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26/02/2012

Du Panthéon au Fouquet's

 

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Le 21 mai 1981 François Mitterrand  est allé s’incliner sur les tombes de Victor Schoelcher, de Jean Jaurès et de Jean Moulin. Par cette cérémonie filmée et passée en boucle afin que nul n’en ignore,  le Président nouvellement élu reliait clairement son futur septennat aux grands hommes de la nation et aux idées phares qui ont honoré notre République. On peut contester certains aspects de la politique mitterrandienne, en particulier lors de son second mandat, mais on ne peut lui nier sa constante dignité et une forme de grandeur, allant dans le droit fil de l’épopée gaullienne, quoiqu’en aient pensé les gens de gauche de l’époque. Le Président Miterrand était un homme de culture, ce qui le mettait à l'abri des contre sens ridicules qu'on connaît aujourd'hui.

 

En 2007 Nicolas Sarkozy ne s’est posé aucune  question sur son triomphe personnel. Il ne se trouvait redevable à personne de sa victoire, en tout cas pas aux grands hommes de notre histoire. Ceux là sont morts et enterrés et ne pèsent rien dans sa panoplie du pouvoir. Sa victoire,  il la devait à ses  puissants soutiens et à ses amis proches. Il a choisi de les remercier de la manière la plus vulgaire qui soit en leur offrant le casse-croûte, pas dans un temple de la gastronomie française ou un lieu historique qui aurait pu conférer une dignité particulière à la cérémonie, non, dans la brasserie de son copain Desseigne  (groupe Lucien Barrière), le Fouquet’s des Champs Elysées . Le choix d’un vulgaire bistrot élitiste à la mode pour gens friqués en a tout de suite dit long sur le degré de conscience historique du nouvel élu. La liste des invités, triés sur le volet,  étalait sans ambiguité l’esprit de la petite sauterie : des milliardaires,  industriels ou hommes d’affaires mélangés à des hommes de presse, du showbiz et du sport : Dassault et Hallyday, Bolloré et Clavier . La note dominante était la richesse dans toute sa vulgarité. On n'y trouvait pas  d’intellectuels, pas de grands artistes ou de créateurs, uniquement des success stories. Quoiqu’ils en pensent aujourd’hui,  Fillon et Raffarin y étaient et ont ouvertement traîné la République dans ce pince fesse mondain .

 

La couleur du sarkozysme était dès ce soir là clairement affichée pour qui voulait la voir et elle ne fut jamais démentie. L’ère du bling-bling était lancée, pour laquelle il fallut inventer le mot. Pour en rajouter une couche,  les photos de vacances sur le yacht de Bolloré firent quelques jours plus tard, le tour des rédactions. Ce qu’on ne savait pas c’est que le nouveau Président fut saisi ce soir là par un vague à l’âme incroyable. Non pas qu’il ait ressenti une émotion particulière devant l’ampleur de la tâche, la gravité de la fonction, ou l’écrasante responsabilité qui lui tombaient sur les épaules, pas du tout, Sarkozy ne pouvait jouir totalement de son triomphe parce qu’il était complètement préoccupé par ses affaires intimes, ses peines de cœur, l’infidélité de Cécilia qui n’avait pas donné de nouvelles de la journée. Il s’était le matin convaincu  que sa victoire allait lui rendre sa belle, hélas, il devait se rendre à l’évidence, Cécilia n’assisterait pas à sa parade et ne deviendrait jamais l’épouse bling-bling qu’il souhaitait.

 

L’aveu de son erreur sur France 2 aujourd’hui, nous a paru contraint et vraiment difficile à déglutir. Comment en serait-il autrement ? La folie politique du Fouquet’s n’est pas anecdotique, elle est consubstantielle de l’esprit Sarkozy. Il est l’homme des beaux quartiers qui n’a jamais douté un seul instant d’être le meilleur dans le meilleur des mondes et qu’il suffisait à son ambition politique de promettre de partager ça avec les autres citoyens. Enrichir les pauvres en les faisant travailler ne peut mener qu’au paradis pour chacun et au progrès pour tous. Il est ainsi le concepteur d’un programme politique sommaire qui a l’avantage de s’ouvrir à toutes les opportunités et toutes les démagogies pour peu qu’elles lui permettent de garder le pouvoir. Ce qui nous explique le spectacle effarant de sa campagne cette semaine.

 

Dire  aujourd’hui qu’il s’est trompé, c’est pour Sarkozy la chute brutale dans le trou du souffleur, l’explosion de la marionnette . Il n’a pas de politique de rechange, il ne connaît qu’un principe, celui des rapports de force, tout autre moteur politique lui est étranger. J’ai déjà dit que ses ressources intellectuelles et morales étaient  désespérément nulles et que son agitation multiple ne pouvait plus lui être d’aucun secours. En 2007 les Français ont commis une monstrueuse faute de casting qui a conduit à l'abaissement de la République et de la France. Je ne peux pas croire qu’ils remettent ça en 2012.