lalettreducotentin

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

15/10/2012

Aidons Saint François

 

hollande,copé,ps,élections,motions

Edward Hopper, 1929, Chop Suey


A gauche plus qu’ailleurs nous avons l’habitude de brûler ce que nous avons adoré la veille. La tentation est grande aujourd’hui  de nous désolidariser, l’automne venu, des élus pour lesquels nous nous sommes battus au printemps. Au nom de la liberté nous découvrons notre devoir de critiquer notre Président, de brocarder nos ministres et d’étendre notre suspicion à nos députés et à nos sénateurs. Les meilleurs militants du PS ne sont pas épargnés par cette tendance suicidaire. Malgré tout on compte encore  une vieille garde dans nos rangs, douée d’une conscience politique ferme et décidée qui conserve son sang froid. Ces militants connaissent les difficultés qui s’accumulent quand on passe à l’action. Ils savent que les baguettes magiques n’existent pas, que les contre-pouvoirs, et c’est bien ainsi, se tiennent à chaque étage, que la vérité revêt plusieurs facettes et que les intérêts des groupes sociaux sont divergents. Les choix à faire sont permanents et l’addition des mécontents  l’est également. C’est pour cette raison que nous devons en appeler à l’unité et au calme pour appuyer partout l’entreprise gouvernementale.

 

Il faut bien nous dire que nous ne sommes plus dans l’opposition, tâche à laquelle nous nous sommes habitués pendant dix ans. Dans l’opposition,  les critiques, d’où qu’elles viennent,  s’ajoutent,  au détriment du pouvoir en place. On peut faire feu de tout bois. Il n’y a pas d’inconvénient majeur aux tirs confus, croisés ou divergents. Aujourd’hui, nos élus, donc notre Parti, sont aux commandes. Nous nous sommes engagés pour initier une autre politique que celle de l’UMP. Nous avons d’évidence le devoir de réussir. L’action gouvernementale exige de la réflexion, de la pertinence et de la cohérence qui s’évaluent en regard de l’intérêt général. Elle exige aussi de la concertation, de la clarté et de la décision. Nous devons livrer une authentique bataille politique. Pour gagner il faut des chefs, des ordres, de la discipline.

 

Je suis le dernier à aimer ce langage militaire. Mon naturel me porte plutôt à puiser dans l’indépendance d’esprit du franc-tireur, mais je réserve cet individualisme au travail des idées et des propositions, sans en faire un moyen de coaguler les forces, ni de fonder des tendances dans la durée. L’habitude des motions sur lesquelles se rassemblent les militants pour se partager les postes de responsabilité, est acceptable dans l’opposition (et encore) mais elle devient ridicule en cas de situation majoritaire. Pourrait-on jamais croire que la motion 1 (Hollande) prévoit d’empêcher les militants d’exprimer leur avis et qu’il faille cinq textes différents aux quels personne ne comprend goutte pour représenter la diversité du Parti ?

 

Quoiqu’on en dise notre Parti est à la base foncièrement démocratique et devrait fonctionner sur le ressort puissant des majorités d’idées. Le programme du Parti ne devrait pas être élaboré autrement, en prenant soin d'éviter de matérialiser des tendances qui finissent par fonctionner comme des sous partis, où jouent bien d’autres critères que ceux de la pensée politique, par exemple la fidélité au groupe, l’échange de bons procédés et les renvois d’ascenseur. François Hollande lui-même s’est souvent opposé à ces sortes d’écuries destinées à soutenir une personnalité plutôt qu’une ligne d’action bien définie.

 

Finalement cette semaine, les deux tiers des militants socialistes ont sagement approuvé l’option majoritaire et ce sont retenus de donner une image d’irresponsabilité et d’embrouille. Je m’en trouve bien soulagé. Il ne manquerait plus que le PS, cette vieille institution respectable, ce Parti qui vient de redorer son blason pour les vingt ans à venir, en vienne à imiter la foire à tout des Verts ou pis encore, le théâtre de rue mélanchonien. C’est une bonne nouvelle pour François Hollande au quel on reproche tout et son contraire. L’impudence n’a pas de limite : l’illustre vendeur de pains au chocolat Copé ne vient-il pas de sommer le Président de la République de lui répondre « dans la journée » ?