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28/04/2012

Trop d'étrangers en France ?

 

 

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 Paul Gauguin 1891, Due donne a Tahiti

 

Le petit malin de Pujadas a voulu mettre François Hollande en difficulté sur France 2 par une question idiote.

 

Pensez vous qu’il y a trop d’étrangers en France ?

 

Et il a insisté avec gourmandise et pugnacité devant la non-réponse du candidat. Sachant que les journalistes vous coupent la parole quand ils le veulent et qu’ils se contentent souvent de n’écouter que le début de la réponse, FH a eu raison de ne pas entrer dans son jeu. Car enfin si vous dites la vérité en répondant non,  vous vous attirez la rage de tous ceux qui habitent les quartiers défavorisés et qui attribuent les nuisances non à la pauvreté, non au chômage, non  au manque d’éducation, non aux familles dissoutes, non aux parents dépassés, mais aux Noirs et aux Arabes. Et j’entends les clameurs, je vois les mimiques de Sarko le doigt pointé : ces socialistes coupés du peuple n’ont aucune idée de la souffrance dans les quartiers ! les campagnes ! les banlieues ! les friches industrielles !

 

Si vous répondez, malheur à vous, oui, il y en a trop ! Comment ?  Cet homme de gauche, humaniste et éclairé parle comme la Femme Le Pen en personne ? Si Pujadas avait eu en tête autre chose que de vouloir faire l’intéressant en posant cette question inepte et si il avait voulu réellement connaître la pensée du candidat sur ce point il aurait formulé sa  question autrement. Il aurait pu demander par exemple :

 

Pensez vous que dans certains quartiers, certaines cités, certains immeubles, il y ait trop d’étrangers rassemblés, trop de gens sans emploi, en proie aux trafics et  mis en coupe réglée par des petites mafias et qu’on a ainsi laissé se constituer des ghettos de la misère et de la délinquance ?

 

Il aurait eu alors une réponse circonstanciée concernant les logements sociaux, la présence de la police de proximité, et des associations d’insertion. Mais Pujadas ne pensait pas à éclairer le spectateur, il voulait seulement briller, notifier son indépendance d’esprit, ne pas laisser croire qu’il servait la soupe à l’un ou à l’autre. La petite star de la 2 devrait prendre des leçons d’interviewer chez Lapix Sophie, chez Clark Pascale et autres journalistes qui assument leur personnalité et leur point de vue sans vouloir embarrasser systématiquement. On ne peut pas mener une conversation dans les petites lucarnes sans afficher une certaine empathie avec son vis à vis quel qu’il soit. Ce qui ne veut pas dire qu’on doit lui servir la soupe, bien au contraire.

 

Trop d’étrangers en France ? dans les aciéries ? dans le bâtiment ? dans les restaurants ? dans les tanneries ? dans les services de sécurité ? dans les chambres de bonnes ou dans les cuisines des bourgeois, dans les placards à balais ? dans nos hôpitaux comme médecins et soignants? dans nos stades ? dans nos studios de cinéma ? dans nos salles de spectacle ? Je pourrais continuer longtemps la liste. Pujadas en posant sa question voulait seulement dire, dans nos prisons ? dans nos  boulevards ? dans notre métro ? dans nos écoles ? dans nos pôles emploi ? dans nos assédic ?  Il n’y a jamais assez d’étrangers pour les sales boulots, mis il y en a toujours trop dans nos services de solidarité.

 

Voilà pourquoi la question de Pujadas était inepte. Je peux redire ce que j’ai écrit hier, l’ouverture sur le monde et l’accueil des forces nouvelles sont les seules ressources dont nous pouvons nous enrichir sans limites. Les migrants sont la crème des peuples ! Voyez l’Amérique, voyez l’Australie ! Rocard a cru bien dire à court terme : « Notre pays ne peut pas accueillir toute la misère du monde » Mais cette phrase demeurée fameuse repose sur un contre sens. Rocard voyait  dans les migrants des hordes de miséreux venant manger le pain des Français . C’est vrai qu’ils en ont parfois l’apparence. Mais derrière la pauvreté, il y a des êtres humains, avec leur courage, leur témérité, leur volonté, leur énergie, leur créativité. Ils sont l’énergie créatrice du monde. Un homme ou une femme qui nous arrive est comme un enfant qui naît. On voit comment se soigne la misère mais on ne peut pas imaginer ce que peut nous apporter le génie des hommes nouveaux.


PS/ Et voilà que par une très belle coincidence je lis dans le Monde

de ce jour :

Nous avons pu assister...  au dialogue entre le Christ en croix, chef-d'oeuvre de Grünewald, peint en 1512, les membres raidis par la torture, le cri presque audible sur ses lèvres entrouvertes, et sa réplique de même taille, d'une même force, signée Adel Abdessemed, quatre figures du Christ en fil de fer barbelé du camp de Guantanamo, lames brillantes et polies comme des pièces d'orfèvrerie.

L'artiste français, né en Algérie en 1971, a voulu, lui aussi, exprimer "le cri de ce jeune homme sacrifié comme l'agneau. Un cri à venir. Pour moi, l'avenir est fantôme, comme chez Derrida. Je ne sais pas de quoi il sera fait. Ce n'est pas le passé qui nous domine, mais les images du passé".

Cette "conversation" Grünewald-Abdessemed est-elle une coïncidence, en pleine campagne présidentielle, précisément en Alsace, où le Front national a remporté, au premier tour, 22 % des suffrages ?

François Pinault, qui organisait le déplacement à Colmar, répond tout net : "Dans le contexte actuel, c'est important, les choses sont rarement une coïncidence. C'est une façon de me révolter contre les gens qui ne savent pas pour qui ils votent. Qu'ils viennent ici devant les Christ". Le milliardaire tire ses salves en direction du président sortant dont il moque la dernière formule : "Présomption de légitime défense, c'est comme au Far West, il faut dégainer le premier ! Il perd les pédales. Les gens proches de lui pensent qu'il pourrait encore gagner. Il est cuit ! C'est comme dans le bunker de 1945."

Baptisée Décor, l'oeuvre d'Abdessemed, récemment exposée à New York et achetée 2 millions d'euros par François Pinault, est prêtée par le collectionneur au Musée Unterlinden de Colmar jusqu'au 16 septembre, pour le 500e anniversaire du fameux retable d'Issenheim.

Un milliardaire ça sert aussi à ça !





10/03/2011

Les agités du bocal

 

requins3.jpgL’avenir politique paraît bien incertain. Au sarkozysme plein de morgue et de clinquant succède une atmosphère délétère de fin de règne. Le petit Président y est pour beaucoup :  avec ses contorsions du cou et ses rictus satisfaits, il a incarné à outrance la suffisance, la gloriole et la vindicte du parvenu. La crise (mais au fait quelle crise ?) est arrivée juste à point pour expliquer les échecs du petit cycliste. Voilà qu’aujourd’hui on nous dit que les grandes entreprises se sont refait une santé et qu’elles réalisent à nouveau des bénéfices. Et plus que jamais. Nous en sommes à compter nos milliardaires.

 

Je dis quelle crise ? parce que je ne vois pas qui a souffert de cet événement présenté comme le sinistre économique le plus violent depuis 1929. Les grands de ce monde n’ont manqué de rien. Leurs cérémonieux commis n’ont pas réduit leurs salaires.Toute la classe économico-politique dominante a conservé ses privilèges, dans la bienséance, la courtoisie et l’adorable politesse de la bonne bourgeoisie affairiste et profiteuse. Je remarque en revanche que cette fameuse crise est particulièrement utile, pour justifier auprès des classes laborieuses le prolongement du statu quo. Travailler plus pour gagner plus ? à d’autres. Il ne s’est rien produit de tel et ce n’est pas pour demain !

 

Car enfin, les seuls qui souffrent aujourd’hui ce sont les jeunes sans boulot, les femmes à temps partiel, les salariés mis en concurrence avec leurs collègues jusqu’au suicide, les vacataires jetables, les plus faibles, les moins bien formés, les moins malléables, les moins mobiles, les plus vieux. La liste serait longue de tous ces gens qui travaillent pour élever leurs enfants décemment, les loger et les soigner et pour lesquels il faut compter chaque euro ou dizaine d’euros. Ce sont ceux qui hésitent devant la salle de cinéma en comptant leurs sous et celles qui résistent à la tentation d’un autre rouge à lèvres. Pour ces gens là, on réduit les services publics et sociaux, on effiloche les filets de sécurité. Ces personnes là ont perdu tout espoir de maîtriser leur destin. Leur liberté réelle ne leur laisse le choix qu’entre le fatalisme et la fuite.

 

Elles durent depuis des siècles, les inégalités des sociétés humaines qui ont construit notre monde. Esclaves, serfs, travailleurs sans statut, prolos industriels ont toujours subi le joug des maîtres, mieux armés, plus instruits, plus riches. Mais la dialectique du maître et de l’esclave a parfois tourné à la révolution,  comme en 1789. Pour en arriver là,  il a fallu des centaines d’années de discours et d’écritures pour que l’injustice entre dans les consciences. Aujourd’hui tout s’accélère, tout se sait et se voit par nos lucarnes et nos PC. A un point tel que même les chargés de gouvernement, dans leur naïveté, peinent à s’en rendre compte. Ils découvrent avec stupeur que le peuple les voit vivre avec les grands de ce monde comme des requins dans un bocal panoramique.

 

Les gens d’en bas comme le dit si bien l’épicier Raffarin voient vivre  les barons qui font la loi et qui les commandent. Et ceux là  vivent sur un grand pied de magnificence,  cent fois mieux qu’eux ! Ils voient tous les signes de la concussion et du profit qui régissent cette société de l’élite. Ils voient les fils de la morale s’étirer comme des vieilles jarretelles. Ils voient un monde qui n’est pas le leur et qui s’agite derrière une paroi de verre. L’élite s’est coupée du peuple. Bien sûr le populaire ne met pas forcément des mots sur sa souffrance. Il est prêt à croire n’importe quoi, qui lui fasse miroiter un espoir d’amélioration. Surtout quand ce sont des vérités qui ont à première vue une fausse évidence mathématique.

 

Comme par exemple celles que des  esprits forts,  mais obtus, veulent leur faire croire. Avec le Front National tout est simple,  on explique aux gens que tout cela est de la faute des étrangers, de ces horribles hordes migrantes arabo-islamiques haïes et redoutées qui vont prendre leurs emplois, baiser leurs femmes et habiter leurs maisons. Ce n’est plus  la fameuse crise économique, c’est l’immigration qui va être désignée comme la raison du mal-être ! Les étrangers, c’est encore mieux que la crise. Tous ces miséreux qui nous menacent vont faire disparaître les derniers signes de notre prospérité passée. La seule solution est de renvoyer tout ce monde étrange dans les bateaux avec lesquels les métèques sont venus. Avec la femme Le Pen, il faut s’attendre au pire : une forme dégradée et bottée du sarkozysme.

 

Ca me fait réfléchir et la colère m’étouffe. Je voudrais tellement dire aux gens du peuple, mes frères, que ces raccourcis là nous mènent aux indignes catastrophes.  Par ce chemin là,  tout restera comme avant, pire qu’avant, plus injuste et plus cruel qu’avant. Avec une différence importante : à nos misères nous aurons ajouté la honte, la grande honte d’avoir joué nos peurs et nos errements contre l’avenir de l’homme. Et si vous ne me croyez pas, allez poser la question outre-Rhin.