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29/08/2012

Spirale dépressive

dépression, vieillissement

 


Mon âne aussi connaît des moments d’anxiété. Il lui arrive de dévaler son pré à fond de train en lançant les jambes à droite et à gauche de manière désordonnée, en imprimant à son corps un mouvement de bascule qui n’est pas sans rappeler celui d’une pauvre chaloupe, cap à l’amont dans une mer courte qui la fait durement tanguer. Ce faisant mon bourricot n’a pas un regard pour les hautes tiges  des fenouils sauvages ni pour les touffes roses et timides d’origan qui émaillent son enclos.

 

Il m’arrive comme lui de dévaler les pentes de manière inopinée, en descendant en vrille des hauteurs du septième étage vers les bas-fonds sinistres et funestes des troisièmes sous-sols. Pour me consoler je rêve des plongeons des Fous de Bassan dans notre ciel de novembre qui se jettent comme des torpilles dans les  eaux grises pour en ressortir quelques instants plus tard avec une sardine en travers du bec. Malheureusement mes plongeons à moi sont nuls et sans objet. Je patauge lamentablement à la recherche d’une nourriture qui pourrait me remonter le moral et je ne trouve que des leurres indigestes et des mots désincarnés.


Je me dis  que je risque in fine l’explosion en plein vol comme un avion trop vieux dont les morceaux de carlingue ne tiennent plus que par quelques rivets rouillés. Il y a des bruits divers dans mon appareil. Beaucoup d’accessoires sont hors d’usage. Il devient imprudent de décoller pour prendre l’air. Mieux vaut s’assoupir sur le tarmac et attendre les hélices pendantes que le temps se dévide en un  lamentable et insupportable débobinage. On pourrait croire que deux sourires et un petit baiser peuvent vous rendre une sorte de santé. Il n’en est rien, l’été s’étire en finissant, et l’hiver se prépare. On sait qu’à la mauvaise saison les morsures du vieillissement qui vous prend en tenaille deviennent plus douloureuses et plus radicales.

 

L’hiver est une saison rêvée pour penser aux cimetières, aux funérailles, aux disparus et à tout ce qui a été et qui n’est plus, définitivement. Bien sûr j’ai encore la ressource de dialoguer avec mon bourricot. Je dois lui reconnaître un poids philosophique certain. Il me fournit souvent des réponses à mes questions existentielles et métaphysiques sur les dimensions de l’Univers, le poids de Dieu face à la profondeur du Néant et le caractère infini de la douceur de l’Amour. En dépit de sa bonne volonté, je ne peux m’empêcher de lui reprocher une certaine légèreté, un petit côté je m’enfoutiste , une insouciance du lendemain et même une perfide indifférence aux contingences humaines. Tous ces défauts-là sont  liés bien sûr à la fougue de la jeunesse, au flux encore puissant de la vie et pour tout dire, à sa grande vigueur animale. Tout ce qui me fait bien défaut aujourd’hui.