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23/01/2010

Leçon d'agriculture

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Hier soir, 22 janvier Henri Nallet a prononcé une conférence sur l'avenir de l'agriculture française et plus spécialement de celle de notre Cotentin, qui comme chacun sait, abrite autant de vaches que d'habitants, sans compter les moutons, les porcs,  les chevaux et...les vétérinaires. L'assistance était donc nombreuse dans cette petite salle de l'Hôtel Dieu à Valognes. J'ai assisté à pas mal de  conférences dans ma vie et j'en ai moi même commis, mais je n'ai jamais vécu cette qualité d'échange entre les auditeurs et l'orateur. Il n'y avait point d'effets de tribune cependant de la part de l'ancien ministre, qui se limitait à un effort d'empathie modeste le plaçant au diapason de l'auditoire, pour l'essentiel composé de ruraux , professionnels du secteur et d'élus locaux. Sur la manière, j'ai pris une leçon et ça m'a rempli d'aise car on n'a pas tous les jours l'occasion de s'enrichir.

 

Sur le fond, on ne pouvait qu'admirer la construction synthétique du propos, bâti sur un constat : les interrogations sur la fonction agricole ne datent pas d'aujourd'hui, elles ont toujours accompagné les grandes évolutions de la société française, tant il est vrai que cette activité dépend de nombre de facteurs qui n'ont rien à voir avec l'agriculture proprement dite. Après la dernière guerre la France s'est industrialisée et urbanisée offrant un vaste marché aux paysans qui avaient pu demeurer sur leurs terres. Avec l'aide des américains mais aussi du formidable effort de recherche et d'encadrement, notre agriculture a relevé le défi et nourri au meilleur prix les millions de citadins occupés dans l'industrie et les services.

 

Mais ce bond formidable a forcément trouvé son point d'équilibre avec la fin des trente glorieuses et l'explosion des crises industrielles et pétrolières.  De la pénurie on est passés à la surproduction. On a résolu le problème par l'instauration des quotas et on a de cette manière maîtrisé les variations de l'offre et de la demande. La mondialisation et l'arrivée sur le marché mondial des grands pays émergents comme l'Inde, la Chine et le Brésil viennent une nouvelle fois de remettre en cause les fragiles équilibres. Le défi est de nourrir 9 milliards d'êtres humains en 2050.Exit les quotas et les aides. Les agriculteurs français se trouvent à nouveau dans une zone de turbulence rendant leurs revenus aléatoires.


Une nouvelle agriculture est à inventer, comme toujours par une nouvelle adaptation au marché . Cette agriculture devra être de qualité, très productive et respectueuse de l'environnement. L'adaptation ne se fera pas avec moins de plus value agronomique, mais avec plus de science et plus de pertinence technologique. Il faudra maintenir les aides mais elles devront être couplées au processus d'adaptation. Ce processus c'est aux agriculteurs eux mêmes de l'inventer avec leurs associations professionnelles, leurs instituts techniques et les services de la recherche agronomique. L'élaboration d'un parcours de modernisation demandera beaucoup d'efforts de créativité et de consensus. L'enjeu est de taille :depuis toujours en France le secteur agricole est fournisseur de devises et d'emplois non délocalisables. La production agricole est une formidable ressource pour notre pays et pour notre Cotentin en particulier.

 

Il faut remercier Henri Nallet de ne pas avoir lâché prise devant les sirènes écolo qui prêchent partout le retour à la terre et à une agriculture de paysans  chimérique. On ne dira jamais assez  que le gardien de chèvres moustachu et ses commandos de faucheurs travaillent contre le camp des agriculteurs et hypothèquent gravement la survie du secteur  (ça,


c'est moi qui le dit pas le conférencier). Vraiment hier j'ai assisté à une grande leçon d'agronomie.