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27/01/2011

Céline mon amour...

céline,shoah,imprimatur,antisémitisme,libertéJe n’aime pas qu’on me dise  ce que j’ai à penser. Monsieur Klarsfeld a bien sûr le droit d’exprimer des réserves sur Louis Ferdinand et les motifs ne manquent pas. Il n’est pas le seul à trouver que l’écrivain fut un abominable raciste antisémite et que ses Bagatelles sont une insulte à l’humanité. Il y a consensus là dessus. Le seul petit bémol qui pourrait entrouvrir la porte du pardon réside dans les outrances mêmes du verbe qui finissent par lui donner un air de grand guignol. Mais laissons cela, le procès est largement entendu, la haine est bien présente et la vindicte et la rage bien dirigées contre un malheureux peuple confronté au moment le plus douloureux de son existence. Un moment qui restera comme une tache définitive sur l’odyssée de l’homo sapiens.

 

Malgré cela, je ne peux pas être d’accord avec Monsieur Klarsfeld et ses amis et encore moins avec l’histrion Mitterrand qui s’est soumis à leur réclamation. Qu’un écrivain fasse partie ou non du panthéon des artistes français ne peut pas être de la décision d’un groupe de pression, si légitime soit-il. Un artiste existe dans la conscience des gens tout simplement parce qu’il a su à un moment donné s’adresser à elle et y rencontrer une voie de communication qui a changé leur univers. Nul ne peut nier qu’il y a dans la littérature française un avant et un après Céline, qui pour du coup a inventé une nouvelle façon d’écrire en envoyant les mots comme des balles, dans une sorte de combat inventé lors de sa collaboration avec deux guerres mondiales.

 

Alors je n’aime pas qu’on me dicte ce que je dois penser, qui est de l’ordre de ma propre liberté, de ma très chère liberté. Je n’ai pas besoin qu’on me dise que Céline est un fantassin laborieux du racisme, je le sais. Je ne veux pas qu’on me dise que tel ou tel écrivain ne peut pas faire partie de nos célébrations parce qu’un  ministricule l’a décidé en battant en retraite devant un groupe de pression. On pourrait à cette aune là, multiplier les têtes de turc liées à la vindicte de tel ou tel,  en vertu du droit ou de la morale. Cet attentat à la liberté de penser est un tout petit pas, mais un pas quand même, vers la tentation de diriger les esprits et d’instaurer le politiquement correct dans le domaine des arts en général, et de la littérature en particulier.

 

Autant dire qu’il s’agit de tenter d’enrégimenter les artistes et d’octroyer l’ imprimatur. Je dis aux Klarsfeld et à leurs émules qu’il n’y a pas d’autorité suprême dans la création artistique. C’est à chacun de juger pour lui même en sa responsabilité éclairée. La mémoire ne fonctionne pas à sens unique et l’histoire d’un peuple se partage quoiqu’il arrive, sauf à se désolidariser du tout et y perdre le droit à la parole. Je leur dis aussi que le caniveau regorge de trésors et les prisons aussi. Alors je clame seul et librement, venez tous, Sade, Céline , Bukowski, Genêt,  je vous embrasse,  vous êtes les premiers combattants de notre liberté.

30/04/2010

Il y a plus de mille ans !

masquedo2WEB.jpgIl y a mille ans ou à peu près, c'était en 997, peu de temps après l'assassinat de Guillaume Longue Epée, le fils de Rollon, et avant que son héritier Richard qui n'avait qu'une dizaine d'années, soit en âge de gouverner par lui même.


On était aux approches de l'an Mil et les barons vikings s'essayaient avec succès à la consolidation d'un véritable Etat en Normandie. Sans doute à cause des habitudes de liberté des galvaudeurs des mers danois, les paysans avaient résisté, jusque là, à l'emprise des Seigneurs et des Clercs. Ailleurs en France, les serfs étaient condamnés  à nourrir en parasites leurs protecteurs,  lesquels étaient lourdement armés du sabre et du goupillon.


Les paysans du Cotentin et d'ailleurs,  en Normandie,  décidèrent qu'ils étaient :


"hommes comme ils sont,

des membres avons comme ils ont,

et tout autant grand coeur avons,

et tout autant souffrir pouvons " (Jean Mabire)


Ils envoyèrent des délégués auprès du Duc Richard,  qui n'était encore qu'un enfant. Les paysans voulaient exploiter librement les forêts et les étangs, avoir des moulins et des fours,  et cuire le pain sans payer des taxes  à des protecteurs dont ils redoutaient le pire.


L'affaire était d'importance. Raoul,  le tuteur de Richard n'hésita pas une seconde. Il se saisit des délégués, leur fit trancher les pieds et les mains et les renvoya chez eux,  pour convaincre leurs mandants qu'il valait mieux en rester là. On entrait pour plusieurs siècles, en plein racket institutionnel. Guillaume de Jumièges qui raconte cette histoire,  disposait à la fois du goupillon et du porte-plume. Il trouvait lui aussi que les rustres exagéraient.


En ce jour de premier mai, où se déroulent les jolis défilés à banderoles écarlates, n'oublions pas ces obscurs martyrs des éternelles révoltes. Ils  avaient déjà la liberté ancrée au coeur, cette vertu cardinale de la dignité humaine. La liberté est un combat toujours recommencé car en face,  on retrouve toujours l'autre moitié du masque, noire de sang séché. Comme si l'homme ne pouvait se passer de ce double visage, rouge et noir, cruel et tendre, ange et démon. Sachant cela, il faut toujours marcher le poing levé.


Depuis mon adolescence j'ai une devise : "Quand tu vois un chef  sors  ton pistolet", ta kalache comme ils disent aujourd'hui.