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03/10/2014

La fin de l'histrion

 

 

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Nature morte et vieille chaussure de Joan Miro

 

Sarkozy a perdu la main. Sa propre suffisance et le concert de ses zélateurs l’ont conduit à un acte final sans gloire. Il est  tellement persuadé de son immunité qu’il fait sa rentrée au plus mauvais moment. Si les juges avaient quelques velléités d’oubli, son retour fracassant a dù leur rappeler qu’il y avait urgence. Contrairement à une presse dévouée et atteinte pour partie de cécité, les policiers et les magistrats savent que l’affaire Bygmalion est un gâteau judiciaire aux ingrédients consistants, avec des témoignages précis et des preuves écrites tangibles.

Les aveux télévisés de Lavrilleux, la double comptabilité, les témoignages des émetteurs de fausses factures, laissent peu de doutes sur la dissimulation volontaire des frais de campagne de Sarko en 2012. Il s’agit  d’un véritable délit dont la responsabilité au moins morale, incombe au candidat, quoiqu’il en dise. Au moment où l’ex-Président tente de revenir, l’enquête judiciaire passe la surmultipliée. Il va avoir fort à faire pour convaincre les Français qu’il n’est pour rien dans ce faramineux abus du nerf de la guerre, en dépit de la loi et contre nos règles démocratiques.

Nous ne sommes pas chez Poutine ou ses satellites, l’omerta ne peut durer bien longtemps. L’UMP est divisée. Je crois que Fillon et Juppé sont sincèrement choqués par les manquements à l’honnêteté de Copé et Sarko. Il se pourrait qu’un cordon sanitaire s’installe autour de ces deux là. Nous en avons déjà eu un avant-goût au moment de l’élection du patron du Parti avec le duel Fillon-Copé. On voit maintenant que les enjeux dépassaient le simple pouvoir de commandement. Il y avait des cadavres dans les placards qu’il convenait de dissimuler. Aujourd’hui l’affaire est un énorme pataquès qui va éclabousser beaucoup de gens et je trouve que des leaders pleins d’avenir comme Baroin ou NKM prennent des grands risques en épousant la cause du cheval de retour.

Celui-ci n’a pas changé, il est de plus en plus  bourré de tics et il ressemble de plus en plus à sa caricature, avec des rictus et des intonations qui rappellent le vaudeville plus que la tragédie. La période qui s’annonce n’est pourtant pas dénuée de pathétique,  car il s’agit d’un ancien Président de notre République qu’on n’a pas envie de voir sombrer dans le ridicule et la farce. La ribambelle d’esclandres qu’il traîne après lui donne une bonne prise à tous ses anciens amis devenus ses concurrents. Même Raffarin , politicien chevronné s’est trouvé pris au piège dans sa campagne pour la Présidence du Sénat.Seuls les saints sont capables de faire des miracles et l’auréole de Sarko rétrécit à vue d’œil.

Pour Sarkozy  la mer des succès se retire. Il ne reste plus dans ses soutiens que des militants , très jeunes pour la plupart, ancrés dans les vieilles haines anti-sociales et souvent xénophobes. Hélas la crémerie est déjà bien tenue par la femme Le Pen et on ne voit pas comment accréditer le succès d’un come-back sur un créneau aussi limité. Gagner à droite veut dire aussi perdre à gauche. On peut dire ce qu’on veut des gens du centre mais il nous faut reconnaître qu’ils sont plus sensibles aux questions de morale et d’honnêteté  que les autres, éducation chrétienne oblige.

La grande faillite de Sarko c’est qu’il a fini par dessiner  un personnage attaché au pouvoir, aux honneurs et à l’argent, peu regardant sur les moyens, et qui s’en vante. Il est tombé dans la marmite avec le yacht de Bolloré, le Fouquet's et ses conférences grand style royalement rétribuées. Les affaires Bettancourt ou Khadafi sont lièes à l’argent. De l’argent qui n’est pas toujours clairement et dignement gagné. Comme dit A. Juppé « Mes conférences je les fais gratis ». C’est toute la différence ! La période qui commence va être chaude pour le revenant.

22/03/2014

Polichinelle ou Attila ?

 

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Le Printemps de Botticelli (1478)

 

 

Dans ma dernière chronique je décrivais  le cancre des écoles « Dans la cour de récréation, c’est toujours le même qui organise la pagaille. Il est petit et vilain, il fait ses coups en douce et il est assez malin pour ne pas se faire prendre. Il adore faire des petits cadeaux à ceux qui le soutiennent. La pratique est connue, on donne un coup de pied en dessous au premier de la classe et on braille immédiatement que c’est pas moi,  c’est lui ! Qui lui ? L’autre ! On organise l’impunité, on met les plus forts de son côté et on devient un vrai caïd. » On assiste cette semaine à un nouvel épisode de la dramatique histoire du petit Nicolas.

Pendant son quinquennat j’ai toujours soupçonné Sarko d’employer des méthodes peu conformes avec le droit et d’afficher un style inquiétant d’activiste. Peu à peu, le microcosme de la haute fonction publique et le monde des affaires se sont mis à l’heure Sarkozy, Rolex exigée. Les média ont suivi, naturellement. Dassault, Bouygues, Lagardère, Bolloré étaient là pour y veiller. Nous n’étions qu’un tout petit nombre à protester contre l’immoralité publique, comme si il était admis une fois pour toutes que les puissants sont au-dessus des lois et que ce ne sont pas les juges à face « de petits pois » qui allaient y changer quelque chose. Je me souviens quand même que Vincent Peillon nous avait prévenus que « La République s’en trouverait durablement abaissée ».

La première confirmation vint justement de là où on n’aurait jamais dû la trouver. Le ministre du budget Cahuzac, soutenu d’ailleurs longtemps à droite (merci Médiapart) se trouva convaincu de fraude fiscale. Heureusement la justice put passer sans entraves avec diligence. Aujourd’hui ce n’est pas une seule affaire, c’est une charrette de casseroles que l’ex-Président doit traîner. On en connaît la liste. Pour le moment seuls des comparses sont mis en examen mais la justice prend tout son temps. Malgré tout, les écoutes téléphoniques pratiquées par la police et les juges, en toute légalité, rappelons- le, nous dessinent un Sarkozy sur le qui-vive et même aux abois, prêt à tout pour échapper aux mailles du filet judiciaire qui se resserre. Un innocent n’aurait aucun besoin de livrer des batailles qui le jettent dans des nouvelles infractions ! Comme un trafic d'influence et une tentative de corruption de fonctionnaire ! Ni d’utiliser un téléphone sous un faux nom !

Devant l’urgence M° Herzog qui s’en est pris aux juges dès le début de l’affaire Bettencourt, n’a pas renouvelé son système de défense et a soutenu avec l’aide de plusieurs centaines d’avocats que les écoutes pratiquées par les juges étaient illégitimes. Il n’est pas aisé de tordre le bras du droit à ce point et le clan Sarkozy a dû en prendre acte. Le droit prévoit tous les recours nécessaires dans ces cas de figure. Pourquoi ne pas les utiliser ?

Naturellement les gens de droite sont convaincus qu’il s’agit d’un complot du gouvernement Hollande. On y voit immédiatement l’abominable main noire de Christiane Taubira et, une fois n’est pas coutume «  le machiavélisme du gros mou» ! Ce nouveau Président que la droite ne cesse de vilipender comme  apathique, incapable et sans courage, retrouve d’un coup à ces yeux,  assez d’énergie pour ourdir un complot compliqué contre son principal adversaire ! L’aveuglement des gens est incroyable quand il s’agit de passion politique. La droite UMP est hystérisée par ses échecs successifs. Le duel Copé-Fillon, les écoutes du gourou Buisson dans lesquelles Sarko s’est fait avoir comme un gamin, la fuite en avant vers les idées du FN, meublent un champ de ruines politiques. La droite a mal au ventre, elle souffre d’aérophagie et éructe des borborygmes incohérents, mais répétitifs.

Dans un tel état d’énervement et d’incompréhension, les militants UMP  qui planent depuis son élection dans un état de détestation pour F. Hollande ne demandent qu’à croire l’incroyable et à imaginer l’inimaginable. Sarko l’a bien compris dans sa tribune du Figaro d’aujourd’hui. Pour lui, nous sommes dans une république bafouée qui rappelle les dictatures soviétiques, avec une police politique digne de la Stasi et du film « La vie des autres ». Il juge que nous subissons un gouvernement de menteurs et d’usurpateurs. Il considère que les juges syndiqués appliquent une justice politique, idéologique, qui veulent sa peau à lui,  l’ex-Président .  Soupçonné d’actes délictueux  qui ont donné lieu à l’ouverture d’informations judiciaires, il préfère contre-attaquer maintenant sans attendre leur issue normale. Il se décrit en victime d’un gouvernement irascible. Tout cela sans la moindre preuve.

Sarko est aux abois et nous tient un discours de faiblesse, de rage, de mauvaise foi et de peur. Une nouvelle fois il préfère contribuer à la dégradation de la vie publique par des accusations délirantes plutôt que de sortir par le haut d’affaires qui ne sont pas nécessairement criminelles et qui pourraient trouver un épilogue acceptable pour le droit et la morale. En pourrissant un peu plus la situation, l’ex-Président ne nous aura pas seulement légué six cents milliards de dettes en plus, il aura aussi durablement affaibli l’esprit civique  et donné un exemple exécrable aux jeunes générations. Nous aurons à en payer le prix encore très longtemps. Heureusement pour nous, il nous reste l’arrivée du Printemps et la méditation devant  les bourgeons qui s’épanouissent aux premiers rayons  du soleil.

 

15/03/2014

La fin des truands ?

 

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 Manao Pupapau de Paul Gauguin

L’ancien Président  est-il vraiment la victime d’acharnement  de la part des juges ?  Ses amis sont horrifiés et en particulier cet imbécile  lunaire de Guaino, qui est capable  en clerc servile de défendre  l’indéfendable. Pour Guaino,  la justice doit être aux ordres de Sarko, comme elle l’a toujours été pendant son quinquennat. Ce n’est pas par hasard si celui-ci  avait confié la Garde des Sceaux à une de ses créatures, la sublime Rachida Dati, la belle aventurière prête à tout. Et devinez qui était secrétaire général du ministère de la justice à cette époque, le magistrat G. Azibert au-dessus de tout soupçon !  Qu’il puisse  renseigner l’avocat de Sarkozi , Me Herzog sur les travaux de la Cour de Cassation est bien sûr impensable ! Encore moins en échange d’un petit coup de pouce pour obtenir une prébende à Monaco !

On ne tire pas les ficelles du clientélisme sans précautions. Le bâtonnier de Paris légalement prévenu avait passé le message, vous êtes sur écoute mes chers amis ! Qu’à cela ne tienne, les truands le font bien…Il suffit de se procurer un téléphone sous un faux nom. Celui de Pierre Bismuth. Bravo, nous approchons d’Al Capone, celui que les Incorruptibles étaient incapables de prendre en flag.  Malgré l’accumulation des enquêtes et les  soupçons,  Sarko  reste insaisissable, Karachi, Tapie, Khadafi, Bettencourt, Buisson, on approche, on trouve des amis, des comparses, des Takiedine, Gaubert, Balkany, Copé, Léotard, Woerth, Hortefeux,  des lieutenants, des dévoués,  mais jamais le principal. Sarko est un juriste, il sait ce que ça veut dire d’être pris la main dans le sac !

 

D’ailleurs les gens de droite sont admiratifs. Ils pensent qu’il s’agit là de la meilleure façon de gouverner  et considèrent que les tricheries répétées avec le droit sont  autant de malices qui font de Sarko un vrai chef débrouillard, futé et « capable ». Il faudrait vraiment se poser la question. Ces gens-là ont-ils raison ?  Assistons-nous  vraiment, comme ils le clament à une chasse  à l’homme  organisée par les robins  et commanditée par des comploteurs du Parti Socialiste  au service de François Hollande? Qui d’autre peut bien tramer ce complot qui  s’apparente à une tentative de coup d’état, (même si  l’ancien Président a été battu aux élections) ? Sarko est soupçonné sans cesse de multiples manquements ! On a ouvert  des enquêtes à tout va ! Toujours innocent ! Jamais de preuves ! Quelle incurie des juges, quelle légèreté !  On veut abattre notre Nicolas. Ses adversaires politiques veulent sa peau et ce ne peut-être que les socialistes, c’est-à-dire François Hollande lui-même, CQFD.

 

Malgré l’évidence  qu’en France,  la gauche n’a jamais été l’adepte des traquenards judiciaires et des coups montés, car c’est contraire à sa culture (on ne va pas volontiers chez les flics et chez les juges), la droite continue de lui lancer à la figure ses propres turpitudes. On a beau avoir mis en examen  notre Cahuzac en un temps record, il sert toujours  de relance. De même pour les écoutes de François Mitterrand, même si celles-ci n’avaient rien de politique et étaient plutôt dictées par la protection du Président que par la volonté de nuire à ses adversaires ! Qu’on se rappelle les affaires Boulin, Pompidou, Giscard, Chirac, elles étaient  toutes  dues aux fermentations  incestueuses des Divers Droite. Et qui trouve-t-on à la manœuvre  pour orchestrer la mise en onde ? Les éditorialistes du Figaro, omniprésents ! Et le Figaro, c’est Dassault, lui-même soupçonné d’avoir acheté des électeurs ! Dont ils ne disent jamais mot, ces vendus !

Ooooh ! Ne me faites pas dire que la vertu est à gauche et que le vice est à droite. Non. Je pense seulement que nous avons à gauche nos vices propres, souvent liés à l’appétit de revanche sociale, au goût pour le pouvoir et à la cupidité. On adore les petits profits à la carte bleue et les soutiens illicites aux associations. Dans certains cas aussi des tricheries à la Cahuzac, ou bien quand on est corse, des opérations de maffiosi. On aime ainsi se cacher derrière la notion d’intérêt public pour servir ses propres intérêts.

A droite on préfère les machinations, les pièges, les coups tordus montés en y mêlant l’appareil d’état, avec la complicité des hauts fonctionnaires qui sont rarement des rouges, on les vire avant ! Voyez le magnifique combat Sarkozi-Villepin ! (Encore lui !). On aime aussi les emplois fictifs et les marchés truqués de grande ampleur, les services rendus en récompense de la complicité et de la connivence. On adore les hommes de main et les hommes de paille !

Avec un cynisme incroyable! Plus c’est gros, plus ça passe !  Depuis la campagne présidentielle, l’accusation préférée de la droite est de traiter François Hollande de menteur et tous les socialistes idem. Ça ne mange pas de pain et il n’y a pas besoin de prouver quoique ce soit tant la vérité est à géométrie variable. De plus ça ne vaut rien devant les tribunaux ! Ainsi Copé s’en va chaque matin réclamer la  démission de Christianne Taubira pour cause de mensonge ! Alors qu’il est lui-même coincé dans une information judiciaire  concernant les finances suspectes de son propre Parti, l’UMP ! Un rien de plus , on allait accuser la Ministre d’être elle-même coupable des forfaits que les juges instruisent !

Comme souvent en pareil cas, ce sont les truands qui gagnent. Ils n’ont aucun respect de la vérité et  des personnes. Ils manient l’amalgame, les calomnies et les insultes. Ils travaillent en meute. Les suicidés politiques sont à gauche  et le dernier,  emblématique,  c’est Bérégovoy ! Heureusement que notre Taubira est pleine de vie, belle, généreuse, cultivée, poète et qu’elle est devenue  l’icône  de la gauche, sinon je vois très bien comment des officines  glauques  peuvent préparer sa mort politique avec un terrible cynisme. Tenez bon Madame la Ministre, on vous aime ! Soyons vigilants, quand des parents peuvent apprendre le racisme à des enfants de sept ans, ils peuvent aussi fourbir dans les granges et les sacristies des armes plus pétantes. Il faut renforcer la garde rapprochée de la Ministre  et aussi la protéger contre elle-même. La générosité marche rarement avec  ces ennemis-là.

Mais la partie n’est pas finie et pourrait bien faire pschitt, comme l’avait déclaré Chirac. Dans la cour de récréation, c’est toujours le même qui organise la pagaille. Il est petit et vilain, il fait ses coups en douce et assez malin pour ne pas se faire prendre. Il adore faire des petits cadeaux à ceux qui le soutiennent. La pratique est connue, on donne un coup de pied en dessous au premier de la classe et on braille immédiatement que c’est pas moi,  c’est lui ! Qui lui ? L’autre ! On organise l’impunité, on met les plus forts de son côté et on devient un vrai caïd. Tous les truands utilisent la technique, accuser les autres pour se disculper. Mais on a changé  le maître d’école. La justice  peut se revendiquer d’une certaine indépendance. Je suis sûr qu’elle va avoir à cœur d’aller au bout de ses enquêtes  et qu’on finira par pincer les vrais coupables. Certains jouent déjà forfait et se font porter pâles, des Xavier Bertrand, des Lemaire, des Pécresse, des Wauquiez, Baroin et bien d’autres brillent par leur absence dans ce combat douteux. Sans doute auront-ils à cœur de présenter une autre image de la politique  que celle du clan Sarkozy. Est-ce le début d’une victoire pour tous... et surtout pour la France,  à moyen terme ?

28/04/2012

Trop d'étrangers en France ?

 

 

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 Paul Gauguin 1891, Due donne a Tahiti

 

Le petit malin de Pujadas a voulu mettre François Hollande en difficulté sur France 2 par une question idiote.

 

Pensez vous qu’il y a trop d’étrangers en France ?

 

Et il a insisté avec gourmandise et pugnacité devant la non-réponse du candidat. Sachant que les journalistes vous coupent la parole quand ils le veulent et qu’ils se contentent souvent de n’écouter que le début de la réponse, FH a eu raison de ne pas entrer dans son jeu. Car enfin si vous dites la vérité en répondant non,  vous vous attirez la rage de tous ceux qui habitent les quartiers défavorisés et qui attribuent les nuisances non à la pauvreté, non au chômage, non  au manque d’éducation, non aux familles dissoutes, non aux parents dépassés, mais aux Noirs et aux Arabes. Et j’entends les clameurs, je vois les mimiques de Sarko le doigt pointé : ces socialistes coupés du peuple n’ont aucune idée de la souffrance dans les quartiers ! les campagnes ! les banlieues ! les friches industrielles !

 

Si vous répondez, malheur à vous, oui, il y en a trop ! Comment ?  Cet homme de gauche, humaniste et éclairé parle comme la Femme Le Pen en personne ? Si Pujadas avait eu en tête autre chose que de vouloir faire l’intéressant en posant cette question inepte et si il avait voulu réellement connaître la pensée du candidat sur ce point il aurait formulé sa  question autrement. Il aurait pu demander par exemple :

 

Pensez vous que dans certains quartiers, certaines cités, certains immeubles, il y ait trop d’étrangers rassemblés, trop de gens sans emploi, en proie aux trafics et  mis en coupe réglée par des petites mafias et qu’on a ainsi laissé se constituer des ghettos de la misère et de la délinquance ?

 

Il aurait eu alors une réponse circonstanciée concernant les logements sociaux, la présence de la police de proximité, et des associations d’insertion. Mais Pujadas ne pensait pas à éclairer le spectateur, il voulait seulement briller, notifier son indépendance d’esprit, ne pas laisser croire qu’il servait la soupe à l’un ou à l’autre. La petite star de la 2 devrait prendre des leçons d’interviewer chez Lapix Sophie, chez Clark Pascale et autres journalistes qui assument leur personnalité et leur point de vue sans vouloir embarrasser systématiquement. On ne peut pas mener une conversation dans les petites lucarnes sans afficher une certaine empathie avec son vis à vis quel qu’il soit. Ce qui ne veut pas dire qu’on doit lui servir la soupe, bien au contraire.

 

Trop d’étrangers en France ? dans les aciéries ? dans le bâtiment ? dans les restaurants ? dans les tanneries ? dans les services de sécurité ? dans les chambres de bonnes ou dans les cuisines des bourgeois, dans les placards à balais ? dans nos hôpitaux comme médecins et soignants? dans nos stades ? dans nos studios de cinéma ? dans nos salles de spectacle ? Je pourrais continuer longtemps la liste. Pujadas en posant sa question voulait seulement dire, dans nos prisons ? dans nos  boulevards ? dans notre métro ? dans nos écoles ? dans nos pôles emploi ? dans nos assédic ?  Il n’y a jamais assez d’étrangers pour les sales boulots, mis il y en a toujours trop dans nos services de solidarité.

 

Voilà pourquoi la question de Pujadas était inepte. Je peux redire ce que j’ai écrit hier, l’ouverture sur le monde et l’accueil des forces nouvelles sont les seules ressources dont nous pouvons nous enrichir sans limites. Les migrants sont la crème des peuples ! Voyez l’Amérique, voyez l’Australie ! Rocard a cru bien dire à court terme : « Notre pays ne peut pas accueillir toute la misère du monde » Mais cette phrase demeurée fameuse repose sur un contre sens. Rocard voyait  dans les migrants des hordes de miséreux venant manger le pain des Français . C’est vrai qu’ils en ont parfois l’apparence. Mais derrière la pauvreté, il y a des êtres humains, avec leur courage, leur témérité, leur volonté, leur énergie, leur créativité. Ils sont l’énergie créatrice du monde. Un homme ou une femme qui nous arrive est comme un enfant qui naît. On voit comment se soigne la misère mais on ne peut pas imaginer ce que peut nous apporter le génie des hommes nouveaux.


PS/ Et voilà que par une très belle coincidence je lis dans le Monde

de ce jour :

Nous avons pu assister...  au dialogue entre le Christ en croix, chef-d'oeuvre de Grünewald, peint en 1512, les membres raidis par la torture, le cri presque audible sur ses lèvres entrouvertes, et sa réplique de même taille, d'une même force, signée Adel Abdessemed, quatre figures du Christ en fil de fer barbelé du camp de Guantanamo, lames brillantes et polies comme des pièces d'orfèvrerie.

L'artiste français, né en Algérie en 1971, a voulu, lui aussi, exprimer "le cri de ce jeune homme sacrifié comme l'agneau. Un cri à venir. Pour moi, l'avenir est fantôme, comme chez Derrida. Je ne sais pas de quoi il sera fait. Ce n'est pas le passé qui nous domine, mais les images du passé".

Cette "conversation" Grünewald-Abdessemed est-elle une coïncidence, en pleine campagne présidentielle, précisément en Alsace, où le Front national a remporté, au premier tour, 22 % des suffrages ?

François Pinault, qui organisait le déplacement à Colmar, répond tout net : "Dans le contexte actuel, c'est important, les choses sont rarement une coïncidence. C'est une façon de me révolter contre les gens qui ne savent pas pour qui ils votent. Qu'ils viennent ici devant les Christ". Le milliardaire tire ses salves en direction du président sortant dont il moque la dernière formule : "Présomption de légitime défense, c'est comme au Far West, il faut dégainer le premier ! Il perd les pédales. Les gens proches de lui pensent qu'il pourrait encore gagner. Il est cuit ! C'est comme dans le bunker de 1945."

Baptisée Décor, l'oeuvre d'Abdessemed, récemment exposée à New York et achetée 2 millions d'euros par François Pinault, est prêtée par le collectionneur au Musée Unterlinden de Colmar jusqu'au 16 septembre, pour le 500e anniversaire du fameux retable d'Issenheim.

Un milliardaire ça sert aussi à ça !





24/03/2012

Battre la campagne

 

 

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Le semeur , Van Gogh, 1880


J’entends dire que les gens se désintéressent de la campagne des présidentielles, qu’ils n’y trouvent pas de réponses à leurs questions ni de solutions à leurs problèmes. Souvenons nous de 2007 quand on confrontait les candidats avec des électeurs témoins : la plupart d’entre eux abordaient la politique par la lunette étroite de leur cas personnel. L’un était handicapé,l’autre au chômage, le troisième en faillite et chacun venait témoigner à la télé comme devant un étal de supermarché pour faire ses courses. C’est une tendance lourde chez nos concitoyens dépolitisés que de  rendre le gouvernement, donc le candidat,  responsable de tous leurs avatars particuliers. L’attitude consumériste déployée jusqu’au choix politique consiste à apporter sa voix au plus offrant. Méfions nous de ces gens qui ne trouvent pas ce qu’ils cherchent, car ils ne cherchent pas l’intérêt général, celui de leur pays , celui de l’avenir. Ils cherchent la satisfaction au plus vite de leurs propres difficultés, pas toujours exemplaires et pas vraiment significatives . La somme des intérêts particuliers ne fait pas une ambition collective.

 

L’autre brouillage est orchestré par certains candidats. « Je suis le bruit et la fureur » dit Mélanchon. Je trouve la phrase très belle et bien timbrée mais politiquement nulle. La méthode est largement appliquée par la femme Le Pen et par le candidat sortant. On adore à droite tordre le bras à la vérité pour détruire l’adversaire. Il suffit de voir Copé à l’œuvre mentant sans vergogne sur les positions de Hollande concernant le nucléaire ou le quotient familial. Dans le même temps Sarko a le culot d'accuser Hollande de mensonge, de cynisme, d’indécision, …etc. Les insultes pleuvent et comme on dit dans les réunions politiques, plus c’est gros plus ça passe. C’est le carpet bombing , repris en chœur par les journalistes aux narines palpitantes. Ces candidats indélicats raisonnent ( et résonnent) comme des grosses marmites vides qu’ils frappent très fort avec une grande louche, pour faire le plus de bruit possible, non pour être compris, mais pour être bien certains qu’on les entend partout, jusqu’au fond de la France. L’objectif est d’étouffer la voix de son adversaire et si possible de l’énerver pour lui faire perdre ses moyens.  Je sais gré à François Hollande de refuser les anathèmes et les insultes et de conserver avec le plus grand calme sa dignité et sa cohérence.

 

Le plus étrange dans tout cela est le comportement de nos stars des médias dont le principal souci est de frapper un coup à droite et un coup à gauche (enfin pas toujours,  ça dépend de la clientèle cf. Le Figaro) pour avoir un maximum d’audience des deux bords. Ils ont besoin de vendre leur copie et d’assurer la bonne fortune de la chaîne ou du journal qui les emploie. Leurs analyses sont à géométrie variable pour ne pas mécontenter leur part de marché. Les candidats peuvent donc se livrer à toutes les outrances, à tous les mensonges, à tous les amalgames sans risquer de vrais retours de flamme. Bayrou répète depuis le début qu’il ne va ni à droite, ni à gauche, à chaque intervention, mille fois, cent mille fois et il ne trouve personne pour lui dire que son programme électoral est manifestement trop court ? Sarkozy et l’UMP manient l’insulte et pilonnent François Hollande sans arrêt, et personne dans les grands media n’ ose dire : «  Basta ! ce n’est pas le débat que nous voulons !!! »

 

Le vrai populisme c’est celui qui fait du marketing politique et du bombing,  et comme par hasard ces deux termes nous viennent d’outre Atlantique. Les USA ne nous donnent pas vraiment l’exemple de la finesse dans les bagarres électorales qui se déroulent là bas à coups de millions de dollars. Sarko, dépourvu de vision à long terme, mais doué d’une capacité de réaction sans limites, seraient-elles de simple décence,  est véritablement à son aise dans ce pugilat de cours d’école. Le pari de François Hollande c’est que les badauds ébahis ne peuvent se satisfaire d’un pareil spectacle. Il est convaincu comme bien d’autres citoyens attachés à la noblesse de l’action politique que son véritable rôle est avant tout pédagogique et que sa mission est de convaincre,  sûrement pas  de flatter les instincts les moins nobles des électeurs.

 

Avez vous remarqué lors d’un accident de la route ou d’une catastrophe naturelle, comment les bof vont s’agglutiner pour jouir du spectacle ? Nous voyons la même attitude en campagne électorale, les analphabètes de la pensée comptent les coups, mesurent les litres de sang répandu, dénombrent les morts et frétillent à la vue des cadavres. Les candidats et les commentateurs qui flattent ces instincts là,  feront toujours l’objet de ma désapprobation et de  mon hostilité,  car ils préfèrent leur victoire personnelle et leur ego au progrès de la France et des Français.

 

Les enjeux électoraux n’ont rien à voir avec les joutes sportives. Dans une course de vélos c’est le plus tonique qui gagne, il est d’ailleurs souvent dopé. Les débats politiques sont plutôt affaire d’intellectuels ayant l’esprit bien charpenté et s’investissant dans une vision globale du monde. La gestion des affaires du pays sur le moyen et le long terme nécessite une conception approfondie de l’état des nations et des enjeux historiques qui président à leur destin. Sarko à une capacité aigue de réagir aux évènements mais n’a aucune idée globale. Les projets de François Hollande s’inscrivent au contraire dans une vision humaniste de la nation et des citoyens impliquant toujours en arrière plan,   une action sur la durée. A nous de choisir entre les satisfactions immédiates et gratifiantes promises aux plus dégourdis et la restauration patiente d’un ordre juste dans une société qui évolue vers le mieux vivre, pour tous les citoyens.

 

Les assassinats odieux du Sud-Ouest ont inscrit des points sanglants de suspension dans la bataille politique. Je reviendrai sûrement sur la triste odyssée du tueur fou enfermé dans le labyrinthe de son djihadisme dément. A bien des égards le tueur est à ranger avec beaucoup d’autres,  comme le fou de Norvège ou le soldat américain de Kandahar. Les faits ont une coloration politique parce qu’ils s’inscrivent dans la mouvance de l’islamisme obscurantiste, mais ils sont également le résultat d’une dérive sectaire d’esprits désertés par la raison, qui autorise à les classer dans les faits divers. Je crois bien que nos compatriotes ont bien compris cela en ne cédant pas à la panique ni à l’amalgame ni à l’hystérie sécuritaire.

 

En terminant cette chronique je me dis que nos leaders politiques devraient  plus que jamais s’astreindre à donner l’exemple du respect  des personnes et de la sérénité des esprits. Nos candidats  électoraux doivent s’employer à refuser les excès de langage et s’interdire la vulgarité qui envahit nos écrans sous bien des formes. Ils ne devraient  jamais se départir du respect d’autrui et au moins savoir s’écouter. Plus que jamais l’exemple doit venir d’en haut . J’en voudrai toujours au  misérable Président Sarkozy d’avoir rabaissé sa fonction présidentielle au niveau détestable des pugilats de quartier. Qu’il soit encore soutenu par des personnes éminentes de notre société, voire par des dirigeants de la jet set bon chic bon genre,  en dit long sur le degré de civisme de ces gens là. N’est-ce pas Dame Chirac qui habitez les beaux quartiers et qui tenez tant à votre image de respectabilité ? Ces belles personnes habituées à parader dans les défilés de mode, ne voient donc pas qu’elles sèment  et légitiment d’aristocratique manière l’imbécile exemple de la loi du plus fort, comme dans une bande, comme dans un gang, comme dans une mafia ?