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28/08/2014

Saint François, tête nue sous la pluie

 El Gréco, Le portement de la croix

 

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Chacun sait que par vent de suroît, à l’île de Sein de toute évidence, ni chapeau, ni parapluie ne résistent et qu’il faut s’en tenir au bonnet de marin ou au béret basque, enfoncés jusqu’aux oreilles. Je n’entends donc rien aux critiques des « communicants » de la télévision qui reprochent à notre Président de s’être présenté tête nue sous la pluie pour faire son discours aux Sénans, tous habitués depuis l’enfance à braver les intempéries. J’ai donc apprécié la simplicité de F.H. qui le rapprochait des îliens, dont il venait commémorer la fidélité à la patrie et à la Bretagne.

Cette tenue a beaucoup choqué nos parisiens qui ne connaissent que les vents de la scène et jouent « pour leur image » de l’écharpe rouge et de la barbe de trois jours. Comment ! se sont-ils exclamés, en bons suivistes des twitters, Hollande n’est pas capable de programmer sa visite par beau temps (sic) ? Ou à tout le moins de prévoir un auvent, un endroit protégé ! Quelle faute de goût ! Quel amateurisme (sic) ! On nous donne à voir un président seul, tout mouillé et tout triste qui donne une bien funeste  image de son gouvernement, de sa politique et de son pays (sic) !

Au même moment, Valls mettait fin aux ignobles plaisanteries du Prince de Saône et Loire qui adore faire rire les badauds aux dépens de ses petits camarades. Cela serait sans conséquence si cet irresponsable n’était qu’un bateleur, adepte du théâtre de rue ou plutôt de l’ombre chinoise, inscrit aux intermittents du spectacle. Le gros inconvénient est que ce plaisantin est (ou était) ministre et qu’il entend bien par proclamation faire encore mieux et plus fort par la suite. Merci Monsieur Valls. Du même coup la mise à pied de Montebourg a rapporté plusieurs milliards à la France en  faisant monter le CAC 40 de 2%. De l’argent facilement gagné qui va peut-être, au moins en partie, être réinvesti dans notre économie atone.

Les patrons peuvent être enfin contents, y compris le désopilant Monsieur Gattaz. Ils sont maintenant au pied du mur, celui qui fait le maçon. L’argent sonnant et trébuchant commence à tomber doucettement dans les caisses des entreprises. J’espère bien que ces messieurs vont savoir se retenir et utiliser ces fonds pour investir, innover et embaucher. On ne comprend pas d’ailleurs toutes les critiques de la gauche de la gauche qui se plaignent que les résultats ne soient pas aux rendez-vous. Les réformes commencent seulement à apparaître dans les comptes. Je ne peux admettre que des députés ou des ministres qui sont des gens informés ne soient pas conscients de cela, et ne comprennent pas qu’il est bien trop tôt pour crier à l’échec !

Je pourrais le  concéder à Mélanchon qui vient de signer sa reddition et l’abandon de son projet de rassemblement des petites gauches groupusculaires et braillardes. Eh bien oui Jean Luc, la preuve est faite que ce n’est pas en parlant plus fort que les autres qu’on prouve qu’on a raison. Sur ce point je suis rassuré. Tu en as pourtant inventé des invectives, des pédalos, des formules, des outrances, des traîtrises et de la mauvaise foi et bien tu vois le résultat !  C’est la femme Le Pen qui empoche ! Même à gauche, on ne se laisse pas toujours emporter par la magie du verbe, on est capable d’un jugement autonome. Tu prends les smicards pour des imbéciles ? C’est tout le contraire, les smicards sont polis, modestes, intelligents, cultivés et font attention à ce qu’ils font. Tu vois Jean Luc, ces gens-là contrairement à ceux qui veulent les embrigader, n’ont pas les moyens de se tromper !

Le vaniteux coq de Bresse devrait méditer l’expérience de son copain Jean Luc. La gauche du PS est habituée à toutes les surenchères, mais au gouvernement elle n’a produit que des illusions ou des Guy Mollet. Il ne faut jamais prendre ses désirs pour des réalités et les incantations pour des décisions. Les placards du PS sont remplis d’énergumènes vociférant, confondant leur Parti avec un bureau des réclamations, mais aucun n’a heureusement dépassé le collage d’affiches ou la distribution de tracts.

Avec le nouveau gouvernement Valls, le PS vient de faire le choix clair de la social-démocratie et de la modernité. Pour ceux qui croient prédire l’explosion du PS, il faut rappeler que ce courant est largement majoritaire et qu’il constitue la seule base d’appui (18%) du Président dans l’opinion. Ce qui n’est pas rien étant donné l’état de déliquescence politique du reste de la nation. Les tenants de la barre à gauche s’expriment comme si tous leurs électeurs pensaient comme eux. Ils ne doivent pas oublier que dans leur circonscription tous les socialistes et les sympathisants ont voté pour eux, y compris les hollandistes ! Ils feignent d’oublier qu’une minorité doit se ranger derrière la majorité quand le temps de l’action est venu. Ce qu’ils refusent de faire aujourd’hui : les frondeurs ne sont donc pas des vrais démocrates.

François Hollande, sous des airs modestes possède la résistance de l’enclume. Il aura essuyé tous les coups et tous les reproches, surtout de son propre camp, de Martine Aubry à Montebourg. Outre son incapacité à faire la pluie et le beau temps, voilà qu’il est devenu autiste et n’écoute plus personne, en particulier,  il a ignoré les conseils du gros poulet de Bresse gonflé d’orgueil et d’importance. On lui a reproché successivement d’être un mou, flou,  indolent et indécis,  puis d’être un coureur de femmes et un goujat, puis de ne pas savoir trancher, de ne pas dire ce qu’il pense, d’être un menteur  et de toujours cacher son jeu. Imperturbable, le Président refuse d’entrer dans les polémiques, il demeure affable, poli et courtois et recommande à ses ministres de faire de même. A ce jeu mon préféré est notre compatriote cotentinais  B. Cazeneuve. L’histoire jugera. Hollande vient en tout cas de mettre en œuvre le seul vrai gouvernement social-démocrate de la cinquième République.

Déclarer son attachement aux entreprises est bien la moindre des choses et Valls a eu bien raison de le dire aux patrons. C’est l’entreprise qui donne du travail, c’est l’entreprise qui crée les richesses. Il faut cependant rester circonspect : les patrons qui cherchent à arrondir leur pelote au détriment de leurs salariés ne sont pas rares. Sous prétexte de lutter contre la concurrence on aboutit souvent au moins disant social. Surtout dans les petites affaires. Il faut donc rester vigilant sur le déplacement du curseur entre l’assouplissement du droit du travail et la perte en ligne des « avantages acquis ». Il ne faut pas insulter l’avenir et veiller à ce que les réformes soient un progrès pour tous.

Il faudrait demander à Michel Rocard et à Jacques Delors ce qu’ils en pensent. Pour une fois fois, nous avons un Président de la République qui préfère aller au bout de sa logique plutôt que d’assurer sa réélection. Bien sûr il est aujourd’hui plus encore qu’hier moqué et vilipendé. Seul A. Juppé, dans l’opposition, a fait preuve d’intelligence et de modération. Il est tellement plus facile de hurler avec les loups que de réfléchir ! François Hollande, contre vents et marées fait preuve d’une qualité  essentielle à mes yeux pour un homme d’Etat, il refuse la démagogie ! C’est sa façon à lui de respecter les autres. La moindre des politesses serait de lui rendre la pareille.

14/11/2013

Pas de panique François !

 

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Rubens 1620. Arrivée de Marie de Médicis à Marseille




Les chroniqueurs politiques de la télé et de la radio sont des gens prudents. Ils ont mis plusieurs jours avant de relever que les bonnets rouges n’étaient qu’une bande d’agitateurs sans expression bien tricotée. Ces gens réunis dans la revendication sont totalement dispersés et inorganisés au plan politique. Il n’y a que les anciens amis du Commandant Cousteau qui s’en émeuvent, le symbole du découvreur des mers est en passe de devenir celui de la contestation politique sauvage et poujadiste. Pas grand-chose à voir avec la générosité d’esprit et la grandeur de vue du Commandant. On peut faire valoir que ce bonnet rouge là ne veut plus rien dire.

Les quelques dizaines d’affreux qui ont conspué le Président le 11 novembre ne sont pas exactement des citoyens  estimables. Ils sont violents et même brutaux, racistes et xénophobes. Ils transpirent la haine et la bêtise. Ils détestent la République.  Ils se veulent séditieux et fascistes. Leurs modèles ont la mèche et la petite moustache de l’indicible. Vus à la télé ils ne montrent que vulgarité et agressivité.  Ils ne sont qu’une (bruyante) et minuscule minorité, honteuse et bravache à l’image de la une de « Minute ». Cela n’empêche pas les autres journaux d’en faire des gros titres et les gorges chaudes. De Gaulle lui-même eut droit à la même vindicte, Chirac  à un coup de fusil et un député-maire  hier encore à un coup de couteau. Il va sans doute être nécessaire d’embastiller ces énervés pour des raisons de sécurité. Aujourd’hui les médias présentent ces activistes factieux comme des citoyens banals mais il n’en est rien :  ils mettent en danger notre sécurité en vulgarisant par l’exemple la corruption de l’esprit civique.

Le poujadisme breton de son côté,  se greffe sur la crise de l’agroalimentaire mais fleurit sur la destruction des radars. Ces instruments redoutés par tous sont destinés à freiner les forcenés du vin rouge et du volant. S’en prendre aux radars est donc d’évidence une imbécillité profonde. Ces destructions ne fourniront pas un emploi et n’amélioreront en rien la vie des gens. Elles permettront tout juste quelques accidents de la route en plus, quelques  morts d’enfants ou de parents supplémentaires, des handicapés à vie, des journées d’hôpital, des deuils et des drames. Cela n’émeut personne. On parle seulement du prix à payer par le contribuable. Les casseurs au bonnet expriment leur ras-le-bol. Ils n’ont pas d’autres mots pour s’expliquer que ceux de la frustration et de la violence. Ils n’ont pas de pensée politique, peut-être bien pas de pensée du tout, seulement de la colère : inaudible, incompréhensible, impossible à satisfaire. Comme si un gouvernement pouvait sortir de son chapeau des emplois pour tous.

L’opposition UMP a entrepris de reconstruire sa popularité sur le ras-le-bol fiscal. La supposée  overdose n’est pas pour tout le monde, mais on pousse en avant les cas limites pour, en réalité,  protéger les moins fragiles, les plus  aisés , voire les plus fortunés. Prêcher la révolte face à l’impôt est démagogique et irresponsable. La droite a creusé elle-même le déficit, et augmenté la dette de 600 milliards en cinq ans. Dresser les Français contre l’impôt est une mauvaise action. Dans notre pays le service public est le seul vrai patrimoine de 90% des citoyens. Sa dégradation est ce qui peut arriver de pire aux classes modestes. Il faut être très riche pour pouvoir s’en passer, à moins que ce soit  comme Tapie pour le  gruger d’importance. Dans le même mouvement on accuse Hollande de ne pas en faire assez. Chaque fois qu’il manque un bouton de guêtre, la France entière en appelle à l’Etat. Qui va payer ? Cette tactique en est à ses débuts, l’UMP  est encore loin de représenter une force politique unie  et elle est totalement muette sur les solutions. Déshabiller l’Etat certes !  Mais ni Juppé, ni Fillon, ni Maire, ni Copé ne sont capables de dire s’il faut enlever la chemise ou le caleçon.

Les Verts de leur côté se taisent, et jouent les bons élèves tout en s’étripant dans leurs préparatifs de Congrès.. Les rois de l’écotaxe tentent de se faire oublier. Ils se gardent bien de réclamer de nouvelles mesures « écologiques ». C’est que leur programme est anti-croissance, antiéconomique et pour le principal,  anxiogène : à bas le nucléaire, à bas les diesels, à bas l’agriculture intensive. Nous sommes sous la menace permanente du réchauffement climatique. Il serait temps d’ailleurs que les médias nous servent autre chose que du Jousel à chaque repas. Il n’y a pas d’autres porte-parole du dérèglement du climat ?  Les Verts ne servent en rien le gouvernement  Ayrault. Ils vont au contraire le frapper dans le dos à la première occasion. A chacun de donner son avis : le mien c’est de virer les EELV du gouvernement à la prochaine incartade, puis d’autoriser les OGM et l’exploration des gaz de schiste, et je ne parle pas de la sanctuarisation du nucléaire ; notre principal atout industriel.

Le résultat de tout cela est que François Hollande doit gouverner dans un champ de fumerolles politiques , quotidiennement  bombardé par  une grêle de doléances corporatistes ou idéologiques. Le Président reçoit chaque jour   des quolibets et  des avanies de journalistes sans idées et de politiciens sans scrupules. On ne sait plus manier  que l’ironie, la mauvaise foi, le mépris et les à-peu-près. Chacun y va de son casse-croûte. Il ne faut pas perdre un seul lecteur. Il est impératif de caresser l’opinion dans le sens du poil,  de hurler  avec les loups, de se gonfler avec le buzz comme la grenouille avec le bœuf. Alors qu’aucun Parti,  aucune force politique, aucun brain-trust n’est capable d’avancer deux sous de philosophie  ou de projet à long terme, on reproche à Hollande de ne pas avoir de cap, d’être mou, de ne pas dicter sa loi,  en somme. Justement ce Président ne se prend pour le Pape et n’a aucune envie de proclamer son infaillibilité. Ce qu’il veut c’est aider notre société à accoucher de solutions justes et durables. Mais ce vieux pays ne met pas au monde facilement. Il est trop attaché à ses privilèges et à ses vieilles lunes pour accepter de se dépasser et de se montrer, pour une fois, généreux et sûr de lui. Il préfère compter sou par sou plutôt que d’inventer l’avenir. Notre pays est un vieil avare perclus qui ricane de son impotence tout en demeurant  fier de ses inégalités, de ses élites héréditaires et de ses notables enracinés dans la tradition conservatrice.

A ce niveau d’exaspération bien entretenue par les chaînes d’info continue, on tait les contradictions les plus évidentes. On clame partout que les socialistes sont dans les choux mais pour le moment Hidalgo fait beaucoup mieux que NKM dans les sondages et Menucci fait jeu égal avec Gaudin à Marseille. Hérault et Hollande sont à 20% d’opinions favorables, mais Valls est à 75%. Le ministre de l’intérieur est pourtant du même parti et du même gouvernement. Ceci relativise grandement la signification politique des sondages de popularité. Pour moi Valls ou Hollande c’est la même chose. Comment expliquer de tels paradoxes ? Mon interprétation, mais elle n’est peut-être pas la bonne, est que les citoyens d’aujourd’hui n’ont pas une pensée politique structurée. Les gens  sont devenus des consommateurs au jour le jour, qui s’inquiètent plus de l’emballage que du contenu. Ils veulent de la neige à Noël et être rasés gratis en rentrant de Méribel.  Avec une bonne dose d’égocentrisme et de goût pour les rapports de force, qui ont fait la fortune du sarkozysme au cours du précédent mandat. Il est clair que le gouvernement Hollande est en rupture totale avec cette conception.

Tout cela n’est pas très gai, mais je vois quand même des raisons d’espérer. François Hollande et son gouvernement sont des gens intelligents et dévoués à la cause publique. Ils n’ont certainement pas l’impudence de l’équipe précédente qui maniait avec brio le dédain  des opposants  et de leurs responsables. Les sociaux-démocrates  sont persuadés que les réformes doivent se faire dans le dialogue et la concertation. Ils savent aussi que la baguette magique n’existe pas et que l’économie du paquebot France doit être dirigée avec prudence et mesure. Ils savent comme le disait F. Mitterrand « qu’il faut donner du temps au temps ». Ils s’adressent aux Français comme à des adultes et des gens responsables, suffisamment informés pour être conscients des difficultés.Ils demandent à être jugés sur les résultats et s’interdisent toute démagogie.  On ne peut pas mieux dire. La méthode est respectable mais il n’est pas sûr qu’elle soit comprise. Nous n’avons pas  la garantie de voir gagner les forces de l’esprit sur celles de l’impatience, de l’égoïsme et du chacun pour soi. Si échec il y a, ce que je ne saurais souhaiter ce sera l’échec de l’intérêt collectif, le recul  du lien social et l’abaissement  de notre pays. Nous n’en sommes pas là, il faut tenir bon et se souvenir que d’autres Présidents ont traversé des épreuves terribles mettant des millions de gens dans la rue. Pour le moment nous ne voyons pas cela venir, pas de panique Saint François !

 

25/01/2013

La droite KO debout


 

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Pablo Picasso. L'homme à la sucette


Au troisième round l’opposition de droite est sonnée pour le compte. Le match avait pourtant commencé fort, dès l’élection du Corrézien devant un public impatient. Au dire des connaisseurs, cet homme indécis, élu par défaut, allait nous mener dans le flou et le mou. La presse et les éditorialistes ont savonné pendant tout l’été la planche de départ du nouveau gouvernement. A droite on alimentait avec gourmandise le procès en inexpérience et en amateurisme, Pécresse, Lemaire, Bertrand prenaient des airs suffisants. Fillon et Copé avaient très peur pour la France, le gouvernement allait s’écrouler, la dette proliférer, les capitaux s’évaporer et je ne sais quoi encore. On allait assister à une explosion en plein vol, au chômage, à la misère…On se gaussait de couac en couac, le changement de premier ministre était pour demain. Les militants de l’UMP se moquaient et riaient, riaient…Le Président lui-même n’irait pas au bout du combat, c’est-à-dire de son mandat et irait rejoindre sa Trierweiler, rejetée dans la même opprobre. On s’étonnait même du calme olympien du nouveau Président qu’on finissait par qualifier d’optimiste béat.

 

 

Au lieu de s’inquiéter pour le pays, Copé et Fillon auraient mieux fait de s’inquiéter pour eux-mêmes. Contre toute attente, la spéculation sur les dettes souveraines  a été surmontée et nous avons pu dès lors emprunter sur les marchés à des taux historiquement bas. Cette nouvelle donne était un contre massif à l’estomac de tous les augures de droite et des économistes libéraux qui prévoyaient pour nous un destin à l’espagnole ou même pire, à la grecque. C’est pendant ce deuxième round de novembre et décembre que l’accident industriel de l’UMP est survenu. Nos forts en thème qui donnaient des leçons de gouvernance à tout va, nous ont joué impromptu, un remake du Bon, de la Brute et du Truand, jusqu’au classique duel final au pistolet à  36 coups. Il n'y’a pas eu de corps à corps avec la gauche, l’UMP s’est prise seule, librement, volontairement, les pieds dans le tapis.  Tous les leaders de droite ont reçu des coups, des horions aux effets durables qui ont affecté même Juppé et Sarkozy, tentés par l’arbitrage. Ces deux-là n’ont pas tiré un seul marron du feu, et ils se sont brûlé les doigts en prime.

 

Le troisième round a débuté après les fêtes de Nouvel An. Il a commencé par un direct du droit à la figure de l’UMP qui tentait de reprendre son souffle. La patronne du Medef, son alliée traditionnelle, va jusqu’à s’entendre avec trois syndicats pour débloquer un certain nombre de contraintes cruciales concernant la compétitivité des entreprises. La méthode Hollande a porté ses fruits. Les partenaires sociaux ont pris le temps de la discussion, de la concertation et de la négociation. On peut dire merci à Jacques Chérèque. Cet accord est porté au bénéfice du gouvernement et du Président. Dans les média on commence à s’interroger sur le bienfondé des critiques incessantes, dont peut-être, l’opinion se fatigue. On ne parle plus de dégringolade ou de chute abyssale dans les sondages. Malgré une succession de dévissages proclamés  les opinions favorables restent peu ou prou aux alentours de 40%.

 

C’est à ce stade que le mariage pour tous semblait à l’UMP une occasion en or pour se refaire. Chacun de ses porte-parole s’est mis à faire des contorsions pour emboiter la démarche de protestation des catholiques. Malheureusement les figures de proue du mouvement ont donné une image bien rance d’eux-mêmes, componction des soutanes, conformisme des cathos bcbg et par-dessus tout, une Frigide Barjot qui est à elle seule une vraie caricature. Cette artiste a transformé les cortèges des manifestations en parades de carnaval. Dans cette opinion, gouvernée par les images, le mouvement « anti » a perdu ainsi beaucoup de sa respectabilité, qualité cardinale dans les confessionnaux, les églises et les cathédrales.

 

Mais cette passe d’armes aurait pu prendre un véritable élan,  sans l’épopée du Mali. L’armée française se voit du jour au lendemain contrainte de voler au secours de son ancienne colonie  et de bloquer les pick-ups djihadistes sur la piste de Mopti. L’opération bénéficie du consensus international et des vivats des Maliens eux-mêmes. On admire la rapidité d’exécution et la tournure martiale du bonhomme François. Coincée, l’opposition de droite, de Borloo à Le Pen, donne satisfecit au gouvernement et ne peut qu’approuver. Opportunément, l’attaque d’In Aménas vient rappeler à tout le monde l’urgence de mener une guerre radicale aux terroristes et preneurs d’otages, et elle contribue à conforter la France dans sa propre intervention au Sahel. Pour la première fois l’Algérie prête main-forte et ne peut que se féliciter d’une opération qui un mois plus tôt lui apparaissait prématurée et suspecte.

 

Après son bras d’honneur télévisé adressé à Alger, Gérard Longuet peut toujours essayer de donner des leçons à notre diplomatie. Pour violente qu’ait été la réaction de l’armée algérienne à In Amenas, la communauté internationale lui est quelque part reconnaissante d’avoir refusé d’entrer dans le jeu tragique des preneurs d’otages. On sait finalement que le rachat des captifs ne fait que préparer des rapts ultérieurs et alimenter les caisses du djihad. Bouteflika a accepté de prendre sur lui le poids de la cruauté et de la violence, mais il faut bien se rendre à l’évidence qu’aucune solution acceptable n’était à portée. Morts pour morts, les sacrifiés d’In Amenas auront participé à la lutte radicale contre cette terrible dérive dont la référence définitive est celle des milliers de victimes des tours de Manhattan.

 

Le combat droite-gauche, sur le ring de la politique intérieure est en train de tourner à l’avantage de notre Président. Le calme, la modération des propos, le respect de toutes les opinions, y compris celles de l’opposition la plus virulente, sont des ingrédients qui font merveille à moyen terme. Claude Sérillon qui vient d’accepter de travailler à l’amélioration de la communication me semble jouer un rôle utile. Je l’ai dit, Saint François est entré aux responsabilités sous le signe de la chance. Il semblerait que celle-ci ne soit pas encore prête à le lâcher.

 

PS/ et pour finir, voilà-t-il pas que F. Cassez sort de sa geôle et que les premières offres de négociation viennent de l’Azawad…

 

24/11/2012

Du rififi chez les tontons flingueurs

 

 

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"Quand le lion est mort, les chacals se disputent l'empire. On ne peut pas leur en demander plus qu'aux fils de Charlemagne"

J’ai toujours trouvé Sarkozy insupportable par son style suffisant et arrogant qui lui donnait une touche de vulgarité peu compatible avec sa fonction de Président. Bien sûr d’autres que moi le considéraient comme génial et louaient son énergie et sa pugnacité. Les mêmes se trouvaient rassurés par son agressivité et satisfaits de voir leurs « ennemis » de gauche passés chaque matin à la moulinette par des éléments de com,  sérieusement concoctés par l'équipe de l'Elysée. Ces attitudes de cour d’école dans laquelle c’est le garnement dominant qui a le plus de sous, les plus belles baskets et le père le plus haut placé qui fait la loi se sont prolongées pendant tout le quinquennat . Ce faisant les militants UMP se sont habitués à une certaine vindicte, une morgue faite de vulgarité à la Morano et de suffisance à la Pécresse ou à la Bruno Lemaire, cet âne savant. Grandeur et décadence, le héros des militants UMP, vaincu aux présidentielles, se trouve aujourd’hui face à un juge d’instruction, ce qui laisse ses troupes dans l’amertume et la frustration.

 

Dans l’affaire du duel Copé-Fillon, qui fait transpirer les UMP, Copé a très bien vu que le style Sarkozy était plébiscité à droite et qu’il avait tout intérêt à mettre ses pas dans la voie hargneuse tracée par l’ex-champion du cynisme décomplexé. Il a pris de vitesse les fillonistes qui malgré tout ne sont pas habitués à autant d’agressivité. Ceux-ci  ont du forcer leur nature et apparaître en porte à faux, et trop mous face à la Gauche. Ce qui est vrai,  et par malchance, c’est que la ligne de démarcation est passée au milieu de la cour de récréation. L’UMP se retrouve ainsi avec deux blocs sensiblement égaux  dont les pôles de rassemblement sont assez opposés. Comble d’ironie, cette ligne médiane est demeurée incertaine et incapable de désigner un vainqueur. Les gens de gauche dont je suis se réjouissent de voir que les amateurs, les incapables, les mauvais plaisants ne sont pas de leur côté sur ce coup ! Je pense que pas mal de ces quadras qui nous ont abreuvés de leur autosatisfaction depuis des mois vont, pendant plusieurs semaines au moins, perdre de leur superbe, à l’image de Madame Pécresse qui en est toute fripée ces jours-ci.

 

Fidèle à sa nature, Fillon a fait preuve de retenue et veillé à ne pas choquer ses partisans par des expressions outrancières et caricaturales, en particulier sur les questions identitaires. L’islamophobie n’est pas sa tasse de thé, le racisme anti-arabe non plus. Il a tenté d’agir en homme politique responsable, en élégant notable, gardant dans son esprit la nécessité de rassembler les gens sur des idées cohérentes. Il a voulu en quelque sorte se situer au centre de son parti, ce qui est un réflexe normal quand on veut gagner une élection. Contre toute attente, l’ancien premier ministre a échoué, de peu, mais il a échoué.

 

Avec Copé, la méthode est toute différente, directement empruntée à Sarko en fin de campagne. Le malheureux petit blanc qui se fait voler son pain au chocolat par les cailleras arabes est allé droit au cœur des militants. La pensée de cette droite-là est  devenue raciste. Copé appelle ça, comme ses partisans, la droite décomplexée. Avant Sarko, les gens de droite éprouvaient en effet quelque gêne à s’afficher comme racistes anti-arabes. Aujourd’hui, il faut appeler un chat un chat et dire bien fort que ces musulmans envahissants viennent bouffer le pain (les petits pains) des Français. Toute honte n’est pas encore bue, et Copé pour afficher sa xénophobie,  a du employer le mode de la compassion, celle qu’on éprouve pour un malheureux gamin privé de goûter  en période de Rhamadan ! La métaphore est malgré tout suffisamment explicite pour nous signifier que le miracle accompli par le boulanger de Fernand Reynaud a été effacé par le cynisme de Brice Hortefeux et de quelques autres.

 

Les nouveaux marqueurs de la nouvelle droite militante sont donc l’arabophobie et l’islamophobie associées à la haine de la gauche considérée comme  totalement complice et anti-nationale. Nous sommes tout près des thèses du FN, le souverainisme en moins. Ces trois détestations qui tiennent lieu de fondement politique ne sont d’ailleurs pas sans lien entre elles et se nourrissent l'une l'autre. La jeune droite se trouve légitimée pour enfermer dans la même opprobre, les gens de gauche et surtout les socialistes, pour lesquels elle nourrit des griefs revanchards, et leurs protégés émigrés, ces bataillons de l’Islam qui sont les véritables ennemis de notre pays, et la cause évidente pense-t-elle, de l'insécurité, du chômage et in fine de notre déclin. Les gens de gauche sont des traîtres à la patrie et ne méritent pas de gouverner, ils sont aux commandes par erreur. Ils sont illégitimes. L’abaissement de notre pays dont parlait souvent Vincent Peillon est tout entier inscrit dans cette victoire à 28% de la motion « Droite Forte » des jeunes turcs de Copé.

Par chance, je ne crois pas malgré tout, que la droite républicaine se laisse étouffer par cette régurgitation nauséeuse de nos plus mauvais démons. Encore que ! La scission guette entre les deux lignes mais la vigilance est de mise.

Pour finir par une note plus gaie, vous avez vu que le dernier trimestre a enregistré un petit 0,2% de croissance, que nos équipes de foot et de rugby volent de victoires en victoires et qu’on ne nous parle presque plus en ce début d’hiver du réchauffement climatique ! Nous devons tout cela à la baraka de Saint François de Tulle, que les bonnes fées ne veulent pas abandonner. Les hilarants tontons flingueurs défaits, sur un terrain jonché de cadavres,  sont un ultime et somptueux cadeau de Noël offert à notre Président.

27/04/2012

Les digues s'effondrent...

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 Eugène Delacroix, 1830. La Liberté guidant le peuple

 

Entre la droite et l’extrême droite. On voyait ça venir depuis un bon moment. Dans l’espoir de se refaire, Sarkozy redouble de cynisme, d’ambiguïté et de proximité avec le Front. Les digues patiemment construites par la droite républicaine depuis la guerre pour éviter le pire,  sont en train de s’écrouler. Les eaux noires de la xénophobie, du racisme anti-arabe, et de l’ethnocentrisme envahissent les parties basses de l’opinion publique. Elles submergent les quais de la laïcité, du respect de l’autre et de la fraternité qui ont été longtemps la gloire de notre République. Sarkozy par son comportement irresponsable aura contribué sciemment à l’abaissement civique et moral de notre pays.

 

Je ne dis pas que les électeurs du Front National n’ont pas les mêmes droits que les autres. J’avais déjà décrit le 22/03/2011 comment « Les bedas du Plain avaient voté pour le Front… » dans nos campagnes. L’isolement, le vieillissement, la difficulté de se soigner, l’impression de ne plus compter pour rien nourrissent depuis longtemps les peurs des petits blancs et des bofs, mes frères. Ce qui pose question ce ne sont pas les causes de la désespérance, visibles dans tous les bistrots et tous les marchés du coin et sur lesquelles tout le monde s’accorde. Ce qui pose question, c’est tout au contraire les réponses qu’on apporte, quand elles visent à encourager une espèce de jacquerie assez frustre contre les Arabes, l’Europe , les Ecolos et les Institutions.

 

Que la femme Le Pen développe ces thèses est dans l’ordre des fondements de son mouvement. Elle doit justement son succès à la transgression remettant en cause notre idéal social et républicain. Poussés à l’extrême les déclarations sans frein du Front nous mèneraient tout droit à la guerre civile et à la ruine. C’est exactement pour cette raison que la droite giscardienne ou chiraquienne s’est toujours bien gardée de frayer avec les thèses du FN, orchestrées d’ailleurs à l’époque par un tortionnaire borgne peu ragoûtant. En 2012 la vague marine, fille du précédent,   a pris les belles couleurs de la dédiabolisation blondasse.


Nous sommes au faîte du populisme qui consiste à adopter des idées sans issue pour flatter les passions et les peurs du petit peuple et empocher ses voix. Aveuglés par le culot inculte de leur chef, plus de soixante pour cent des électeurs de Sarkozy du premier tour sont maintenant prêts à faire cause commune avec le Front National. Tout sauf Hollande, qu’on méprise, insulte,  vilipende depuis plusieurs mois, avec une hargne constante, tout sauf Hollande,  se dit la droite qui considère l’alternance politique comme une usurpation, un crime de lèse-majesté.

 

Heureusement ils ne sont que 60% et ce sont les 40% qui restent qui peuvent encore sauver la France de la nuit rance de la xénophobie et du repli sur soi.

 

Dans la vie on rencontre en effet deux sortes de gens . Les premiers ont le culte du chef et aiment les rapports de force. Ils sont habitués depuis tout petit aux comportements égoïstes, à la méfiance, au profit sou à sou amassé, aux bagarres de préau, à la « struggle for life » comme disait Darwin. Ils n'aiment pas l'inconnu ni l'étranger. Leur intellect est braqué sur leurs petits biens chèrement acquis. Ils sont accrocs aux biens meubles et immeubles et pleins de méfiance pour les grandes idées sauf éventuellement celles de leur curé. On est dur avec soi mais souvent encore bien plus dur avec les autres. Ils  jugent que les chômeurs sont des faignants, les malades des tire au flanc, et les fonctionnaires des parasites !  Ils considèrent aussi que  seules les andouilles se laissent plumer par le fisc.  Mais par un banal retour des choses, ces mêmes personnes peuvent changer du jour au lendemain  quand l’adversité les place en situation de dépendance. Ils se retournent alors vers la solidarité nationale et ils sont les premiers à la réclamer tous azimuts avec une grande âpreté. Ils votent Sarko.

 

La deuxième catégorie aime la démocratie et l’égalité. Elle est plus insouciante, plus gaie, plus ouverte, plus curieuse du monde qui les entoure que les précédents. Ces gens là ne se lèvent pas le matin en faisant le tour de leur automobile pour voir si on ne leur a rien volé. Ils aiment les voyages et encouragent leurs enfants à faire les meilleures études sans que ce soit forcément les plus lucratives. Ils aiment explorer, découvrir, prendre des risques. Ils ne tiennent pas plus que ça à leurs patrimoines et sont souvent dépensiers. Ils aiment la culture et préfèrent la poésie aux comptes en banques. Ce qui ne les empêche pas de détester la pauvreté pour eux et pour les autres, l’inconfort et la misère. Ils savent que le chômage et l’injustice sont les deux plaies de notre société et que seule l’intelligence peut nous tirer de là. Ce sont ceux là qui vont voter pour François Hollande le 6 mai.

 

Ceux là doivent se rassembler et faire bloc contre le conservatisme et l’injustice. Il ne faut pas chercher de boucs émissaires. Il nous faut faire confiance aux forces vives du pays, aux acteurs économiques, aux animateurs sociaux, aux créateurs de tous les horizons. Notre chance et notre richesse, comme toujours dans l’histoire, seront le rassemblement et la coopération des vieux gaulois fatigués (si tant est qu’on en trouve encore) avec tout ce sang neuf qui nous a toujours nourris et qui continue à nous irriguer de partout, de l’Europe, de l’Afrique, de l’Inde, de la Chine… Et franchement,  je fais des vœux pour que Sarkozy sorte de notre horizon et cesse de ternir l’image de la France. Il est temps qu’on confie les responsabilités à un homme « normal » apaisé, sûr de lui, ouvert, juste  et rassembleur.

 

Aujourd’hui encore, FH, l’incapable, le rêveur, le menteur, reçoit le renfort de Draghi le Président de la Banque Centrale Européenne. Il y a trois mois Copé et Sarko, Juppé et NKM, assuraient FH de leur mépris total, à présent ils lui courent après en faisant des mines. Maintenant c’est 700 mosquées qui votent pour François renforcées par l’illustre Tarik Ramadan. Les Croisés sont à l’œuvre !!! La droite entre en guerre de civilisation ? Bravo Juppé, ministre des Affaires Etrangères.  Honte à nous tous ! Comme le dit Bernard Cazeneuve, la droite ajoute le déshonneur à l’affolement et à la dispersion. Marine Le Pen n’aura plus qu’à ramasser les pots cassés pour en faire son lit électoral.