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05/12/2013

Le fiasco scientifique de Séralini

 

 

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Les glaneuses de Millet


Il aura quand même fallu une bonne année pour que la « Food and chemical toxicology » se voie contrainte de retirer l’article de Mr Séralini et de ses sept colistiers !  De ma vie,  je n’ai jamais eu connaissance de pareille procédure. On imagine que les raisons qui ont conduit à son application ont du paraître assez impérieuses pour bouleverser les usages feutrés qui prévalent entre scientifiques. On voit à ce revirement combien la vigilance du comité de lecture et du directeur d’édition William Hayes a été surprise dans cette affaire. Trop souvent, quand un auteur est connu et que l’article revêt toutes les formes requises de la communication scientifique les comités éditoriaux font preuve d’une très grande bienveillance. Je me souviens qu’un même papier fut en première lecture refusé à un quidam pour être accepté ensuite d’un « patron » par une revue américaine très sérieuse. Ce qui est sans grande conséquence quand les conclusions de l’article sont consensuelles. Ce n’était hélas, pas le cas dans le travail de Séralini. Les résultats évoqués étaient tout simplement inattendus, voire révolutionnaires, et ont attiré l’attention de tous les spécialistes.  Comme de surcroît le « papier » faisait partie d’un plan de « com » délibéré (livre, film, télés), nul ne pouvait l’ignorer.

Je ne suis qu’un vieux biologiste de 75 ans à la mémoire défaillante, mais j’ai été moi-même immédiatement indigné par les résultats de Séralini (voir ma chronique Gaz de schistes du 21/09/2012 ). Alerté par la stratégie consistant à présenter des résultats aussi spectaculaires devant les médias sans plus de vérification,  j’ai été choqué par le protocole de recherche et la méthodologie expérimentale. On n’utilise pas des lignées de rats développant spontanément des tumeurs pour démontrer une éventuelle action (fort improbable par ailleurs) de carcinogénèse. J’en ai d’ailleurs piqué une grosse colère qui s’est traduite par une chronique « Séralini le bouffon ! » qui m’a valu une plainte en diffamation devant le TGI de Paris. J’ai retiré cette chronique en attendant la décision du tribunal, car je respecte le droit et la justice de mon pays. Je ne peux pas m’empêcher de penser avec ce dernier rebondissement que je ne suis pas seul dans la protestation.

J’ai été indigné par l’absolu manque de rigueur méthodologique mais je l’ai été tout autant par le mépris des règles déontologiques habituelles. Quand on se retrouve face à des résultats aussi surprenants, on commence par en discuter avec les pairs. Tout chercheur se doit d’exercer son autocritique et d’accepter de soumettre son travail à la sagacité de ses collègues qu’ils soient ou non bienveillants. Si on n’a pas le courage d’affronter cet examen habituellement tacite, c’est qu’on a quelque chose à cacher. Rappelons-nous comment Watson et Cricq ont élaboré leur double hélice dans la confrontation avec la communauté scientifique, certes ils n’ont pas toujours agi comme des modèles de vertu, mais au moins ne se sont-ils pas trompés ! L’opération Séralini ne s’est pas déroulée dans l’ouverture aux autres spécialistes, mais bien au contraire dans le secret et la paranoïa. On a même dû s’interroger sur l’endroit où avait eu lieu l’expérimentation et le suivi des élevages !

Il s’en suit que l’équipe Séralini a pu mettre en œuvre un protocole expérimental que n’importe quel biologiste de base aurait rejeté. Monsieur Séralini plaide la bonne foi et se méfiait semble-t-il de détracteurs payés par Monsanto. Ces mystères étaient bien commodes pour aller jusqu’au bout  d’une démarche scientifique incorrecte. Dans le cas présent, n’importe quel spécialiste admettant  la bonne foi du Professeur est de facto obligé de conclure à son incompétence. La  suite des évènements a parfaitement démontré la réalité de cette malheureuse alternative.

J’ai lu quelque part que la recherche scientifique devait être indépendante. Je pense pour ma part que tous les chercheurs sont motivés par une raison ou une autre qui les inspire au départ et nul n’est un pur esprit. On peut être lié bien sûr par des intérêts financiers mais on peut obéir  aussi à des raisons administratives ou idéologiques, voire de  vindicte personnelle ! L’indépendance n’est pas une condition de la qualité d’un travail de recherche, ce qui compte c’est la rigueur du raisonnement et la pertinence du protocole expérimental. La deuxième condition c’est le refus du secret (quand c’est possible) et la recherche du contrôle des pairs. Il me semble que ces conditions-là font partie de la déontologie universitaire et scientifique. Tout manquement conduit à des catastrophes, tôt ou tard.

Pour ma part j’explique le fiasco des travaux de Séralini par une volonté de démonstration non dépourvue d’idéologie, par le secret entourant la mise en œuvre du protocole et par la paranoïa attribuant aux industriels la volonté de lui nuire. Comment peut-on croire un seul instant qu’une entreprise florissante va risquer de tout perdre en se retrouvant au milieu d’un scandale sanitaire avéré ? Si j’étais actionnaire de Monsanto je proposerais illico de donner à Séralini tout l’argent qu’il veut pour aller au bout de sa démonstration, à la seule condition qu’il soumette ses protocoles expérimentaux à un comité d’experts librement choisi entre les deux parties, à la manière de celui qui vient de prononcer l’annulation du fameux article. Il y va de l’intérêt bien compris de l’entreprise, qui ne saurait se priver d’aucune compétence scientifique, mais aussi de l’avancement de la science. Cette malheureuse polémique contrarie peut-être Monsanto, mais je n’en suis pas sûr, en revanche elle provoque des dégâts sérieux dans les instituts agronomiques européens et nuit dangereusement aux capacités d’évolution de notre agriculture.

12/10/2013

Les dix commandements des Verts - Les OGM jamais ne consommeras

 

 


 

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Vincent Van Gogh, La moisson en Provence


Pour ma part, je ne crois pas que les OGM soient plus toxiques que les pâtes Lustucru, mais ce n’est pas demain qu’on verra le gros Gégé notre Prince des Gastronomes et du Cinéma réunis vanter sur nos écrans les mérites du soja génétiquement modifié. La plupart des gens ont fini par se laisser convaincre que ces mystérieuses créations des agronomes ont quelque chose de diabolique, contraire aux lois de la nature. On peut l’expliquer par la complexité technologique du processus d’obtention de ces nouvelles plantes qui  ne peut être appréhendée sans une certaine connaissance de la biologie et de la génétique actuelles. Comme pour le réchauffement climatique le mystère scientifique permet aux maîtres de la communication de mobiliser l’opinion. Comment expliquer autrement que 80% des gens sont hostiles aux OGM, alors que la plupart des gens ignorent tout bonnement quelle est la réalité et le contenu d’une plante génétiquement modifiée ?

L’aversion « spontanée » du public pour ces plantes « modernes » n’a d’égale que la faveur qu’il accorde au jambon et au fromage bien de chez nous et proclamés tels sur tous les écrans avec l’accent du Berry. Le mode paysan, cher à José Bové a véritablement inspiré nos habitudes alimentaires. La tradition rustique est devenue  la qualité  principale des produits. On ne vante ni la teneur en matière sèche, ni la pureté bactériologique, ni le taux de sucre, la caution du grand père en béret basque suffit. On mesure ainsi toute l’inconséquence de nos consommateurs inspirés par leurs souvenirs du jardin familial, même si les pommes de terre étaient souvent galeuses en ce temps-là  et les tomates nécrosées. J’en veux d’autant plus aux responsables politiques qui enfourchent ce cheval de bataille qu’ils sont conscients de l’ahurissant quiproquo qu’ils construisent à propos de notre agriculture, qu’on détourne ainsi de la modernité.

En attaquant l’agriculture  intensive,  au lieu de combattre ses excès, on jette le bébé avec l’eau du bain. Comme écologiste, je proclame très haut que l’agriculture devra demeurer intensive,  et encore bien plus qu’aujourd’hui. Si nous voulons partager équitablement les territoires entre forêts et cultures, entre montagnes et marais, entre villes et vergers, il faut nécessairement réduire les surfaces labourées même si le nombre de bouches à nourrir augmente. Le seul moyen est d’accroître les rendements à l’hectare et pour atteindre cet objectif les OGM figurent comme l’arme principale.

Il est totalement justifié de contrôler, de diminuer, de supprimer s’il le faut, l’utilisation des pesticides, en particulier celle des insecticides qui sont des poisons redoutables et dans une mesure moindre celle des fongicides et des herbicides. Il se trouve que justement, les plantes génétiquement modifiées sont la voie vers l’obtention de plantes résistantes aux maladies et donc la voie principale pour rendre inutiles tous ces produits dangereux. Encore faudrait-il que le commun des mortels ne range pas dans la même catégorie ces pesticides et les engrais « chimiques » . Ah ! avec chimique tout est dit. Il y a un abîme extraordinaire entre le goût immodéré des Français pour une pharmacopée médicale pléthorique et la répulsion du chimique quand il s’agit d’agriculture !

Toute plante a besoin de sels minéraux (les fameux engrais !) qui sont des sels de N, P, K, S, Ca, Mg,  aux quels il faut ajouter une liste assez longue d’oligoéléments Fe, Co, Mn, Cu…etc). Le CO2 est absorbé par les feuilles lors de la photosynthèse (en rejetant de l’O2) et les sels minéraux par les racines à partir du sol. Le CO2 est inépuisable mais les sels minéraux sont en quantité limitée dans les sols, surtout NPK et on doit les remplacer en apportant des engrais, en proportion de ce que la récolte a prélevé sur le stock. L’agriculture sans engrais nous renvoie au moyen-âge quand on récoltait deux grains pour un. Aujourd’hui nous en sommes à 100 pour un et tout retour en arrière peut déclencher la rareté, la pénurie et la famine des populations les plus exposées.

L’obtention de nouvelles plantes par le génie génétique est donc la voie de recherche indispensable vers de meilleurs produits, moins chers à produire et plus respectueux de l’environnement. On sait que l’azote est un élément indispensable pour les cultures et qu’il faut en apporter des grandes quantités sous forme de nitrates ou d’ammo-nitrates. Or ces substances sont coûteuses à fabriquer par des procédés exigeant beaucoup d’énergie. On sait depuis très longtemps que les légumineuses (luzerne, pois, soja)  sont capables de se ravitailler en utilisant l’azote de l’air avec le concours de bactéries développant sur les racines des nodules réalisant les transformations nécessaires de l’azote gazeux pour l’incorporer dans les protéines végétales.

Imaginons qu’on puisse transférer et renforcer par génie génétique ce providentiel mécanisme  naturel sur des céréales, riz, blé, maïs ! Imaginons les millions de tonnes de nitrates économisées à travers le monde et la régulation qui stopperait les lessivages de nitrates intempestifs à l’origine de la pollution des nappes et des cours d’eau ! C’est donc avec un grand dépit que je vois des esprits soi-disant éclairés jouer contre le camp de la protection de la planète, au nom d’une idéologie mal digérée.

Malgré la réalité des choses observée sur des millions d’hectares de cultures OGM, produisant des centaines de millions de tonnes de céréales consommées dans de grandes parties du monde, les anti-OGM continuent de se battre pour que ces plantes soient interdites en Europe, en utilisant tous les arguments possibles. Ils accusent de conjuration les grandes firmes qualifiées d'empoisonneuses  détroussant les paysans et proclament la toxicité cachée de leurs produits. On nous joue les grands airs du complot international. On accuse Monsanto, mais Monsanto est à coup sûr le sauveur de l’humanité aujourd’hui. Qu’on attelle Bové et Lepage à l’araire de nos ânes d’antan et on verra le résultat ! Aucun de ces arguments ne résiste à l’examen mais dans l’opinion, les OGM sont réprouvés, et la recherche agronomique condamnée ! Les agriculteurs qui m’entourent ici ont vraiment une patience peu commune de se voir chaque jour vilipendés et traités en pestiférés.

Comme pour le réchauffement climatique on a quitté le terrain scientifique pour camper sur la philosophie et la politique, en jouant sur les émotions et les peurs. Pour prouver que la terre se réchauffe on prédit que les cyclones et les typhons vont être plus violents et plus nombreux, que la mer va tout envahir et que les ours blancs vont maigrir. Pour prouver la toxicité des OGM on exhibe des rats avec des tumeurs qui n’ont rien à voir !  Je ne pourrai jamais consentir à une telle dégradation de la logique et du rationnel. J’attends avec impatience un retournement de ce funeste état d’esprit, car l’avenir de nos sociétés en dépend.

29/06/2013

Mettre les éleveurs de rats hors d'état de nuire !

 

 

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Le joueur de flûte de Rembrandt

La légende allemande, née d'un événement étant apparemment survenu le 26 juin 1284, nous a notamment été transmise par les frères Grimm sous le titre Der Rattenfänger von Hameln (L'Attrapeur de rats de Hamelin).


Le Comité de recherche et d'information indépendantes sur le génie génétique (CRIIGEN) est un comité français d'expertise et de conseil, indépendant des producteurs d'OGM, intervenant pour les citoyens, entreprises, associations, groupements, syndicats au niveau juridique, scientifique (santé, environnement), sociologique, technique (étiquetage), notamment pour des dosages d'OGM ainsi qu'au niveau économique. Vaste programme pour une page d’accueil d’un site web extrêmement anonyme,  discret et laconique. Les images ne sont pas plus explicites que le texte, excepté la photographie d’un malheureux rat boursouflé de flamboyantes tumeurs.

On a envie de mieux connaître les responsables de ce Comité de Recherches qui se présente surtout comme en pointe dans la mise en évidence de la toxicité des OGM et des pesticides. Le CRIIGEN, fondé le 1er juin 1991 par l'ancienne Ministre de l'Environnement Corinne Lepage, aidée les professeurs Gilles-Eric Sèralini et Jean-Marie Pelt, est une association régie par la loi du 1er juillet 1901. Il est actuellement présidé par Joël Spiroux de Vendômois, médecin généraliste, homéopathe, acupuncteur et ostéopathe. Son secrétaire général est Jean-Marie Pelt et le président du conseil scientifique est Gilles-Éric Séralini.

On croit comprendre que le maître mot de l’intitulé est « indépendant » c’est-à-dire hors de contrôle des multinationales produisant des OGM. Pour le reste, cette association est tout à fait prête à mener des travaux sous la bannière (ou à la demande ?  ou sous  la protection ? ou avec les subsides ?) de Carrefour et autres sociétés commerciales pour peu qu’elles partagent ses idées.  On doit comprendre aussi que ce comité est avant tout  indépendant  des instances scientifiques  officielles,  obéissant aux règles publiques des Instituts de recherche et des Universités. On a donc affaire à un comité scientifique autoproclamé que d’aucuns, bien avisés, disent appartenir à la science parallèle, une néo-science basée sur des à priori idéologiques où se mêlent religion et paranoïa, à la manière d’une secte. Les principes de base d’une telle démarche sont « Tout le monde à tort sauf nous » et « Nous sommes victimes d’une campagne de dénigrement orchestrées par des puissances occultes, qui y puisent pouvoir et intérêt".  En l’occurrence ce comité a trouvé son ennemi avec la Monsanto, multinationale créatrice d’OGM, dont Mr le professeur Sèralini a mis au jour le « réseau mafieux » qui veut sa perte. On peut trouver beaucoup de détails concernant le CRIIGEN sur le site web imposteurs très bien informé et documenté .

Cette manière de voir est d’autant plus frappante qu’on trouve à la manœuvre une ancienne ministre de l’Environnement (1995-97,  Alain Juppé Premier Ministre) censée donner toute sa respectabilité  politique au Comité en question et qui forme avec MM Pelt et Sèralini un aéropage  associant la science et la politique,  inhabituel pour un comité scientifique. Cela nous renseigne sur les buts poursuivis  qui ne semblent pas uniquement ceux de la science universelle mais paraissent être   liés à des préoccupations idéologiques et politiques. Il suffit de parcourir la carrière de Madame Corinne Lepage pour se convaincre de la constance de son activité politique et électorale qui l’a menée de Génération Ecologie à Cap 21. En octobre 2011 elle a présenté sa candidature aux élections présidentielles de 2012 sur TF1, entourée notamment des membres éminents du bureau du CRIIGEN. Hélas pour elle C. Lepage n’a pas réussi à réunir les cinq cents signatures nécessaires à sa candidature et sa tentative a tourné court.

Cette activité qu’on peut  qualifier d’électorale prouve que  cette équipe de choc est moins attachée à démontrer une vérité scientifique, à laquelle elle ne croit peut-être pas vraiment, qu’à  agir sur l’opinion  pour la convaincre de la toxicité  des OGM, avec les mêmes méthodes qui  ont  instillé avec succès la peur du réchauffement climatique ou l'angoisse anti- nucléaire. L’affichage sur le site Web du CRIIGEN de malheureux rongeurs déformés par des tumeurs illustre cet acharnement. Il ne s’agit pas d’une bataille scientifique mais d’une bataille d’opinion. Nous étions il y a un demi-siècle une nation de gens instruits, intelligents et positivistes, confiants dans les progrès que la science n’a cessé d’apporter au genre humain. Nous sommes devenus une nation trahie par ses élites, avilie par le consumérisme individualiste et trompée par des cinquièmes colonnes d’illuminés qui organisent le dévoiement de la pensée.

Face au CRIIGEN, le Haut Conseil des biotechnologies (HCB) est un organisme public français indépendant chargé d'éclairer la décision publique en matière de biotechnologies, et notamment celles qui concernent les organismes génétiquement modifiés (OGM). Il a été créé par la loi du 25 juin 2008 et placé auprès des ministères chargés de l'Environnement, de l'Agriculture, de la Recherche, de la Santé et de la Consommation, il est constitué de deux comités indépendants : le comité scientifique et le comité économique, éthique et social. Ces comités sont chargés de fournir respectivement des avis et des recommandations. L'ensemble des deux peuvent prononcer des avis dits avis du HCB. Cette configuration a été choisie pour prendre en compte les risques environnementaux et sanitaires des biotechnologies, mais aussi pour évaluer leur impact socio-économique.  

 

Nous avons donc un organisme officiel créé par nos instances démocratiquement  élues et composé de plusieurs dizaines de membres de haut niveau et de différentes spécialités.  Or, dans son avis rendu le 19 octobre 2012, à propos des rats de Sèralini, faisant suite à une expertise pluridisciplinaire, le Comité scientifique (CS) du HCB note que le dispositif expérimental, les outils statistiques utilisés et les interprétations données par les auteurs de l’étude, souffrent de lacunes et faiblesses méthodologiques rédhibitoires, qui ne permettent pas de soutenir les conclusions avancées. Le CS en conclut que l’étude n’apporte aucune information scientifique étayée quant à l’identification d’un éventuel risque sanitaire lié à la consommation de maïs NK603 , traité ou non traité avec du Roundup.

Je demande aux citoyens de bonne foi, qui ont encore la tête sur les épaules, de réfléchir trois minutes. Qui a raison ? Le CRIIGEN, sorte de triumvirat auto constitué sans responsabilité légale,  ou bien le Haut Conseil des Biotechnologies responsable devant la loi et le gouvernement ? Il faut en finir avec ces farces pseudo-scientifiques installées à coups de clairon, en  disant que plus c’est gros, plus ça passe. En faisant l’autruche, nous mettons en danger notre culture et notre civilisation, qui risquent in fine d’être avalées par ces incroyables dévoiements de la pensée.

 

 

15/06/2013

Rats des villes et rats des champs


 

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Les glaneuses de J.F. Millet



Les citadins ont toujours pensé qu’ils étaient bien supérieurs aux bédas.  Les « Parisiens » bien habillés, hâbleurs et prodigues, au moins pendant leurs vacances à la campagne, en ont toujours mis plein la vue aux paysans et aux marins d’ici, depuis que les congés payés existent. Aujourd’hui les perceptions ne sont plus aussi caricaturales et c’est au tour de nos  vacanciers  de rester  baba  devant les drôles de machines qui arpentent nos terres, que ce soit pour récolter les poireaux ou pour « manager » nos vaches laitières. En revanche les citadins qui étouffent dans la fumée incessante de leurs « bagnoles » sont devenus des écolos convaincus et ils recherchent partout, parfois la clope au bec, les molécules coupables de leurs cirrhoses et de leurs cancers. Parmi les pourvoyeurs les plus souvent désignés figurent nos arboriculteurs et nos maraîchers et les agriculteurs en général.

 

 

Oubliant que notre espérance de vie augmente sans discontinuer, il y a toute une fraction de l’opinion qui ne cesse de colporter que nos producteurs agricoles sont des empoisonneurs à petit feu et des pollueurs de la planète. Il me semble qu’il faut de temps en temps garder la tête sur les épaules. Nos écolos songent-ils un seul instant aux millions de tonnes de viande, de lait, de fruits et de légumes, de pain et de céréales qui dégorgent chaque jour de nos supermarchés sans qu’ils causent jamais une colique ou un vomissement ?

Je ne veux pas dire pour autant que tout est impeccable dans les filières car on a vu du cheval se déguiser en bœuf et parfois des E. coli ou des Listeria se glisser dans nos salades. Ces manquements tiennent plus souvent d’ailleurs à la commercialisation qu’à la production. En règle très générale  nos aliments sont d’évidence  d’une incroyable qualité. Ceux qui se plaignent du manque de saveur de nos tomates pourraient aussi se demander comment des milliers de gens peuvent les palper et les triturer au supermarché, sans qu’il n’en reste en fin de journée que des cageots de marmelade ! Que ce soit en qualité ou en quantité nos filières agricoles réalisent la vraie prouesse d’éviter les pénuries en toute saison et même assez souvent par tous temps, grâce à la concurrence permanente entre les régions et même les pays ! On connaît peu de professions capables de résister à de telles contraintes économiques !  N’importe lequel d’entre nous qui travaille un jardin sait ce qu’il faut d’efforts pour produire une botte de radis ou un panier de patates !

 

Malgré ces incroyables performances, nos rats des villes qui restent sourds aux réalités agricoles continuent de soupçonner que notre agriculture nous intoxique chaque jour avec les pesticides et les OGM ! Les partisans du principe de précaution se moquent des vrais dangers parfaitement visibles et prévisibles comme  l’alcool, le tabac et les drogues diverses, y compris le cannabis.  Ceux qu’ils craignent le plus sont ceux qu’ils imaginent  ou qu’ils supposent.

 

Nous savons maintenant doser et rechercher les toxiques même quand ils sont à l’état de traces, quasiment  molécule par molécule et évidemment des traces il y en a partout. Ce sont ces pesticides (et on leur ajoute contre toute vraisemblance les engrais « chimiques ») qui seraient responsables de cancers et affections diverses. Il n’est pas question de nier la dangerosité de cette phytopharmacie, en particulier des insecticides, pour ceux qui les manipulent, ouvriers fabricants et agriculteurs. Le peu que je sais, me fait dire que l’utilisation de ces produits est sévèrement réglementée et que les AMM ne sont données qu’en fonction d’une rémanence adaptée (vie de courte durée). Ces produits  sont souvent  mortels à faible dose et ne sont pas très éloignés des armes de destruction  massive . Par chance nous avons la preuve chaque jour que les risques liés à ces produits ne sont pas alimentaires mais dus plutôt à une manipulation erronée, sans masques, dans le sens du vent, avec des buses mal calibrées ! Je crois qu"aujourd'hui nos agriculteurs sont devenus  des professionnels de haut niveau et qu’ils sont informés des dangers, ce qui est notre meilleure défense contre les excès. Malheureusement ces progrès évidents ne font pas taire nos rats des villes qui ne cessent  leurs campagnes de désinformation.

 

La question des OGM est encore plus grave et destructrice d’avenir. Tous les agriculteurs connaissent l’importance de la qualité des semences et des plants pour une bonne production. Grâce aux manipulations génétiques on a réalisé depuis 20 ans des progrès spectaculaires, mais le plus fort est à venir. A condition toutefois que l’opinion négative forgée par les écolos ne contraigne les chercheurs à se détourner du sujet où à s’expatrier. En France , ce refus des OGM par une forte fraction de l’opinion s’exerce contre toute logique scientifique car aucune observation, aucune expérimentation, aucune recherche n’ont permis d’établir une toxicité quelconque de ces végétaux à la structure génétique modifiée en laboratoire. Malheureusement des scientifiques idéologues comme le Professeur Sèralini, devenu célèbre par son show sur Canal+ avec ses rats cancéreux, continuent à soutenir le contraire par des opérations publicitaires indécentes. Nos agriculteurs et notre agriculture, à cause de ces déplorables attaques risquent de manquer la marche du progrès pour le siècle qui vient.

 

Il est temps de réagir. Les gens de bonne volonté doivent reconnaître à nos agriculteurs l’infinie capacité qu’ils ont de fournir aux consommateurs en quantité et en toute saison des produits accessibles. Quand on pense à l’influence d’un coup de gel, sur le prix des choux et des poireaux, qu’en sera-t-il quand nos agriculteurs seront mis dans l’impossibilité technique de faire leur travail ? Les campagnes de dénigrement de l’agriculture scientifique soi-disant instrumentalisée par quelques multinationales tiennent du délire, de la paranoïa et de l’ignorance. Je pense qu’il y a urgence dans nos sphères politiques à prendre conscience que notre avenir agricole est réellement mis en danger par quelques irresponsables.

18/05/2013

Les hussards noirs de la République


 

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 Léonard de Vinci. La dame à l'hermine

Clarté, pureté, précision, élégance, attention, curiosité, vérité, sérénité.....

 

En 2012, une étude sur des rats, publiée sous la direction de Gilles-Éric Séralini, conclut que l'ingestion de maïs génétiquement modifié NK 603 et/ou de l'herbicide Roundup a des effets tumorigènes et toxiques. Cette étude a été fortement médiatisée, alors que de nombreux chercheurs ont critiqué la méthodologie utilisée et les conclusions qui en sont tirées. S'appuyant sur les avis des autorités sanitaires belge, allemande, danoise, française, italienne et néerlandaise, l'Autorité européenne de sécurité des aliments estime que cette étude est de « qualité scientifique insuffisante pour des évaluations de sécurité »

 (Wikipédia, 2013)

 

Ainsi se termine l’article OGM de la célèbre encyclopédie du Web. J’espère que le grand Professeur Séralini, va porter plainte contre cette institution qui argue de la qualité insuffisante de ses travaux. Je n’ai rien dit d’autre dans mes chroniques même si je l’ai raconté dans un langage un peu plus fleuri, un plus divertissant, un plus ironique, un peu plus indigné, et un peu plus exalté, celui qui convient au polémiste. A ce que je vois notre collègue universitaire veut poursuivre ses blagues de laboratoire tout en exigeant qu’on le prenne au sérieux et qu’on lui conserve toute la respectabilité et la crédibilité qui s’attachent généralement à sa fonction.

 

C’est qu’en effet la fonction de Professeur est éminemment noble et respectable et elle occupe un  niveau élevé dans  la hiérarchie sociale. Jeune étudiant j’étais pétri d’admiration pour ces intellectuels qui nous ouvraient à la connaissance avec une rudesse et une érudition infinies. C’était à un tel point que mes examens oraux étaient un supplice car j’étais intimidé au point d’en perdre la parole. Il est vrai que sortant de mon modeste collège cantonal et de mes pommiers du bocage, ces hérauts de la science représentaient pour moi une catégorie sociale hors d’atteinte, en tout cas véritablement intimidante et supérieure.

 

Ce n’est pas un hasard si, à une époque où les enfants de milieux modestes n’étaient que 5% des  étudiants, le maître qui s’est intéressé à moi était le fils d’un chauffeur de locomotive  et si lui-même était l’élève d’un grand spécialiste dont le fils était rédacteur en chef à l’Huma…Mon accès dans son laboratoire reposait sur un contrat moral de haute tenue, d’où était exclu tout favoritisme et qui reposait sur la dévotion républicaine. Nous étions encore chez les hussards noirs de la République. Cinquante ans plus tard je sais que la vie n’est pas exempte de plaies et bosses, d’avatars et de demi-mesures. J’ai rencontré en beaucoup d’occasions des exemples révoltants, prouvant que les hommes les plus respectables  sont capables de tordre le bras à la réalité quand ça les arrange, universitaires ou pas. Ils confondent le savoir et l’autorité, parfois conçue comme un privilège de classe.

 

Il n’en reste pas moins que j’ai toujours eu de la fierté à enseigner et à présenter à mes étudiants ce que j’estimais les bases d’une véritable démarche scientifique, donnant la primauté à l’intelligence et à l’honnêteté scientifiques. Je leur répétais sans cesse ma maxime favorite : « La connaissance est une richesse qu’on partage, pas un pouvoir qu’on se réserve ». La démarche scientifique doit être désintéressée et fuir la publicité douteuse. C’est dans cet état d’esprit que j’ai vécu la démarche de Séralini comme  un affront personnel, mais aussi comme une honte collective pour notre profession et un abus de la fonction renvoyant à la médiocrité et à la petitesse. Une faute déontologique majeure.

 

Comme j’ai quelques notions de la biologie et de la physiologie du végétal, j’ai immédiatement  critiqué la démarche scientifique de Séralini (voir ma chronique du 23/09/2012) et j’ai remis ça, en redoublant d’ indignation quand je l’ai vu prendre l’initiative de vanter ses résultats douteux devant les média. J’ai également été exaspéré par nos responsables politiques et nos journalistes qui se sont laissés aller jusqu’à la connivence. Il faut que cesse le scandale du silence devant le battage et l’assurance des écolos à moustache, à lunettes vertes  et à code pénal, qui font fi de la rigueur scientifique, qu’ils disqualifient comme « une science officielle » au profit d’une soi-disant vérité qu’on nous cacherait dans je ne sais quelle criminelle intention. On ne nous dit pas tout ! dit avec malice l’humoriste à la robe et au vin rouges ! Elle peut y aller la petite Roumanoff ! elle a de quoi faire et encore des beaux jours devant elle !

Il est peut être urgent de rendre à nos enseignants les missions morales et civiques qu’ils avaient reçues de Jules Ferry pour conduire les jeunes générations au certificat d’études et à l’esprit républicain. Une instruction laïque et obligatoire pour tous  qui a imprégné les meilleurs de nos concitoyens modestes, de ce que j’ai longtemps désigné comme la morale prolétarienne. Celle-ci s’érode aujourd’hui sous les coups du bling-bling, du consumérisme et de l’à-peu-près. Nous devons réagir clairement, ouvertement, constamment, sans avoir peur du ridicule et avec orgueil et fierté