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07/07/2012

Un anniversaire bâclé

 

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Vue d'Alger à partir de l'Amirauté


En ce 5 juillet qui marque le cinquantième  anniversaire de l’indépendance algérienne,  j’aurais aimé qu’on en fasse un peu plus des deux côtés de la Méditerranée, même si cette semaine on a eu droit à la TV à quelques témoignages du plus haut intérêt. A Alger, le pouvoir politique n’est pas assez fort pour sortir des ornières de la guerre d’indépendance et du ressentiment contre la France. En France on entretient dans l’opinion le racisme anti-arabe qui véhicule des préjugés et des idées archi-fausses sur le Maghreb et ses populations. Personne n’est là pour rappeler  officiellement que cette date est aussi une rupture historique, celle de  la fin du colonialisme qui a imprégné l’Occident pendant plus d’un siècle.

 

Quand on entend la triste Nadine  Morano expliquer publiquement qu’elle compte parmi ses amis des personnes encore plus noires que des arabes, on se demande comment un élu de la République peut sortir une ânerie pareille. Les Arabes sont des populations majoritairement blanches et les Berbères arabophones encore davantage, si je peux dire…Heureusement nous comptons dans notre classe politique des gens majoritairement moins incultes que cette groupie sarkozyste.

 

Hélas, les cinq années qui viennent de s’écouler n’ont fait qu’entretenir le racisme bête et méchant ambiant pour légitimer la croyance bien répandue dans l’opinion que les nord’afs, comme on disait du temps de ma jeunesse (et de celle de Le Pen) sont des fainéants, des profiteurs et de lâches assassins. Des croyances bien martelées du temps de la Guerre d’Algérie par l’armée française et ses tenants de l’action psychologique, relayées avec complaisance depuis cinquante ans par certains pieds-noirs nostalgiques qui peuplent nos contrées méridionales, où justement le FN est puissant, et entretenues avec l’accord tacite des  Sionistes qui ne trouvent qu’avantage à disqualifier les Maghrébins en tant qu’interlocuteurs politiques.

 

La politique étrangère française de la Veme bien qu’ assez favorable aux Arabes du Moyen Orient dispensés par leur pétrole de toute vertu spéciale,  n’a jamais su dépasser le cap des intentions à l’encontre des pays du Maghreb. Faute de courage politique, les relations avec les quatre pays (en incluant la Libye et en oubliant la Mauritanie) tout en étant fort denses,  sont toujours inavouées, non officielles, presque clandestines. A mon avis il est temps de proclamer hautement une nouvelle politique d’alliance, une nouvelle ère de paix, un solennel pacte de reconnaissance avec ces pays là, et tout spécialement  avec la République Algérienne.

 

L’Afrique du Nord, en cette période d’Europe étriquée et de concurrence âpre avec les grands pays émergents, peut et doit devenir la nouvelle frontière de l’Europe et en particulier de l’Espagne, de l’Italie et de la France. Des millions de Maghrébins vivent chez nous et marquent nos pays de leur empreinte, il est temps que notre diplomatie enclenche des relations plus vertueuses et plus équilibrées sur le plan des hommes et des idées. Nous ne faisons pas assez d’efforts pour soutenir la francophonie, la culture et l’éducation et nous ne faisons pas assez pour améliorer la compréhension entre nos peuples. De ce point de vue on doit bien une décoration à Benjamin Stora qui ne ménage pas ses efforts !

 

La complémentarité entre les deux rives de la Méditerranée est tellement évidente qu’elle peut devenir avec une stratégie intelligente et non revancharde une source de richesse pour nos pays respectifs. Il suffit de penser aux domaines de la recherche scientifique, du progrès technologique, de la production agricole et industrielle et  de l’énergie,  pour se convaincre que la coopération peut devenir une mine de croissance pour nos vieux pays et une accélération vers le progrès pour des populations qui sont encore loin de la satisfaction de leurs besoins de base. La proximité géographique, la langue, l’histoire, sont des atouts puissants, à condition qu’on puisse améliorer la compréhension entre nos peuples, bien dégradée depuis quelques années, par le lancement inconsidéré dans l’opinion de questions inappropriées sur l’identité nationale, l’immigration et l’insécurité.

 

Traditionnellement humaniste et progressiste, la gauche se doit de se saisir de ces questions. Elle n’a pas particulièrement brillé au cours des années mitterrandiennes dans ce domaine malgré quelques efforts méritoires.   Il me semble que le moment est venu de renouveler et restaurer nos alliances avec ces cent millions d’hommes, Marocains, Algériens, Tunisiens et Libyens bourrés d’énergie et d’espérance. La lettre adressée par François Hollande au Président algérien va dans le bon sens en appelant à un langage de vérité, mais elle n’est pas la hauteur du souffle qu’on peut attendre. Mon expérience pendant trente années de coopération me dit que ces sociétés savent répondre positivement à tout signe de respect et de générosité qui leur est adressé.