc pas chez les cathos que j’ai appris à ne pas faire gueuler d’épouvante le cochon gras exécuté dans l’arrière cour, ni à faire mieux que de cisailler la langue du poulet ou d’arracher l’œil du lapin. Les abattoirs de campagne étaient d’une saleté repoussante et les images de bovins maltraités dans les abattoirs ou pendant leur transport étaient et sont toujours d’une cruauté exaspérante.

 

Face à ses images qui ont nourri mon imaginaire depuis mon enfance, qu’en est-il des pratiques juives ou islamiques ? En ayant vécu vingt cinq ans dans un pays musulman, je ne me suis jamais posé la question de savoir si la viande était halal ou pas. Elle l’était forcément et je peux témoigner que pendant tout ce temps, où je n’ai pas fréquenté que des palaces loin de là,  je n’ai eu à souffrir d’aucune Escherichia coli, comme disent les journalistes aujourd’hui. Voilà pour l’hygiène,  qui dépend avant tout de la perspicacité et de l’assiduité  du vétérinaire inspecteur des viandes. Mais je voudrais apporter un témoignage précis sur la souffrance animale demeuré bien clair dans ma mémoire,  et qui va au delà des impressions folkloriques.

 

Dans les années 1970 j’ai eu l’occasion d’accompagner un ami qui faisait une thèse portant entre autres, sur les circuits d’alimentation de la ville d’Alger qui devait bien compter déjà plus d’un million d’habitants, surtout consommateurs d’ovins. A cette époque les troupeaux de moutons élevés dans la Steppe et sur les Hauts Plateaux, dont la chair est  d’ailleurs délicieuse, remontaient à travers l’Atlas Tellien pour se concentrer à Boufarik à quelques dizaines de kilomètres au sud de la capitale. Les troupeaux arrivaient à pied le plus souvent,  pour se présenter à l’abattage à la nuit tombée, dans des grands hangars destinés à cet effet.

 

Nous faisions un travail d’enquête pour essayer de dénombrer les animaux, abattus chaque jour pour alimenter la grande ville. Il y en avait plusieurs milliers qui arrivaient en grands troupeaux,  par monts et par vaux,  conduits par leurs bergers. Les agneaux destinés à l’abattage pénétraient dans les hangars guidés par les bergers sans plus de contrainte évidente et s’alignaient à plus de cent,  serrés l’un contre l’autre la tête au dessus d’une longue rigole en faïence où l’eau courait. Les chargés d’exécution, les tueurs, probablement titulaires des obligations consacrées, assez patibulaires, habillés d’un lourd tablier de caoutchouc noir et d’un collier de couteaux bien affûtés, remontaient ces files d’un pas bien balancé  en tranchant les jugulaires au passage, apparemment sans effort. Sans cris, sans agitation les animaux s’affaissaient sans avoir témoigné d’aucune  souffrance. Rappelons nous que les candidats au suicide qui s’ouvrent les veines ne montrent pas davantage de panique ou de douleur.

 

Chacun sait que les animaux stressés ne font pas de la bonne viande. La même technique était utilisée pour les vaches et les chameaux. L’exécuteur passait à côté d’eux qui stationnaient sur l’aire carrelée, sans entrave ni bousculade et d’un couteau précis,  faisait pisser le sang. L’animal ne s’en apercevait pas jusqu’à ce que quelques instants plus tard, il tombe sur les genoux et passe de vie à trépas,  j’oserais dire en douceur. Ce qui m’avait frappé à l’époque c’était cette sorte de quiétude affairée, cette facilité décontractée qui faisait passer ad patres des milliers d’animaux sans qu’ils en tétanisent d’angoisse comme je l’ai vu faire dans des abattoirs dits modernes.

 

Le secret de cette pratique était qu’on prenait son temps et qu’on respectait les animaux dans leurs habitudes et leur instinct. Je témoigne que même dans cet endroit de violence et de cruauté on respectait la nature sans vouloir gagner du temps, des bénéfices et de l’efficacité comme aujourd’hui. Ma conviction c’est que la défense et le respect des animaux ne tiennent pas aux pratiques religieuses fussent-elles désuètes comme le pense F. FILLON, (une religion peut-elle devenir obsolète ?) mais à la part d’humanité qu’on peut projeter sur eux. Quand à ceux qui voudraient faire croire que la religion musulmane est faite d’outrance et de cruauté, en pratiquant l’amalgame avec des islamistes agités et violents dont le péché mortel et historique est d’instrumentaliser la religion à des fins de pouvoir, ils commettent un grave contre sens. L’islam vrai est au contraire une école de douceur,  de sang froid et de maîtrise de soi, de laquelle j’ai souvent appris, même si je n’entends rien à la foi, qu’elle soit de cette religion ou d’une autre.

 

Mais pour revenir à notre propos, je pense malgré tout que l’industrialisation de l’abattage, qui pousse les animaux à la matraque électrique pour  les faire entrer dans une sorte de chaîne de mort où ils finissent comme dans « L’aile ou la cuisse » broyés et stérilisés dans des boites de fer-blanc, est bien  l’organisation d’une véritable terreur. Celle qui fait vraiment peur. En traitant ainsi des animaux on se prépare à n’avoir pas plus de considération pour nos frères humains. J’ose à peine y penser,  mais l’ordre et la discipline germanique n’ont-ils pas déjà commis l’indicible ? C’est quand même un comble que la question soit mise sur le tapis par un Front National dont on a souvent relevé les résurgences nazies. Dans quel sens veut-on faire tourner le monde ?

 

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La  mort du cochon, fusain et pastel de François Millet (vers 1867)