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11/10/2014

Délices et délires écologiques

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 Vaches du Cotentin (race normande) sur fond de bocage

 

On reste confondu par l’autisme d’une certaine gauche intransigeante qui englobe assez largement les frondeurs,  les écolos et les front de gauche. On veut faire disparaître les camions qui empestent et nous assassinent ? Il suffit de les taxer pour les conduire à la ruine. On sait bien que les Polonais ou les Bulgares vont prendre le relais mais peu importe. En Allemagne les mêmes ont voulu chasser le nucléaire… Très bien, on a remplacé l’uranium par le gaz ou le charbon !

Tous les politiciens de gauche ne sont pas encore convaincus que les lois du marché concurrentiel sont les meilleures pour réguler la production des biens. Dans la bouche de ces généreux citoyens les producteurs sont des lobbies qui n’ont pas droit de cité. La lutte contre les lobbies fait partie du catéchisme de base des écolos. Eux, les politiciens agitateurs et sectaires représentent le peuple ! Hélas dans les urnes ça fait seulement  3%. Mais comme les intentions sont généreuses ils parviennent à obtenir l’écoute de leurs collègues.

Qui peut réclamer un peu plus de particules toxiques dans l’air qu’on respire ? Qui n’est pas d’accord pour rêver du canal du Midi plutôt que de l’autoroute A1 et de ses files entassées de poids lourds ? Sans plus réfléchir on vote l’écotaxe à l’unanimité, sans se demander si on ne va pas pénaliser les régions périphériques  et certains types de productions comme les produits frais perdus dans leurs campagnes ! Les autoroutes sont déjà largement payantes et concédées au droit privé sans qu’on sache si on peut réorienter les bénéfices vers le bien commun.

Comment dans ces conditions s’étonner que les transporteurs protestent alors qu’ils vont se retrouver seuls à assurer les voies du règlement de ce nouvel impôt. Il est bien trop tôt pour condamner ces entreprises pour lesquelles aucune solution de remplacement n’est encore crédible. Est-ce que les camionneurs peuvent vendre leur entreprise pour acheter des péniches ou des wagons ? Peut-on condamner une corporation à disparaître sans qu’elle proteste ?

Ce genre d’aventure dont Ségo vient de se tirer au mieux sous les huées des Saint Jean Bouche d’Or,  se répète à l’envi avec la fameuse transition écologique, des panneaux solaires chinois, des éoliennes dispendieuses, des refus de gaz de schistes ruineux, des OGM interdits, toutes ces solutions « idéologiques » ont une caractéristique : elles font fi de la loi du marché et de la concurrence. Les cochons  de citoyens paieront !

Il faut que les Verts arrêtent de prendre leurs désirs pour des réalités et de nous promettre des emplois où il n’y en a pas. L’isolation des bâtiments est le seul pilier crédible de la fameuse transition énergétique. On n’a d’ailleurs pas attendu les écolos  pour comprendre que c’était ruineux de chauffer des boites à courant d’air. Malgré cela tout le monde n’a pas les moyens de payer la laine de verre et le placo. Encore une fois, on dit que l’Etat va payer, c’est-à-dire nous …On dit toujours que la meilleure énergie est celle qu’on ne dépense pas. Contrairement aux apparences les économies ont un coût ! Prenez l’exemple des poêles à bois pour le chauffage domestique qui connaissent un boom spectaculaire dans nos campagnes. Le résultat est une tension sur prix des bûches et une menace réelle sur nos haies du bocage !

Au fait…Ne serait-il pas temps pour les écolos de se mobiliser pour la défense du bocage dans notre Cotentin ? Sortir du nucléaire et rentrer dans le bocage ! Beau programme pour notre presqu’île ! Qui pourrait croire que le renchérissement du fuel  va  causer la ruine du bocage ? Décidément l'écologie est pleine de surprise. Dans les steppes sahariennes le gaz naturel a sauvé les derniers genévriers de Phénicie. Rien n'est simple.

16/12/2013

La routine ou la mort

 

 

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P. Picasso - La mort du torero


Mourir disait le chanteur, mais vieillir ! Son vœu a été exaucé pour ce qui le concerne, mais je ne suis pas sûr qu’il en ait été enchanté. Je me réjouis de voir aujourd’hui les personnes retraitées si heureuses d’être en vacances permanentes, d’avoir plein de choses à faire et mettant en scène leur bonheur quotidien. Elles aiment la marche à pied pour les artères, ne mangent pas gras, ni sucré et n’ont jamais une minute à perdre. Nos séniors voyagent, ils sourient de toutes leurs fausses dents et ils sont bien habillés. Ils portent des Ray Ban comme des vedettes  de cinéma, mais c’est seulement pour masquer leurs cataractes. Ils ne cessent de ressasser leurs souvenirs et de rabâcher leur vie pour la rendre exemplaire. Les plus audacieux  ricanent de leurs malheurs et se vantent de leurs prouesses sexuelles. Ils exhibent volontiers leur culture et se comportent comme des cuistres insupportables. Le troisième âge est admirable de naïveté et d’insouciance. Et pourtant, ce n’est plus l’heure des projets, c’est celle des règlements de compte.


Jacques Brel avait raison. Rappelons-nous du tic-tac inexorable de la pendule. Chaque année qui passe entame un capital qui s’évapore en silence. Dans ce calcul-là, le dernier jour est le plus rare, le plus cher, le plus précieux. La dernière seconde est une pépite incroyable, un diamant mythique, celui du passage de vie à trépas. Voilà pourquoi je m’étonne de voir tous ces séniors, bronzés, parés comme des stars, se rassembler dans des  paquebots de croisière luxueux, des stations balnéaires dorées et des restaurants gastronomiques hors de prix. Pour un oui pour un non ils se précipitent aux antipodes, recherchant la légitimité du grand voyageur, l’adoubement des polices des frontières, brandissant fièrement leurs passeports couverts de visas. L’humanité hors d’âge s’attache aux plaisirs de la vie dans un incroyable effort de légèreté. Elle trompe l’ennui et se détourne de l’heure fatidique en se bourrant de petits gâteaux et  de grand cru classé.

 

Pourtant chaque jour rapproche ces hommes et ces femmes d’une issue fatale qui bien souvent les terrorise, d’autant plus qu’ils feignent de l’ignorer. Apprivoiser la mort n’est pas un travail facile. La visite des hospices de la dernière phase est instructive. Les vieillards attendent la bouche ouverte qu’on les nourrisse, en tremblant de tous leurs membres dans une incroyable odeur de pisse. Malgré cela, nous sommes tous à supplier le bourreau pour qu’il nous accorde encore une petite minute. En réfléchissant un instant à la vue de ce tableau,  on se demande si ce ne serait pas mieux d’aguicher la camarde et de lui proposer un petit tour de valse.


L’espoir secret de beaucoup et le mien en particulier est que la Dame à la faux nous surprenne au détour d’un sentier de la forêt, dans l’épais brouillard matinal, à l’heure où les sangliers vont boire, quand les rapaces regagnent leurs cavernes. Trop tôt pour que les passereaux commencent à chanter et  que les fleurs déplient leur corolle. La confrontation avec la créature morbide est muette et brève, trop silencieuse pour interrompre l’ordre des choses. Comme des milliers d’êtres vivants qui s’éteignent au même moment sur la planète, vous cessez d’exister. Votre regard est devenu fixe et votre peau très grise. Vos muscles se durcissent et s’apprêtent à la rigidité cadavérique.


J’entends déjà mes amis me dire de penser à autre chose, que le sujet de la mort, en particulier de la nôtre, est triste. Je ne suis pas d’accord avec eux. Si nous n’y pensons pas avant, après il sera trop tard. Mourir par surprise vous évite évidemment cette peine d’imaginer, de programmer, de mettre en scène, mais il nous faut convenir que la mort subite vous vole quelque chose qui appartient à votre humanité. Je ne suis donc pas un adepte de la routine qui vous enfouit par couches successives dans le tombeau final. Je ne veux pas qu’on me jette pelletée par pelletée l’oubli qui va recouvrir mon existence pour  m’y envelopper et m’y coucher, résigné, fatigué, presque déjà endormi pour l’éternité. Je suis au contraire pour une conscience réaliste de l’issue fatale, c’est la seule façon de vous donner envie de vivre encore, vraiment.


On ne peut pas aimer la vie sans attacher du prix à sa mort. Depuis deux millénaires il me semble que la chrétienté s’en est remise à Dieu pour en décider. Le baptême est immédiatement proposé pour finir dans les bras divins. D’accord pour ceux qui croient à ce conte merveilleux. Mais les autres ? Au lieu d’ un sacre pour le Paradis je propose qu’on remette à chaque nouveau-né, un kit bien dosé, à n’ouvrir qu’en cas de volonté absolue qui vous donne la clé pour l’au de-là ! Un viatique qui ne pourrait servir qu’une fois, non renouvelable, personnalisé, vous assurant un départ en douceur, en musique et sans tra-la-la. On va me traiter de criminel, mais je connais plein de gens qui en ont ras-le-bol d’être des vieillards insupportables, et qui iraient chaque matin contempler dans son tiroir déverrouillé, la misérable petite boite dorée de la mort, en attendant de se décider.

04/08/2012

Rencontre avec Christopher Cook

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Je n'ai pas le temps de donner de détails, mais je vais y revenir. J'ai eu un vrai coup de coeur  pour ce tableau qui évoque tout à la fois, l'archéologie, l'histoire, les champs cultivés, le désert, l'orient, les Indes, la nuit et la lumière et tout ceci en répandant les parfums emblèmatiques des Grandes Caravanes !


 

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01/07/2010

Saint Marcouf, patron des navigateurs

 

photo-1381717-M.jpgParmi les saints de mon panthéon, j’ai un faible pour Saint Marcouf, d’abord parce qu’il a donné son nom aux deux îles qui sont les perles de notre baie en manche-est, ensuite parce qu’il a joliment résisté à l’appel du démon, non pas du démon de midi, ni de minuit, ni des bas quartiers, mais au démon du large. Saint Marcouf a résisté aux sirènes, comme Ulysse.


Ce courageux homme est né en 483 à Bayeux d’une famille noble et a montré très tôt une grande force de conviction et de persuasion qu’il mit au service de Dieu, pour convertir les païens à la vraie foi. Il fut élevé aux grades et à la dignité ecclésiastiques par Saint Possesseur, évêque de Coutances. On se trouve alors sous le règne de Childebert, fils de Clovis,  et les prêches de Marcouf ont un grand succès, des aveugles retrouvent la vue et des paralysés se mettent à marcher.


Devant une telle réussite, Marcouf obtient de Childebert un domaine pour fonder son abbaye, la mystérieuse abbaye de Nans ou Nanteuil,  dont on suppose que le premier prieuré fut implanté au lieu même de l’église actuelle de Saint Marcouf-de-l’Isle. L’évangélisateur avait un fort tempérament, mais il était souvent lassé par la foule des solliciteurs qui lui demandaient des miracles, toujours plus de miracles.


Pour trouver du repos, Marcouf qui aimait passionnément la mer prit l’habitude de se réfugier sur les îles en face,  qu’on appelait à l’époque les îles des Deux Limons. Il mena sur l’île du Large, dit-on, une vie spartiate, se nourrissant de pain d’orge et de bigorneaux, moules, huîtres, crabes…On peut comprendre que ce régime iodé et sodé  pouvait entraîner chez le saint homme une certaine hypertension. Hélas, l’ermite n’avait plus que ses rêves pour peupler sa solitude.


C’est dans ces conditions que lors d’une nuit de tempête affreuse, Marcouf fut réveillé par l’apparition d’une jolie jeune femme, avec tous ses habits mouillés collés au corps et pour certains déchirés, laissant entrevoir sa nudité. La belle lui expliqua qu’elle était la seule rescapée d’une barque naufragée en provenance de terres lointaines et qu’elle lui devait son salut à lui, Marcouf le Saint homme, qu’elle avait prié de venir à son secours,  au moment fatal du chavirage.


Charmé par ce nouveau miracle qui lui valait une aussi tentante apparition, Marcouf réconforta la rescapée, la sécha et la réchauffa en l’habillant de sa propre couverture. Il en conçut une certaine émotion. Mais, fort de son expérience des âmes, il se  rappela que Satan en personne pouvait prendre les formes de l’Amour. Par précaution, au moment même où il offrait un morceau de pain à sa protégée, Marcouf le bénit en se signant et prononça fermement : Si tu es Satan, retire-toi  et retournes d’où tu viens !


L’effet fut immédiat. La belle roula des yeux d’où s’échappaient des flammes et des fumées malodorantes puis, dans un furieux mouvement d’air, elle  alla plonger dans les flots déchaînés, d’où elle était sortie quelques instants plus tôt. Les vagues qui déferlaient se refermèrent sur la créature, sous les yeux du saint qui transpirait à grosses gouttes, mais qui fut immédiatement soulagé.


Je suis stupéfait d’admiration pour ce saint homme à qui tout réussissait et qui poussa l’abnégation jusqu’à se réfugier seul sur une île déserte, et pour ceux qui la connaissent, vraiment inhospitalière. Je m’en  veux de ne pas avoir connu Saint Marcouf plus tôt, car je suis certain que son exemple aurait pu m’être d’un grand secours en plusieurs circonstances. Comme Ulysse, il m’est arrivé d’être troublé par le chant des sirènes en mer Méditerranée, mais je n’ai jamais poussé l’ascétisme jusqu’à me faire lier au pied du mât de mon navire. Il aurait été si simple de faire le signe de croix sur les coupes de champagne…Il faut dire que l’Odyssée est un livre merveilleux et qu'Homère ne donne pas dans le monothéisme.


Pour les îles Saint Marcouf, consulter le beau livre d'Edmond Thin, 2005 : Les îles Saint Marcouf, OREP éditions,143 p,