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23/11/2013

Les rastaquouères

Tamara de Lampicka, 1925  - Le docteur Bourcart

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J’aime ce mot comme un bibelot que j’aurais acheté aux Puces, avec tout ce qu’il faut de désuet et de poétique. Les rastaquouères étaient à la Belle Epoque des marchands de peau de lapin, aux revenus mal identifiés mais qui portaient beau. Ils avaient des bijoux voyants et des gilets trop neufs. Ils fréquentaient les endroits de la haute, la Côte d’Azur, les palaces et les salles de jeu. Mais surtout, pièce essentielle du dossier, ils avaient « oublié leur propre langue sans avoir eu le temps d’apprendre la nôtre ». Ils s’exprimaient donc dans un pataouète incertain qui roulait les R sans aucun respect pour la grammaire ou l’orthographe. A l’origine,  personnages hauts en couleurs d’Amérique du Sud, ils furent rejoints par les Libanais ou les Turcs et tous les Levantins au statut mal défini, renforcés enfin par les Méditerranéens de tout acabit, Majorquins, Maltais, Espagnols ou Italiens et bien sûr Juifs et Arméniens de tous les pays ! Ashkénazes et Sépharades, Stambouliotes ! Les rastaquouères sont vite devenus des étrangers sans souci et sans éducation, très voyants et mal appris, envahisseurs et parasites. Les rastaquouères étaient donc des immigrés qui nous faisaient l’insulte d’être ostensiblement riches,  en occupant  un rang trop visible dans notre société besogneuse et bourgeoise. Rastaquouère est finalement devenu un terme péjoratif, une insulte, un quolibet, qu’on applique à une sorte de bougnoule qui bénéficie de moyens d’existence conséquents, mais suspects d’illégalité et moralement douteux. Un maquereau qui ferait travailler une dizaine de  putes pourrait donner l’illusion d’être un honnête rastaquouère.

En traitant François Hollande et son gouvernement « de bande de rastaquouères », Jean Luc Mélanchon s’est une fois encore rangé dans le camp des imprécateurs inconséquents. On pense à Léon Blum, dont on parle si peu aujourd’hui et à Pierre Mendès-France, qui ont probablement (mais je n’ai rien vérifié) représenté en leur temps les prototypes des rastaquouères politiques. L’homme à la cravate rouge a pété les plombs. En pleine tempête d’extrême-droite affichant des forcenés  brandissant des bananes devant la Garde des Sceaux, le leader du Front de gauche nous replonge dans les horreurs des Croix de Feu et des ennemis du Front Populaire. Calme-toi Camarade ! Tais-toi ! Tourne sept fois ta langue dans ta goule déboussolée ! Tes anciens amis du Parti Socialiste seraient donc maintenant du parti de l’étranger, des banquiers apatrides et du sionisme le plus vulgaire ? Car aujourd’hui nous sommes, en plein bras de fer avec l’Iran pour ouvrir en équilibristes le chemin de crête abyssal de la paix en Palestine. François Hollande, rastaquouère en chef, vient de se mettre en situation de réaffirmer bien haut la position de la France soutenant deux Etats, l’israélien et le palestinien, qui partageraient Jérusalem  comme capitale. Faut-il en faire un désopilant guignol ?

Mélanchon, toi qui viens des collines incandescentes d’Oranie, tu ne crois pas que ta place serait de t’atteler au timon plutôt que de vilipender et déconsidérer l’attelage ? Tu ne vois pas à Gauche tout ce que tu pourrais faire d’utile pour que l’opinion comprenne en France les enjeux et les drames de cette historique tragédie ? Mélanchon, tu es aveuglé par tes combats, tu es emporté par tes colères. En réalité tu es perdu pour la cause de la justice et du progrès. Les sarcasmes et les fantasmes n’ont jamais servi ceux que tu veux défendre. Et puisque tu prétends que les rastaquouères sont nuisibles au pays, alors je suis aussi un rastaquouère !  Economiquement suspect et moralement douteux. En revanche je suis  politiquement intraitable !  Nous sommes tous des citoyens ! On ne peut exclure personne ! On ne peut s’assoir à la table commune en crachant dans la soupe !

Je m’adresse à toi Mélanchon, mais je m’adresse aussi à ceux de mon Parti. Nous sommes si prompts à démolir ce que nous avons bâti. La colle des affiches n’est pas encore sèche qu’on s’empresse de descendre le candidat qui vient d’être élu ! La même chose avec notre gouvernement, les demi-sels veulent y aller de leur petite musique, changer les ministres, donner leur avis, faire les importants ! Il est vrai que dans la sphère du Parti, il y a des places à prendre, des hochets, des prébendes, chacun veut mettre son doigt dans la confiture. On le voit avec les listes de candidats pour les Européennes. Le petit chef se sent l’âme d’un cheval de course, et soutient son écurie. Les dents sont longues et les roquets visent toujours les mollets !

La chasse au Président François Hollande ne va pas s’arrêter de sitôt. Les chiens ne vont pas cesser d’aboyer avant longtemps. La réforme des rythmes scolaires et surtout les difficultés liées au périscolaire sont présentées comme le mal absolu depuis des semaines par l’UMP. Il faut chasser Ayrault du congrès des Maires de France, on met le Président au défi d’y paraître, l’explosion est programmée une fois encore ! Et puis, patatras ! Une fois encore rien ne se passe !

Les droites tentent également de dresser les Français contre l’impôt, au risque de renouveler aujourd’hui les bataillons du poujadisme pas tout à fait disparu. De fait, dans tout le pays des corporations réclament, exigent leur dù, y compris les aristocrates de l’agriculture, je parle des céréaliers, qui ont pourtant bénéficié de prix avantageux ces dernières années. Ils se plaignent des taxes mais veulent encaisser toutes les subventions !!! Surtout pas les partager un peu avec leurs frères éleveurs. On ne peut pas faire mieux dans l’égoïsme et la cécité économique ! Bravo monsieur Jacob !

Depuis l’élection de F. Hollande, toutes les grandes gueules de la politique et des médias en appellent à son échec. Un échec qu’on espère, qu’on prévoit, qu’on programme à maintes et maintes reprises, l’issue fatale se compte en semaines, en mois, à la fin de cette année ou bien de la suivante ! On fait dégringoler les sondages d’opinion chaque matin. On se demande où trouver un dernier  partisan  pour soutenir le Président !  A coup sûr on va avoir le tsunami bancaire, la désertification économique, l’inondation fiscale, la montée des eaux du chômage, l’incendie social…Nous avons un gouvernement d’incapables, d’usurpateurs, de menteurs, d’amateurs, de pieds nickelés incohérents et ridicules, sans légitimité et sans majorité. On crie à la démission, à la dissolution !  Même si le budget est voté par 320 voix pour et 240 contre ! Non Messieurs le pire n’est pas toujours sûr !

Tôt ou tard, les bonnes nouvelles vont faire boule de neige. Au dehors, le Mali, les otages libérés, les nouvelles cartes en Iran et au Moyen Orient, la place faite au SPD en Allemagne avec une nouvelle donne européenne. Au-dedans, le contrat compétitivité, les retraites stabilisées, la diminution du chômage des jeunes et…l’accolade à Chirac, sans compter la qualification des Bleus. Saint François est bien seul depuis son élection. En campagne électorale on peut rassembler les espérances, mais  au gouvernement on en est réduit à fédérer les mécontents, parce que on ne peut pas tout et son contraire et qu’on doit faire des choix. Malgré tout je suis plus confiant que jamais dans les capacités politiques du Président et de Jean Marc Ayrault. Dans le camp des progressistes il faudrait bien se souvenir qu’une Présidence de gauche est un moment rare pour faire avancer la société. La combattre, la fragiliser c’est jouer contre son camp. Heureusement l’équipe au pouvoir est bien plus solide qu’on le dit et je suis sûr qu’elle marquera l’histoire. Ainsi soit-il

01/02/2013

Le bedeau de saint François

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 Le bedeau (custo) de Saint-Pierre-Eglise porte l'eau bénite (photo Legoubey)

Dédé a eu bien raison de me désigner comme le sacristain du bon Corrézien à propos de ma dernière chronique. C’est d’ailleurs un poste que j’ai mis un certain temps à mériter. Dès que sa candidature a été citée dans les média, j’ai tout de suite vu que je devais m’inscrire dans le sillage de cet homme de mérite, dont je n’ai pas douté un seul instant, qu’avec de la chance, il atteindrait la béatification, et plus tard la canonisation. Nous vivons aujourd’hui l’émergence publique d’un saint homme et j’éprouve beaucoup de satisfaction intime, de sérénité et d’optimisme à penser que l’avenir de notre pays est dans de bonnes mains. Une référence de la social-démocratie qui marquera la première moitié du XXI° de la politique française et européenne, est  en cours d’élaboration. François Hollande figurera en bonne place dans la liturgie du PS pour les cinquante ans à venir. Mais j’admets que tout un chacun ne puisse pas faire preuve de la même lucidité prédictive et de la même perspicacité historique.

 

Ma dévotion peut faire sourire, elle doit faire sourire, car j’ai toujours répété, j’ai sans cesse appris et j’ai vérifié à de nombreuses reprises l’exactitude de ma maxime personnelle : « Quand je vois un Chef, je mets mon pistolet sur la table ». Je dois dire qu’il m’est arrivé parfois de m’en servir, au bénéfice de la libre pensée et bien souvent au détriment de ma gamelle. D’où viennent donc la confiance naïve et la sympathie que j’éprouve envers notre Président ? L’âge peut-être ? L’affadissement sénile ? Un manque de testostérone ?  Tout peut arriver avec les rides et les cheveux blancs.

 

Pour être sincère, j’ai appris que bien souvent, dans les hiérarchies sociales on trouve aux étages élevés de l’esprit, des bons à rien, des parasites et même des carrément nuisibles. En retour,   on y rencontre exceptionnellement et par bonheur  l’homme ou la femme irremplaçable, celui ou celle qui fait avancer les choses, le « right man at the right place » ; celui ou celle qu’il ne faut pas rater et qui peut vous sauver pour dix ou vingt ans, celui ou celle que vous ne pouvez plus oublier parce que sa contribution à votre effort de vie reste gravée ad vitam aeternam. J’en ai rencontré deux ou trois de cette pointure qui ont changé mon existence en m’offrant au bon moment le ressort intellectuel qui me manquait. Ces personnes-là m’ont fait ce que je suis. Je leur dois infiniment.

 

Je n’ai pas plus de réserves au sujet de François Hollande que je n’en ai eu en son temps pour Michel Rocard. Hollande est un démocrate bien entouré, bien élevé ; aux convictions solides. Si je le compare à Sarkozy, je vois un océan de différences qui fait que je n’ai jamais pu supporter l’un alors que j’ai toujours apprécié l’autre, et ceci indépendamment de la politique elle-même. Comme disent les DRH, le « savoir-être » est une notion essentielle pour la compréhension  entre deux personnes. Pour ma part je ne crois pas aux « sauveurs de la nation » ni aux hommes providentiels. Nul n’est irremplaçable, mais dans le puzzle de la vie, il se trouve que la bonne pièce doit s’installer au bon moment.

 

La qualité primordiale d’un homme de bien qui est aux commandes est de manifester un solide humour en toutes circonstances. L’ironie et la distance s’exercent non pas sur autrui mais sur soi-même. La deuxième qualité est la modestie, le petit dur de cour d’école qui menace et qui se vante en proclamant ses victoires avant de les avoir obtenues est insupportable. La troisième qualité d’un Chef est de se donner du temps, celui de la réflexion, de la concertation et éventuellement de la négociation. Un Chef d’Etat est plutôt un guide qu’un sous-commandant de patrouille. Je crois à l’intelligence : celle d’un Président doit être bien supérieure à la simple ambition du pouvoir. On sollicite les suffrages parce qu’on s’est convaincu qu’on peut apporter du positif à ses concitoyens.

 

Je discerne toutes ces qualités chez notre Président actuel. On peut me soupçonner d’être un cireur de godasses et un thuriféraire, mais je n’en ai cure. Mon adhésion est intellectuelle et raisonnable même si je m’avance au gré de mes intuitions et de mes songeries. Nous pouvons dès maintenant mesurer le chemin parcouru en moins d’un an et je n’arrive pas à me donner tort. Il se peut qu’un jour je sois obligé de réviser mon jugement et je ne manquerai pas d’en faire état, du moins je le souhaite. Malgré tout je ne crois pas à un éventuel retournement. Il n’y a aucune raison pour que les qualités du Corrézien fondent au soleil comme une petite neige de printemps.