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03/05/2010

La bête havette et le pétrole

photo-1381705-M.jpgDu temps des chevaux, que je propose de définir comme la période antérieure au moteur à explosion, les fontaines étaient aussi précieuses que les pompes à essence aujourd'hui. Un des endroits qui m'ont le plus fasciné quand j'étais encore en culottes courtes était l'abreuvoir de mon petit hameau. Il était à moitié enfoui sous les fougères et juste aménagé par quelques pierres plates au pied d'un talus. J'y jouais avec les têtards, les tritons, les grenouilles et toutes sortes de petites bestioles dont le monde secret faisait rêver l'enfant que j'étais encore. Il y avait des libellules : depuis combien d'années je n'ai plus vu de libellules ? J'ai souvent pensé que ce terrain de jeu n'était pas pour rien dans ma vocation précoce de naturaliste. Une vieille grand mère qui habitait une petite maison toute proche me répétait souvent "fais attention, mon fi, t'approche pas si près, il y a la bête Havette la dedans !!"


Pendant longtemps je n'ai pas su qui était cet animal. Il m'a fallu des années pour en deviner la réalité. C'est seulement aujourd'hui que j'ai compris que la bête ne pouvait être que le fruit de notre imagination. Le bruit de l'eau dans les ruisseaux est magique. Les mares qui renvoient comme des miroirs les "rougies du sé" vous ensorcèlent. Les lieux humides, les marais, les étangs sont des lieux fréquentés par les feux follets, les fées, les milloraines. En y pensant je deviens un écologiste fervent et je me dis que nous ne respecterons vraiment notre terre que lorsque l'imaginaire aura retrouvé ses aises dans les forêts, les prairies et les rivières.


Les mangroves qui sont le lieu de rencontre incertain de la mer et des grands fleuves tropicaux offrent à la nature toute la diversité des milieux aquatiques et permettent à une grande quantité d'espèces irremplaçables de prospérer. Hélas, trois fois hélas, ce sont aussi des régions de subsidence où les hydrocarbures se sont accumulés depuis des millions d'années. Voilà qu'aujourd'hui des troupeaux de plateformes pétrolières se gavent de  ces réserves fossiles et...toxiques. Sous les palétuviers, entre les roseaux, dans les bayous, toutes les miraculeuses bêtes Havettes vont se retrouver à patauger dans l'huile noire, gluante, suffocante et empoisonnée.


On a envie de demander aux Américains qui n'ont peur de rien et qui sont capables du meilleur comme du pire, de sauver les bêtes Havettes en priorité. Sans elles les gratte-ciel, les avions, les fusées ne servent à rien. Sans elles, nous deviendrons des robots malheureux et sans âme. Nous sommes au début du Printemps, saint Obama priez pour nous.

(J'ai empunté la photo, sur laquelle je reconnais facilement  la bête havette,  sur internet. Merci à son ou à ses auteurs, dont je suis tout prêt à respecter les droits)