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14/09/2012

Voir loin et clair

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 Eté indien au Canada

 

Je m’adresse à ceux qui voient loin et clair. Je m’adresse aux Comanches qui racontent des histoires à travers les Appalaches par des ronds de fumée qui éclosent de sommet en sommet. Je m’adresse tout pareil aux intrépides navigateurs qui après des mois de mer scrutent  l’horizon aux aurores et s’écrient : Terre, Terre, aux confins des trois Continents. Je m’adresse à Œil de Lynx, Serpent Agile et Ours Lucide qui voient une mouche voler à cent mètres. Je m’adresse aux clairs voyants , aux aigles des montagnes, aux Albatros et aux Fous de Bassan . Je m’adresse même  aux buses des grandes plaines, parce que tous ceux-là ne mesureront jamais assez le bonheur et l’avantage d’avoir le regard précis et perçant qu’ils ont reçu en héritage.

 

Grâce à nos modernes thaumaturges que sont certains ophtalmologistes je vois à nouveau la couleur des fruits dans les arbres, je distingue les pièces de monnaie dans mes poches jusqu’à un euro, je peux même lire le millésime de la bouteille de Bordeaux qui est sur ma table. Par-dessus tout je peux aller jusqu’au bout de la lecture d’un éditorial dans la presse et pester contre son auteur, je peux même discerner les menus déroulants de mon ordinateur. En vrai, ce qui me manquait  le plus et contribuait à mon air chagrin en cette fin d’été, c’était de ne plus pouvoir admirer les jolies filles aux pas pressés, aux longues jambes bronzées, avec des fesses rondes et hardies montées sur roulements. Face à ma cécité relative, il y en a plus d’un, homme ou femme,  qui a du me juger grossier personnage en constatant mon regard fixe et absent sans que je le reconnaisse et le salue. Le bonheur n’est pas dans le pré, il est dans le champ visuel.

 

Il y a malgré tout comme une ombre au tableau. Ce résultat spectaculaire (c’est le cas de le dire) je le dois à une injection intra-vitréenne de Lucentis, à mille euros la dose, fabriqué par le suisse Novartis. Je pourrais encore n’en rien dire si Médiapart n’avait pas soulevé le couvercle de la marmite à scandales. Pour une assez dérisoire question administrative, le Lucentis est seul utilisé alors qu’un produit cousin germain, l’Avastin à cinquante € la dose fabriqué par le suisse Roche fait tout aussi bien l’affaire, comme j’ai pu l’expérimenter ces derniers mois. Les deux industriels qui sont également cousins ne font bien entendu rien pour freiner le jackpot. La sécu qui rembourse le tout à 100% se fait allégrement plumer.  Il est temps que notre charmante ministre de la Santé Marisol Touraine mette les pieds dans le plat. C’est l’affaire d’un demi-milliard d’euros payés en trop par la Caisse et les Mutuelles.

 

Dans le même ordre d’idées, Bernard Debré et Philippe Even accusent l’industrie pharmaceutique de produire au moins 50% de médicaments inutiles, voire nocifs. Leur suppression ferait économiser au moins dix milliards d’euros. Je vous le dis quand il s’agit de faire les poches de l’Etat et des Finances publiques en général, nos hommes d’affaires y vont rondement. L’argent devient facile, on exhibe les pots de vin, les prévarications et la corruption et on puise à pleines mains dans le Trésor Public. Ces chiens enragés ne trouvent aucune limite à la cupidité. Le bon docteur m’a en quelque sorte rendu la vue, mais je dois avouer qu’il m’a aussi donné la rage.

 

La rage, qui me fait penser à Pasteur et à tous nos hommes de Science célèbres et désintéressés offrant à l’humanité les moyens du progrès, pendant que derrière eux une meute d’affamés, voyez les affaires toutes récentes  des prothèses mammaires et du Mediator et tant d’autres ! s’active à tondre la laine sans vergogne  sur le dos des pauvres citoyens, dans le secret, dans l’ignorance, dans la clandestinité et même dans l’illégalité s’il le faut. Vincent Peillon a raison, il est urgent de re-badigeonner les âmes noires de nos soi-disant élites à la couleur laïque et républicaine. Les cours de morale, ce n’est pas dans les quartiers difficiles qu’il faut les faire, mais dans nos Universités et dans nos Grandes Ecoles, nos facs de médecine et à HEC, où on n’entend qu’un mot : le profit ! et une maxime : chacun pour soi !

 

Le changement promis par notre nouveau Président, doit  s’attarder sur ces choses-là. Il faut  inverser les règles à calcul et  remettre de l’idéal, du dévouement à la cause publique et du désintéressement au cœur de notre morale sociale. Il faut appeler un chat un chat et les voleurs  en col blanc des parasites sociaux ! Les bonnes âmes nous disent que la cupidité est à la base du fonctionnement de notre société libérale. Je dis moi,  que la générosité doit être le carburant d’une société de progrès.