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21/05/2010

La guerre des leurres

toto5.JPGA force d'entendre qu'on ne doit pas faire payer demain à nos petits enfants, le beurre qu'on étale sur nos tartines aujourd'hui, on finirait par y croire. Entre les écolos qui prétendent que la terre ne nous appartient pas et qu'on doit la transmettre intacte aux générations qui viennent et les banquiers qui décident d'un coup que nous sommes d'égoïstes "réquerpisseus"*, je me demande bien si je vais pouvoir continuer à jouir l'âme en paix de ma modeste retraite. Il n'y a rien de plus injuste pour un grand père qui s'apprête à transmettre son patrimoine à ses enfants et à ses petits enfants que de lui dire qu'il  est en train de les ruiner.


On voit bien que cet argument n'a aucun sens : nous recevons à notre naissance bien plus que nous ne pourrons jamais dépenser, cathédrales,routes, ports, usines, maisons, bibliothèques, cinema, télévision, universités. Le petit qui naît aujourd'hui est en réalité couvert de cadeaux dès sa naissance, de la sage femme qui lui imprime son premier cri à tous ses premiers vaccins et à ses biberons  vitaminés . Il ne paiera jamais lui, tous les bancs d'école qu'il usera de ses culottes à la mode.


Mais c'est un plaisir pour nos politiques d'égarer le peuple par des leurres sans cesse agités. Les conservateurs d'aujourd'hui ont été les premiers à assécher les caisses de l'état pour mieux justifier leur dogme du trop d'état qui nuit. Ils ont si bien vidé les coffres qu'ils  sont maintenant pris au dépourvu. Leurs serviteurs et alliés  capitalistes rentiers,  sont devenus des ogres qui cherchent partout des enfants à dévorer. Tout se passe  comme si le système devenait anthropophage pour survivre. La gale financière qui nous pèle le dos depuis des lustres, court à sa perte en minant le système qui le nourrit. On a eu une première alerte,  avec les banques sur le point de s'effondrer. Leurs  valets politiques les ont remises sur pied avec de la monnaie de singe empruntée à notre nom. Le casino a été relancé et la crise aussi.


Saint DSK qui a une mine de bien honnête homme et fort sympathique a trouvé le reméde : il faut relancer la croissance . La vraie bonne oseille est celle du travail. Au boulot braves gens, il faut remplir les caisses au plus vite et au meilleur prix, c'est à dire dans la rigueur et l'austérité. Se serrer la ceinture. A vrai dire je ne vois pas pourquoi les grecs seuls pourraient profiter des Cyclades, je vous le dis à vous les jeunes qui pouvez encore profiter du soleil et des voyages, prenez de suite des vacances. Inutile de moudre du grain pour engraisser nos parasites.


Pourquoi se précipiter au boulot avant que ces messieurs inquiets  aient décidé de stopper ce Las Végas planétaire qu'ils font tourner dans les places financières du monde entier ?  DSK ou pas il y a bien quelque chose qui cloche et qui ne va pas réapparaître du jour au lendemain : ça s'appelle la confiance ! Tonnerre dans son herbage florissant me regarde avec commisération. Il se demande si moi son maître, vieil homme averti,  sachant lire et écrire, je vais encore tomber dans le panneau.

 

*requerpisseus veut dire en patois, dépensier, on dit par exemple : A grand amasseus, grand requerpisseus (A père avare, fils prodigue)


 

 


17/04/2010

Mourir pour mourir, je préfère mourir vieux

 

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Et je ne suis pas le seul : il suffit de voir tous ces sexagénaires s'ébaudir dans les salons d'aéroport ou sur les plages tropicales, entre deux palmiers complaisants. Je ne partage pas ces plaisirs futiles de l'hédonisme primaire car je trouve que c'est dans la tête qu'on se fabrique les plus beaux voyages, c'est bien plus beau, c'est moins fatiguant et on ne risque pas d'attraper bêtement le choléra.


Assuré du pain quotidien, d'un vrai  toit et de la chaleur d'un  bon feu (nonobstant le réchauffement climatique), qui sont les luxes indispensables aux personnes âgées en bonne santé approximative, on peut concevoir le vieillissement, non pas comme un naufrage, mais comme l' ascension de l'ultime montagne.


Malgré mes rhumatismes et mon souffle court je ne m'imagine  pas dans une descente qui ne pourrait mener à terme que six pieds sous terre. J'ai plutôt conscience de gravir doucement, un à un, les degrés d'une valeur qui m'est chère, celle de la liberté. L'escalier de cette tour là, qui est la mère de toutes les dignités, est interminable. A chaque palier on laisse derrière soi toutes les chaînes. Close la dépendance du patron, close l'urgence de l'éducation des enfants, closes les amours égoïstes et désajustées, closes mêmes,  les peurs du lendemain et de la mort.


Je comprends le désespoir et la douleur qu'engendre la mort des hommes et des femmes encore jeunes. Un sentiment d'inachevé. Une réelle injustice . Une sorte de gaspillage des ressources génétiques et sociologiques du groupe. Je n'en finis pas de m'apitoyer sur la mort de mon père à trente deux ans et de m'affliger de celle de mes amis éteints trop tôt. Ils auraient pu faire tant de choses en restant en vie. Rimbaud, Mozart, combien d'autres ?


Je vois  bien que la vraie raison du sourire béat du vieillard est la satisfaction du destin accompli, que nul accident ne peut plus interrompre. Quand le regard s'estompe et que la petite musique de la vie s'assourdit dans des artères qui se referment, le vieil homme (ou femme) devenu sage enfin, peut lâcher la rampe et faire un signe de la main à ceux qui restent. Cependant «si  rien n'est plus sûr  que la mort,  rien n'est moins certain que l'heure d'ycelle... »



En attendant, avec l'esprit plus libre que jamais, il n'y a pas de meilleure place pour profiter de la vie. Esprit libre, esprit fort. Les hommes libres sont des héros. Si vous avez bien suivi mon raisonnement, il s'en suit que vieillir est un acte héroïque. Alors si vous croisez un ancêtre au pas hésitant et au regard vague, saluez le gentiment, il a vaincu pour de bon toutes les peurs du monde.