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30/11/2013

Le Sud, notre nouvelle frontière

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Dinet - Un jardin de Bou-Saada


Le Front National prospère sur la détestation des Arabes, certains cercles Juifs également, mais aussi tout le populaire qui se sent mal dans les quartiers et tous les bourgeois qui n’ont qu’un souci, se protéger de la chienlit. Pour tous ces gens : arabes=racailles=violence=insécurité=chômage. Le résultat de cette sinistre équation est qu’un grand nombre de citoyens est persuadé qu’en boutant dehors ces hordes de bronzés et en les  renvoyant au Maghreb ou au Machrek on fera baisser les déficits et on remboursera notre dette. Tous les calculs économiques disent le contraire mais ça ne compte pas.  A gauche on a la sinistrose écologique et à droite on a le cimeterre arabe pointé sur la carotide. Au final la France est paralysée par ses peurs et rien ne va plus.

La France, ce vieux pays, comme le proclamait le barde des beaux quartiers, est victime d’un énorme malentendu. Notre nouvelle identité,  dans laquelle l’islam prend toute sa place,  enrichie d’apports de civilisation arabo-orientale anciens et modernes, n’est pas un problème. C’est au contraire une chance pour l’avenir du pays, pour sa puissance et sa force d’influence dans le monde. On voit que le retrait des Américains et en tout cas leur peu d’appétit pour les affaires moyen-orientales ou africaines laisse  à la France un grand espace pour un leadership en Méditerranée. La réalité est que sans le dire, la nation dont les capitales sont Paris, Lyon et Marseille, est devenue une des premières forces au sein de ce qui fut autrefois l’Empire romain. Mais Rome n’est plus dans Rome et Paris est devenue la plus puissante des capitales arabo-africaines et moyen-orientales.  

Il est bon de rappeler à l’occasion du trentième anniversaire de la marche des beurs, que nous avançons à reculons vers cette nouvelle frontière. Car nous refusons encore ce quart méditerranéen issu de la décolonisation et de l’émigration qui fait notre force aujourd’hui. Nous sommes encore les enfants de Charles Martel, dans la continuité de la pureté ethnique et de la résistance à l’envahisseur. Imaginons ce que pourrait devenir la France si elle comprenait enfin, que Rabat, Alger ou Tunis sont des villes alliées et non pas des capitales hostiles. Que les cent millions de Maghrébins ont aujourd’hui des potentiels de développement de productivité et de croissance qui peuvent tirer l’Europe et la France de leur torpeur. Nous avons une communauté de langue, une histoire, un vécu qui nous rapprochent. Pouvons-nous un instant imaginer  ce que la France pourrait changer pour la paix du monde et sa prospérité, si nous acceptions enfin la réalité géopolitique d’aujourd’hui ? Mais nous sommes comme des apprentis du poker géostratégique, nous avons des cartes, un jeu exceptionnel, mais nous ne voulons pas y croire.

Nous refusons de voir que de l’Iran au Mali et à Israël, nous pouvons jouer un rôle unique dans la nouvelle donne démocratique de ce siècle. Nous avons un quart de notre population qui parle arabe ou qui pourrait le faire, nous avons une histoire qui commence avec Constantinople et se poursuit avec les pyramides de Napoléon et le chasse-mouches du bey d’Alger ! Par raideur, par repli sur notre arc de triomphe, par l’arrogance de nos bibliothèques, nous refusons de respecter l’étrange ou le différent. Nous avons toujours voulu soumettre au lieu de convaincre, connaître  et négocier.

Mais la puissance de feu de notre propre histoire est imparable et s’exerce malgré nous, les tirailleurs et les spahis sont morts sous la mitraille et le canon, les fellagha, les fidaînes, les chaids ont arraché leurs victoires face à notre armée, des tribus de bédouins ont construit nos routes, des générations de schleus et de kabyles ont extrait le charbon, construit des voitures, bâti nos autoroutes ! Malgré des relations exécrables de violence et de racisme, malgré les noyés de la Seine et les enfumés des Aurès, malgré les expropriations, les déportations et les injustices, la France et le Maghreb ont créé un avenir commun. Celui qui se dessine aujourd’hui. Un avenir dans lequel Mouloud Mammeri et Albert Camus auraient dialogué pour en dessiner les contours. Un avenir peint par Zidane et Saint Augustin, Brahim Asloum et Avicenne, Nasser, Bourguiba, de Gaulle, l’Institut du Monde Arabe, le couscous et…Total.

Cette nouvelle donne, ce new deal ne peut naître sans efforts, c’est-à-dire sans investissements. Nous devons mettre deux sous dans le bastringue pour faire entendre une nouvelle musique. Il faut de la générosité de cœur, de l’imagination, de la créativité pour entraîner une dynamique de coopération des bords du Nil jusqu’au littoral atlantique, il s’agit bien de coopération et non de confrontation. Arrêtons de faire les marchands de tapis. Si nous avions deux sous de confiance en nous, Tunis la blanche au lieu de plonger dans les horreurs de la guerre civile pourrait être notre nouvelle Mecque, notre nouveau ralliement, notre grande ville étape pour la reconquête des esprits et des cœurs jusqu’à Dakar et Bangui !

La force de frappe française silencieuse et pacifique est là qui attend. Elle est dans nos collèges de quartiers, dans nos lycées, nos grandes écoles et nos universités. Elle attend les armes au pied, celle de la démocratie, de la liberté, de l’invention et de la créativité, pour partir, repartir pourrais-je dire dans les champs d’industrie encore balbutiants, dans les laboratoires de recherche encore juvéniles et participer aux œuvres encore incertaines de la démocratie et de la culture. Elle y apporterait de la créativité et de la novation et surtout de la liberté. Si la France peut exporter quelque chose dans ces pays, c’est la liberté, liberté politique, liberté de moeurs, liberté d’esprit et de religion. Parce que bien sûr si notre pays est encore victime de ses historiques raideurs, nos voisins du Sud le sont tout autant. Mais je gage qu’avec le temps, toutes ces rigidités vont finir par se distendre et sauter, à moyen terme.

Je voudrais dire à mes amis politiques que la nouvelle frontière est là, non pas une frontière comme le mur d’Israël hérité des ghettos de Varsovie ou de Cracovie, mais une nouvelle frontière savante et intelligente, semblable à ces membranes semi-perméables capables d’envoyer le bon et de refuser le mauvais. Pour y parvenir il faut du courage et de l’imagination. Le deuxième quinquennat de François Hollande sera celui-là. L’intérieur remis en ordre, avec les comptes apurés et la remise sur les rails d’une certaine justice sociale,  il faudra se projeter et faire tanguer pacifiquement l’Europe trop frileuse. Il va falloir bien expliquer à nos voisins de l’Est que la France à une autre main, celle du Sud, que le jeu est mûr, juteux, prometteur et qu’il profitera à toute la zone Europe et à l’Afrique du Nord et du Sud. A leur tour ces handicapés du vieux mal stalinien, les Polonais, les Allemands de l’Est et beaucoup d’autres libéraux, british ou bataves, pourront peut-être comprendre qu’il y a des générosités qui valent bien mieux que le chacun pour soi et l’égoïsme des nations.

Il faut y penser dès maintenant, il faut jeter les premières pierres. Le maintien de la France au rang des grandes nations en dépend ! Plutôt que de vouloir ériger des barrages illusoires contre quelques milliers de malheureux rêveurs d’Occident, renversons les flux et portons sur place l’emploi, la santé et l’éducation et aidons enfin et hardiment  à briser les chaînes ancestrales. Avec respect, avec générosité, avec intelligence. Agissons pour la prospérité de tous au lieu de nous retrancher dans notre vieux monde finissant !

09/02/2011

La jet set, la pute et le financier

 

 

 

sarkozy,fillon,mam,jet set,egypte,tunisie,moubarak,ben aliAu début des avions à réaction, dans les années soixante, une certaine classe d’individus riches et désoeuvrés, s’est hissée  au  faîte de l’élite, en abusant des jets, coûteux, donc luxueux, pour aller de capitale en capitale, de palace en palace et de fêtes en fêtes. Ces gens là faisaient rêver le bon peuple en étalant dans Paris Match leur oisiveté richissime, qui leur permettait de vivre en nababs sans jamais travailler, tout en ne se refusant aucun luxe, aucune douceur, aucune call-girl aux allures de femme fatale. On allait du jet au yacht, en hélicoptère,  pendant que de loin, Onassis ou je ne sais quel oligarque russe ou quel prince oriental, signaient les chèques. Ils étaient les Dieux tutélaires et mystérieux pour lesquels les femmes les plus belles du monde étaient  prêtes à se prostituer, y compris la Callas et la femme du Président défunt des Etats Unis.

 

Aujourd’hui Massimo Gargia a pris du ventre et  n’est  plus que la caricature d’un fêtard repenti. Les avions à réaction sont accessibles au populaire et sont du dernier vulgaire. Jusqu’à son dernier crash, le Concorde était l’ultime privilège des gens importants. En explosant au décollage c’est une page de civilisation qu’il a tournée. On peut dire que dans l’esprit du XXI° siècle cette folie des avions tourne un peu au ridicule, empreinte carbone aidant. Cela n’empêche que cette élite de l’élite autoproclamée, a laissé des traces durables dans l’esprit de nos contemporains, surtout chez les plus médiocres. Il ne faut donc pas s’étonner que nos politiciens parvenus, oublieux de leurs origines démocratiques, soient très attachés à leurs transports aériens. Notre petit Président est le premier à être fasciné par les vestiges des attributs de la jet-set, fussent-ils démodés. Il a inauguré sa présidence sur le yacht de Bolloré et il s’est empressé de commander un air-force one, à la manière US.

 

On ne peut pas reprocher à notre petit Président et à nos ministres d’être vaniteux comme des paons. Ce sont péchés véniels. On doit comprendre aussi que  ces stars de la politique ne peuvent pas voyager dans les mêmes avions que tout le monde, même en classe affaires. Il leur faudrait attendre, se laisser fouiller, décliner leur identité et montrer leur passeport et même refuser le champagne de l’hôtesse pour ne pas avoir l’air de poivrots en goguette… Donc, une seule ressource : le jet privé. Les invitations ne manquent pas, il y a beaucoup de gens riches qui rêvent de se payer un président ou un ministre, il s’agit d’investissements de bon sens pour un homme d’affaires. Malgré tout les dépenses doivent être imputées quelque part. Les entreprises ont des règles de comptabilité et des comptes à rendre aux conseils d’administration. Ces invitations ne peuvent marcher qu’avec des autocrates qui confondent les finances de leur Etat ou de leur Entreprise avec leur bien propre.

 

Nous y voilà. Certes les invitations sont courantes, mais vous croyez que Cameron ou Merkel vont inviter MAM à passer Christmas à Londres ou à Berlin au frais de la Princesse ? Eux qui les premiers,  sont obligés de payer leurs hôtels ou leurs avions ? Bien sûr que non, seuls le Roi du Maroc, le Parrain de Tunis et le Pharaon du Caire et encore quelques autres peuvent se livrer à ce genre d’abus politique et social. Ils donnent un ordre, l’obéissance est totale, la presse est muselée, l’affaire est dans le sac, incognito, en silence, avec des salamalecs chaleureux en plus. On est comme ça chez les Arabes, l’hospitalité est sacrée. Manque de chance : Fillon et Mam tout transportés au propre comme au figuré par ces vacances impériales et maffieuses, tombent en pleine révolte du bas peuple. La crotte plébéienne vient lécher les pneus de leurs aéroplanes.

 

Et tous les deux prennent des mines surprises, attristées, contrites, exaspérées par tant de mauvaise foi, meurtries par tant de méchanceté, ils banalisent, ils relativisent, ils mentent à demi par omission, par édulcoration, demandent un peu pardon, disent qu’on ne les y reprendra plus. Ceci ne vaut pas explication, ni pardon. Pour ma part, je n’y vois qu’esprit de lucre,  gourmandise et profit, vanité et égoïsme, foutage de gueule comme on dit maintenant. Ce petit gouvernement là, de ce petit Président là, nous a habitués à la dénégation et à l’impunité, mais tôt ou tard, les Français vont finir par comprendre que la vie de palace n’est pas ce qu’il faut à nos éminents serviteurs de l’exécutif, on leur demande de travailler pas de se pavaner, on leur demande  de résoudre nos affaires d’Etat (qu’ils interrogent Saint Michel Archange !) pas de polémiquer pour leur auto-défense, on leur demande de l’efficacité, de la probité.  Si ils sont fatigués qu’ils se tirent, cela fera plaisir à Mélanchon.

 


 

 

 

07/02/2011

MAM et la face cachée de la lune

 

 

alliot-marie_subventions_departements_dsu.jpgMAM a fait de son image médiatique son véritable viatique politique. Sa silhouette altière et la noblesse sportive de son allure donnent tout de suite l’impression qu’on a affaire à une personne de grand caractère, distinguée et hors d’atteinte des propos familiers. L’élocution et la diction, le choix des mots et le maintien, ne sont pas de ceux qu’on acquiert dans les familles ordinaires, les salles de rédaction ou les amphis d’université. Ils sont la preuve d’une grande dignité naturelle  et  la marque des grandes familles. Sur ce plan là, l’ombre de son père Bernard Marie, député et maire de Biarritz,  plane et veille au grain. Voilà donc une belle personne de la haute qui inspire confiance…

 

Notez bien au passage que le papa de MAM était également arbitre de rugby, international est-il précisé, mais évoluant quand même dans un milieu qui préfère le cassoulet de la troisième mi-temps dans les auberges périgourdines au caviar servi dans l'atmosphère  feutrée des palaces de la jet set.  Tout à fait dans la même veine,  MAM   a fait ses humanités (si on peut dire) en faculté de droit, et même à Assas qui à son époque était plutôt réputée pour être le repaire de l’extrême droite souvent en butte, Le Pen en tête, aux gauchistes soixantehuitards. On y apprend qu’à cette époque la belle MAM s’amourache de son professeur Michel Alliot, directeur de cabinet d’Edgar Faure par surcroît. Elle l’épouse et passe sa thèse d’Etat dans la foulée.

 

MAM est donc bien armée dans la vie pour grimper petit à petit les échelons d’une longue carrière politique, sans éclat, mais sans ombres. Députée, ministre et même Présidente du RPR elle occupe à droite une place de confiance car c’est une fine mouche qui sait éviter les pièges, comme celui de choisir entre Balladur et Chirac quand on n’est  pas sûr du résultat. La ministre, qui vieillissait jusque là en conservant tous ses charmes, gardait son sourire accroché en toute circonstance et paradait volontiers devant les photographes en images glamour, soulignées par de somptueuses écharpes, voletant au gré des courants d’air furtifs de la cour de l’Elysée.

 

Comment se fait-il alors qu’en quelques jours, cette espèce d’icône se retrouve les doigts dans le pot de confiture,  à nous expliquer l’impensable ? MAM la gaulliste, aux mœurs politiques si intègres a des rendez-vous inavouables avec la nomenklatura détestée de Ben Ali. Elle succombe aux charmes orientaux jusqu’à se laisser conduire en jet à Tozeur, l’oasis des mille fantasmes. MAM est fine comme une lame, elle a préparé sa défense, elle court de studio en studio pour expliquer à la télé qu’elle n’est pas celle qu’on croit, qu’elle n’est pas aussi vénale qu’on peut le penser, qu’elle se moque bien vous pensez, de voyager dans les jets de la honte. D’ailleurs au moment même où elle embarque dans ces aéronefs de la corruption elle n’est plus ministre elle redevient la petite Michelle des fêtes de famille, de Noël et du Jour de l’An. Et chacun le sait,  les petites filles sont fascinées par les aéroplanes.

 

Pour de vrai, MAM veut nous faire croire que ces voyages en Tunisie, n’ont rien à voir avec la révolte du peuple et les martyrs qui s’immolent, rien à voir avec Ben Ali Dégage ! ; d'ailleurs elle nourrit une compassion sans bornes pour ces misérables qui se jettent dans le feu. Elle a certes des amis riches, mais aussi des amis pauvres. Les yeux dans les yeux, elle nous ordonne presque : "- Cela suffit, je vous ai tout dit, je suis meurtrie par vos allusions mensongères, tout le reste concerne uniquement la face cachée de la lune, celle que vous n’avez pas à voir ni à connaître et  encore moins à imaginer."

On peut toujours rêver.

20/01/2011

Le jasmin dans ses terres

ENFANTS-d'alger.jpgLe jasmin est une fleur délicate, élégante et parfumée. Elle est le symbole de la jeunesse et des tendres sentiments. Sa floraison aux premières années de l'Indépendance, dans mon quartier  des 7 Merveilles  à Alger , était un enchantement. Hélas depuis  des années,   la guerre, l'urgence  et les violences ont ravagé ses terres. Les squares se sont étiolés au pied des immeubles surpeuplés. La rage et la misère ont piétiné ses plates bandes et les enfants fatigués n'ont cessé de verser des larmes devant le béton et le macadam qui ont envahi la ville.

 

Aux quatre coins du Maghreb,  hantés par la croissance démographique qui rassemblait dans les plus petits villages des hordes d'enfants cheminant vers des écoles improbables, le spectacle était le même. On finissait par le confondre avec la figure obligée de l'indépendance, du progrès et de la modernité. Pendant tout ce temps on était sans cesse en retard d'un combat. Il n'y avait jamais assez de salles de classes, jamais assez  de lycées en chantier, jamais assez d'universités en projet. Il a pourtant fallu tous les construire et ajouter des hôpitaux, et des routes et des trains. Il fallait toujours plus de blé, de lait, de médicaments et plus de logements. Pendant trente ans une course poursuite était lancée dont on comprenait qu'on ne verrait jamais la fin.

 

Dans ce contexte, on était indulgent pour les politiques. Peu mporte la démocratie, si le peuple mangeait à sa fin et pouvait apprendre à lire et à écrire. Les enjeux étaient sans commune mesure avec les petits tracas des vieux pays développés. Imaginez un pays qui triple sa population en trente ans !  Cela explique sans doute que les citoyens de ces pays ont montré plus de patience que d'autres devant l'absolutisme, la corruption et l'injustice. Privés d'information critique et de vraies comparaisons, ils en ont perdu leur  identité vraie dans un islamisme intrusif et cruel . Ils en ont oublié l'odeur ennivrante du jasmin. Ils ont été contraints de  ranger ces fleurs magnifiques et indispensables au rayon des pertes et profits.

 

Jasminum_officinale.jpgCe n'est pas par hasard que la révolte est née à l'Est. Depuis tout le temps, la Tunisie est considérée comme la contrée la plus douce du Maghreb, la moins montagnarde, la plus fleurie, la plus maritime, la plus riante et la plus accueillante. Les gens se sont tout d'un coup souvenus des opulentes floraisons parfumées du jasmin et de la fierté de vivre libres. Ils ont soudain compris que rien ne justifiait le joug de l'injustice et du mépris que leur infligeait un clan sans génie. Ils ont les premiers, donné le signal de la révolte. En quelques jours ils ont mis en fuite un pouvoir, dont on mesure aujourd'hui   la ridicule faiblesse et la veulerie.

 

La question est de savoir si les étincelles de la liberté peuvent enflammer les esprits algériens qui sont si proches et tout aussi repus de souffrances, de sacrifices et de misères. Le pouvoir actuel y est d'évidence tout autre, moins élémentaire qu'en Tunisie et mêlé aux militaires,  ramifié en plusieurs clans, plus retors les uns que les autres et plus forts qu'une simple tribu de salon de coiffure. Mais je ne crois pas que les  profiteurs du système, le plus souvent imbibés de bière et étouffés de richesses émollientes, témoignent de plus de résistance et d'efficacité d'organisation.

 

Ce qu'on peut redouter, en revanche, c'est le manque d'unité du peuple. Pays immense et divers, encore mal installé dans des villes toutes récentes, l'Algérie est  parcourue par de fortes solidarités familiales, claniques ou ethniques, drainant des antagonismes toujours vivaces. On peut craindre que les  citoyens  soient incapables de se rassembler dans la non-violence, le bon-sens et le respect de chacun, en dépit du monceau de souffrances accumulées et des horreurs d'une guerre civile,  encore si présente dans les esprits.

 

Cependant,  aujourd'hui,  les Universités ont fleuri partout du Nord au Sud, du Sahel aux Zibans, et d'Annaba à Béchar . Il n'y a plus de portion du territoire qui ne soit comme le dit Marzouki,  ensemencée par les graines de la connaissance et de la démocratie. Le potentiel imaginaire et créateur de ce peuple est en voie d'atteindre un niveau qui va lui rendre de plus en plus insupportables le mépris et la lâcheté. Le ferment est là, bien à l'oeuvre avec ses réseaux du Web et ses portables. Alors j'ai confiance, demain  ou après demain, très vite sans doute,   les rameaux légers du jasmin vont de nouveau éclore et les petits enfants des héros de l'Indépendance pourront,  bientôt,  sécher à nouveau leurs larmes dans les jardins parfumés d'Hydra,  de Boufarik ou de Laghouat. 


 

18/01/2011

Tunisie : le moment est venu....

 

Tunis.jpegAprès vingt cinq ans vécus en Algérie, d’ailleurs tout prêt du Sahara tunisien, je suis particulièrement sensible aux évènements qui se déroulent là bas. Depuis 1962 je m’étais habitué aux mauvaises nouvelles politiques venant du Maghreb jusqu’à désespérer de l’avènement  démocratique. J’avais fini par croire que ces pays arabo-berbères, malgré toutes leurs qualités et leurs ressources humaines, étaient condamnés à subir les ombres humiliantes de leurs régimes médiocres et despotiques. Leur marche vers le progrès humain et la liberté paraissait lente et incertaine, entravée par des régimes oscillant  entre la charia d’un autre âge et la hogra d’un pouvoir corrompu et jouisseur. Je n’osais plus espérer.

 

Et voilà qu’un homme oublie les fureurs kamikases  et sanguinaires, pour s’immoler par le feu, geste le plus violent qu’on puisse voir de la part des adeptes de la non-violence. Le signal de la révolte est donné, comme dans un maquis chauffé à blanc par les fournaises de l’injustice et du mépris, l’étincelle de la fierté va en quelques jours mettre l’incendie dans les esprits. Le  peuple soumis depuis d’innombrables générations au bon vouloir des émirs et des barons sans foi ni loi, va tout d’un coup se redresser et proclamer la révolution. Les gens ont appris à lire, à réfléchir, à communiquer et le Web est devenu un incroyable réseau social qui balaie les cendres des siècles obscurs qui pouvaient encore entraver la résurrection populaire.  On n’y croyait plus, et en trois jours le dictateur tout bête et sa coiffeuse,  ont lâché prise.

 

On peut bien sûr reprocher à nos politiciens français d’avoir été pris au dépourvu et à notre Ministre des Affaires Etrangères de n’avoir rien compris sinon que quelques coups de gourdin bien appliqués pouvaient régler le problème. On ne peut reprocher à MAM de s’être crue en charge de l’Intérieur, elle a occupé tellement de ministères. Pour elle, il était hors de question que ces gens de la rue, arabes par surcroît  puissent entendre quoique ce soit à la vraie politique ! On se demande à quoi pourraient bien servir les dictateurs dans ces conditions. Mais, soyons brefs car ce fut une belle et grande surprise pour tout le monde.

 

A voir la tournure des évènements, il semble bien que la révolution tunisienne puisse demeurer sur ses rails démocratiques. A nous à Gauche de l'encourager, de lui faire une place dans notre conception du monde. La Tunisie peut devenir la Suisse du Maghreb et du Moyen Orient, elle peut jouer un rôle central dans l’Union Méditerranéenne au ventre fécond, que nous appelons de nos vœux.  Les Tunisiens sont éduqués, diplômés, et représentent avec une grande dignité la civilisation arabo-musulmane avec laquelle nous devons collaborer et coopérer pour repousser cette guerre des civilisations qui menace. Ils peuvent devenir le centre névralgique d’une nouvelle ère de paix qui se propage aux pays voisins,Algérie et Egypte, puis à l’Afghanistan, à l’Iran, au Liban et surtout à la Palestine. La Tunisie libérée démocratique et non violente peut devenir l’espoir du monde pour le XXI° siècle. En voyant Serge Moati pleurer , je me suis dit que même Israël  pouvait y trouver son salut.