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05/12/2013

Le fiasco scientifique de Séralini

 

 

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Les glaneuses de Millet


Il aura quand même fallu une bonne année pour que la « Food and chemical toxicology » se voie contrainte de retirer l’article de Mr Séralini et de ses sept colistiers !  De ma vie,  je n’ai jamais eu connaissance de pareille procédure. On imagine que les raisons qui ont conduit à son application ont du paraître assez impérieuses pour bouleverser les usages feutrés qui prévalent entre scientifiques. On voit à ce revirement combien la vigilance du comité de lecture et du directeur d’édition William Hayes a été surprise dans cette affaire. Trop souvent, quand un auteur est connu et que l’article revêt toutes les formes requises de la communication scientifique les comités éditoriaux font preuve d’une très grande bienveillance. Je me souviens qu’un même papier fut en première lecture refusé à un quidam pour être accepté ensuite d’un « patron » par une revue américaine très sérieuse. Ce qui est sans grande conséquence quand les conclusions de l’article sont consensuelles. Ce n’était hélas, pas le cas dans le travail de Séralini. Les résultats évoqués étaient tout simplement inattendus, voire révolutionnaires, et ont attiré l’attention de tous les spécialistes.  Comme de surcroît le « papier » faisait partie d’un plan de « com » délibéré (livre, film, télés), nul ne pouvait l’ignorer.

Je ne suis qu’un vieux biologiste de 75 ans à la mémoire défaillante, mais j’ai été moi-même immédiatement indigné par les résultats de Séralini (voir ma chronique Gaz de schistes du 21/09/2012 ). Alerté par la stratégie consistant à présenter des résultats aussi spectaculaires devant les médias sans plus de vérification,  j’ai été choqué par le protocole de recherche et la méthodologie expérimentale. On n’utilise pas des lignées de rats développant spontanément des tumeurs pour démontrer une éventuelle action (fort improbable par ailleurs) de carcinogénèse. J’en ai d’ailleurs piqué une grosse colère qui s’est traduite par une chronique « Séralini le bouffon ! » qui m’a valu une plainte en diffamation devant le TGI de Paris. J’ai retiré cette chronique en attendant la décision du tribunal, car je respecte le droit et la justice de mon pays. Je ne peux pas m’empêcher de penser avec ce dernier rebondissement que je ne suis pas seul dans la protestation.

J’ai été indigné par l’absolu manque de rigueur méthodologique mais je l’ai été tout autant par le mépris des règles déontologiques habituelles. Quand on se retrouve face à des résultats aussi surprenants, on commence par en discuter avec les pairs. Tout chercheur se doit d’exercer son autocritique et d’accepter de soumettre son travail à la sagacité de ses collègues qu’ils soient ou non bienveillants. Si on n’a pas le courage d’affronter cet examen habituellement tacite, c’est qu’on a quelque chose à cacher. Rappelons-nous comment Watson et Cricq ont élaboré leur double hélice dans la confrontation avec la communauté scientifique, certes ils n’ont pas toujours agi comme des modèles de vertu, mais au moins ne se sont-ils pas trompés ! L’opération Séralini ne s’est pas déroulée dans l’ouverture aux autres spécialistes, mais bien au contraire dans le secret et la paranoïa. On a même dû s’interroger sur l’endroit où avait eu lieu l’expérimentation et le suivi des élevages !

Il s’en suit que l’équipe Séralini a pu mettre en œuvre un protocole expérimental que n’importe quel biologiste de base aurait rejeté. Monsieur Séralini plaide la bonne foi et se méfiait semble-t-il de détracteurs payés par Monsanto. Ces mystères étaient bien commodes pour aller jusqu’au bout  d’une démarche scientifique incorrecte. Dans le cas présent, n’importe quel spécialiste admettant  la bonne foi du Professeur est de facto obligé de conclure à son incompétence. La  suite des évènements a parfaitement démontré la réalité de cette malheureuse alternative.

J’ai lu quelque part que la recherche scientifique devait être indépendante. Je pense pour ma part que tous les chercheurs sont motivés par une raison ou une autre qui les inspire au départ et nul n’est un pur esprit. On peut être lié bien sûr par des intérêts financiers mais on peut obéir  aussi à des raisons administratives ou idéologiques, voire de  vindicte personnelle ! L’indépendance n’est pas une condition de la qualité d’un travail de recherche, ce qui compte c’est la rigueur du raisonnement et la pertinence du protocole expérimental. La deuxième condition c’est le refus du secret (quand c’est possible) et la recherche du contrôle des pairs. Il me semble que ces conditions-là font partie de la déontologie universitaire et scientifique. Tout manquement conduit à des catastrophes, tôt ou tard.

Pour ma part j’explique le fiasco des travaux de Séralini par une volonté de démonstration non dépourvue d’idéologie, par le secret entourant la mise en œuvre du protocole et par la paranoïa attribuant aux industriels la volonté de lui nuire. Comment peut-on croire un seul instant qu’une entreprise florissante va risquer de tout perdre en se retrouvant au milieu d’un scandale sanitaire avéré ? Si j’étais actionnaire de Monsanto je proposerais illico de donner à Séralini tout l’argent qu’il veut pour aller au bout de sa démonstration, à la seule condition qu’il soumette ses protocoles expérimentaux à un comité d’experts librement choisi entre les deux parties, à la manière de celui qui vient de prononcer l’annulation du fameux article. Il y va de l’intérêt bien compris de l’entreprise, qui ne saurait se priver d’aucune compétence scientifique, mais aussi de l’avancement de la science. Cette malheureuse polémique contrarie peut-être Monsanto, mais je n’en suis pas sûr, en revanche elle provoque des dégâts sérieux dans les instituts agronomiques européens et nuit dangereusement aux capacités d’évolution de notre agriculture.

29/06/2013

Mettre les éleveurs de rats hors d'état de nuire !

 

 

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Le joueur de flûte de Rembrandt

La légende allemande, née d'un événement étant apparemment survenu le 26 juin 1284, nous a notamment été transmise par les frères Grimm sous le titre Der Rattenfänger von Hameln (L'Attrapeur de rats de Hamelin).


Le Comité de recherche et d'information indépendantes sur le génie génétique (CRIIGEN) est un comité français d'expertise et de conseil, indépendant des producteurs d'OGM, intervenant pour les citoyens, entreprises, associations, groupements, syndicats au niveau juridique, scientifique (santé, environnement), sociologique, technique (étiquetage), notamment pour des dosages d'OGM ainsi qu'au niveau économique. Vaste programme pour une page d’accueil d’un site web extrêmement anonyme,  discret et laconique. Les images ne sont pas plus explicites que le texte, excepté la photographie d’un malheureux rat boursouflé de flamboyantes tumeurs.

On a envie de mieux connaître les responsables de ce Comité de Recherches qui se présente surtout comme en pointe dans la mise en évidence de la toxicité des OGM et des pesticides. Le CRIIGEN, fondé le 1er juin 1991 par l'ancienne Ministre de l'Environnement Corinne Lepage, aidée les professeurs Gilles-Eric Sèralini et Jean-Marie Pelt, est une association régie par la loi du 1er juillet 1901. Il est actuellement présidé par Joël Spiroux de Vendômois, médecin généraliste, homéopathe, acupuncteur et ostéopathe. Son secrétaire général est Jean-Marie Pelt et le président du conseil scientifique est Gilles-Éric Séralini.

On croit comprendre que le maître mot de l’intitulé est « indépendant » c’est-à-dire hors de contrôle des multinationales produisant des OGM. Pour le reste, cette association est tout à fait prête à mener des travaux sous la bannière (ou à la demande ?  ou sous  la protection ? ou avec les subsides ?) de Carrefour et autres sociétés commerciales pour peu qu’elles partagent ses idées.  On doit comprendre aussi que ce comité est avant tout  indépendant  des instances scientifiques  officielles,  obéissant aux règles publiques des Instituts de recherche et des Universités. On a donc affaire à un comité scientifique autoproclamé que d’aucuns, bien avisés, disent appartenir à la science parallèle, une néo-science basée sur des à priori idéologiques où se mêlent religion et paranoïa, à la manière d’une secte. Les principes de base d’une telle démarche sont « Tout le monde à tort sauf nous » et « Nous sommes victimes d’une campagne de dénigrement orchestrées par des puissances occultes, qui y puisent pouvoir et intérêt".  En l’occurrence ce comité a trouvé son ennemi avec la Monsanto, multinationale créatrice d’OGM, dont Mr le professeur Sèralini a mis au jour le « réseau mafieux » qui veut sa perte. On peut trouver beaucoup de détails concernant le CRIIGEN sur le site web imposteurs très bien informé et documenté .

Cette manière de voir est d’autant plus frappante qu’on trouve à la manœuvre une ancienne ministre de l’Environnement (1995-97,  Alain Juppé Premier Ministre) censée donner toute sa respectabilité  politique au Comité en question et qui forme avec MM Pelt et Sèralini un aéropage  associant la science et la politique,  inhabituel pour un comité scientifique. Cela nous renseigne sur les buts poursuivis  qui ne semblent pas uniquement ceux de la science universelle mais paraissent être   liés à des préoccupations idéologiques et politiques. Il suffit de parcourir la carrière de Madame Corinne Lepage pour se convaincre de la constance de son activité politique et électorale qui l’a menée de Génération Ecologie à Cap 21. En octobre 2011 elle a présenté sa candidature aux élections présidentielles de 2012 sur TF1, entourée notamment des membres éminents du bureau du CRIIGEN. Hélas pour elle C. Lepage n’a pas réussi à réunir les cinq cents signatures nécessaires à sa candidature et sa tentative a tourné court.

Cette activité qu’on peut  qualifier d’électorale prouve que  cette équipe de choc est moins attachée à démontrer une vérité scientifique, à laquelle elle ne croit peut-être pas vraiment, qu’à  agir sur l’opinion  pour la convaincre de la toxicité  des OGM, avec les mêmes méthodes qui  ont  instillé avec succès la peur du réchauffement climatique ou l'angoisse anti- nucléaire. L’affichage sur le site Web du CRIIGEN de malheureux rongeurs déformés par des tumeurs illustre cet acharnement. Il ne s’agit pas d’une bataille scientifique mais d’une bataille d’opinion. Nous étions il y a un demi-siècle une nation de gens instruits, intelligents et positivistes, confiants dans les progrès que la science n’a cessé d’apporter au genre humain. Nous sommes devenus une nation trahie par ses élites, avilie par le consumérisme individualiste et trompée par des cinquièmes colonnes d’illuminés qui organisent le dévoiement de la pensée.

Face au CRIIGEN, le Haut Conseil des biotechnologies (HCB) est un organisme public français indépendant chargé d'éclairer la décision publique en matière de biotechnologies, et notamment celles qui concernent les organismes génétiquement modifiés (OGM). Il a été créé par la loi du 25 juin 2008 et placé auprès des ministères chargés de l'Environnement, de l'Agriculture, de la Recherche, de la Santé et de la Consommation, il est constitué de deux comités indépendants : le comité scientifique et le comité économique, éthique et social. Ces comités sont chargés de fournir respectivement des avis et des recommandations. L'ensemble des deux peuvent prononcer des avis dits avis du HCB. Cette configuration a été choisie pour prendre en compte les risques environnementaux et sanitaires des biotechnologies, mais aussi pour évaluer leur impact socio-économique.  

 

Nous avons donc un organisme officiel créé par nos instances démocratiquement  élues et composé de plusieurs dizaines de membres de haut niveau et de différentes spécialités.  Or, dans son avis rendu le 19 octobre 2012, à propos des rats de Sèralini, faisant suite à une expertise pluridisciplinaire, le Comité scientifique (CS) du HCB note que le dispositif expérimental, les outils statistiques utilisés et les interprétations données par les auteurs de l’étude, souffrent de lacunes et faiblesses méthodologiques rédhibitoires, qui ne permettent pas de soutenir les conclusions avancées. Le CS en conclut que l’étude n’apporte aucune information scientifique étayée quant à l’identification d’un éventuel risque sanitaire lié à la consommation de maïs NK603 , traité ou non traité avec du Roundup.

Je demande aux citoyens de bonne foi, qui ont encore la tête sur les épaules, de réfléchir trois minutes. Qui a raison ? Le CRIIGEN, sorte de triumvirat auto constitué sans responsabilité légale,  ou bien le Haut Conseil des Biotechnologies responsable devant la loi et le gouvernement ? Il faut en finir avec ces farces pseudo-scientifiques installées à coups de clairon, en  disant que plus c’est gros, plus ça passe. En faisant l’autruche, nous mettons en danger notre culture et notre civilisation, qui risquent in fine d’être avalées par ces incroyables dévoiements de la pensée.

 

 

15/06/2013

Rats des villes et rats des champs


 

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Les glaneuses de J.F. Millet



Les citadins ont toujours pensé qu’ils étaient bien supérieurs aux bédas.  Les « Parisiens » bien habillés, hâbleurs et prodigues, au moins pendant leurs vacances à la campagne, en ont toujours mis plein la vue aux paysans et aux marins d’ici, depuis que les congés payés existent. Aujourd’hui les perceptions ne sont plus aussi caricaturales et c’est au tour de nos  vacanciers  de rester  baba  devant les drôles de machines qui arpentent nos terres, que ce soit pour récolter les poireaux ou pour « manager » nos vaches laitières. En revanche les citadins qui étouffent dans la fumée incessante de leurs « bagnoles » sont devenus des écolos convaincus et ils recherchent partout, parfois la clope au bec, les molécules coupables de leurs cirrhoses et de leurs cancers. Parmi les pourvoyeurs les plus souvent désignés figurent nos arboriculteurs et nos maraîchers et les agriculteurs en général.

 

 

Oubliant que notre espérance de vie augmente sans discontinuer, il y a toute une fraction de l’opinion qui ne cesse de colporter que nos producteurs agricoles sont des empoisonneurs à petit feu et des pollueurs de la planète. Il me semble qu’il faut de temps en temps garder la tête sur les épaules. Nos écolos songent-ils un seul instant aux millions de tonnes de viande, de lait, de fruits et de légumes, de pain et de céréales qui dégorgent chaque jour de nos supermarchés sans qu’ils causent jamais une colique ou un vomissement ?

Je ne veux pas dire pour autant que tout est impeccable dans les filières car on a vu du cheval se déguiser en bœuf et parfois des E. coli ou des Listeria se glisser dans nos salades. Ces manquements tiennent plus souvent d’ailleurs à la commercialisation qu’à la production. En règle très générale  nos aliments sont d’évidence  d’une incroyable qualité. Ceux qui se plaignent du manque de saveur de nos tomates pourraient aussi se demander comment des milliers de gens peuvent les palper et les triturer au supermarché, sans qu’il n’en reste en fin de journée que des cageots de marmelade ! Que ce soit en qualité ou en quantité nos filières agricoles réalisent la vraie prouesse d’éviter les pénuries en toute saison et même assez souvent par tous temps, grâce à la concurrence permanente entre les régions et même les pays ! On connaît peu de professions capables de résister à de telles contraintes économiques !  N’importe lequel d’entre nous qui travaille un jardin sait ce qu’il faut d’efforts pour produire une botte de radis ou un panier de patates !

 

Malgré ces incroyables performances, nos rats des villes qui restent sourds aux réalités agricoles continuent de soupçonner que notre agriculture nous intoxique chaque jour avec les pesticides et les OGM ! Les partisans du principe de précaution se moquent des vrais dangers parfaitement visibles et prévisibles comme  l’alcool, le tabac et les drogues diverses, y compris le cannabis.  Ceux qu’ils craignent le plus sont ceux qu’ils imaginent  ou qu’ils supposent.

 

Nous savons maintenant doser et rechercher les toxiques même quand ils sont à l’état de traces, quasiment  molécule par molécule et évidemment des traces il y en a partout. Ce sont ces pesticides (et on leur ajoute contre toute vraisemblance les engrais « chimiques ») qui seraient responsables de cancers et affections diverses. Il n’est pas question de nier la dangerosité de cette phytopharmacie, en particulier des insecticides, pour ceux qui les manipulent, ouvriers fabricants et agriculteurs. Le peu que je sais, me fait dire que l’utilisation de ces produits est sévèrement réglementée et que les AMM ne sont données qu’en fonction d’une rémanence adaptée (vie de courte durée). Ces produits  sont souvent  mortels à faible dose et ne sont pas très éloignés des armes de destruction  massive . Par chance nous avons la preuve chaque jour que les risques liés à ces produits ne sont pas alimentaires mais dus plutôt à une manipulation erronée, sans masques, dans le sens du vent, avec des buses mal calibrées ! Je crois qu"aujourd'hui nos agriculteurs sont devenus  des professionnels de haut niveau et qu’ils sont informés des dangers, ce qui est notre meilleure défense contre les excès. Malheureusement ces progrès évidents ne font pas taire nos rats des villes qui ne cessent  leurs campagnes de désinformation.

 

La question des OGM est encore plus grave et destructrice d’avenir. Tous les agriculteurs connaissent l’importance de la qualité des semences et des plants pour une bonne production. Grâce aux manipulations génétiques on a réalisé depuis 20 ans des progrès spectaculaires, mais le plus fort est à venir. A condition toutefois que l’opinion négative forgée par les écolos ne contraigne les chercheurs à se détourner du sujet où à s’expatrier. En France , ce refus des OGM par une forte fraction de l’opinion s’exerce contre toute logique scientifique car aucune observation, aucune expérimentation, aucune recherche n’ont permis d’établir une toxicité quelconque de ces végétaux à la structure génétique modifiée en laboratoire. Malheureusement des scientifiques idéologues comme le Professeur Sèralini, devenu célèbre par son show sur Canal+ avec ses rats cancéreux, continuent à soutenir le contraire par des opérations publicitaires indécentes. Nos agriculteurs et notre agriculture, à cause de ces déplorables attaques risquent de manquer la marche du progrès pour le siècle qui vient.

 

Il est temps de réagir. Les gens de bonne volonté doivent reconnaître à nos agriculteurs l’infinie capacité qu’ils ont de fournir aux consommateurs en quantité et en toute saison des produits accessibles. Quand on pense à l’influence d’un coup de gel, sur le prix des choux et des poireaux, qu’en sera-t-il quand nos agriculteurs seront mis dans l’impossibilité technique de faire leur travail ? Les campagnes de dénigrement de l’agriculture scientifique soi-disant instrumentalisée par quelques multinationales tiennent du délire, de la paranoïa et de l’ignorance. Je pense qu’il y a urgence dans nos sphères politiques à prendre conscience que notre avenir agricole est réellement mis en danger par quelques irresponsables.

18/05/2013

Les hussards noirs de la République


 

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 Léonard de Vinci. La dame à l'hermine

Clarté, pureté, précision, élégance, attention, curiosité, vérité, sérénité.....

 

En 2012, une étude sur des rats, publiée sous la direction de Gilles-Éric Séralini, conclut que l'ingestion de maïs génétiquement modifié NK 603 et/ou de l'herbicide Roundup a des effets tumorigènes et toxiques. Cette étude a été fortement médiatisée, alors que de nombreux chercheurs ont critiqué la méthodologie utilisée et les conclusions qui en sont tirées. S'appuyant sur les avis des autorités sanitaires belge, allemande, danoise, française, italienne et néerlandaise, l'Autorité européenne de sécurité des aliments estime que cette étude est de « qualité scientifique insuffisante pour des évaluations de sécurité »

 (Wikipédia, 2013)

 

Ainsi se termine l’article OGM de la célèbre encyclopédie du Web. J’espère que le grand Professeur Séralini, va porter plainte contre cette institution qui argue de la qualité insuffisante de ses travaux. Je n’ai rien dit d’autre dans mes chroniques même si je l’ai raconté dans un langage un peu plus fleuri, un plus divertissant, un plus ironique, un peu plus indigné, et un peu plus exalté, celui qui convient au polémiste. A ce que je vois notre collègue universitaire veut poursuivre ses blagues de laboratoire tout en exigeant qu’on le prenne au sérieux et qu’on lui conserve toute la respectabilité et la crédibilité qui s’attachent généralement à sa fonction.

 

C’est qu’en effet la fonction de Professeur est éminemment noble et respectable et elle occupe un  niveau élevé dans  la hiérarchie sociale. Jeune étudiant j’étais pétri d’admiration pour ces intellectuels qui nous ouvraient à la connaissance avec une rudesse et une érudition infinies. C’était à un tel point que mes examens oraux étaient un supplice car j’étais intimidé au point d’en perdre la parole. Il est vrai que sortant de mon modeste collège cantonal et de mes pommiers du bocage, ces hérauts de la science représentaient pour moi une catégorie sociale hors d’atteinte, en tout cas véritablement intimidante et supérieure.

 

Ce n’est pas un hasard si, à une époque où les enfants de milieux modestes n’étaient que 5% des  étudiants, le maître qui s’est intéressé à moi était le fils d’un chauffeur de locomotive  et si lui-même était l’élève d’un grand spécialiste dont le fils était rédacteur en chef à l’Huma…Mon accès dans son laboratoire reposait sur un contrat moral de haute tenue, d’où était exclu tout favoritisme et qui reposait sur la dévotion républicaine. Nous étions encore chez les hussards noirs de la République. Cinquante ans plus tard je sais que la vie n’est pas exempte de plaies et bosses, d’avatars et de demi-mesures. J’ai rencontré en beaucoup d’occasions des exemples révoltants, prouvant que les hommes les plus respectables  sont capables de tordre le bras à la réalité quand ça les arrange, universitaires ou pas. Ils confondent le savoir et l’autorité, parfois conçue comme un privilège de classe.

 

Il n’en reste pas moins que j’ai toujours eu de la fierté à enseigner et à présenter à mes étudiants ce que j’estimais les bases d’une véritable démarche scientifique, donnant la primauté à l’intelligence et à l’honnêteté scientifiques. Je leur répétais sans cesse ma maxime favorite : « La connaissance est une richesse qu’on partage, pas un pouvoir qu’on se réserve ». La démarche scientifique doit être désintéressée et fuir la publicité douteuse. C’est dans cet état d’esprit que j’ai vécu la démarche de Séralini comme  un affront personnel, mais aussi comme une honte collective pour notre profession et un abus de la fonction renvoyant à la médiocrité et à la petitesse. Une faute déontologique majeure.

 

Comme j’ai quelques notions de la biologie et de la physiologie du végétal, j’ai immédiatement  critiqué la démarche scientifique de Séralini (voir ma chronique du 23/09/2012) et j’ai remis ça, en redoublant d’ indignation quand je l’ai vu prendre l’initiative de vanter ses résultats douteux devant les média. J’ai également été exaspéré par nos responsables politiques et nos journalistes qui se sont laissés aller jusqu’à la connivence. Il faut que cesse le scandale du silence devant le battage et l’assurance des écolos à moustache, à lunettes vertes  et à code pénal, qui font fi de la rigueur scientifique, qu’ils disqualifient comme « une science officielle » au profit d’une soi-disant vérité qu’on nous cacherait dans je ne sais quelle criminelle intention. On ne nous dit pas tout ! dit avec malice l’humoriste à la robe et au vin rouges ! Elle peut y aller la petite Roumanoff ! elle a de quoi faire et encore des beaux jours devant elle !

Il est peut être urgent de rendre à nos enseignants les missions morales et civiques qu’ils avaient reçues de Jules Ferry pour conduire les jeunes générations au certificat d’études et à l’esprit républicain. Une instruction laïque et obligatoire pour tous  qui a imprégné les meilleurs de nos concitoyens modestes, de ce que j’ai longtemps désigné comme la morale prolétarienne. Celle-ci s’érode aujourd’hui sous les coups du bling-bling, du consumérisme et de l’à-peu-près. Nous devons réagir clairement, ouvertement, constamment, sans avoir peur du ridicule et avec orgueil et fierté

06/05/2013

Diffamation du Professeur SERALINI

 

 

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La leçon d'anatomie de Rembrandt


« Agissant en vertu des dispositions des articles 81, 151 et suivants du Code de Procédure Pénale [……..] contre inconnu du chef de diffamation publique envers un fonctionnaire public suite à la plainte avec constitution de partie civile de monsieur Gilles-Eric SERALINI … »

 

Qualifier le Prof. G-E SERALINI de bouffon ou de gredin scientifique est-il de la diffamation?  Je n’entends rien aux subtilités de la langue française, surtout juridiques. Pour m’éclairer j’ai fait appel au dictionnaire électronique des synonymes du CRISCO, de l’Université de Caen (bien-entendu).

 

Pour bouffon, j’ai trouvé 54 synonymes  :

acteur, amusant, amuseur, arlequin, baladin, bateleur, blaireau, bobèche, bouffe, burlesque, cabot, cabotin, caricatural, clown, cocasse, comique, drôle, extravagant, fagotin, fantaisiste, farceur, folâtre, fou, gracioso, grimacier, grotesque, gugusse, héroï-comique, histrion, loustic, luron, m'as-tu-vu, matassin, nain*, paillasse, pantalon, pantin, pasquin, personnage, pitre, plaisant, plaisantin, polichinelle, queue-rouge, ridicule, rigolo, risible, saltimbanque, scurrile, singe, tordant, trivelin, turlupin, zinni

 

Pour gredin, 25 synonymes : brigand, brigandeau, canaille, chenapan, coquin, criminel, forban, fripon, fripouille, galapiat, garnement, malfaiteur, mendiant, pendard, racaille, rosse, sacripant, sagouin, scélérat, truand, vaurien, vermine, vil, voyou.

 

Je suis bien obligé de constater que j’aurais pu utiliser une pléiade de termes qui auraient également convenu pour exprimer ma pensée. Je suis en effet outré par le côté bateleur du personnage qui se pare des vertus et attributs scientifiques pour tromper l’opinion. Nous avons bien affaire à un amuseur qui se comporte comme un galapiat et emploie consciemment la supercherie et la tricherie. Le seul fait d’exhiber des rats affectés de tumeurs dont on laisse supposer que la cause en est le glyphosate ou le maïs OGM est une ahurissante tromperie, et non pas une erreur scientifique à laquelle tout le monde a droit, à condition de ne pas persévérer !  Il ne faut pas croire que ce tour de pendard est sans conséquences ! Il en a de graves pour l’état de l’opinion et les décisions que peuvent prendre les politiques. Elles ont in fine pour effet d’éloigner  nos laboratoires du front des recherches appliquées agronomiques (mais pas seulement,)  qui est des plus prometteurs pour les progrès de la production agricole, laquelle est justement un point fort de l’économie de notre pays.

 

N’oublions pas la fameuse affaire du célèbre Lyssenko (Trofim Denissovitch) né le 29 septembre 1898 à Karlivka , aujourd'hui en Ukraine et mort le 20 novembre 1976 à Kiev, un ingénieur agronome soviétique. Il fut à l'origine d'une théorie génétique pseudo-scientifique qu'il parvint à imposer en Union soviétique pendant la période stalinienne. Ses thèses sur l'agriculture lui valurent le titre de héros de l'Union soviétique et lui permirent de dominer la recherche biologique en URSS, jusqu'à son discrédit dans les années 1960 (voir wickipédia).

 

Lyssenko avait décidé que le milieu pouvait transformer les plantes et que les fondateurs de la génétique mendélienne n’étaient que des usurpateurs au service du capitalisme. Il décida en pleine dictature stalinienne qu’il y avait une science bourgeoise et une science prolétarienne. Il réussit à faire embastiller, condamner et exécuter les malheureux scientifiques qui avaient tenté de le contester. Cette affaire dura jusqu’à Kroutchev et réussit à franchir les frontières. Pour être communiste dans les années 50 en France il fallait donner raison à Lyssenko. Jacques Monod, futur Prix Nobel dut s’exécuter ou se démettre.

 

Nous vivons avec les OGM, le réchauffement climatique et le nucléaire, le même genre de confusionnisme  qui prend sa source dans les angoisses écologiques et justifie les principes de précaution les plus ahurissants. Pour convaincre on porte  des masques ‘d’Act Up en haut des grues, on exhibe des photos de monstres irradiés ou on expose à la télé des tumeurs mammaires d’innocentes petites bêtes soi-disant causées par des OGM. L’imposture est totale et une très large fraction de l’opinion l’approuve en enfourchant les théories du complot et les supposées visées meurtrières des firmes technologiques. Manque de chance ce n’est pas Monsanto qui tue mais Servier ou consorts. On se trompe d’adversaire et on en redemande !

 

 

Ce qui est consternant c’est que peu de scientifiques ou agronomes, organisations de producteurs ou syndicats, firmes ou administrations agricoles n’aient pas pris la responsabilité, n’aient pas eu le courage ou le goût du risque suffisants,  pour dénoncer cette pantalonnade universitaire, cet abaissement déontologique et cette corruption intellectuelle de gens qui devraient être au service de l’exactitude et de la rigueur. Ce sont des choix politiques disent-ils !

 

Quitte à demeurer une sorte de vieux  mouton noir exalté, je confirme et j’’accuse le Professeur de jouer contre nos laboratoires et notre technologie avec des arguments non avérés et non vérifiés par les voies scientifiques normales. Mon sens civique m’y oblige. Si les mots ont un sens, je ne fais que d’entendre les Institutions scientifiques officielles, les Académies. Mais je ne fais également que de dire tout haut ce que de nombreux spécialistes pensent en France et à l’étranger. Je ne fais que répéter également ce que murmurent les collègues et les étudiants du fonctionnaire en question.

 

L’écologie, le respect de la planète, le maintien des grands équilibres naturels, la veille attentive à  la biodiversité, la protection contre les toxiques de toute nature sont des tâches nobles et nécessaires, Quand ces combats sont menés en dépit du bon sens, on ne fait pas avancer les choses, on retarde au contraire la prise de conscience au  sein de nos sociétés.  Il ne s’agit pas d’agiter les  peurs  mais d’user de toute la pédagogie nécessaire, à commencer par dire la vérité, qui est la première condition du respect de nos contemporains..