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16/02/2013

Les instits à la lanterne !

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Individuellement nos profs d’école sont plutôt doux, patients et bien élevés. Pour être simple, je les trouve plus Labradors que Dobermans. Je sais aussi combien les instits doivent payer de leur personne pour sortir nos chers petits de l’ignorance enfantine. Ils n’en sont pas toujours remerciés, on en voit  même ramasser des marrons distribués par des parents irascibles. Pire,  les familles  prétendent presque toujours en savoir plus sur l’éducation de nos enfants que les profs eux-mêmes. On peut dire de ce point de vue que le métier est un véritable sacerdoce, assez mal rétribué qui plus est.

 

Nous connaissons tout cela, mais dans cette période de crise où le chômage menace, avec son cortège d’expédients, d’instabilité et de précarité, la  profession offre en revanche à ses titulaires une tranquillité d’esprit, un confort social qu’on ne trouve pas dans tous les secteurs d’activité. Cerise sur le gâteau, les enseignants qui sont en majorité des gens de gauche,  ont en prime  la satisfaction d’avoir un gouvernement de leur choix. On pourrait penser dans ces conditions que les instits allaient faire preuve, après dix mois seulement de Présidence Hollande, d’une certaine patience revendicative. Ce n’est pas malheureusement ce qu’on observe.

 

Plutôt intrigué par les grèves successives de ces dernières semaines, j’ai essayé d’écouter les uns et les autres pour comprendre ce qui se passait. La position syndicale la plus courante est d’émettre un doute sur la nécessité de retourner en classe le mercredi matin, comme avant. Avec un argument massue, il faut en discuter et ne pas imposer une réforme sans concertation. Le deuxième argument c’est que beaucoup de communes n’auront pas les moyens de mettre en place les activités sportives et culturelles prévues et qu’on aura des disparités supplémentaires tenant aux ressources très inégales  des communes. Personne ne conteste en revanche la nécessité de revoir les rythmes scolaires, ni le diagnostic établi tant à droite qu’à gauche depuis déjà de longs mois et qui sont l’objet de la réforme Peillon. Tout le monde est d'accord avec la réforme, mais personne n'en veut parce qu'on redoute qu'elle soit bâclée. Un procès d'intention en somme. Il faut pourtant alléger les classes de l’après-midi qui sont si indigestes à nos enfants. On ne parle pas des salaires, on parle seulement de l'intérêt des enfants. Il en reste des motivations confuses et contradictoires.

 

Malgré toute la bonne volonté qu’on peut y mettre et la sympathie que nous portons à la profession, on a bien du mal à trouver une vraie cohérence aux revendications et à trouver justifié le recours à la grève. Nous y voyons surtout une conjonction des mécontentements alliant le corporatisme de droite, à l’inquiétude métaphysique des écolos et à l’intransigeance idéologique des Front de Gauche. En réalité, la raison de fond est politique et certains d’ultra-gauche utilisent à tout va chaque occasion d’affaiblir le gouvernement Ayrault, en espérant bien ramasser les miettes et caracoler sur fond d’insatisfaction sociale. Les périodes de crise et de tarissement des fonds publics sont particulièrement propices à ce genre de surenchère.

 

A écouter Mélanchon qui a dû manger des grandes quantités de lasagnes à la viande de cheval, cette démarche est légitime. L’échec des socio-démocrates n’aura qu’une seule explication : une politique qui ne serait pas assez radicalement à gauche, sans d’ailleurs trop préciser.  Les votes avec la droite, au Sénat, sont éclairants, la gauche de la gauche est en pleine ambigüité. Honnêtement je préférais Arlette Laguiller qui ne mélangeait pas les genres et tranchait nettement pour la Révolution sans vouloir jouer sur tous les tableaux. Le discours populiste du PC et de ses alliés est traître à la cause parce qu’il est irréaliste et démagogue. Il n’y a pas nécessité pour autant d’en vouloir aux tribuns activistes. Ils représentent une fraction traditionnelle et contestataire qui a toujours existé. En retour, il me paraît tout aussi légitime que le PS se batte contre cette dérive de la manière la plus démocratique qui soit. Il faut expliquer, expliquer, que quoiqu’il en soit, l’Etat devra payer ses dettes, que le secteur public ne peut pas tout et qu’on ne peut obliger personne à acheter des voitures contre son gré. J’appelle ça l’économie de marché. Les socio-démocrates ne veulent pas la révolution, ils veulent seulement plus d’équité dans les rapports sociaux.

 

Ces coups de pied de l’âne de la gauche de la gauche vont laisser des traces, à mesure qu’on s’éloigne des accords antérieurs de respect plus ou moins tacite. Dans cette guerre interne du camp progressiste on se demande qui va y laisser des plumes. Tout le monde probablement.  Le Parti Socialiste doit arrêter de baisser la tête comme s’il se sentait coupable et doit assumer pleinement ses options réformistes sans laisser croire que c’est par défaut,  Si nous croyons à notre politique, nous devons l’expliquer et la défendre avec fierté et conviction.  Il faut  cesser de penser que les élections se gagnent à gauche pour gouverner ensuite à droite. Ce qui est majoritaire aujourd’hui à gauche est incontestablement la social-démocratie et rien d’autre, comme l’a montré l’élection présidentielle. La seule chose qu’on attend vraiment d’elle c’est un retournement de la conjoncture qui fasse diminuer l’injustice des injustices, le chômage, cet objectif mérite tous nos efforts et nos sacrifices.

26/05/2010

D'une rive à l'autre

mur_israel 2.jpgLa France est un vieux pays, disait de Villepin et les autres pays membres de l'Union Européenne,  tout autant. Je les soupçonne d'être paralysés par leurs héritages, certes fondateurs pour l'humanité toute entière, mais  encombrants et très lourds à porter. Ils sont incapables aujourd'hui d'imaginer, de créer, de  réinventer. Il suffit d'observer maintenant en comparaison, l'Amérique d'Obama galoper, la Chine  folle d'énergie  exploser , et le Brésil devenu subitement conscient de sa continentale puissance, s'imposer.

 

Pendant ce temps là, Angela Merkel se bat avec ses démons boutiquiers du siècle dernier, les Anglais s'entêtent dans leur ridicule isolement et les Français jouent à cache cache politique, droite et gauche  affublées de burkas idéologiques, juste bonnes à dissimuler leurs ambitions électorales et carriéristes. Nous avons pourtant sur les bras une jeunesse explosive qui s'agite dans nos quartiers, nous avons des Universités qui débordent d'étudiants et des armées d'ingénieurs hyper doués qui piaffent dans nos usines.


Alors pourquoi on n'avance pas ?


J'ai ma petite idée sur la question. Je vais essayer de la dire. Je sais aussi de quoi on va m'accuser, sans doute aussi vais-je recevoir des insultes. Il faut quand même tenter. Nous n'avançons pas parce que nous sommes sur la défensive. Ceux là mêmes qui ont les poches pleines et vivent fort bien par ces temps de crise, sont rassasiés et n'ont que l'ambition de conserver leurs sous et leurs privilèges.Nous avons pourtant une Nouvelle Frontière qui s'ouvre à nous, comme au temps de la ruée vers l'or aux States. Je veux parler de cette immense Afrique à commencer par celle du Nord, ce magnifique espace méditerranéen, d'ou sont issues nos civilisations gréco-romaines et nos religions du Livre.


Vincent Peillon vient de présenter au Parlement Européen son rapport pour l'Union Méditerranéenne et il ouvre des pistes pour relancer des actions politiques d'entente, fructueuses pour les peuples de tous nos pays.

Il cite des thèmes bien concrets et pas si difficiles à organiser :

- la promotion d’un Erasmus euroméditerranéen,

- une chaîne de télévision euroméditerranéenne

- la facilitation progressive de la libre circulation entre les deux rives,

- la convergence des politiques agricoles euro-méditerranéennes,

- une stratégie euro-méditerranéenne pour l’efficacité énergétique.

J'ajouterais un Institut euro-méditerranéen de développement sis  à Tunis, qui soit un lieu de rencontre entre tous les chercheurs,  spécialistes et experts de la zone.


Ayant travaillé de longues années en Algérie dont je me considère comme un citoyen, j'approuve sans nuances l'esprit de ce rapport et je suis convaincu de la puissante fécondité de tels projets. On pourrait se demander  pourquoi dans ces conditions il ne se passe rien. On comprend  qu'en France les pieds-noirs massés sur la Côte, là d'où justement on peut s'envoler pour le Maghreb, gardent une sorte de nostalgie enkystée dans leur traumatisme et mise en mémoire comme un mythique "crime anti-français", qui les paralyse. On les a vus réagir à propos du film "Les Hors la Loi", avec une insoupçonnable virulence. Je suis sûr malgré tout, qu'ils seraient faciles à retourner,  amoureux qu'ils sont de la Belle Algérie.


Le vrai motif, c'est la question d'Israêl, à laquelle se sont ralliés tous les Juifs de France ou d'ailleurs. Les tenants du Grand Israël repousseront aussi longtemps qu'ils le pourront toute solution de paix avec les Arabes du Moyen Orient et du Maghreb. Ils en ont les moyens financiers et politiques. La crise palestinienne paralyse et paralysera encore longtemps toute issue positive à la soi-disant guerre des civilisations. Je  dis sincèrement aux juifs de bonne volonté, qu'ils enfoncent aujourd'hui l'Europe toute entière dans leurs querelles tribales. Ils perdent chaque jour des faveurs dans l'opinion (Dieu sait pourtant si ils les ont payées au prix fort). Devant la crise ou plutôt les crises à répétition, il faudra bien trouver un jour des boucs émissaires. Il est temps, grand temps, si ils en sont encore capables derrière leur mur, de ranger les bazookas et d'avancer des propositions de Paix . Le mur de béton n'est qu'un symbole bien visible qui pourra un jour être détruit, hélas  le mur mental qu'ils ont dressé entre leur nation et le reste du monde est autrement plus dangereux pour eux-mêmes.

Post scriptum

Des personnalités juives européennes engagées pour une paix entre Israéliens et Palestiniens ont lancé un "appel à la raison". Le mouvement, intitulé J Call, pour "European Jewish Call for Reason", a été lancé début mai à Bruxelles lors d'une réunion au Parlement européen. Parmi les signataires figurent notamment Elie Chouraqui, cinéaste, Daniel Cohn-Bendit, député Vert européen, Elisabeth de Fontenay, philosophe, Georges Kiejman, ancien ministre et avocat, Bernard-Henri Lévy, philosophe, Pierre Nora, historien. (Le Monde 27/05/2010)